lundi 15 septembre 2014

Vers le ras-le-bol social ?


On a trop malmené François Rebsamen. Et s’il avait, avec son ball-trap sur chômeurs capté l’humeur du pays ?, comme Moscovici l’année d’avant avec son ras-le-bol fiscal partagés même par des non-imposables.

De plus en plus, j'entends cette rengaine (hier encore au hasard de deux conversations avec des gens totalement dépolitisés, bref anti-socialistes) : "Les chômeurs sont trop payés et ça ne les incite pas à reprendre un boulot". Ça ne vient pas de patrons geignant pour que le gouvernement leur oigne encore le corps de quelques ors, mais bien de simples salariés qui ont souvent (mais quelle famille n'en a pas) des chômeurs dans leur entourage proche.

La connerie crasse serait-elle en train de triompher ?

Une récente étude du Crédoc tendrait à le prouver. 

Attention ça raye le cerveau :

- 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont pas fait d'effort pour s'en sortir. (25 % en 2009). (L'argument génétique n'est pas encore invoqué, mais c'est pour bientôt).

- 53 % considèrent que le RSA n'incite pas les gens à travailler (31 % en 2009). (Et là je proteste : 509 euros par mois, ça ne te permet même pas d'acheter une moitié d'Iphone6 te permettant d'accéder au statut d'être humain)

- 63% pensent que l'aide apporte aux familles très modestes est suffisante (31% en 2009).  (Et si on pouvait en lapider quelques-uns en place publique, ce serait bon pour le moral de la collectivité).

- 64 % pensent que, s'ils le voulaient, les chômeurs pourraient retrouver un emploi. (Et gagner au Millionnaire).

Avec des scores pareils, ce n'est plus seulement l'expression des riches. Au lieu de renforcer les solidarités, la baisse du niveau de vie renforcerait la haine de l'autre, et la recherche de boucs-émissaires. 

La-dessus le discours du Medef servi en trois-huit télévisé imbibe les esprits : la pauvreté, c'est la faute aux pauvres, comme le chômage est la faute des chômeurs, patron = dieu à qui faire quotidiennement des offrandes. Nous ne sommes même plus au niveau de la réduction des idées, mais du court-circuit de neurones via la boite de dérivation du sens critique TNT-TF1-CdansLair. 

Face à cet océan de connerie due à un arrosage médiatique massif de la doxa libérale conduisant les  victimes à épouser la logique de leurs bourreaux, répétons quelques évidences :

1 / Ne sont indemnisés que les chômeurs qui ont assez cotisé (en langage libéral, on appelle ça une assurance). Ce qui nous en dégage une bonne moitié déjà.

2 / Les aides sociales perçues par les familles en difficulté sont, par définition, quasi intégralement reversées dans la consommation de survie (boire-manger-rester propre). A ce titre, on pourrait presque affirmer (allez on l'affirme) que des boites comme Carrefour ou Auchan vivent en grande partie grâce à ce transfert d'argent public via la poche des pauvres. (L'autre partie étant le fruit de leur  optimisation fiscale performante).

3 / Admettons même que certains chômeurs ne soient pas incités à retravailler. N’est-ce pas en raison des salaires de merde qui leur sont proposés ? (Quand il y en a un d’ailleurs, souvent il faut sortir de sa poche pour bosser, c'est sûr que suivant l'équation temps pour soi = richesse, ça calme sec). Le problème n'est pas celui de l’indemnisation trop haute (la supprimer accélérait la paupérisation française donc la chute de consommation, donc la chute de l’emploi, donc le chômage) mais la trop faible rémunération du travail ! (Rappel : ne pas confondre avec la rémunération du capital qui elle augmente). Note : Quand je sors cet argument face à un salarié "outré" par les chômeurs feignants, il m'oppose souvent un : « - Oh bah euh…mais…euh…mais c’est vrai t’as peut-être raison » alors que je perçois sur son visage sa difficulté à rechercher une réplique efficace parmi les milliers d'heures de programmes télés qu'il a bouffés. 

Ça devient (presque) comique quand, en grattant un peu, je découvre que ces salariés moralisateurs sont déprimés par un boulot qu'ils n'aiment pas, où leur salaire s'est transformé en remboursement de crédits, quand il ne sont pas harcelés. Certains chérissent le fantasme de se faire virer pour monter leur entreprise, partir en Angleterre ou en Australie (parce qu'ailleurs ils ont tout compris eux) ou encore de devenir fermier macrobio avec maison d'hôtes à la campagne (une fois leurs indemnités empochées bien sûr, 99% de moi-même pensant que ce scandaleux salaire, même faible, ne les incite pas à avoir le courage de quitter leur boulot).

