lundi 7 octobre 2013

L'Amazon anti-loi


Amazon c’est très bien toussa, y a beaucoup de références, c’est merveilleux, ça va sauver la lecture. 

Arrête ami libéral, tu vas en mettre partout.

Amazon ne sauve rien du tout. Amazon c’est de la grande distribution qui se contrefout de ce qu’elle vend (Condorcet, des couches-culottes et du cassoulet) et des conditions dans lesquelles elle le vend. Quand à la diversité des références, on va se calmer aussi. La compagnie commande comme ailleurs ce qu'elle n'a pas en stock. Et, à cette vitesse de destruction de la concurrence, Amazon risque de devenir le seul distributeur de livres en France, et là on en reparlera du "choix".

Amazon traite ses salariés comme de la volaille, contourne le fisc et se permet avec l'argent volé dans la poche du contribuable d'offrir les frais de port au consommateur. Celui-ci se fait avoir en applaudissant. En tant qu’auteur, le site me met en conflit avec moi-même, vendant parfois mes bouquins moins cher que l'éditeur, pour un retour opaque. 

L'avantage indéniable d'Amazon, c'est l’accès aux livres dans les coins isolés. Là, il ne faudrait peut-être pas oublier que La Poste (oui ce service public "offert dans le prix") est donc pour beaucoup dans le succès d'Amazon et qu'il est malhonnête de sa part d'en gommer le tarif. Précisons aussi qu'il y a d'autres sites 100% français.

Amazon cause un préjudice énorme aux petits libraires. Le métier est en danger et s'adapte. Il y a une carte à jouer en proposant au client tout ce qu’Amazon n'offrira jamais : du conseil, de la relation humaine, une sélection avec un point de vue, des spécialisations, des rencontres avec les auteurs et la commande par internet aussi. Après tout, les libraires ont accès à un catalogue aussi varié : à vous de demander. Passer un quart d’heure dans une vraie librairie ou passer un quart d’heure sur Amazon, et l'on retrouve cet écart séparant la dégustation de pâtes aux truffes entre potes avec une bonne bouteille et un repas à base de Nuggets à l'huile, arrosés d'un Coca sans bulle, seul au Mac Do.

Donc, contrairement à beaucoup, je trouve très bien ce vote de l'Assemblée nationale contraignant Amazon a ne plus cumuler les frais de port gratuits et la réduction de 5% sur le prix des livres. C'est de la concurrence déloyale. Certes, c'est une goutte d'eau dans l'océan de l'optimisation fiscale de cette compagnie (la solution serait une harmonisation européenne, faisons un rêve), mais c'est un début de rééquilibrage dans une gigantesque entreprise de dumping marchand sur le dos de la culture.

17 commentaires:

Politeeks a dit…

coucou a solution serait une harmonisation européenne, faisons un rêve

TVA le 1er janvier 2015...

cdg a dit…

Personnellement j achete pas mal sur amazon. Pas des livres mais toute sorte de petit truc introuvable ailleurs (souvent par ce que les marchands physiques n ont pas envie de s emmerder avec des trucs qui leur rapporte rien). C est ainsi que je peux reparer du materiel qui sinon ira a la poubelle
Pour les livres, c est plutot a la librairie. Mais je reconnais que c est tentant de commander quand aller a la librarie c est plus d une heure de voiture
Je ne pense pas qu Amazon soit un danger pour le petit libraire qui fait bien son travail. Celui ci continuera a avoir des clients. Par contre amazon est mortel pour les grande surfaces (du livre ou non). La fnac, virgin et autres vont y rester. Et c est pas moi qui va les pleurer, apres tout c est ca le capitalisme et ceux ci n ont pas eut de probleme metaphysique quand iles ont liquides une grande partie des petits commerces

PS: sur le port offert, les libraires se trompent d angle d attaque. Le probleme est qu Amazon defiscalise a fond, pas qu il offre 3 € de port. Sinon c est un peut comme les hoteliers qui se plaignent de booking.com. Il fallait se reveiller avant et faire un site qui offre quasiment les memes fonctions ou lieu d avoir une strategie purement defensive et de compter sur les deputes pour proteger son marche

