mercredi 4 septembre 2013

Réforme des rythmes scolaires : Crash-test sur enfants


"- Alors c'était bien ton activité périscolaire ma chérie ?"
" - Oui très. On a mangé des Carambars dans la cour pendant 2 heures"

C'est la rentrée et je vais donc, en tant que parent d'élève en maternelle, je vais m'autoriser quelque avis sur la réforme des rythmes scolaires imposée par le Ministre de l'Education Vincent Peillon et dont j'ai déjà pu, en ce jour de rentrée, apprécier en avant-première nationale le potentiel catastrophique. A Paris, comme on est mieux que les autres, tout a été décidé dans l'urgence (par opportunisme électoral ? Auquel cas c'est con[1]) et dans une belle confusion.

Bon. Je passe sur les activités que l'on m'a fait choisir en juin avec un beau formulaire bourré de fautes d'orthographe, tout cela pour m'entendre dire le 3 septembre au matin que, bah non, en fait je n'ai pas mon mot à dire sur les activités. Je passe sur le second planning à remplir le matin dans la précipitation et requérant un Bac+12 pour sa compréhension. Je passe sur le flagrant sous-effectif dans l'encadrement déjà constaté depuis un an pour les activités hors temps d'école (heure de goûter), plutôt limite en termes de sécurité. Selon le Ministère, 400 nouveaux emplois ont pour buts de développer la scolarisation des enfants de moins de 3 ans à l’école maternelle. Pour La France je trouve ça léger mais bon.

Alors oui, j’entends les "Bah dans mon école, ça c’est bien passé" et autre "faut le temps de se roder", ou encore les "on fera le point dans un an".

Bullshit.

Je vais clore tout de suite le débat. On parle d’enfants ici, pas de mannequins-test dont on va évaluer la disposition dans l'habitacle pour voir comment ils encaissent un choc frontal d'une école à l'autre.

Quant on propose une réforme engageant une telle machinerie avec de telles conséquences, et vu le budget du Ministère en question, cela doit être parfait partout le jour J. Sinon on ne fait rien, et surtout pas des belles phrases sur le bien-être des enfants qui sont visiblement ici la dernière roue du carrosse.

J'avais 3 craintes à l'annonce de cette réforme :

1 / Que le machin tourne à la garderie (avec hausse des accidents)

2 / Que le privé s'insinue dans le marché et qu'il y ait des activités à 2 vitesses, les "nobles" pour les riches et les pourries pour les fauchés. (Sois directement en interne dans l'école, soit via des offres périphériques auxquelles les parents seront bien obligés de recourir si c'est le bazar en interne)

3 / Que l'on allège les rythmes à l'année sans toucher aux 2 mois de vacances d'été (Une vraie galère pour l'ensemble de ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir 2 mois de vacances, dont on me souffle qu'ils sont beaucoup parmi les fauchés susmentionnés).

J'ai le sentiment que nous nous dirigeons à grandes enjambées vers les 3.

Et ce n'est pas faute d'avoir prévenu. Les réunions parents-profs en colère vs. La municipalité fière d'elle ont été particulièrement houleuses. Et visiblement, rien n'a été écouté.

Peillon veut une école plus humaine ? 

Qu'il augmente les effectifs d'encadrement aussi bien pour le périscolaire que dans les classes (avec la présence d'un second adulte pour l'encadrement et le soutien. Toujours selon Le Ministère de l'Education, plus de 1000 emplois seront consacrés au dispositif "plus de maîtres que de classes", qui a pour but de renforcer l’encadrement des élèves dans les zones les plus fragiles. Question : quelles zones ne sont pas fragiles ?).

Qu'il pense également à un réel plan avec un vrai programme pédagogique et des gens diplômés (tant qu'à faire) pour les heures "libres" ainsi récupérées (musique, sport...) au lieu de proposer cette usine à gaz à la carte qui sent le fiasco scolaire à plein-nez et va se résumer dans la moitié des cas (les plus pauvres) à mater Gulli à 60 dans le préau sous la supervision d'un stagiaire.


[1] Ne cherchez plus le principal ennemi d’Anne Hidalgo pour la campagne municipale en 2014. Il ne s’appelle pas NKM mais "réforme des rythmes scolaires".

Illustration: P.Torreton dans Ça commence aujourd'hui de B.Tavernier (1999)

17 commentaires:

Gwendal a dit…

Membre du bureau d'une association culturelle parisienne, j'ai reçu fin mai un email de la municipalité qui en des termes policés et bien administratifs disait la chose suivante :

"On a pas prévu les activités périscolaires pour septembre, vous êtes une asso, vous voulez faire un truc ? Le dépot des dossiers [30 pages de modalités diverses] doit se faire avant le 31 mai prochain"

On était le 20 mai.

