lundi 24 septembre 2012

Apocalypsimmo 16: Cellule de crise à Valeurs Actuelles

Le logement va mal, mais pire encore, l'immobilier s'effondre, enfin les perspectives de rente exponentielle. 

La preuve ?  

Le dossier "Logement, comment ils organisent la pénurie" (ils = la gauche) occupe les 70% de la couverture du dernier numéro du magazine de la droite qui s'assume Valeurs Actuelles tandis qu'un insert "Islam, jusqu’où iront les fous d’Allah ?" n’en occupe que 5%  malgré la bouillante actualité.
Indiscutablement c’est panique à bord depuis que Cécile Duflot tente de redresser un secteur fondamental de la société abandonné au marché des rapaces depuis trop longtemps.

Est réunie autour d'un thé citron aux biscuits Calèche dans la war room du mag de droite, une belle brochette de spécialistes. Le patron de Century21, celui de Kaufman and Broad, de la Cogedim, de la Fnaim ainsi que le directeur du Pole logement de Nexity. Et d’autres encore. Tous d’accord sur un point, entre deux pages de publicité pour leurs enseignes: "La gauche casse le marché". 

Ce dossier, c'est un peu la crème de la crème des pleureuses des années de rente potentiellement promises à l'agonie. A vrai dire, c’en est presque trop pour faire un article assassin tant il faudrait que je reprenne chaque ligne, et recopie intégralement l’article.

Néanmoins. Morceaux choisis:

Sur la chute des transactions constatées depuis 6 mois, Jean-François Buet, président de la Fnaim, valide la théorie de la bulle et reconnait en une passe que…

« La fin du prêt à taux zéro en début d’année, qui permettait à de nombreux ménages à revenus modestes de devenir propriétaires, explique en partie le ralentissement de l’activité. C’est aussi la conséquence du nouveau régime de fiscalité sur les plus-values [décidé sous Sarkozy] au 1er février, qui dissuade les bailleurs de mettre en vente leur résidence secondaire ou leurs biens locatifs ».

Mince alors. On ne pousse plus les petits revenus à "primo-accéder" coûte que coûte à la propriété et les thunés ne se pressent plus pour vendre (preuve qu’ils ne sont absolument pas dans le besoin, et par conséquent exercent une pression en gardant la superficie pour eux)

D'ailleurs, Le patron de Century 21, Laurent Vimont, s’insurge que les pauvres ne puissent pas plus s’endetter comme aux belles années…

"La part des jeunes acquéreurs de moins de 30 ans a baissé de 30% dans nos statistiques"

En même temps Laurent, si on les payait  les jeunes avec des vrais salaires au lieu de les faire turbirner dix ans de suite au stage gratuit, y’aurait peut-être plus de "primos-accédants", solvables qui plus est.

Jean-François Buet de la Fnaim, lui, confirme que la baisse des taux en période de crise profite encore une fois à ceux qui disposent du cash:

"La baisse des taux profite essentiellement à des investisseurs qui arbitrent leurs valeurs mobilières, par exemple en clôturant leur contrat d’assurance vie pour investir dans l’immobilier dans de petits logements qu’ils mettront en location" [comme probablement ce prof de droit à Dauphine bailleur de l'immeuble de St Denis qui a flambé et causé trois morts]. Ce qui vient infirmer les propros de président de Kaufman and Broad, Guy Nafilian, déclarant au sujet du prochain Scellier que, si celui-ci n’offre pas une rentabilité minimale de 4%, il sera délaissé.

(La war room)

Le même Guy Nafilian nous alerte au sujet du relèvement à 25% de la part de logements sociaux dans les programmes neufs : "Lorsqu’on accroît la part de logements sociaux dans une opération, ce sont les prix de vente des autres logements en accession à la propriété qui augmentent". Bien évidemment moins c'est cher, plus c’est cher. D'impertinents journalistes auraient pu lui rétorquer la même chose au sujet de la qualité des programmes qu'il a vendus au durant des années.

Christian De Gournay, boss de la Cogedim, lui, est à deux doigts de rejoindre les files d'attente des Restos du coeur avec sa gamelle trouée: "On ne sent pas les pouvoirs publics prêts à réagir vite à une conjoncture détériorée" En décodé: le logement social ne va pas arranger les ventes de la Cogedim. J'ai envie de dire ça tombe bien puisque les locataires en logement social n'ont pas le pognon pour lui acheter quoi que ce soit. On me glisse dans l'oreille que certains, des fous probablement, ne veulent d'ailleurs pas acheter du tout, mais juste avoir un toit