Stéphane Soumier a dit…

la question n'est pas là. la question c'est qu'on n'arrête pas la marée montante avec une serpillière (tiens, c'est Mc Arthur qui parlait comme ça du communisme). Tu penses sérieusement qu'un seul client va se détourner d'Amazon parce qu'il paiera le bouquin 5% plus cher? Penser qu'on a trouvé l'unanimité à l'assemblée nationale pour surtout ne rien faire, est ahurissant. La vérité c'est que le livre fait, scrupuleusement, pas à pas, toutes les erreurs de l'industrie musicale et que les pouvoirs publics, confits, encouragent l'immobilisme. Tiens, deux jeunes femmes ont lancé Youbooks, solution intelligente de Deezer de la musique, c'est un enfer pour obtenir les droits, Decitre, le libraire lyonnais essaie de monter une librairie virtuelle agrégeant les fonds des libraires, là encore c'est une galère sans nom.
Tu sais, ce qui me surprend dans cette position pavlovienne, c'est que c'est trait pour trait celle des épiciers contre la grande distribution dans les 50s
Ok je fais de la provoc, mais fais gaffe quand même

seb musset a dit…

@StephaneSoumier > Ah ça, que les éditeurs merdent, on est d'accord.

Mais warning aussi sur le numérique. Je suis client chez Deezer, mais je serais bien curieux de savoir combien touchent au final les petits artistes écoutés. Je tente de compenser en allant plus aux concerts, là je suis où va le pognon.

L'auteur, lui, n'a pas se retour possible par la scène. Si on lui vend son bouquin à un prix dérisoire (ça semble être la politique voulue par Amazon pour son Kindle, spécialement avec les jeunes auteurs), il ne lui reste rien, donc à termes : pas de nouveaux livres.

Cette loi ne met aucunement en danger Amazon, ça permet de juste de rappeler la situation de déséquilibre.

Abdel Housni a dit…

Je suis d'accord avec toi Seb, mais quel est la contre-partie ?

La France (au niveau étatique et industriel) a aussi une curieuse manière de voir la concurrence...

Le commerce culturelle est, avec la FNAC ou les grands journaux par ex., un exemple de subvention à peine masqué ou encore dans le secteur de l'énergie à l'époque des privatisations à l'échelon européen : pendant que le pays faisait oeuvre de protectionnisme vis-à-vis des entreprises nationales (privatisées voir EDF GDF Suez etc...) celles-ci rachetaient leurs voisins européens à tour de bras...

Quand tu penses à tout l'argent sale, la corruption et l'injustice que cela produit... pourquoi prendre partie pour l'un plutôt que l'autre étant donné que les perdants et les gagants sont toujours les mêmes ?

Avec Amazon, je vois un point positif, cela va juste accélérer le moment où ce foutu système capitaliste se bouffera lui-même.

ps : je suis belge.

Guillaume JAY a dit…

Ne ferais tu pas l'autruche quand tu dis que " je serais bien curieux de savoir combien touchent au final les petits artistes " sur deezer ? Il est facile d'avoir les chiffres, qui sont misérables : http://www.presse-citron.net/combien-gagne-un-artiste-avec-la-distribution-digitale-spotify-itunes-deezer-cest-lhebdo-musique-et-web

seb musset a dit…

@Guillaume > Je n'avais pas vérifié, mais j'avais lu cet article. Le retour est tout pourri. Au fond, les artistes musique et écrit qui peuvent tirent leur épingle du jeu avec le net sont ceux qui arrivent à créer un vrai lien avec leur audience à travers leur propre site.

MHPA a dit…

Merci, et bravo pour ce billet. Reste toujours le truc de curiosité de l'éventuel lecteur et que les éditeurs se secouent un peu la nouille (où se fédèrent/ Comme ce qui se passe un peu dans ma ville).
Mais c'est une histoire de combativité, et pas de facilité, et c'est un peu aller à rebours de l'avancée du monde comme beaucoup voudraient qu'ils soient, pour ça que moi non plus, si je pouvais comprendre le postulat du billet de Nicolas, j'étais pas non lus d'accord avec celui-ci.
Donc merci, encore.
(Bon, bientôt ce bouquin alors ? Et un autre genre, qu politique? Ou alors tout est décidément politique ?)

Goldy a dit…

Non, cette loi n'est pas pertinente car elle pénalise le lecteur uniquement, pas amazon qui se contrefous de savoir si le lecteur va ou non payer les frais de port.

