jeudi 12 juin 2008

PARCOURS SANS FAUTE

Mercredi 11 juin 2008, centre de Paris

18h50 : Il va bien falloir s’y résoudre vu l’heure et la distance à parcourir. Cela fait six mois que je l’évite : le métro de Paris station Odéon, heure de pointe c’est plein de cons.
Effluves tièdes de poisse, musc de pisse, brouhaha nerveux des salariés qui tueraient père et mère pour chopper la prochaine rame et regagner dix minutes leurs pavillons merdeux à Valparaiso. Va et vient poussif entre sortants et entrants dans un escalier plus étroit que le vestibule de mon 25m2. Un haut-parleur me hurle dessus en trois langues, je n’en comprends aucune mais je perds l’usage de mon oreille gauche.


18h51 : Il n’aura pas fallu une minute. Coincé dans le wagon à l’arrêt dans un tunnel entre Cité et Châtelet, j’assiste comme tous mes congénères compactés à une altercation entre une française d’origine maghrébine et une vieille bourgeoise botoxée du quartier. Je n’ai pas vu le début mais la jeune accuse la vieille de lui avoir fait une remarque raciste.

LA JEUNE FRANCAISE DE TYPE MAGHREBIN
Vous vous rendez compte en France en 2008 ! Raciste !

Ca aurait pu s’en arrêter là, la mauvaise humeur étant la seule chose dont on peut être assuré avec la RATP mais, le wagon n’avançant pas, le ton monte. La Bourge s’enfonce dans son fauteuil en vis à vis et la jeune s’envenime. Je ne peux me prononcer sur l’objet de l’altercation étant arrivé juste après. Mais, un incident similaire et que j’avais oublié me revient à la mémoire. C’était il y a un mois dans une salle de concert à moitié vide. Alors que nous avions la place de nous étaler, une adolescente noire m’accusa violemment de systématiquement me mettre devant elle. Ce qui était faux puisque je ne l’avais même pas remarquée et puis, merde, y avait la place ! Sa voix était disproportionnellement haineuse et je sentais poindre l’accusation de racisme. J’étais la pour la musique et l’assemblée ambiante étant majoritairement noire ou métissée, en bon rationaliste je me suis déplacé vers la gauche et j’ai aussitôt oublié la remarque.

Ce soir dans le wagon gêné, je retrouve la même son de voix symptomatique du délire de persécution. Quelles que soient les paroles reprochées à la bourgeoise, il serait si simple de les combattre en une phrase. Au lieu de cela, la jeune maghrébine à force d’en rajouter dans la haine et la répétition de ses griefs agrémentés d’arguments démagos le tout dans une syntaxe mal maîtrisée avec une pointe d’accent qui stigmatise ce qu'elle dénonce, finit par se mettre à dos le wagon jusque là impassible.

Cela finit comme cela devait finir, je retranscris les propos :


LA JEUNE FRANCAISE DE TYPE MAGHREBIN prête à cracher
- Tous les Français, c’est pareil : Vous devriez tous voir un psychiatre !

LA VIEILLE FRANCAISE DE TYPE BOURGEOISE d’apparence calme mais tournant en interne au 145 bpm
- Si vous n’êtes pas contente rentrez chez vous.

UN BOBO-TRENTENAIRE DE TYPE GLANDEUR qui avec ces conneries va être en retard au concert de Manu Chao
- Bon, elle vont se calmer les deux poules ou je leur fous des baffes !

19h10 : Connexion avec la ligne 14. Je suis accompagné d'une femme enceinte de cinq mois bousculée 10 fois en 13 mètres et à qui un des voyageurs, une femme, après 20 minutes et au bas mot 300 personnes croisées, propose enfin de s’asseoir à sa place.

19h45 : Arrivée à Bercy. La dernière fois que je suis venu ici, la ligne 14 n’était même pas construite. Je rentre dans le Palais-Omnisport toujours aussi laid. Service de sécurité minimum pour cause d’emploi trop cher. Le placement est libre mais les déplacements interdits. Question : Pourquoi ne pas numéroter une bonne fois pour toutes les places ? Vraisemblablement, la aussi question de coût de main d’œuvre.

20h10 : Un constat : Dès que les lumières s’éteignent l’interdiction de fumer n’a pas cours à Bercy.

20h20 : Keny Arkana entame la première partie (voir vidéo ci-dessous). "Désobéissance Civile !" est hurlé à l’unisson dans le temple alter-mondialo alors qu’un vigile au SMIC fait sa police dans les rangs empêchant les spectateurs d’aller et venir entre la fosse et les gradins, les révoltés de coton sous chapiteau watté obtempèrent sans se forcer.

21h10 : Voilà Chao. Deux heures trente de concert survolté pour un Bercy de parisiens blasés.

23h50 : Les femmes, les enfants et les Seb Musset s’échappent quelques secondes avant la fin pour éviter la meute à la sortie traquant désespérée qui son Kebab, qui sa Kro, qui son caca.

0h10 : Retour Rue des Quatre Vents. Un junkie propre sur lui et poli sur le chemin de sa boîte à minets bling-bling me demande où il peut trouver de la poudre. Je lui réponds : - Jeune sarkoziste, tu vas pouvoir sauver ton pouvoir d'achat : Rue de Buci, c’est Happy-hour à cette heure-ci !

0h30 : Retour à ma cellule. Dernier tour télévisé des polémiques du jour. Rachida veut banaliser le collier pour prisonniers, notre monarque remonte dans les sondages, les journalistes lui cirent de nouveaux les talonnettes, les sénateurs nous rassurent : non on ne va pas interdire aux particuliers de fumée chez eux on va juste leur imposer d’installer des détecteurs de fumée.

0h40 : Fin du quartier libre. Extinction des feux. Du concert de Manu, je ne me souviens que de Keny. L'enragée du métro en a fait trop, elle avait peut-être raison. Dans certaines situations, ce n'est pas l'excès qui est condamnable mais la passivité qui est criminelle.

3 commentaires:

Sébastien a dit…

Kenny (?) Arkana (?), quel conformisme et quelle haine, justifiés et acceptés à cause de ses soi-disantes origines. Ce qui est accepté et favorisé par le système d'un côté ne l'est pas de l'autre...Etrange, tu ne trouves pas Séb?

Bien le bonjour à toi,
Sébastien d'E&R.

seb musset a dit…

J'ai beaucoup de tolérance envers la haine d'où qu'elle vienne ;)

Anonyme a dit…

" L'enragée du métro en a fait trop, elle avait peut-être raison. "

qui est enragé ?
La botoxé ou la rebelle?
la tension est de toutes manieres dans les 2 camps (de meme intensité
malgré les apparences), une haine palpable
a tous les coins de rues , dans tous les milieux.
Une le revendique par le visuel ; la musique ect...
l'autre par le pouvoir...
entre les 2 il y a l'economie de marché , le fric , les publicistes...