Faut pas s'étonner, du coup, quasi-personne n'a eu le temps de préparer quoi que ce soit de potable...

Sophie Horloge a dit…

Je crois qu'on est tous d'accord :-)

Le Monolecte a dit…

Tout à l'heure, dans mon bled paumé au fin fond de la cambrousse, ça a été la ruée des parents pour récupérer les enfants à midi : des bagnoles partout, 2 A/R de plus pour 3 heures de cours... pas très écolo, tout ça.

Cela dit, les communes du RPI ont mis la main à la poche pour financer des intervenants extérieurs. Déjà, il y aura théâtre, des trucs comme ça. Faut dire que vu la taille de nos villages et de nos écoles, on reste très près des élus, les maires, on leur claque la bise au moins une fois par trimestre, on les croise au supermarket, les doléances, c'est directement du producteur au consommateur.

Dans pas mal d'autres bleds autour, ça a l'air d'être l'anarchie la plus complète, mais pas dans le bon sens du terme : des personnels non qualifiés, non formés, sans moyens déployés comme on peut pour de la garderie même pas améliorée.
Et au bout du bout du bout, je sens la facture qui va arriver, sous forme d'impôts locaux.

dedalus a dit…

« Si c'est pas prêt, on ne fait rien, parce que quand même c'est des bout'chous qui vont morfler ». Je te paraphrase, mais je pense que l'idée est là, non ?

Y a juste un tout petit problème avec ce raisonnement, c'est : on fait comment quand l'état présent induit que les bout'chous (pas forcément les mêmes, il est vrai) morflent à donf' ? vraiment, on fait rien tant que tout n'est pas prêt ?

Ça fait dix ans (plus même) qu'il y a urgence sur les rythmes scolaires, avec les élèves en difficultés (c'est-à-dire, en gros, issus des familles les plus défavorisées) qui morflent le plus de la situation actuelle. Vraiment, faut rien faire urgemment, parce que tous les problèmes ne seront pas réglés tout de suite ?

Comme tu dis, on parle d'enfant ici !

seb musset a dit…

Pareil. Témoignage de la banlieue de Poitiers : Pas de cantine prévue entre l'école le mercredi matin et le centre le mercredi après-midi dans la même école. Alors qu'il y en avait lorsque c'était 100% centre => restriction budgétaire démerdez-vous. Trop pratique le trou de 3 heures entre les 2.

Tu le sens le business des activités parallèles (en auto entreprise bien sur) qui va se développer ?

seb musset a dit…

@Dedalus > On verra. Mais là, c'est bien parti pour
1 / Ne rien résoudre du tout et les laisser aussi fatigués qu'avant 2 / Dégrader la situation.

Ce truc est décidé à moitié et appliqué au tiers. Ni fait ni à faire.

seb musset a dit…

Pas dit dans le texte. Mais grosso modo c'était un tel merdier hier, tu te pointais à l'école et tu repartais avec n'importe quel môme sous le bras.

Mouvement Européen Paris Sud a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Lilie a dit…

je ne suis pas une révolutionnaire dans l'âme mais y a un moment où les profs et les parents arrêtent vraiment d'encaisser les c... dans l'EN?
Y a un moment où on fait pas une grève de 12h comme ça et on verra après? Un moment où les parents font grève? Bloquent vraiment les écoles jusqu'à ce que ça bouge?
Où les profs mutés dans des endroits où ils vont se faire démolir (et ce sans formation), ou à 5 temps partagés entre 5 écoles distantes de 40 bornes, ou à 250 km de leur conjoint, arrêtent vraiment de bosser?

L'EN est un vrai foutoir, qui détruit les enfants, les profs. On est trop gentils avec nos ministres?

seb musset a dit…

@Lille > Pour mon école il y a eu grosse mobilisations des profs avec greves, infos, sensibilisations, et au final faible réception des parents. Il y en a encore qui découvraient le truc Mardi à 8h30.

