vendredi 27 février 2015

Paris ville ouverte (à AirBnB)


Ça fait cinq ans que la Mairie de Paris répète qu'elle agit contre le boulet de la pied-a-terrisation de la capitale. On peut légitimement penser que recevoir avec tapis rouge et macarons sous les ors de l’hôtel de ville  Brian Chesky est, au minimum, une boulette de 'com. Avec son site AirBnB, le trentenaire américain a accéléré comme personne un business de la location courte durée et de la sous location totalement opaque éjectant des milliers de jeunes et de revenus modestes ou moyens du marché locatif parisien. 

Rappel.

Il y a quatre ans, je commençais à mettre les mots sur ce que j’observais dans mon quartier : un changement complet de population en rotations de plus en plus courtes et fréquentes, avec des vagues de CSP+ à Delsey sur roulettes, des teufeurs à Redbull et de la viande saoule réassortie tous les trois jours en moyenne. Il s’agissait des premiers effets pervers du succès d'AirBnb à Paris. Le site de partage d'appartements ne faisant qu’amplifier à l'année et faciliter un phénomène déjà préjudiciable pour les aspirants locataires locaux : la location de meublés à des touristes. En deux ans, l’immeuble du quartier Odéon dans lequel j’habitais s’est quasi intégralement transformé en hôtel, taisant son nom, avec le catalogue des nuisances attenantes : bruit à toute heure, poubelle dans les couloirs et… extermination de l’offre locative traditionnelle dans une zone où la demande est pourtant forte.

Mettez-vous à la place du proprio. Pourquoi ne gagner QUE 1200 euros par mois avec un deux-pièces quand on peut en gagner 4000 et en garder l'usage un week-end sur trois (sans passer par la case fisc, le tout payé sur internet et sans visite) ? 

A l’époque déjà, la mairie de Paris s'engageait à renforcer les contrôles avec ses…. 10 agents pour 20.000 logements.  Quatre ans après, le nombre de logements concernés a presque doublé, le nombre d'agents est resté le même. Le Figaro évoque une quinzaine de condamnations en 2014. Houla, ça fait trembler. Je comprends mieux l'urgence de recevoir le patron d'AirBnb pour rassurer les multiproprios bailleurs : "N'ayez pas peur, on vous aime quand même. Vous allez continuer à vous engraisser grâce au ricain."

(Sens-tu sur ce cliché la détermination du premier adjoint de la Mairie de Paris à lutter contre la location touristique abusive et l'explosion des prix du locatif dans la capitale ? source : France24)

Certes des mesures ont été prises. En fait une principalement. Paris imposera désormais aux propriétaires transformant leur bail locatif en bail commercial (encore faut-il faire cette démarche, ou être contraint de la faire) de financer la surface équivalente en habitation dans le même arrondissement. C'est déjà trop tard dans le centre de la capitale : 'apu de place. A l'occasion de la visite du wonderkid de la rente locative, la mairie parle d'un arrangement avec AirBnb pour que le site (enfin ses clients) s'acquittent des taxes de séjour. Sans dire combien ni quand. 75 centimes par transaction ? Peut-être 30 ? Peut-être même 0 va savoir, faudrait voir à pas terroriser les touristes non plus.

Étonnant. La Mairie de Paris si fière de pousser de la gueulante contre Fox News et ses No-go-zones imaginaires lèche aujourd'hui les Sketchers de Chesky qui, lui, est un vrai générateur de zones interdites à l'habitation pour les parisiens. Elle lui offre au passage un spot publicitaire géant. Merci Paris. Pas de doute, Paris devient peu à peu un quartier de Disneyland, ou de Pompéi,  avec des vieux possédants et des familles de touristes ra-vies de vivre "comme à la maison" l’authenticité d'une ville qu'elles contribuent à détruire.

Pour les familles, il reste le RER, station pétaoschnock, avec le dernier mp3 des Enfoirés chié dans les esgourdes pour patienter entre deux pannes.
Le jeune patron pas con s'en vante d'ailleurs tout sourire : Paris est désormais son premier marché  avec 1.8 millions d'"invités" (pour 2 millions d'habitants). Il annonce une grosse fête dans la capitale en novembre pour célébrer le succès de sa start-up (que j'imagine fiscalement optimisée aux petits oignons pour que la France n'en récolte pas un fifrelin). 

Telle ma municipalité du tutelle, je serai intransigeant et exigerai l'heure venue, avec la plus grande  fermeté, une invitation et un pin's vive AirBnb !


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4 commentaires:

Le Parisien Liberal a dit…

En meme temps, Paris et la France recoivent deja 70 millions de touristes par an (on est 65 millions d'habitants°. Tu pensais qu'ils iraient tous dormir sous une tente ?

Klaus Toujours a dit…

Le témoignage d'une airb'n'biste lu dans le mag du Monde

« Au bout d’un moment, j’ai commencé à trouver l’expérience moins amusante, reconnaît Myriam, 37 ans, une documentariste célibataire qui sous-loue son 35 mètres carrés. Je me suis parfois retrouvée à 22 heures en bas de mon immeuble, valise en main, après avoir fait disparaître toute trace de moi dans mon appartement. D’autres allaient dormir dans mon lit… Même si on sait pourquoi on aboutit à cette errance, en l’occurrence pour 70 euros la nuit, c’est un peu déstabilisant. »

C'est beau le nomadisme 2.0 :b

Deliriumbear a dit…

Merci pour l'info _qui est bizarrement passée très en-dessous des radars.
Je ne vis pas à Paris mais la situation reflète bien le délire actuel qui est de prendre la situation à l'envers : pour éliminer la pauvreté (ou le chomâge, ou tout autre sujet sensible et interchangeable), eh ben supprimons les pauvres ! C'est plus simple, hein quand même.

Anonyme a dit…

Heureusement qu'il y a des blogguer qui dénonce cette pratique.
Nous pourrions Presque dire que Paris est condanée à être bouffer par AirBnB et que les parisiens ne pourront plus si loger et doivent s'éloigné en proche banlieue mais là encore AirBnB commence à s'y installer aussi.
Je vis à Aulnay-sous-Bois, ce n'est pas une ville touristique pourtant.
Et bien tout de même, il y a de plus en plus de logement AirBnB et le phénomène prend de plus en plus de place. si ça continue, même en proche banlieue nous ne pourrons plus y loger normalement.
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