mardi 15 septembre 2015

2 ou 3 précisions sur l'entrevue avec DSK

 

L’info a donc fini par fuiter (elle n'était pas secrète, il suffisait de suivre Twitter ce soir-là) :  Dominique Strauss-Khan a rencontré des blogueurs. Comme j'en étais, il convient de repréciser quelques points dans un article « exclusif » de France info qui dès la seconde ligne contient une erreur factuelle : Quand on n’est pas capable de différencier un PMU d’un restaurant on peut légitiment avoir des doutes sur l’exactitude des propos rapportés.

Flash back. La semaine dernière.

Je ne croyais pas qu’il pointerait son nez. L’invitation « confidentielle » ayant été envoyée par mail groupé trois semaines à l’avance, j’imaginais qu’il y aurait une fuite. Et non, personne n’en a rien su à part les intéressés. A ma grande surprise, et celle de Jegoun, maitre des lieux, l’ex-patron du FMI finit bel et bien par débarquer dans la Comète, fief kremlinois de nos réunions de blogueurs depuis… oui déjà.

Le truc est tellement improbable que la clientèle du soir, certes un peu éméchée, n’y prête pas attention. En une poignée de main, DSK efface en un instant toute l’appréhension que l’on pouvait avoir et le barnum médiatique dont il fut le propulseur quatre ans plus tôt. Dans l’arrière salle de La comète, nous sommes une bonne vingtaine de blogueurs de gauche du milieu et de gauche de gauche. Une demi-douzaine de fans Strauss-Khaniens amortissent de leurs louanges le décalage, vestimentaire soyons gentils, entre les blogueurs et l’ex-pas candidat à la présidence. D’ailleurs, pourquoi vient-il puisqu’il nous répète à plusieurs reprises qu’à moins de circonstances exceptionnelles il ne compte pas refaire de politique ? Ce que, personnellement, à l'issue de l'entretien je ne crois absolument pas. Lui se considère en marge du jeu, comptant bien exercer une influence (il utilise le mot « gourou ») mais plus par l’expertise, et via les réseaux sociaux (j'y reviendrai). Le Jack is back de l'été dernier sur Twitter était une étape de cette reconquête (réussie en audience).

Je suis toujours méfiant (mais curieux) de ces réunions de blogueurs avec des personnalités politiques. Entre la timidité des interlocuteurs ne se dissipant au mieux qu’au moment de se dire au revoir, et le nombre des intervenants tuant tout autant l’impertinence que la pertinence, on ne joue quasiment jamais à armes égales avec des « stars » rodées à la communication qui vous emmènent généralement là où elles le veulent en vous donnant l’impression que c’est votre idée. Je n’ai qu’une poignée de contre exemples de rencontres politiques enrichissantes qui en apprennent plus sur le caractère de l’homme ou la femme politique, et éclairent sur son parcours et ses ambitions. Avec DSK je n’ai pas la sensation d’avoir en face de moi quelqu’un cachant son jeu. On le sent prudent, notamment sur ses mots choisis avec précision (de peur d’être enregistré surement) lorsqu’il évoque la politique présidentielle actuelle. En substance : Hollande aurait raté l’occasion historique de faire, sur le rejet populaire de Sarkozy, une campagne de vérité face aux Français. Elle lui aurait permis d’appliquer directement une politique sans trahison au lieu de louvoyer durant deux ans pour finir par faire les choix par défaut et se faire détester de tous. DSK est prudent aussi quand il évoque les relations avec ses anciens ou nouveaux amis d’un parti socialiste qui « n’existe plus » selon lui, bien qu’il reconnaisse qu’on ne peut encore rien faire électoralement sans une grosse formation derrière soi.

