mardi 5 février 2013

Sophie de Menthon, le plan social de trop !


RMC. Trois lettres couleur sang, visibles à un kilomètre à la ronde, se découpent dans un ciel anthracite rappelant l’âpreté de la conjoncture économique et son cortège de drames humains. C'est ici, au bord du périphérique, qu'est installée la filière chaude du groupe NextRadioTv.

Il y a dix ans, la radio RMC renouait avec audace avec un genre d'émission racoleuse et pas cher, la talk-radio. Une réussite qui métastase depuis sur les autres antennes. Pourtant, après une décennie de bons et loyaux services pour fédérer la colère populaire et la canaliser dans le sens des intérêts du Medef, c'est la douche froide: Sophie de Menthon, intervenante canal historique du show matinal les grandes gueules, est mise à pied. 

C'est le plan social de trop pour la passionaria de la cause patronale.

"- Avec la fermeture de mon micro, où vais-je retrouver la possibilité de m'exprimer 35 heures par semaine ?" S'insurge la chroniqueuse qui, depuis quelques jours, multiplie les émissions de télé pour nous alerter sur sa privation de parole.

"Je suis  sonnée. J'ai passé des années à défendre les coupes salariales au nom de la protection des actionnaires. J'ai combattu à m'en casser la voix pour la moindre imposition des multimillionnaires en faisant gober aux smicards qu'ils avaient les mêmes revenus. J'ai même justifié le travail des enfants. Tomber pour une vulgaire histoire de femme de ménage, c'est non seulement injuste: c'est du sexisme !"

Les accusations sont violentes, à la hauteur du préjudice moral. 

"- Oui, on ne m'aime pas et je paye pour les autres car je suis une bourgeoise !"

Acrimed et Arrets sur Images rappellent l’enchaînement diabolique du 21 janvier 2013 qui conduira la présidente d'Ethic à l’échafaud médiatique. Tout avait pourtant commencé normalement au micro des GG. Comme chaque matin, avec un poujadisme de comptoir, on y commentait l'actualité en mode yakafokon. Un matin aussi décontracté qu'un autre où l'on s'autorisait au nom du "politiquement incorrect" et de la "libre antenne" à enfoncer encore un peu plus les barrières de l'abjecte. 

C'est avec son franc-parler que la chroniqueuse, au diapason macho de son équipe, débordera  de son expertise économique pour aller peser le pour et le contre du "moment extrêmement désagréable" subit par Nafissatou Diallo dans la  chambre 2806 du Sofitel de New-York. Le viol appréhendé comme un pur produit spéculatif, quel meilleure synthèse de la vision libérale des relations humaines ?

Son collègue d'émission, Franck Tanguy, ajoutait alors avec cet humanisme, teinté d'un soupçon de déterminisme social, que l'on connait au conseiller financier : "Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire !".

Le conte de fées matinal aurait dû s'arrêter là, perdu dans le flot incessant des clash et des caquetages hystériques modelant à l'envi l'humeur déjà anxieuse d'auditeurs travaillés par leur sentiment de déclassement. Mais l'époque est d'une violence sans nom. Les propos ont une autre audience, et prennent une autre portée, lorsqu'ils sont rapportés par écrit dans les colonnes de Rue89.

Tandis que F.Tanguy s'excusera platement le lendemain à l'antenne, probablement pas alertée des progrès de la technologie d'enregistrement sur support magnétique à bande trois-quart de pouce, Sophie de Menthon étalera son cas partout d'un plateau à l'autre entre déni et regret mou.

Est-ce donc cette simple erreur de média-training qui coûtera sa place à l'employée de RMC ? Toujours est-il que le couperet finit par tomber en début de semaine. C'est la mise à pied.


Désormais pour SDM, le salut est dans la lutte. 

"- Cette mise à mort médiatique n'est qu'un complot du CSA !"' s'insurge la victime du plus douloureux des racismes, celui qui, faisant peu de cas de votre évidente supériorité, s'abat sur vous. 

Pourtant. En off, dans les couloirs de RMC, les commentaires ont la simple et glaçante cruauté de la rentabilité économique.

" - Que voulez-vous que je vous dise, Sophie de Menthon n'est plus assez compétitive !" nous lâche un cadre de la station qui souhaite rester anonyme. Un responsable marketing ajoute "- Oui j'avoue, elle nous a toujours cassé les couilles, mais jusque-là c'était une bonne cliente pour la populace. Aujourd'hui, nos enquêtes de satisfaction sont formelles: dès qu'ils entendent Sophie de Menthon nos auditeurs se barrent sur France Inter. Est-ce l'effet Hollande ? Ils préfèrent qu'on leur prône de l'austérité et des coupes salariales avec gentillesse, sans éructation. Ils veulent de la rigueur Cajoline. Regardez la montée fulgurante de notre autre produit maison, le François Lenglet [transfuge BFM la branche TV du groupe]. Les gens veulent bien des coups de bâton, mais donnés avec compassion. Et puis, François c'est un mec ça, un vrai.". 

Sur la thèse d'une cabale du CSA, taquin, un technicien de studio ajoute: "- Comme quoi, Sophie avait tort: c'est la preuve que mes impôts servent à quelque chose !"

Sophie ne se démonte pas et multiplie désormais les appels sur Twitter

"- Tel Eric Zemmour en son temps, autre martyr sous-médiatisé tombé sous la censure des biens pensants germanopratins en raison d'un amour trop démonstratif pour le mâle blanc occidental, derrière le fallacieux alibi antiphallocrate de mon éviction, c'est la liberté d'expression que l'on  bâillonne!"

