lundi 7 avril 2008

RETOUR DE FLAMME A PARIS

En léger différé des olympiades du ridicule...

Comme je me doutais que la couverture télévisée allait être minimum, voici mon petit reportage vidéo depuis l'intérieur. Le tout, brut de mix, est suivi de mes commentaires à chaud au sujet de ce qu'il convient désormais d'appeler « le glorieux défilé du bus olympique ».

Régulièrement les prémices des jeux olympiques et les jeux eux-mêmes, ces inoffensifs succédanés de guerre mondiale sous chapiteau, sont les thermomètres des tensions internationales : Berlin 1936, Mexico 1968, Moscou 1980 et cet été, Pékin.


Recadrons les faits : le trajet de la flamme olympique des prochains jeux de Pékin passe en ce jour par la capitale française. Au même moment, la valeureuse dictature chinoise opère un matage en règle du peuple autonomiste de la province tibétaine. Les démocraties occidentales gênées aux entournures s’interrogent sur la façon de faire croire à leurs peuples respectifs qu’elles vont boycotter les jeux alors que, raison du plus fort oblige, elles ne le feront jamais. Le monarque français soucieux de ne pas se brouiller avec un pays qui avec un peuple au pas et une croissance de 10% par an le fait triquer comme un caniche érotomane, a décidé de faire les choses en grand. Quatre mille policiers encercleront les vingt huit kilomètres du parcours de la flamme dans Paris.


Une fois sur les lieux je manque de faire demi-tour tant le spectacle des quarante camionnettes de CRS, du service d’ordre en civil, des dizaines de policiers en rollers, devançant, entourant et suivant une flamme timidement sortie puis régulièrement rentrée dans un bus aux vitres teintés, est pitoyable. Mais tout de même, alors que les télévisions françaises suspendent mystérieusement le direct depuis le cafouillage du départ qui a vu à deux reprises, la flamme s’éteindre, il fallait que je vois de mes yeux le fiasco intégral et que j’en témoigne.


La première extinction de flamme en plein chahut pro-tibet, le fut pour des « raisons techniques », la suivante fut l’action d’un officiel chinois lui-même qui souffla « le symbole » dans les mains de David Douillet devant le siège d’un sponsor télévisé qui a déclaré plus tôt qu’il « risquait PEUT-ETRE de ne pas diffuser les jeux ». Engoncé dans un body pastel et le souffle coupé, l’ancien judoka en oublie de filer un coup de badge « pour un monde meilleur » au nippon à Ray-Ban.


Et le cortège policier repart contre vents et huets. Motivation d'opposants pourtant bien moins nombreux que les forces de l'ordre, le déchaînement anti-flamme est impressionnant. Soutien au Tibet ? Envie générale d’emmerder Sarkozy ? Les jeux n’ont pas commencé que La France décroche déjà ses premières médailles.


- Médaille du ridicule avec le badge sans peur et sans reproche de certains sportifs français menés par le gros Douillet qui payent ce jour au travers de ce semi-marathon de l’humiliation leur collaboration tacite avec une dictature sanguinaire.


- Le record d’interpellations au 100m par des forces de l’ordre désordonnées est battu.


- Médaille d’argent du respect coûte que coûte des relations diplomatiques par La République Française.


- Médaille d’or de la soumission policière à un état étranger.


- Pour les mêmes policiers, record du nombre au centimètre carré de drapeaux tibétains déchirés des mains d’une foule qui apprends ce jour, et dans la violence, qu’en plus de La Chine, il est désormais interdire d’arborer un drapeau tibétain dans la République des Lumières.


J’assiste au long de cette farce grand-guignolesque à des scènes surréalistes parfois violentes mais aussi et surtout à la dérision d’un état policier victime de sa sur représentation.


Drôle de journée à l'ambiance électrique où les manifestants, les journalistes et moi-même aurons plus couru que la flamme et ses sportifs. Journée instructive qui me donne un aperçu des pratiques de quelques milliers de jeunes policiers lobotomisés au service commandé d'une dictature. Ils tabassent indistinctement journalistes, passants et porteurs de tee-shirts "inconvenants". Mais je constate avec délice le potentiel insurrectionnel d'une poignée de manifestants lâchés en centre ville.


Et le trajet de la honte continue. Accrochages devant le Sénat. Partout en France, les clivages remontent à la surface. En gros à droite on s’indigne de « la prise d’otage du symbole olympique ». A gauche, on trouve juste scandaleux de « tuer des gens » et de le cacher derrière une flamme. La droite et ses jolis mots : autant de caches-misère de sa pleutrerie bien-pensante de rentière. Denfert-Rochereau, renfort policier : Ca manquait. A défaut d'exporter un modèle démocratique sur les écrans de télé chinois, nous avons importé sur le sol français un échantillon de dictature au nom de la raison économique. Pire que ça, elle était escortée par la moitié des forces de l'ordre de la région.


L’indicible mayonnaise du fiasco est reprise en chœur par les radios. On aurait pu imaginer tant de défilés : Bios et sans aucune force de l’ordre ou avec, à l’ironique opposé, une flamme en tank. Mais non, crispée, sécuritaire et comme à son habitude sans imagination : A vouloir ne rien rater La France a tout échoué. Perdante à tous les points de vue et selon tous les protagonistes.