En fait, il aurait été extrêmement simple de sanctionner amazon, par exemple en l'obligeant à acheter plus chère les livres aux éditeurs.

Amazon achète les livres aux éditeurs à 50% de leurs prix de vente final, tandis que pour une librairie classique on est aux alentours de 70%.

C'est bien joli de faire une loi sur le prix unique du livre lorsque le distributeur à tout le loisir d'imposer ses marges. On aurait obligé amazon à acheter tout les livres à 70%, il n'y aurait sans doute eu plus eu de frais de port gratuit.

Fred Camino a dit…

Les libéraux ont mis la main sur le numérique, leur "liberté" chérie ne fabrique que des artistes survivant dans la précarité.

seb musset a dit…

@MHPA > Le prochain bouquin est évidemment politique, mais pas que. On y parle beaucoup internet, blogs et circulation de l'info. Mais je suis, comme d'habitude, bien incapable de le résumer.

@Goldy > Comme je dis, c'est un début. Ca a le mérite de mettre la lumière sur les pratique d'Amazon. Après ça, le choix est aussi entre les mains du consommateur.

@FredCamino > Tu touches le vrai probleme : la récupération du marché du numérique, Amazon essayant de devenir le ITunes du livre. Leur systeme Kindle Publishing pour les jeunes auteurs est une escroquerie sans nom. Ils se constituent un catalogue en te forcant à vendre à 2 euros ton livre. Genre, "t'voua, c'est du numérique et c'est de l'art", 2 raisons de filer ton contenu pour rien.

babelouest a dit…

Solution : mettre le bouquin virtuel en accès libre, et vendre le volume édité à ses frais. Ou le faire vendre par Lulu qui répercute avec un pourcentage. De toute façon, ce n'est pas avec çà qu'on devient riche, à moins de s'appeler JK Rawling.

internaciulo a dit…

Hello,

je suis quasiment toujours d'accord avec toi, donc je te laisse écrire puisque tu écris mieux que moi, mais là non, donc j'ai fait mon propre article

http://linuxfr.org/users/jean-michel-bertrou-eu/journaux/droite-et-gauche-unies-pour-defendre-la-fnac-face-a-amazon

ça peut être intéressant de voire pourquoi on est pas d'accord

- toi tu te focalises sur amazon que tu n'aimes pas beaucoup

ok c'est ton droit, mais moi je pense que le plus important n'est pas ce que fait amazon mais ce que les autres ne font pas (cf mon article)

- "Il y a une carte à jouer en proposant au client tout ce qu’Amazon n'offrira jamais : du conseil, de la relation humaine, une sélection avec un point de vue, des spécialisations, des rencontres avec les auteurs et la commande par internet aussi."

Tout à fait d'accord, mais cette loi ne va pas le moins du monde aller dans ce sens, c'est pourquoi il faut l'arrêter le plus vite possible et faire quelque-chose de nettement plus créatif.

seb musset a dit…

@babelouest > Mouais. Vraiment pas un fan du gratuit et même du forfait. Si le virtuel doit être moins cher (fabrication et transport en moins), le travail de l'auteur est strictement le même.

Après ça, tu as le don (comme avait fait Radiohead à une époque), ça peut-être intéressant. Tu es obligé de donner pour accéder au contenu, mais tu donnes ce que tu veux.

Tu as également le crowd funding pour le livre. Je vais peut-être faire ça pour le prochain.

Toutatis a dit…

Olivier Berruyer démolit la loi anti-amazon

http://www.les-crises.fr/rachet-deputes-loi-anti-amazon/

moi je le trouve assez convaincant

lateo a dit…

Bah, encore un sujet sur lequel, au fond, je m'en tape.

Je ne peux cependant m'empêcher de remarquer que quand les enseignes type FNAC ont dézingué les librairies, les politiques n'ont pas bougé le petit doigt ; par contre quand amazon menace de flinguer la FNAC, là... ont pousse des cris d'orfraie comme quoi amazon menaceraient les petits libraires. Sans déconner, quelle blague.

Bref.

lateo a dit…

@seb:
le financement participatif c'est bien, mais la préparation n'est pas à prendre à la légère (vu tes skills divers et variés, je ne suis pas inquiet pour toi à ce sujet).

Reste que même bien préparé, ce n'est pas forcément gagné. En tout cas ce serait une expérience intéressante :-)