Nicolas a dit…

Chez nous il y a eu un sondage, 82% des parents souhaitaient l'école le mercredi matin, résultat la mairie a décidé de mettre l'école ... le samedi. Mon fils se retrouve donc pendant 6 jours à l'école, bah oui le mercredi c'est centre de loisir qui se trouve dans les locaux de l'école. Il va y passer la journée à rien faire dans un vacarme monstre, très reposant. Les activités, j'en parle pas, on est pas au courant.

maud a dit…

Moi, je suis enseignante... à Paris... et certains n'ont toujours pas "découvert" le truc: plusieurs absents aujourd'hui. (Bah oui, on est mercredi, c'est le jour des enfants... ah non? c'était avant?)
Quand à la "distribution" des enfants à 15h00 mardi et à 11h30 aujourd'hui (mercredi) entre ceux qui pensent qu'ils sortent et qui ne sortent pas; ceux qui pensent qu'ils ne sortent pas alors qu'ils sortent; ceux qui ne savent pas du tout; ceux qui veulent sortir alors que non, ils doivent rester et le grand-père qui tape son sketch parce que "NON son petit fils ne MANGE PAS à la cantine le mercredi. JAMAIS".... Bah ça fait 15 minutes mardi et 20 minutes mercredi à brailler sur le trottoir face à des hordes de parents agglutinés et inquiets (ils ont raison) "y'a quelqu'un pour Gabin?"....
Sinon, mon collègue qui a bossé dans sa classe (non encore réquisitionnée) m'a dit qu'hier après la classe, nos élèves sont restés 50 minutes assis dans la cour à attendre que le choix (plus que restrictif) des activités soit fait et qu'une fois que ce fut le cas, le reste du temps ils ont été assis à une table dans une classe avec papier et crayon.... enthousiasmant non? Où sont les séances de judo, de trombone à coulisse, de visite de musée, de peinture sur soie? Mais ça va s'arranger! Une ville comme Paris ne peut pas laisser ça comme ça, ce serait tout bonnement indigne, non?

Politeeks a dit…

avec la présence d'un second adulte pour l'encadrement et le soutien.

Voilà Seb on est d'accord. Une candidate le proposait en 2007 on s'est moqué d'elle.

J'ai vu des reportages sur des chaines de la TNT sur ce sujet, des vidéos, lu des PDF belges ou suédois: ça permet de réduire les problèmes en tout genre de gamins qui décrochent tôt, et donc peuvent ensuite faire pire ou s'enfermer.

Le chien libéral dira que c'est "l'ordre spontané" qui sélectionne les meilleurs , et nous la gauche 1/ ferme ta gueule libéral de mes deux , et 2/ faut mettre plus d'adultes dans les écoles salles et cours : des jeunes adultes et des vieux .

seb musset a dit…

1 / Je viens d'apprendre que le taux d'encadrement hors cours était de 1 adulte pour 27 enfants.

Donc, le sous-effectif dont je parle (constaté depuis début 2013) est en fait un alignement sur la norme (réduction budget probablement).

C'était avant que mon école était "privilégiée". Bon, 1 pour 27 en même temps, je trouve ça limite.

2 / Je reprécise ici. Je n'ai rien contre cette réforme dans l'idée (hormis le fait que l'on ne touche pas aux vacances d'été), c'est la mise en oeuvre qui visiblement n'a pas été conditionnée par le seul intérêt des enfants.

On se retrouve dans 2 ans, dans ces conditions, le privé s'invitera dans la partie : c'est obligé.

Pierre a dit…

Bonjour,
Je suis parent d'un fils de 26 ans et d'une fille de 18 ans..
Tous deux ont été scolarisés avec des rythmes scolaires incluant des activités périscolaires.., c'est dire que cela n'est pas nouveau pour tout le monde..
Aucune des craintes de Seb Musset ni de foutoir...
Activités très diverses et pour tous les enfants, encadrement suffisant et qualifié, locaux spécifiques aménagés,système d'accueil et de garderie pré et post école prévu, etc...
Tout cela se passe à Laxou dans le 54..
Personne parmi les experts de l'EN pour en souffler un mot au ministre et s'inspirer d'une organisation qui marche et que la majorité des parents ne veulent plus changer ?

babelouest a dit…

Je repense à ces rythmes scolaires...

Gamins, nous vivions sous le régime des 5 jours puisqu'on travaillait le samedi entier. Encore le jeudi était-il bon gré, mal gré, consacré l'après-midi au catéchisme obligatoire, ce qui ne laissait libres que le jeudi matin et le dimanche "jour de religion". Encore les devoirs se faisaient-ils à la maison, le soir, avec les leçons à apprendre (dont la mémorisation était la plupart du temps vérifiée par la famille le matin avant de partir).

Non, je n'ai pas de nostalgie du temps de l'enfance.

Scapin a dit…

Le cas de Bondy : http://www.libertaires93.org/article-les-rythmes-scolaires-ou-le-bordel-dissimule-l-exemple-de-bondy-120110152.html