mardi 19 mars 2013

Chypre, l'autre pays du ratage


Le buzz aura péniblement décollé ('scusez c'est le week-end, y a foot et foot), mais voilà, lundi matin la Troïka a redouté "la panique des marchés" et éventuellement craint la réaction de ces choses étranges appelées "gens", capables de regarder quatre heures de suite la télé et une fois tous les trois siècles de couper les têtes d'une aristocratie qui a quand même un peu trop abusé. Chypre pourrait (hypothèse à l'heure où j'écris) faire marche arrière sur sa taxe des comptes courants pour finalement exempter ceux sous la barre des 100.000 euros.

Tirons déjà 3 leçons de cette montagne russe du feuilleton de l'économie: 

1. Comment faire d'une bonne idée un fiasco (ou la 7e compagnie fait de l'économie)
Annoncer dès le départ que l'on ne taperait que les gros poissons étrangers en exemptant les petits comptes, nul doute que les peuples d'Europe auraient applaudis et que la Troïka aurait pour une fois prouvé qu'elle pouvait agir vite et radicalement dans le bon sens. Chypre a dit non, précisément par peur de faire fuir les placements étrangers. Bref, c'est définitivement ratéPiétiner la souveraineté d'un pays qui lui-même s’essuie les pieds sur le parlement, et penser que tout le monde n'y verra que du feu, avant de faire marche arrière par peur d'un bankrun européen, c'est, au minimum, prendre les locaux pour des abrutis et les Européens pour des crétins. La confiance envers les institutions européennes passe donc de 0 à -20 en une journée. Du travail de pro. Qu'on ne vienne pas s'étonner de la montée de la colère citoyenne et de résultats électoraux qui décoiffent. Sans compter que le plan, en partie financé, n'évitera pas une phase d'austérité pour les Chypriotes. Le meilleur des festivités reste donc à venir.

2 .Pourquoi Chypre est dans la zone euro ?
"Chypre, n'est pas un pays comme un autre" disait hier Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires étrangères, dans l'émission Mots croisés (devant un Florian Philippot du FN qui jouait sur du velours).
C'est bien le moment de s'en rendre compte au bout de 10 ans. Si le fric c'est Chypre et que l’île se résume à centre financier pour argent sale russe avec comptes rémunérés à hauteur de 6X le PIB et en face un taux d'imposition sur les sociétés les plus bas d'Europe (on aurait peut-être pu commencer par augmenter ça ?), pourquoi avoir intégré ce baril de dynamite dans la zone euro? 

Voilà qui repose, mais trop tard vu qu'on est 27, le débat sur l'harmonisation sociale et fiscale au sein de l'UE qui ne devrait pas être un but mais un préalable à toute entrée d'un nouveau pays dans la zone.  

3. Le "tabou" est "tombé"
Retenez bien l'expression, on va l'entendre partout. C'est la tournure "moderne" qui précède les régressions (et au passage évite de parler de l'imposition sur les grandes fortunes). On va même rajouter que la mesure est "morale", que c'est une "avancée sans précédent". La ponction sur compte personnel, antidémocratique et contre la logique même des textes votés par Bruxelles, fait son apparition dans un mélange paradoxal d'anticipation de panique par les marchés et de léthargie des peuples. Ce message s'accorde à merveille à l'autre répété en boucle sur tous les écrans par les ministres et les experts économiques dans chaque pays durant ces trois jours de folie: "il n y a aucun risque de contagion. Cela ne peut pas arriver ici."


Pour finir sur une note optimiste nous rassurant définitivement sur le professionnalisme et le sérieux de tout ceci, les banques chypriotes passaient un stress test positif sous le contrôle de la BCE en juillet 2011.[1]

[1] merci Politeeks pour l'info

[update 20.03.2013, 9h15 : C'est une première dans l'histoire de ce blog. Même si cela ne change pas grand-chose au fond, cet article est doublement périmé en moins de 24h. 1 / Le parlement chypriote rejette la taxe sur les dépôts dans la soirée du 19 et le pays va vraisemblablement s'orienter vers un plan d'austérité.  2 / Suite à la démission de Jerome Cahuzac dans l'affaire UBS, Bernard Cazeneuve (cité plus haut) change de ministère au même moment et passe au budget.]

2 commentaires:

x laurent a dit…

La réaction des gens autour de moi : comme quoi il vaut mieux mettre son pognon, dans l'immobilier, c'est plus sur ! Moi de répondre que l'immobilier n'est pas en lévitation.
La croyance magique des français dans la pierre. Les agents immobiliers sont les plus grands propagandistes.

dan_y44 a dit…

http://dany44.blogspot.fr/2011/08/un-pas-vers-le-fascisme-financier.html