A la question de l'impact de l'encadrement des loyers, Laurent Vimont de Century 21 lâche une grosse intox non relevée par l'aréopage corporate, pas plus que par Valeurs Actuelles : "Cette mesure est inappropriée et inapplicable. Inappropriée, car un propriétaire ne pourra même pas revaloriser un loyer s'il fait de grosses dépenses d'entretien[Faux, le texte de loi prévoit une hausse au-delà de l'indice de référence lorsque le propriétaire a effectué des travaux d'un montant au moins égal à la dernière année de loyer] Et Vimont de préciser que "le marché locatif repose sur les épaules des particuliers". Justement Laurent, il s'agit de sérieusement remettre de l'ordre dans un secteur complètement libéralisé depuis 15 ans avec les méfaits sur les prix que les français, non-propriétaires, ont du subir, eux, sans pouvoir s'offrir de tribune dans la presse

Mais Vimont n'en démord pas "Cette mesure d'encadrement est d'autant plus paradoxale que les loyers ont moins augmenté que l'inflation en 2012". Encore un peu et il traiterait les locataires d'odieux privilégiés plaçant en Suisse le pactole emmagasiné sur le dos de leurs proprios exploités par un état soviétique. En même temps Laurent, comme les chiffres de l'inflation ne prennent pas en compte le coût du logement depuis le commencement de la hausse des prix qui ont doublé en 10 ans cet argument n'a qu'une signification toute relative.

Bruno Corinti de Nexity tente de rassurer tout le monde "Les logements Scellier, même à Montauban ou à Périgueux (sic), ont fini par se louer, signe qu'il faut laisser faire le marché sans le réguler par des loyers imposés". Bruno oublie bien sûr de préciser le montant des loyers finalement négociés (à mon avis pas bien loin des tarifs dans le social). Corinti conclue sur ce point de consensus de la tablée, histoire peut-être de couper court aux accusations d'une présidence trop lente: "On peut affirmer que le ralentissement du marché est dû à François Hollande". Et paf les gauchos !

Emile Garcin, de Emile Garcin propriétés, va plus loin : "Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy a pris des mesures dignes du communisme". Et oui, dès fois pour la caricature, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

A la question de la conversion des bureaux vacants en logement, Laurent Vimont de Century 21 oppose un refus catégorique. Impossible de les convertir en logements, car "les coûts de transformation liés aux normes d'habitation actuelles rendent l'opération non rentable pour un promoteur" et le journal de synthétiser dans un encart rouge "L'obligation de construire du social peut rendre plus rentable la construction de bureaux et renforcer la pénurie de logements". 

Résumons à l'issue du dossier la philosophie des professionnels réunis: 
Construire du logement social pousserait les professionnels à construire des bureaux vides (plus rentables) difficilement adaptables en logements privés. 
Construire du logement social augmenterait le coût du logement privé. 
Construire du logement social entraînerait la fin du monde dans d'atroces diarrhées à perspective de 5 ans. 

Comme une impression de regarder les dirigeants de Kodak au moment de l'arrivée de la photo numérique. Consternant spectacle de professionnels ne voulant se résoudre à accepter que les Français n'ont tout simplement plus d'argent à consacrer pour alimenter la hausse des prix continue à laquelle nos professionnels s'étaient habitués

Comme dans la consommation courante, le logement va s'orienter en deux grandes tendances : le basique et le luxe. Je leur laisse le luxe, et insiste vraiment pour que l'Etat garantisse le basique. Car, je ne sais pourquoi, l'expérience peut-être, je ne fais confiance ni aux particuliers ni aux professionnels pour corriger les abus des 15 dernières années.

Article publié sur le blog Apocalypsimmo

14 commentaires:

Jaybee a dit…

"On me glisse dans l'oreille que certains, des fous probablement, ne veulent d'ailleurs pas acheter du tout, mais juste avoir un toit."

C'est tout moi ça !!!

Tassin a dit…

Très bon decryptage.
Au niveau fautes j'ai relevé :

- et insiste vraiment pour que l'Etat garantisse le basique"
- petits revenus à "primo-accéder" coûte que coûte à la propriété
- Bien évidemment moins cher, plus c’est cher -> moins c'est cher, plus c'est cher. ou alors moins cher, c'est plus cher.

seb musset a dit…

@Tassin > Oulala oui que de coquilles. Corrigées. Merci.

raph a dit…

Très bon article, comme d'habitude !

Rien de grave, mais l'article cité dit que le gérant de la SCI est prof à Dauphine (pas à Jussieu). Ce n'est pas grave, mais il n'y a, à ma connaissance, pas de prof de droit à l'UPMC/Jussieu.

seb musset a dit…

@raph > Corrigé. Exact. Pourquoi en vouloir à Jussieu ? J'y connais des gens très bien.

Le Parisien Liberal a dit…

"que l'Etat garantisse le basique." ca n'existe pas, car l'Etat, c'est surtout les contribuables.

Question : est ce que les contribuables ont envie de se faire saigner encore plus ?

