vendredi 4 avril 2008

BREVE AU NEON

Quand les techniques de management aveugle dictés aux trentenaires sous pression parce qu' endettés, rencontrent le terreau soumis d’une plus jeune génération rodée depuis son enfance aux brimades et aux évaluations des jeux de télé réalité comme seule assurance de succès, voici ce que cela donne :

(La scène qui suit n'est pas une farce, c'est la retranscription fidèle d’un entretien d’embauche qui eu lieu le Mardi 1er avril 2008 dans la réserve d’un magasin parisien d’une grande chaîne de prêt à porter cotée au CAC 40. Magasin d’un quartier chic, détail qui aura son importance.)

PTE RESERVE DU MAGASIN – INT.LUM ARTIFICIELLE
Ambiance lumière de type néon.

Derrière le bureau, la responsable du magasin, sèche trentenaire sur-maquillée feuillette une pile de CV. En face, est assise sur un tabouret Anna, vingtaine blafarde au dos courbé. Avide d’une réponse elle fixe la responsable en gigotant nerveusement son pied gauche et cache ses mains sous ses cuisses. Elle est mal à l’aise sur l'objet bancal de fabrication suédoise a monter en kit. Au bout de secondes. La responsable pose les CV et prend distinctement celui d'Anna.

LA RECRUTEUSE :
"Ton intérim dans mon magasin s'est plutôt bien passé et ta candidature est parfaite. T’as le bon profil. Mais pas pour ce magasin, je vais la transmettre à ...[succursale d’un centre commercial de banlieue] pour un poste de vendeuse. Mais je te préviens Anna, va falloir que tu changes de fringues. Tu vends du vêtement, faut être un peu mieux sapée. Et puis faut que tu parles mieux aussi. C'est quoi ce langage ? Et puis assis-toi correctement. Tu ne sais pas t’asseoir. T'es toute courbée."

Silence. Anna redresse sa posture et reste figée quelques secondes. Puis, son visage se décontracte. C’est bientôt un large sourire qui illumine son visage. Elle peine à trouver ses mots, le souffle coupé.

ANNA :
"Oh Merci ! Merci ! C’est vrai, je vais faire des efforts ! Merci !"

Anna est heureuse pour la journée. 1 h et 45 minutes de RER plus tard, la voilà chez elle qui annonce la bonne nouvelle : Si tout se passe bien et à la seule force de sa soumission d'ici 10 ans, elle aussi aura droit de mort et d'embauche sur plus faible qu'elle.

1 commentaire:

PrivateJoker a dit…

La bonne question est : oui et alors ?
Le problème n'est pas la pauvre jeunette qui accepte la soumission. Et c'est filer de fausses excuses que de se pâmer avec un "c'est la faute à la téléréalité" : on s'en tape complètement, que chaque époque (décennie ?) innove dans les contraintes mentales à base de TV. Je suis né la même année que toi : quand on avait 20 ans, c'est le discours faussement cool-mais-anti d'AnalSuss qui nous a bourré le mou.
Si la jeunette accepte d'être soumise, c'est qu'elle est en face d'une moins-jeune qui veut la contraindre à faire quelque chose. Et que toutes les 2 y trouvent un intérêt... Tout comme la cheftaine a commencé en suçant (virtuellement, hein, c'est l'avantage de ce système : les esclavezalarié-e-s y sont propriétaires de leurs corps) ses supérieur-e-s de l'époque. Parce qu'il y avait un intérêt pour elle comme pour eux ou elles, mais que ces dernier-e-s représentaient tout de même une figure d'autorité.
Il y a donc 2 choses à voir dans la situation que tu nous montres : pourquoi la jeunette et avant elle la cheftaine et avant elle beaucoup d'autres peuvent représenter une figure de pouvoir ? Parce qu'il peut m'arriver de m'abaisser dans mon taf de tous les jours, mais pas devant n'importe qui et pas n'importe comment, or quand j'étais jeune c'était pareil - pour ne prendre que mon exemple. Par contre, quand tu veux chopper ta "première vraie expérience professionelle", il est vrai que t'as tendance à raconter n'importe quoi à la personne en face pour être pris : mais c'est point forcément de la soumission de mentir, si ?
La deuxième est : quel est le problème que tu veux vraiment développer par rapport aux trentenaires ? C'est parce que t'es arrivé à la moitié de cette tranche d'âge que tu lui rentres dedans avec autant d'assiduité ? Faut pas déconner, il ne sont ni mieux ni pires que les autres, et les explications que tu développes sur ton blog (j'ai fini de le lire & voir & écouter ce soir) me semblent particulièrement alambiquées : puisque c'est une génération sacrifiée, comme tu sembles le penser, pourquoi ne pas la voir que comme des pauvres con(ne)s plusqu'anodins dans le renouvellement d'une pyramide des âges du capitalisme, et passer à un autre sujet ? Franchement, j'ai l'impression que cette décade-nce n'en mérite pas tant, mais je peux me tromper : à toi de me le montrer...

PS : pourrais-tu activer la fonction "derniers commentaires" sur ton blog, STP, c'est mieux si y'a d'la participation. :-)