Bien sur, on attendrait d'un gouvernement socialiste même et surtout impopulaire, qu'il profite au moins de cette défiance pour réaffirmer quelques principes de solidarité et œuvrer pour les plus démunis, et non surfer sur cette vague de rejet des solidarités. Ce ne serait même pas du courage, juste le respect de son programme.

Mais ceci est désormais une utopie.  


23 commentaires:

Gauche Decombat a dit…

Bravo ! il fallait que ce soit dit ! euhh... écrit !

Politeeks a dit…

le truc maison bio, ça sent le vécu . Tu connais quelqu'un dans ce cas ? ça me semble en effet courant au vu de ce que je vois.
Mais si on supprime des RTT,jours de congés : qui va en souffrir le plus : ceux là , les gens du tourisme pas trop cher.

Jeannedau a dit…


J'adhère .
Les média (boites à formatage) sont complices et ça marche !

Gilles Wittezaële a dit…

Vers le ras-le-bos social ?
Me semblait qu'on y était déjà...

jian khan a dit…

"509 euros par mois,"

459€ plutôt (testé pendant 3 ans après un accident).
509€, c'est quand tu es à la rue.
Quand tu as un logement, payé ou hébergé, on t'enlève 50€ d'office, parce que tu as un "toit", et là, vaut mieux avoir un logement à VRAIMENT pas cher, sinon c'est impayés de loyers,et expulsion, et là, t'as intérêt d'avoir de VRAIS amis, sinon c'est la rue.
Et va t'en sortir et commencer à travailler (si c'est possible) avec 459€ quand tu en retire le loyer, internet et téléphone (heureusement que free est passé par là, 2€), la bouffe spartiate merdique, l'énergie (qu'avec les "nouveaux modes de calculs que tu n'a quasiment plus de réduction tpn) et les frais qu'engendre la reprise de travail. Un enfer.
Sachant qu'au bout de quelques mois, voire trimestres pour les plus malchanceux qui ne s'en sortent pas, tu commences à accumuler de la dette (l'état y'a pas de souci, un particulier c'est autre chose...).
Alors oui, avec le rsa, il y a des aides pour le transport et la cmu, mais au final on a pas un rond pour manger correctement et rien pour avoir un minimum de vie sociale comme aller boire un demi avec des amis, rien à amener quand on est invité chez les mêmes amis etc.
Un paria, stigmatisé à te donner envie de tuer tout ce qui marche sur deux jambes parce que toi, le mec au rsa, tu vis au crochet de la société et de l'impôt des honnêtes travailleurs qui se lèvent tôt et travaillent dur pour gagner leur pain, avec PLEIN d'aides qui te font avoir un train de vie qu'il est mieux que le smicard.
De Gaule disait "peuple de veaux". De mon vécu, c'est plutôt "peuple majoritairement d'enculés" (pardon, mais faut que ça sorte), à accepter le principe de -celui qui est plus pauvre ou dans la merde la bien cherché voire s'y complait, aime ça et en profite.

Faut être sacrément dur pour supporter la vie au rsa, ou accepter de le devenir, à un point parfois d'en haïr tout le monde.

neko a dit…

Un article dont la seconde moitié résume bien la pensée, compréhensive et, je pense, éclairée, à laquelle je tente de m'accrocher du haut de mes 19 ans… mais dont la première moitié résume hélas fort bien ce que de plus en plus de membres de mon entourage pensent (sans parler de ce que les interventions médiatiques du FN rajoutent là-dessus). Ça me rappelle l'argument de mon père : « T'en vois dans les HLM, ils foutent rien de la journée, et quand tu vas chez eux tu vois les télés à écrans plats et les gamins qui jouent aux jeux vidéo ! Et nous on trime, on bosse dans le froid, et mon salaire ne nous donne pas beaucoup de marge si jamais il devait nous arriver un pépin dans la famille ! » Ambiance. Où est l'espoir en France ?

Anonyme a dit…

"Si vous n'êtes pas vigilents, les médias parviendront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment" Malcolm X

Asclespios a dit…

Et ça n'est que le début.Si ça passe(et je ne vois pas pourquoi ça ne passerait pas) il faut s'attendre a bien pire.l'ultime étant de supprimer les congés payés -entre autres joyeusetés- ainsi on ne sera plus embêtés par tous ces prolos sur la plage en juillet et en août ,non mais...!