Des contacts ont été pris avec Force Ouvrière (branche Brunch) et SUD Neuilly pour la défense d'une travailleuse du micro qui ne comptait pas ses heures:

" - Oui, quand il fallait prôner un allègement de charges pour les entreprises, ou la hausse de l'âge de départ à la retraite, croyez-moi que je n'hésitais pas à cumuler les apparitions télé et radio la même journée!"

En attendant la réponse des organisations syndicales, Sophie a fait dresser par ses gens un brasero et une tente bivouac Marithé et François Gerbaud camaïeu kaki-prune devant les locaux de la radio. 

" - Je porterai mon cas devant la Cour européenne des droits de l'homme s'il le faut !"

Blackberry au poing et carré Hermés en capuche, un moral de battante alors que l'averse pointe, Sophie nous confie toutefois sa crainte que la mobilisation populaire retombe avant même qu'elle n'ait commencé. 

"- Vous savez les gens sont résignés. Ils n'ont plus envie de serrer les coudes. A présent, c'est le chacun pour soi. Je ne comprends pas ce qui les a mis dans cet état-là.".

En attendant, en soutien avec Sophie, nous ne saurions trop vous conseiller de boycotter RMC

Et si vous ne le faites pas pour elle, faites-le au moins pour votre santé mentale !


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Illustration: Politeeks

11 commentaires:

Politeeks a dit…

de toute façon ETHIC EN TOC !

Toutatis a dit…

ça me plait pas trop ce truc. Je n'ai aucune sympathie pour cette assemblée de juges (le CSA) qui décide à ma place de ce qui est bon à voir ou écouter. Je suis pour un "premier amendement" à l'américaine. Si certains sont choqués par certaines stations, qu'ils en écoutent d'autres.

Denis Dona a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
seb musset a dit…

@Toutatis > Le pire c'est que je ne suis pas loin de la vérité sur les raisons "économiques" de sa mise à l'écart.
La logique aurait voulu que les 2 soient mis à pied.

Rafo a dit…

SDM s'est faite lourder ? Bon Débarras. Si vous me dites que Pascal Perri va suivre, ma journée sera comblée. Je peux pas le sentir lui non plus, lui et SDM, c'est bonnet-blanc, blanc-bonnet

BA a dit…

Mercredi 6 février 2013, je viens de lire cette phrase dans "Le Monde" :

"Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées."

Et ça m'a rappelé le score du Front National au premier tour de l'élection présidentielle de mai 2012 : Marine Le Pen avait obtenu 6 421 426 voix, soit 17,90 % des suffrages exprimés.

Désindustrialisation de la France, usines qui ferment, effondrement de l’industrie en France, chômage qui explose, crise économique, crise financière, crise sociale, appauvrissement des classes populaires, appauvrissement des classes moyennes, "Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées", etc, etc.

Alors continuons à répéter le slogan habituel pour nous rassurer :

« L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. »

Continuons pendant que le bateau coule.

Continuons pendant que l’euro coule la France.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/02/06/le-fn-se-banalise-aux-yeux-des-francais_1827548_823448.html

Zergy a dit…

Attention BA, d'après Quatremer, grand clerc de la Belle Europe Libérale Du Gentil Marché Qui Rend Heureux et Qui Fait Des Bisous (BELDGMQRHEQFDB) si tu es contre l'Euro(pe), c'est que tu es nazi.

Toutatis a dit…

Ce genre d'émission, où on peut entendre des avis divers apparemment, avait sont intérèt à une époque où internet n'existait pas, et où l'information était vérouillée.
Mais maintenant ?

Fred Camino a dit…

Je ne savais même pas que cette vieille bique s'amusait sur RMC.

seb musset a dit…

@Toutatis > Je suis assez d'accord. 1 / La talk-radio polémique, a été copiée, avant d'être captée par les journalistes eux-mêmes (de + en + de plateaux courts sur ce meme principe)

2 / Effectivement, grosse concurrence d'Internet sur ce créneau.

3 / Comme je le dis dans le billet,e je pense que "l'énervement et le commentaire hystérique" ne sont plus à la mode. On veut de l'analyse posée, et surtout être rassuré. Ce qui explique le succès d'un François Lenglet et des docs explicatifs. Bien sur, on peut également passer sa propagande selon ce principe (et à vrai dire Lenglet ou Menthon même cause, même combat). Pas un hasard non plus si face aux GG, les calmes et 'feel good spirit' Drucker (E1) et Frederic Lopez (FI) marchent de mieux en mieux.

En revanche, il faut s’arrêter sur le parcours de RMC et BFM (et la petite soeur BFM business) ces 10 dernières années. C'est notre réseau Fox News a nous, en moins extrême, mais aussi en plus copié (ce qui est le plus inquietant en fait). Depuis 2 ans, BFM est devenu pour le traitement de l'information sur les autres chaines, ce que RMC fut pour la grille des autres radios en 2005/2010: un modèle.

Bastien a dit…

Rafo a dit...
SDM s'est faite lourder ? Bon Débarras. Si vous me dites que Pascal Perri va suivre, ma journée sera comblée. Je peux pas le sentir lui non plus, lui et SDM, c'est bonnet-blanc, blanc-bonnet

^^ Pas faux, sauf que c'est "blanc benêt et benêt blanc !"