Alors que dans la salle résonne depuis un transistor le Time is on my side des Rolling Stones, au fil des questions de plus en plus saillantes DSK flingue doucement, au silencieux, et livre une analyse assez froide et pessimiste du paysage social et politique actuel. Il estime que tous les scénarios pour 2017 sont inquiétants. "La droite est sur une fin de vie difficile", les deux partis de gouvernement sont pro-austérité, et les identitaires surfent sur l’écœurement des Français face à une classe politique racontant n’importe quoi depuis trop longtemps spécialement lorsqu’elle est dans l’opposition. Ce cycle n’aboutit à ce qu’aucune politique viable ne puisse être menée. Ce à quoi j'ajoute à titre perso que les questions identitaires ou sécuritaires sont également mises en avant par l’opposition et le pouvoir pour escamoter leur manque d'imagination ou de résultat.

L’entretien dérive sur la Grèce (en résumé : les Allemands vont trop loin et nous avons un vrai problème « culturel » avec eux sur la question de la dette), les impôts (« une réponse politique à une question technique ») et le « problème de compétitivité française ». Sur ce dernier point il est dans les rails de Macron, enfermé dans la logique sans fin de « la capacité à mieux vendre le travail des français » face à la concurrence. Sur le revenu universel, il sort mot pour mot ce que Mélenchon nous avait répondu en 2010 (comme quoi) : « Je crois au travail ». Certes, pour lui nous allons travailler moins spécialement dans les tâches répétitives et c’est tant mieux, des métiers disparaitront mais d’autres s’inventent déjà. Il est d’ailleurs optimiste sur les potentiels de l’économie Française. Dans la dernière partie, nous évoquons le communautarisme et son expérience de Maire au milieu de communautés à Sarcelles (c’est rare de l’entendre sur le sujet, il est assez pragmatique sur la question quitte à faire du hors-piste républicain). Moment intéressant donc. Un seul regret nous n’avons pas répondu à l’objet de sa demande, car contrairement à ce que raconte France Info, l’invitation ne vient pas de nous mais de lui : Pourquoi bloguons-nous ? Pourquoi débattons-nous en ligne ? Pourquoi nous intéressons-nous encore à la chose politique ?

En ce moment, je suis bien incapable de lui répondre. 


Articles connexes :

6 commentaires:

Un partageux a dit…

Seb,

Merci de ce compte-rendu qui a le mérite de la précision.

Comme toi, je ne crois pas que DSK ait renoncé à la politique. Ceux qui y renoncent vraiment cessent totalement et définitivement ce genre d'intervention... Sa lettre "à mes amis allemands" m'avait déjà paru être un signe tout à fait clair de ses visées politiques pour l'avenir. Mais l'animal attend le moment opportun.

Sur le fond de sa politique je suis convaincu qu'elle ne diminuerait pas d'un le nombre de chômeurs. Depuis le temps qu'elle est pratiquée, ça se saurait...

Anonyme a dit…

Les valses hésitation de façade de Hollande ont au mieux duré 8 jours.
La signature du TSCG était l'aveu qu'il respecterai ses convictions plutôt que le message qu'il avait servis aux électeurs.

Revue républicaine a dit…

"Dans la dernière partie, nous évoquons le communautarisme et son expérience de Maire au milieu de communautés à Sarcelles (c’est rare de l’entendre sur le sujet, il est assez pragmatique sur la question quitte à faire du hors-piste républicain). Moment intéressant donc."
Et... et... ? Ce serait intéressant d'avoir un développement sur ce sujet.

Gab a dit…

J'aurais plutôt mis celle là de vidéo de fin pour ce genre de personnage, mais bon:
https://www.youtube.com/watch?v=RWoxUvWHtB4
:D

Anonyme a dit…

Si Hollande avait dès sa prise de fonction dit publiquement dans quel état lamentable il avait trouvé l'économie du pays, est-ce que les marchés n'en aurait pas profité en exigeant des taux d'intérêt beaucoup plus élevés ?

Anonyme a dit…

« Je crois au travail »
C'est à dire ? mais qu'est ce que cela peut bien signifier, et je suis sincère