lundi 8 octobre 2012

L'exceptionnelle affiche d'un président normal


Ce soir-là à la sortie du boulot dans Paris...

- C'est moi où l'on voit Hollande à chaque sortie de métro et sur chaque kiosque ?

- P*tain oui, il se tape l'affiche du Point à L'Express!

- Étonnante popularité graphique pour un président "normal" auquel les news magazines peinent à trouver des compétences... Dis donc, ça fait bien 21 semaines depuis l'élection ?

- Oui. Et c'est un soulagement de chaque instant.

[clic clic]

- Tiens. Regarde. En 21 semaines, François Hollande a fait 7 fois la Une du Point (1 sur 3), 9 fois celle de l'Express (près d'1 sur 2). Attention, ça pique les yeux.


- Purée ! Barbier et Giesbert ont mal digéré l'élection on dirait.

- T'as vu au Point, la machine à casser démarre dès la 1ere semaine avec la bonne vieille technique du "doigt dans le nez".

- Wouah trop drôle ! Comme dans les bêtisiers de Noël

- Sur que c'est sa fête au président normalDis donc, ils n'auraient pas un peu craqué du slip là Barbier et Giesbert ? Y en a un qui lui donne des conseils l'autre des ordres. Je veux dire on parle du Président là quand même ?

- Ah oui, ça c'est vrai, Giesbert n'a jamais reproché sa politique fiscale à Sarkozy avec une photo de lui en RayBan fumant un gros cigare, surtout pas au début, et encore moins en Une de son canard. J'ai pas mémoire.

- C'est que j'en connais qui ont été virés pour moins que ça sous d'autres quinquennats.

- Tiens justement puisque tu parles de lui, c'était comment au début de Sarkozy ? 

[clic, clic]

- A semaine+21 en 2007, Nicolas Sarkozy comptabilise 5 Unes du Point (1 sur 4). Tiens, j'en ai rajouté une sixième esquissant "les premiers couacs du gouvernement",  il est en tout petit sur la photo mais c'est bien lui. 


- La vache. Un avion ? Une fusée ? 

- Non, Super Sarko en toute simplicité, avec ses codes de communication, mouvement et travail, repris en Une au premier degré: Durant la même période: juste 3 couvertures pour l'Express (1 sur 7). C'est peu, mais c'est de la qualité.


- Sans déconner, on dirait Jours de France ! 

- Ouaip, mais en moins trash. Barbier avait pas encore reçu son guide du lol pour les nuls.   

- Ah... C'était la belle époque de la monarchie moderne en phase avec son tempsQu'il était normal d'avoir un président exceptionnel. Nous ne connaissions pas la crise, tout allait bien. Nous n'avions pratiquement pas de chômage et l'on pouvait se permettre de distribuer des cadeaux fiscaux à tour de bras aux plus riches. Nous avions enfin un président à notre image: insouciant, aimant le fric, avec certes l'esquisse de quelques problèmes domestiques, mais rien de bien méchant. Et c'était ni le moment ni le lieu de lui demander des comptes, de se moquer de lui, de lui donner des conseils ou, pire encore, de seulement évoquer sa politique. 

- A juste titre, il est peut-être un poil trop tôt pour juger des résultats. Rien ne pouvait arriver donc c'était pas la peine d'en rajouter. Les premiers reproches sont venus 9 mois après l'élection. Et encore, pas trop d'impertinence à l'horizon. 

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- Regarde cette sélection de couvertures entre février 2008 (les premières identifiables pour Le Point et L'Expresset octobre 2010, exprimant un désamour policé, teinté d'incompréhension, de respect inquiet, avec le filtre de l'expression de l'opinion populaire ou de la forme interrogative:

- P*tain même dans l'adversité, il est bien au centre de l'image, sérieux et concerné. Ce n'est pas comme maintenant.

- Ça c'est sur. Tu ne peux plus faire un pas en ville sans tomber une affiche du Point et de L'Express avec Hollande, cadré en vrac et mal éclairé.

- Mais dis-moi alors. Comment se fait-il que ces deux magazines fassent autant de Unes sur quelqu'un qu'ils jugent absent et incompétent ? 