Anonyme a dit…

Le socialisme est malheureusement un concept vidé de son sens, une étiquette politique sans signification précise. On peut ainsi se réclamer du socialisme et mener une politique ultralibéral comme si cela n'était pas antinomique. Quant à la bêtise humaine, elle n'a aucune limite. Sarkozy lui avait déjà considérablement permis de s'exprimer à son époque. On en revient à la même antienne : les plus fragilisés méritent leur sort car ils n'ont rien fait pour changer leur destin et il convient de mériter sa vie en travaillant plus (si on vous l'autorise) pour gagner plus. Nous appliquons les principes du darwininsme social ou les "plus faibles" ne méritent qu'une chose : l'élimination.Rien n'a changé. La France est un pays extrêmement conservateur et nous pouvons parier que Jésus De Nagy Bocsaï saura comment se positionner pour reconquérir le pouvoir et nous faire vivre un autre cauchemar. Le PS avait une chance qu'il n'a pas su saisir. Il n'y aura probablement pas d'autre président socialiste avant longtemps.

bobcestmoi a dit…

je propose comme légende de ton illustration

Faut-il supprimer le MEDEF , cartel inutile et même nuisible

C Politweets a dit…

Oui, le 06 Mai 2012, c'était le bal des cocus...

Anonyme a dit…

Que de vérités !!! Personnellement, nous vivons avec 706 € par mois pour 4 (2enfants) suite à ma demission de mon emploi de travailleur social.
Je suis bien plus épanouie depuis que je suis un "pauvre" car disponible (physiquement et psychologiquement) pour mes proches et pour moi accessoirement.
Avant j'étais un "pauvre travailleur" mais ça c'était avant !
Et bien, en changeant mon statut,je m'aperçois que je suis moins dans le besoin que lorsque je bossais à aider des personnes dans le besoin ...
Quelle société étrange !!! Il est vrai que ce pays est bien munie pour les demunis, mon frigo est plein et mon loyer est en partie payé par les diverses aides (CAF,secours populaire,...) !
Je suis heureux aujourd'hui car je vis de rien, alors qu'avant je ne gagnais pas grand chose et perdais ma santé mentale pour finir dans le rouge écarlate à la banque et me priver de tout.
Grâce à mon ancienne condition, nous a vous appris à nous serrer la ceinture et à vivre de peu (mais de l'essentiel).
Du coup, je ne vois pas de différence entre hier et aujourd'hui.
Travailleurs pauvres, éradiquez le travail et vous seraient toujours pauvres mais heureux car plus libre.
Le bonheur est aussi difficile à atteindre qu'un bon salaire dans ce pays ...
À vous de choisir vos priorités!
Je ne compte pas rester dans cette situation et je debute bientôt une formation en cuisine.
Je ne suis pas un profiteur du système mais quelqu'un qui profite de la vie !
NE PERDEZ PAS VOTRE VIE À ESSAYER DE LA GAGNER !!!

Anonyme a dit…

"Faut-il supprimer le MEDEF , cartel inutile et même nuisible..."

J. M. Le Pen, pour une fois bien inspiré, disait que le le CNPF, ancêtre du MEDEF, était un "ordre mendiant"...

cdg a dit…

Desolé mais je vias devoir faire l affreux de service. Oui,, il y a des chomeurs trop payé. J ai ete moi meme au chomage et j estime que toucher plus de 2000 €/mois c est trop. On ne devrait pas avoir plus du smic car vous avez des gens qui travaillent pour ce prix. D aileurs l argument de l assurance est completement bidon, car l assurance choamge est en deficit permanent (et je suppose renfloue par le contribuable maintennat ou a terme (dette))
J ai d ailleurs un exemple dans ma famille qui illustre bien le probleme: sachant qu il ne trouvera jamais un travail aussi bien paye que celui qu il avait, la personne en question va tout faire pour rester le plus longtemps nourri par pole emploi.
A titre personnel, c est difficile de le lui reprocher. il ne fait que ce qui est optimal pour lui: il gagne plus a rester a la maison qu en allant travailler. Et il ne pourra jamais avoir un salaire tel que celui qu il avait (il avait d ailleurs un tel salaire car il ne travaillait pas en france). Par contre il est evident qu au niveau de l etat, ce type de comportement ca fait mal ...

