samedi 7 juillet 2007

vendredi 6 juillet 2007

FRANCE : ETAT DES VIEUX

Couches Téna, fixation de dentier, convention prévoyance, appels à embaucher les quinquagénaires : Plus qu’une balade dans n’importe quelle rue de mon beau pays, dix minutes de publicités télévisées sur chaîne nationale permettent d’en apprendre beaucoup sur la sociologie et l’état des articulations de l’endroit nation : C’est un pays de vieux.

Sur les écrans de télévision, entre les crétins incultes de Secret-Story et les retraités qui ne se savent plus quoi faire des trente années qui leur reste à vivre, il n’y a rien ou pas grand chose condensé en un terme séduisant : la ménagère de moins cinquante ans.

Je ne suis pas loin de penser que c’est la réalité du moment. Où sont les gens de vingt à quarante ans ? Je parle de ceux non asservis à la doctrine Sarkoziste : travail, reproduction, emprunt, propriété, repos télévisé et travail encore puis mort, toute étape taxée. Partout où je vais dans ce pays dynamique de France je ne vois que vieux et rides, bonne conscience du troisième âge, mépris profond de la jeunesse dans tout ce qu’elle véhicule idéologiquement, morale du travail accompli par des gens bullant du matin au soir. Certes, il reste quelques poches de molle résistance, quelques villes universitaires, des centres élitistes, plusieurs régions de l’ouest et quelques quartiers marginaux mais c’est bien peu. Nous sommes submergés par la vieille vague. C’est elle qui vient de prendre le pouvoir. Et pour bien plus que cinq années.

Alors pour le reste - révolution, réforme, espoir de rénovation en général - on peut attendre vingt ans pour que, un, les vieux d’aujourd’hui ne soient plus qu’un souvenir et, deux, que la prochaine génération - celle de ceux, nombreux, actuellement en poussettes - pourrie par des parents sans QI, brise ses chaînes*.

* sous réserve de non-lobotomie en bas âge par overdose de radiations TF1.

mardi 3 juillet 2007

SENTIR LE MELON

Douce journée du mois de novembre occupée à la confection d’un Tiramisu comme symbole de mon affection à mon aimée éloignée me retrouvant en fin de journée. Plus tôt dans la journée, expédition à l’Intermarché du village d'à côté J'y détecte un attroupement de pétasses bourgeoises reniflant chacune leur melon autour du bac à promotion.

Le reniflage du melon en supermarché est un de ces derniers rites sociaux unissant classes, sexes, âges et origines régionales de mon pays dans un même geste quasi ancestral dont chacun des sujets s’y soumettant ne peut démontrer la validité scientifique ni même expliquer simplement le principe. Comme la nouvelle saison de Grey’s Anatomy ou l’abolition ou pas de la peine de mort, c’est comme ça parce que c’est comme ça, un melon ça se renifle. Moi j’avance fièrement mon cabas au bras et me dirige en conquistador vers le bac à melons. Je tends mon bras tel Néron prêt à sceller le destin d’un gladiateur estropié et saisi fermement le premier fruit rond me tombant sous la main. Silence. Les pétasses me fixent horrifiées. Comment ? Il n’a pas senti le melon. Hérésie ! Sorcellerie ! Le fou ! Le con ! Pire que ça, il n’est pas comme nous !

- Oui, et tant mieux.

Le melon était excellent.

LA FIEVRE DU BETON

Je rentre dans mon village par les petites routes périphériques encombrées des véhicules des touristes européens. Où sont les Français ? Probablement sur le chantier de leurs pavillons. C’est que ces vieux là, qu’ils aient trente ou soixante-dix ans, sont pris depuis trois ans d’une hystérie bâtisseuse que la promesse sarkozienne de déduction fiscale sur les intérêts d’emprunts a ravivée d’un cran. Ils construisent, font, refont, décorent et re-décorent encore. On ne peut plus faire trente mètres dans un coin de ce pays sans se heurter à une pancarte permis de construire, sans devoir contourner un chantier, éviter une bétonneuse et ses maçons polonais. Les agrégats formatés de parpaings gris s’enfilent à l’horizon de ce qui fut il y a encore quelques années des champs. A la place des vaches, ces merveilles de constructions beiges à la Française dont la laideur d’ensemble le dispute au souci d’originalité dont chacun de leurs nobles propriétaires à crédit fera preuve bien à la vue de ses voisins dans le peu de marge et avec le maigre sens esthétique lui restant. Qui de ses volets fuchsia, qui de sa fontaine en plâtre rouge, de sa collection de nain de jardin, de son étage en verrière ou de son salon d’hiver en faux marbre avec panneaux solaires ! Autant de perles décoratives qui font de ces pollutions immobilières des atrocités non biodégradables empiétant inexorablement sur des terres vierges, car le Français, même le plus soucieux d’écologie, au même titre qu’il lui paraît inconcevable de ne pas se reproduire, Le Français donc, cette contradiction faite peuple, veut faire construire. Tradition aristocratique oblige. Et puis à longueur de spots, on lui dit que c’est bien d’acheter même, et surtout, sans rien. C’est tendance. Cela correspond à un cycle économique qui après l’automobile, la bourse et les nouvelles technologies fait du bâtiment et de la banque les fer-de -lance de tout un pays. Alors Le Français construit pour des raisons diverses : parce qu’il ne peut pas louer ou parce qu’il va pouvoir revendre, parce que les taux d’intérêts sont bas ou parce qu’il va faire une bonne affaire, il bâtit, il refait, il s’y croit, il s’y plait. Et tant pis si tout ça, une fois que ça sera construit, refait et que tous seront propriétaires, si tout ça ne vaut donc mathématiquement plus grand chose puisque tout le monde l’aura. En attendant, c’est bien du terrain immaculé depuis la nuit des temps qui est ravagé.

Une fois les cent maisons atteintes par zone pavillonnaire, celle-ci n’attend plus que son centre commercial avec parking de trois cents places. Une fois le centre commercial construit, il faut le relier à l’autre zone pavillonnaire par souci de rentabilité. La construction d’une rocade est envisagée. Trois ans de laborieux chantier plus tard, ca y est, elle est faite. Des bouchons du matin au soir. On se rend compte vite qu’elle ne suffit pas. Il faut en construire une autre. Entre les deux rocades, il reste du terrain en friche et, suprême hérésie, non construit. On y amalgamera à la va-vite une ZAC en tôle avec produits chimiques qui fera la fierté des locaux et remplira de ses multiples taxes professionnelles collectées les caisses de la municipalité. On dresse des pylônes électriques car il faut alimenter tout ce beau monde. C’est que les nouveaux temples sociaux poussent comme des champignons en bordure d’agglomération. Ils sont avides d’électricité. Ils s’appellent Leroy-Merlin ou Bricomarché. Le Français - toujours lui on le retrouve des que ça sent la peinture neuve - s’y rend en pèlerinage quotidien sa bible à la main : le catalogue du mois en cours. Les parkings de ces camps de concentration volontaire sont gavés avant même l’ouverture du rideau de fer jusqu’à la clôture des caisses, toutes les heures de la journée tous les jours de la semaine et le dimanche avec. Le reste du temps entre quelques heures de travail salariées et facultatives pour les rares Français n’étant pas encore retraités et parce que, en gros, tout ce qui n’est pas lui lui fait peur, il refait son intérieur à la perfection dans le respect des commandements amicaux des émissions déco d’M6. Il en sera blasé la saison prochaine mais bon, jusque là il sera à la fois tendance et original sans que cela lui paraisse antinomique, ni à lui ni à son voisin ni à celui d’après, d’à côté et de l’autre bout du pays.