- Mais c'est bien simple, les rédactions ont peur que les idées de droite soient durablement impopulaires dans l'opinion. Note que Le Hollande bashing commence immédiatement après l'élection. Faut déjà préparer l'après Hollande dans les consciences et comme on ne va pas titrer sur l'UMP empêtré dans ses pains au chocolat et ses problèmes de comptaon tape sur Hollande. 

- Tu veux dire que, en plus de squatter les ondes de la moindre émission politique avec leurs têtes de gondole Giesbert et Barbier, Le Point et L'Express sous-traitent la communication graphique de l'UMP le temps qu'il se refasse une santé? Parce que, t'es d'accord avec moi, personne ne lit ces magazines ailleurs que sur abonnement. Ce qui compte ici c'est la couverture et l'affiche que l'on en décline.

- Moi j'ai dit ça ? 

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P.S: Pour éviter les cas de migraine, les Unes du Figaro Magazine et de Valeurs Actuelles ont volontairement été écartées de cette reconstitution historique.

Illustration @LPinjos

16 commentaires:

Anonyme a dit…

Impec, bravo !
DGL

Anonyme a dit…

Ca pique les yeux, tu dis??? tu parles, ça pique tellement que je croyais que c'étaient des canulars, ces unes ! (excusez moi, mais j'habite la cambrousse, et je n'ai pas l'occasion de voir ces grandes affiches sur les kiosques à journaux)
c'est du lourd !

estelle92 a dit…

Bah, après avoir cherché à nous fourguer DSK les médias nous ont bien vendu Hollande...
Ils ont "léché" AVANT l'élection et ça c'était grave.
Même topo avec Sarko...
Mais peut-être avons nous la presse que nous méritons ?
N'empêche, ça doit lui faire tout drôle à Hollande, lui qui a toujours été si copain avec les journalistes !

seb musset a dit…

@estelle92 > Vrai pour DSK dans Le Point et L'Express et dans d'autres. En revanche, on peut difficilement taxer ces 2 journaux d'avoir préparé l'opinion pour Hollande.

Melclalex a dit…

super boulot, bravo

estelle92 a dit…

Alors je n'ai pas vu la même primaire que toi!
Hollande n'avait que des articles et des sondages positifs (bien relayés, les sondages).
Et je ne parle pas de la campagne en elle-même.
D'un autre côté, comment s'étonner (si on en croit Laurent Binet: les journalistes "débriefaient" entre eux les moindres interventions, d'où l'unanimisme du soir et du lendemain). Positif l'unanimisme, tellement on en avait marre de Sarkozy).
Je ne parle pas pour les autres, mais moi je me suis fait sacrément enfumer. J'aurais mieux fait de me souvenir de ses 11 ans comme secrétaire du PS...

Unknown a dit…

Merci pour cet article.
Je me pose une question simple: n'est-ce pas Sarkozy qui a permis a la presse de marcher sur la gueule de son président?
Je veux dire par là: en la maltraitant, en la méprisant (je pense à l'épisode Joffrin par exemple), celle-ci a généré une certain rancœur qu'elle a fini par consommer dans ses unes de fin de mandat. Peut-être qu'elle continue sur sa lancée, en recherche d'une viabilité économique qui se fait rare par les temps qui courent et en se considérant comme le véritable contre-pouvoir (l'opposition étant empêtrée dans ses problèmes de boulanger).
Bref, il suffirait que les gens n'achètent plus ce genre de unes racoleuse... Il suffirait ;)

cdg a dit…

On peut quand meme difficilement reprocher a des journaux de droite de critiquer Hollande. mais il est certain qu ils ont mit la pedale douce sur les erreurs de Sarkozy
Par contre, je sui spas sur que la derniere couverture prépare le retour de Sarkozy: pas rasé, avec des rides ... pas tres presidentiel tout ca : C est peut etre un supporter de Copé qui a choist la photo !!