Les pro-tibétains largement minoritaires triomphent à Paris sans aucune violence. Je ne les ai pas accompagnés par soutien, je connais peu la question tibétaine qui m’a l’air plus complexe que les apparences lointaines et je ne suis pas sur que les conséquences nationalistes de l’événement que l’on tirera du côté chinois ne contribuent pas à envenimer la situation à terme. Non, je les ai suivi pour cet esprit de contestation à l’ordre en général qui, en ce drôle d’après-midi, s’est propagé à travers La Capitale et les classes d’âge. Au moment des célébrations médiatico-nostalgiques des 40 ans du soulèvement populaire de Mai 1968, à une époque ou bientôt un français sur deux aura plus de 60 ans, ou trois jeunes sur les quatre restants veulent être fonctionnaires, l’initiative se devait d’être soutenue ! Parce que mis à part la sortie au Mégastore du nouvel Harry Potter, il n’y a bien que les causes lointaines pour mobiliser physiquement les corps occidentaux. Aujourd’hui avec ces drapeaux tibétains déchirés sur un ordre que, selon La ministre de l’intérieur, « personne n’a donné », je constate qu’il est loin le temps où il était « interdit d’interdire ». La finalité du XXIe siècle : tout est interdit sauf ce que le marché tolère.


Et puis, il y a l’appréhension plus ou moins consciente des remous à venir, des grands conflits de demain au sein desquels La Chine tiendra une part essentielle et par rapport auxquels il convient déjà de se prononcer. A la vue des réactions au passage de la flamme en bus climatisé et en plein remake grandeur nature des « Chinois à Paris » de Jean Yanne (1972), on peut déjà opérer le tri comportemental animant les troupes civiles ou militaires par temps d’occupation. Résistants et collabos. On a beau le voir dans les films, ça glace le sang.


Et puis, a défaut du Tibet ou l’information est censurée, il y a le monde qui nous regarde en direct. A notre poignée « d’énervés » de montrer que La France n’est pas totalement endormie par le consensus mou du capitalisme avilissant. Surtout, il y a la liberté d’expression. Parce que La France est sur la mauvaise pente. La liberté d’expression, condition de la démocratie. Pour que La France ne ressemble jamais à cette Chine, Eden libéral, qui allie ordre martial et croissance économique.


Le cortège du déshonneur arrive sous les œufs au Stade Charletty. Malgré le périmètre de sécurité, malgré mon absence de badge, je pénètre dans un îlot tranquillisé avec les policiers à quelques mètres de la flamme, ce qui en dit long sur l’efficacité d’un dispositif qui n’est concrètement bon qu’à embarquer à l’aveugle et à déchirer des pancartes au format Post-it. Les opposants chinois et tibétains sont répartis de chaque côté de La Porte d’Ivry. Dans le stade, les célébrations finissent en fanfare. Ce soir, La flamme part à San Francisco. Avec une telle journée bordélique, j’en viens à regretter que Paris n’ait pas décroché les jeux olympiques !


4 commentaires:

Vincent a dit…

Je viens de découvrir cette vidéo.. je retiendrai ces 2 phrases : "il est désormais interdire d’arborer un drapeau tibétain dans la République des Lumières." et "La finalité du XXIe siècle : tout est interdit sauf ce que le marché tolère." A la place de finalité, j'avais cru lire "Liberté". Mes yeux doivent me piquer.Merci encore Seb..

Frosty a dit…

Je suis assez d'accord sur l'influence des intérêts du capitalisme mondialisé sur la liberté d'expression, cependant il convient également de ne pas gober tout cru ce que nos bons vieux médias occidentaux matraquent sur la question du Tibet (comme sur la Géorgie, le Kosovo, le Darfour, la révolution orange en Ukraine...).

Les chinois exercent un contrôle militaire sur des rébellions indépendantistes au Tibet certes ; que ferait notre gouvernement lorsque la menace d'un indépendance bretonne, basque ou corse se faisait sentir plus sérieusement ?
Posons-nous également la question de savoir d'où viennent ces rébellions au Tibet ? Sont-elles de "génération spontanée" ou aidées par une quelconque puissance étrangère (au hasard les US ?)

Imaginons également que si les JO étaient organisés à Paris en 2012, que la flamme olympique passait à Pékin, et que les chinois, influencés par leurs médias / gouvernants etc., militent pour l'indépendance de la Corse, de la Bretagne ou du Pays Basque ?...

Et enfin, croire qu'afficher un drapeau tibétain sur sa fenêtre, sur son sac à main ou sa boîte aux lettre (si si je l'ai vu), ou même perturber le parcours de la flamme olympique, puisse aider à résoudre un quelconque problème dans la région du monde concernée, me paraît relever de la lubie... Pourquoi ne pas aller prêter directement main forte aux rebelles, si on se sent concerné... ? Ou leur faire des dons ?
Cet orientation médiatique traduit pour moi une énième tentative de manipulation des masses... Méfiance !

Voilà, en espérant que ça fera réfléchir ;-)

Anonyme a dit…

Nous sommes le 26 novembre 2008
c'est la récession voir la dépression
effondrement des banques,...
40 000 chômeurs de plus en aout,10 000 en octobre (ils ont certainement truqué les chiffres) et pas de chance
40 000 prévu pour novembre.
Le pire est a venir pour 2009 , des économistes sérieux prévoit 350 000 chômeurs de plus.
Ça valait bien la peine que sarko fasse la carpette pour fourguer de trois bricoles aux chinois (avec le transfert des technologies en prime)

Mais bon ca m'a fait plaisir que la petite communauté mal intégrée de tibétain ait montré l' exemple.

Seb ce n'est pas de la faute à sarko si les français sont con,
il aurait bien tort de se priver sarko.

Anonyme a dit…

j'oubliais, frosty tu as raison, il vaut mieux
fermer sa gueule, voir carrément interdire les informations sur les sujets sensibles.
En plus ils nous gâcheraient le divertissement sportif ces cons de tibétains.