jeudi 10 avril 2008

UN REVE FINI, UNE REALITE IMMUABLE

Je viens de voir le documentaire de Patrick Rotman "68", biographie d'un rêve qui traversa la jeunesse du monde. Un film à la conclusion pessimiste tout en non-dit, sur les images d'un concert d'une Janis Joplin qui mourrait d'une overdose quelques semaines plus tard. Le réalisateur a évidemment conscience que le fait même que son documentaire existe et qu'il soit diffusé sur une chaine nationale dans le cadre commémoratif des "révoltes populaires de Mai 68" est le constat de la mise en échec des utopies de sa génération sur le terrain de l'humain.

Après "le joli mai", La France a beau avoir gagné quelques années sur la libéralisation des mœurs que le marché aurait de toutes les manières libéralisé, elle s’est tout de même fait baisée dans les grandes largeurs par un pouvoir qui en a tiré les leçons. Sans avoir changer un iota de ses ambitions - assurer la prospérité de l’aristocratie sur le dos des pauvres - le pouvoir politique s’évertue depuis à manœuvrer à la godille les idéologies, contentant les estomacs avec du pain et des jeux, pour éviter ce genre d’accrocs populaires aux conséquences apocalyptiques pour lui.
C’est ainsi qu'aujourd'hui la célébration exorciste de la révolte de 68 prend le pas sur la révolte elle-même pour que ce rêve d’égalité et de liberté qui transcenda le peuple ne reste qu’un rêve. La nostalgie de 68 est, à chaque décennie et à fur et à mesure que l'on s'en éloigne, un produit marketing qui se vend de mieux en mieux en librairie et fait de l’audience en prime-time. Soyons lucides, le monde de 2008 n'est pas loin d'être le cauchemar consumériste et totalitaire que la génération de 68 redoutait.

2008. Isolés, individualisés, chacun devant nos écrans et moi avec, terrorisés par une baisse du pouvoir d’achat conceptuelle et sans fin, idéologiquement angoissés par la perte d’un travail qui ne nous satisfait pourtant pas et alors que le rêve est pourtant bien vivant, nous ne faisons qu’écrire dessus au lieu de le vivre.


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