Benoit a dit…

Je suis d'accord avec mon message précédent écrit par Unknown ;) (ceci est un test pour voir si mon prénom s'affiche bien maintenant).

seb musset a dit…

@Benoit > Sarkozy a surtout imprimé un rythme. Assez proche finalement d'internet et des réseaux sociaux. Je pense que c'est plutôt cela qui est à l'oeuvre aujourd'hui avec le traitement réservé à Hollande.

On le voit dans les deux cas : on lui impose une vitesse que l'on n'exigeait pas avec Sarkozy.

Dans les cas du Point et de l'Express on sent clairement, l'influence (sous forme de compétition par le Lol) d'internet. Pas forcement une bonne chose. Cela hystérise le débat et donne de l'eau de moulin de ceux qui disent qu'Hollande est immobile. C'est la vieille lubie du "mouvement" qui suffirait a asseoir la maîtrise des dossiers. On voit ce qu'il en est.

Le problème de ces couvertures c'est qu'elles influencent (par le bombing) la toile de de fond du débat, aussi bien chez les citoyens que chez le président. Tu ajoutes à cela la présence des éditocrates (les dir redacs) sur tous les plateaux tv et tu as un maillage complet de l'espace d'information de 99% des individus.

omer a dit…

@Seb
Certes. Mais je ne suis pas trop inquiet pour Hollande. Un homme qui a cornaqué les éléphants du PS pendant 11 ans, qui a vécu avec Ségolène pendant 25 ans et qui vit avec Valérie depuis 5 ans (au moins) doit avoir des nerfs d'acier...

Arthur Hache a dit…

C'est quand même le jour de se demander si cette exceptionnelle dégringolade dans les sondages ne vient pas plutôt d'une des pires forfaitures politiques de l'après-guerre.

Parce qu'on a quand même assisté à une incroyable manoeuvre politique d'un président anormalement amoral.

Faire ratifier un traité sans même changer un mot de la traduction d'allemand en français, moins de 6 mois après s'être fait élire sur la promesse absolue de le renégocier, c'est une leçon de cynisme politique qui mérite d'être cité en exemple. C'est un peu comme si Romney aussitôt élu signait l'application de Medicare tel quel.

Cet après-midi, les ouvriers cocus qui ont été trompés par les fonctionnaires de la CGT et qui défilaient alors que se sont eux qui vont payer le prix fort de cette escroquerie électorale était pathétique.

Arthur Hache a dit…

Sinon on peut aussi regarder Fleur Pellerin expliquer en ce moment au Grand Journal de Canal+ expliquer la débandade du gouvernement devant les pigeons.

Anonyme a dit…

Sarkozy aura été grandiose dans le foutage de gueule et la trahison permanente à tout ce qu'il est possible de trahir. Quoi de plus étonnant dans un pays où un parti qui se dit socialiste est en fait purement de droite, jusqu'à la moelle. Routine.

Florence a dit…

"La gauche a été au gouvernement pendant quinze ans au cours desquels nous avons libéralisé l'économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n'y a rien à craindre"

J'aime les socialistes et les communistes. On peut se réclamer de leur idéologies et se torcher avec, jamais les "vrais", les "purs" ne réagiront pour nous faire rendre gorge en nous faisant admettre qu'on est jamais que des petits fachos de néo-liblairaux(avec souvent une tourette sur l'étatisme et les fonctionnaires).

Non. C'est inutile et "contreproductif" ou encore ce n'est pas dé-mo-cra-ti-que. Ou encore serait-ce du racisme anti-fumiers, oh wait ! Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrais pour que vous puissiez me baiser moi, mes enfants, ainsi que la terre entière si y'a moyen !

Y'a toujours moyen. Entre les malade mentaux identitaire et les psychotiques libéraux accro à la romanesque success story qui semble-t-il, facilite le déni de réalité, y'a moyen. Toutes les bassesses et mensonges sont permis.

Ceci dit, Hollande est un moindre mal comparé au sarko-nain-à-talonnettes.

Arthur Hache a dit…

Quoi? Hollandre est un moindre male que Sarkozy? Vous voulez dire qu'il est plus petit? Vous exagérez. Ils font la même taille tous les deux.