dimanche 6 mars 2016

La #loitravail ou la fin du salariat


15 jours. C’est le temps jugé nécessaire par le premier ministre pour que nous comprenions mieux, bande crétins que nous sommes, la loi travail de Madame El-Khomri.

15 jours. C'est le temps jugé suffisant au microcosme parisien mediatico-politco-patronal, enfin rentré des sports d’hiver (comme quoi les congés payés c’est pas si mal), pour décrédibiliser le million de signatures de la pétition contre ce projet de loi merdique et empêcher la cristallisation des contestations. Bon, rappelons ici à ce pouvoir qu'il a cédé en quelques jours face à 30000 likes de #pigeons sur Facebook.

C'est pourtant limpide. 

Dans le parfait prolongement du virage soc-lib de Hollande et du quinquennat hystérique de Sarkozy, on peut résumer ce projet de loi en une phrase. Phrase non écrite, mais qui suinte de chaque article : la fin du salariat.

La loi Khomri donne un cadre juridique à la disparition des salariés.
La possibilité de licencier sans justification économique signe de fait la fin du CDI, mais aussi du CDD. On peut reconnaitre pour une fois à Hollande son caractère révolutionnaire. Il est allé plus vite et plus loin que ce que prévoyaient la droite et le MEDEF : notre entrée de plein pied dans une société du travail où le prestataire de service remplacera le salarié. On pourrait discuter du bien-fondé, économique et philosophique, de la chose (j’ai assez tapé sur le salariat), le problème majeur est ici la brutalité du changement qui laissera inévitablement des millions de personne sur le carreau avec la certitude d’un contrecoup majeur pour la société dans sa globalité en termes de qualité de vie et de santé (et ne comptez pas trop vous enrichir non plus). 

L’économie rêvée des Gattaz et compagnie a besoin de prestataires, corvéables à merci et sur demande, qui se maintiennent eux-mêmes dans une concurrences tirant leurs tarifs vers le bas au lieu de penser collectif, et anesthésiant ainsi grâce au dieu marché toute velléité de révolte. Le tout sans "charges" ni responsabilités pour le donneur d'ordre.

Ça ne réduira pas le chômage mais on s'en fout, vu qu'il n'y aura plus de salariés, il n'y aura plus de chômeurs non plus. Ce seront "les miracles" anglais, allemand et américain enfin réunis sur sol français.

La loi El-Khomri est la phase deux du démantèlement concret du salariat commencée avec la propagation de l’auto-entreprise sarkozyste porte ouverte à l'uberisation joyeuse (du taxi pour le moment, et qui ira de l'école jusqu'au traitement de votre cancer). Sous prétexte de permettre à chacun de se créer une activité à moindre frais, l'auto-entreprise a surtout permis de nous faire travailler pour moins cher en renonçant de nous-mêmes à des droits sociaux, tout en nous sortant des statistiques du chomdu. 

La loi El Khomri est le sarcophage (côté salarié) du code du travail qui le protégeait tant bien que mal jusque-là. C’était un monde où le travailleur, enfin surtout ses prédécesseurs, avaient conquis des droits et allaient vers le progrès, en ayant le temps de bénéficier des fruits de leur labeur. Ce ne sera plus le cas, hors du champ « autorisé » de la consommation.

Il va de soit bien sûr que nous ne demandons pas 15 jours de réflexion pour mieux comprendre. Nous avons parfaitement compris ce que vous attendez de nous :

La ferme, active-toi, consomme où on te dit et péris sans bruit (mais à crédit). 

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7 commentaires:

Bets Book a dit…

Bonjour,

Article intéressant qui résume bien l'ambiance. Cependant, j'aurais aimé avoir une précision : quelle différence entre licencier sans qu'il y ait nécessairement un motif économique et la rupture conventionnelle ? Je sais que la rupture conventionnelle exige l'accord du salarié. Sauf que, dans les faits, si le patron ne veut plus de vous, bien obligé d'être d'accord ...

Camille a dit…

Il n'y a plus de salariés en Allemagne, Angleterre et EU ? Je ne savais pas, merci de l'info.

juanlucas casas a dit…

La rupture conventionnelle est réglementée (validation par inspection du travail) et valorisée au minimum d'indemnité correspondant à un licenciement contesté auprès des prud'hommes (6 mois de salaire).
Le salariat anglais, allemand et eu n'est ni plus ni moins qu'un rapport d'esclavagisme moderne (on ne puni plus l'esclave) rémunéré à 1 € de l'heure sous peine d'exclusion sociale définitive ! Tous les endettés systémiques sont des potentiels en puissance.
JLM
@jeanlucmoulette

Sabcat a dit…

Ce qui serait bien, c'est de ne pas se faire avoir par le nom de cette loi. Le vrai coupable, c'est Valls. Elkomri est un épouvantail nommée pour faire fusible.
C'est Valls qui profite sans se mouiller. Encore et toujours lui.

Zédéon a dit…

Ils essaient de libérer le travail de façon opportuniste, à fond über ! Mais ils restent les fonctionnaires, des millions, et puis über, c'est bien avant 40 ans et les marmots en primaire, après c'est sport. Mais sur la forme c'est pas honnête, ils auraient mieux fait pour tout le monde de balancer cash "Y a plus de sous, débrouillez-vous !"

andré martin a dit…

Dans « Manuel Valls a essayé de vendre sa loi travail à un syndicaliste » je démontre que la quasi-totalité des arguments avancés par le gouvernement sont des éléments de langage élaborés par des communicants. Des constats d’évidence (le code du travail est volumineux, 90 % des embauches se font en CDD, ...) sont utilisés comme prétexte pour tenter de justifier de nouveaux cadeaux aux grandes entreprises. La contribution, à la fois informative et humoristique, est à lire sur http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article1292

Anonyme a dit…

Bonjour,
Un article qui devrait vous plaire, si vous ne l'avez déjà lu.
https://iaata.info/Le-Uber-de-la-restauration-debarque-a-Toulouse-L-independance-c-est-l-esclavage-1023.html