Abdel Housni a dit…

Salut,
Comment tu veux que des gens qui aiment KohLanta en arrivent au même raisonnement que toi ?

Les gens aiment les winners...même si c'est du mythe, voir surtout si c'est de l'arnaque.

edgell oliver a dit…

Hollande ne peut pas mener d'autre politique en restant dans l'Euro tel qu'il est. L'Allemagne ne veut pas changer les statuts de l'Euro, alors il faut sortir de l'Euro, mais la majorité des français ne veut pas sortir de l'Euro.

jian khan a dit…

LA majorité des français ne savent pas ce que sont l'union européenne et l'euro, à part ce avec quoi on leur a bourré le crâne.

Anonyme a dit…

Oui, de plus en plus de gens sont égoïstes ou ont peur du petit chef dans les entreprises. C'est plus facile de s'attaquer aux faibles. Pourtant c'est la galère d'être au chômage. 0 Pole emploi on rabaisse les gens et ça coûte cher de chercher du boulot. Les politiques qui nous gouvernent sont des escrocs ou bientôt des fachos. J'ai crû temporairement à la 6ème République du FdG mais à quoi sert-elle si on reste dans l'Europe. J'ai le cœur à gauche mais la raison fait que je regarde de plus en plus vers l'UPR qui explique pourquoi et comment sortir de cette Europe. Leurs explications sont plus logiques et les faits semblent leur donner raison.
A bientôt de vous lire

Anonyme a dit…

3000 euros devrait être le montant du salaire minimum. Avec 2000 euros on ne va pas loin.

BA a dit…

Aujourd'hui, un sondage est très révélateur sur l'état d'esprit des Français.

Malgré le buzz actuel, les Français ne sont pas amnésiques.

Les Français se rappellent de la catastrophe qu'a été le quinquennat Sarkozy.

Samedi 20 septembre 2014 :

61% des Français désapprouvent le retour de Nicolas Sarkozy.

Après l'annonce par l'ancien chef de l'Etat de sa candidature à la tête de l'UMP, 35% des personnes interrogées disent ne pas approuver "du tout" cette décision et 26% "pas vraiment".

Elles sont en revanche 17% à l'approuver "tout à fait" et 22% "plutôt".


A la question "Souhaitez-vous que Nicolas Sarkozy soit candidat à la présidentielle de 2017 ?"

63% des personnes interrogées répondent négativement (41% "pas du tout", 22% "pas vraiment"),

37% sont d'un avis contraire (17% "tout à fait", 20% "plutôt").

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/ump/60-des-francais-desapprouvent-le-retour-de-nicolas-sarkozy_1577786.html

melvyn a dit…

cdg,
Quand on touche 2000 € de chômage c'est que l'on a cotisé beaucoup avant... Vous pouvez calculer combien il faut gagner pour avoir 2000 € de chômage et donc les cotisations et imposition qui vont avec. Sur ces salaires là, l'étât n'est pas perdant...

Saturn Pilpoil a dit…

Il vous reste encore du chemin à parcourir avant de constater comme notre PR que sa réflexion de 1968 n' a plus rien à voir avec celle d' aujourd'hui .
Vous voulez sortir de la misère ? En êtes vous certain ? Si réellement vous voulez vous en tirer ; alors : LES JEUX OLYMPIQUES DU TRAVAIL page :
http://duboulotagogo.canalblog.com/
A vous de voir et faire ce que vous avez à faire , mais de le faire vite ...

Breizhfox a dit…

Bon texte - comme d'habitude -.

Ce sont généralement les salariés à faible revenu (SMIC +10%) qui jalousent les chômeurs.
Car ils font leur 35h/semaine pour un confort pas tellement plus agréable.

Par contre, je répète à ces travailleurs pauvres qu'ils ont l'avantage d'être ambitieux (donc la perspectives de toucher un meilleur salaire à terme) et d'avoir la possibilité de s'épanouir.

Moi ce qui me gène dans ces discours d'aide/pas d'aide c'est le manque d'ambition de certains français qui "par calcul" préfère refuser des heures sup' ou des évolutions de postes parce que -vous comprenez - ça va faire perdre tel aide/APL ... payer X impôts en plus.

A mon avis un mauvais calcul car ils n'ont finalement comme perspective à terme qu'une augmentation des aides de l'état (peu probable) ou de gagner au loto (un peu plus probable).

Mais je les plaints sincèrement ces personnes.