Le Parisien Liberal a dit…

Foncier réglementé, familles mal logées


La bulle immobilière, avec une hausse du prix du logement de 150% en 15 ans, est principalement due au zonage restrictif des sols. Pour l'inverser, il faut rendre aux propriétaires la liberté d'aménager leur sol selon leurs préférences.

la suite sur http://www.atlantico.fr/decryptage/foncier-reglemente-familles-mal-logees-vincent-benard-main-invisible-vincent-benard-491259.html

Tassin a dit…

@ Le Parisien Libéral :

"La bulle immobilière, avec une hausse du prix du logement de 150% en 15 ans, est principalement due au zonage restrictif des sols."

Ahahahah, exceptionnel!
Quel clairvoyance!
Du coup que répondez-vous à tous les organismes qui nous disent que le nombre de logements ainsi que la surface disponible n'a fait qu'augmenter sur cette période?

http://www.journaldunet.com/economie/immobilier/bulle-immobiliere-europe/logements.shtml

http://www.trouver-un-logement.com/actualites-immobilier/logement-surface-moyenne-des-logements-en-hausse-610.htm

seb musset a dit…

Mettre un lien vers Atlantico pour étayer son argument économique. Le truc qui décrédibilise direct.

Toutatis a dit…

Il est évident que les restrictions de construction contribuent à l'augmentation des prix. Le fait que les socialistes aient supprimé la loi de Sarkozy augmentant de 30% les surfaces constructibles est significatif : on tient à tout prix à protéger ceux qui sont déjà installés. D'ailleurs chez moi les coins à riche votent plutot PS et les coins pauvres UMP (pour les municipales).

On ne fait pas payer aussi suffisamment la proximité de moyens de transport publics. Il est anormal qu'une telle proximité valorise les biens de ceux qui sont propriétaires à coté sans qu'ils aient des impôts plus élevés. Les entreprises devraient aussi être imposées en proportion du prix de l'immobilier là où elles sont implantées. Car si ces prix sont élevés il faut toute une infrastructure (et des nuisances) pour transporter les employés qui habitent loin ailleurs.

D'ailleurs la position des Parisiens qui se plaignent des prix élevés est ambigue, car normalement on devrait leur faire payer le prix de l'attractivité de l'endroit où ils vivent. Pour que tout cela fonctionne il faut bien que des millions de gens qui habitent se déplacent tous les jours, donc des infrastructures très chères.

Anonyme a dit…

"Le fait que les socialistes aient supprimé la loi de Sarkozy augmentant de 30% les surfaces constructibles est significatif : on tient à tout prix à protéger ceux qui sont déjà installés."

La loi Sarkozy sur le sujet permettait d'augmenter la surface habitable d'un logement sur son terrain jusqu'à 30%. C'était justement pour permettre d'agrandir des logements existants. Ou alors peut-être de batir des cabanes au fond du jardin pour y loger quelques travailleurs précaires ou des étudiants miséreux.

seb musset a dit…

@Toutatis >

"On ne fait pas payer aussi suffisamment la proximité de moyens de transport publics. Il est anormal qu'une telle proximité valorise les biens de ceux qui sont propriétaires à coté sans qu'ils aient des impôts plus élevés"

> Ce qui est anormal c'est qu'il n'y ait pas un accès équitable aux transports publics sur l'ensemble du territoire.

"Les entreprises devraient aussi être imposées en proportion du prix de l'immobilier là où elles sont implantées" > Euh c'est déjà le cas.

"D'ailleurs la position des Parisiens qui se plaignent des prix élevés est ambigue, car normalement on devrait leur faire payer le prix de l'attractivité de l'endroit où ils vivent."

> Je le dis et je le répète : Personne n'a forcé les "classes moyennes" et "populaires" à partir de Paris. Elles ont voulu plus grand, ont fuit les immeubles. Il y'a 25 ans on se logeait pour rien à Paris. Pour ce qui est des logements trop éloignés des zones d'activité, si les salariés n'acceptaient pas de rouler toujours plus, les entreprises s'implanteraient là où sont les actifs. Sur Paris et RP les boites ne prennent pas de gants pour déménager ailleurs afin d'économiser en location ou impôts locaux, ne laissant d'autre alternative à leurs salariés que des trajets multipliés par 2 (genre le mec qui habite banlieue sud et va bosser banlieue nord).

Anonyme a dit…

" Je le dis et je le répète : Personne n'a forcé les "classes moyennes" et "populaires" à partir de Paris."

C'est effarant de lire ce genre de propos.

seb musset a dit…

@Anonyme > 1 / Il n'en reste pas moins que c'est le cas. Même si ce sont les enfants qui payent la différence aujourd'hui.

2 / N'allons pas croire qu'il n'y pas de pauvres et de classes populaires à Paris. Bien au contraire. Je sais de quoi je parle. Il s'est trouvé un moment de ma vie où, avec les mêmes revenus, il était plus simple de m'endetter pour acheter loin de Paris que de trouver à la loc un 2 pièces n'importe ou dans la ville.