jeudi 17 octobre 2013

Léonarda et la (non) politique de l'émotion.


C'est fâcheux : passer cinq ans à critiquer le sarkozysme sur le fond (inhumanité) et sur la forme (politique de l'émotion) et retomber dedans. 

Ne comptez pas sur moi pour crier "Valls démission !" au sujet de l'expulsion de Léonarda. Enfin pas plus spécialement qu'avant. Pour moi, le cas du Ministre de l'intérieur est réglé depuis longtemps : c'est une pure construction médiatique, et une épine dans le pied du gouvernement qui, de jour en jour, se transforme en bûche (Et non, ce n'est pas un barrage anti FN, comme je l'entends souvent. Populaire ou pas, je doute qu'il génère ne serait-ce qu'un seul vote supplémentaire pour les socialistes).

Je poserais juste quelques questions. Pendant combien de temps encore, allons-nous faire de la politique de l'émotion au coup par coup ? Pendant combien de temps encore 20.000 Roms vont être instrumentalisés à gauche comme à droite dans le débat politique, et tout ça pour un statu quo ? Rien ne change pour eux, rien ne change dans notre regard. 

De deux choses l'une : soit on régularise massivement (Pourquoi pas. A condition de l'assumer, de l'expliquer fièrement et de mettre des moyens en oeuvre.). Soit, on accepte un contrôle des flux migratoires. Une expulsion est TOUJOURS un drame et au-delà de la méthode employée ici, le fond du problème reste l'expulsion, ou pas, d'une famille qui était au bout des recours légaux. 

Au lieu de gueuler sur l'attitude de Manuel Valls, il faut s'interroger sur nos lois, l'application aveugle de celles-ci, nos indignations épidermiques et nos capacité d'accueil. Des Léonarda, il y en a eu et il y en aura d'autres. Si la prochaine expulsion tombe le jour d'un match du PSG et non au moment du vote de la réforme des retraites à l'Assemblée, on en parlera tout de suite beaucoup moins, avec un retour au désintérêt initial. Jusqu'à la prochaine instrumentalisation. Au choix : Ho, le méchant Rom qui ne veut pas s'intégrer ! Hou, la gentille Rom expulsée !

Bref, le feu d'artifices qui continue.

J'espère pour Léonarda que le gouvernement fera preuve d'humanité. Je crains pour les autres Léonarda qu'il ne le fasse que pour elle. Je suis certain de pouvoir republier ce billet à l'identique dans un an. 


4 commentaires:

Toutatis a dit…

je ne crois pas que le problème des Roms soit imaginaire, en ce qui concerne la délinquance. Et d'après le Nouvel Obs le gouvernement a reçu des rapports de préfets indiquant le risque de formation de "milices" d'agriculteurs pour s'opposer aux pillages (8000 vols depuis le début de l'année). Ils parlent aussi de risque de refus massifs de paiement de l'impôt, en tous cas des mouvements se préparent. Pour résumer le gouvernement a peur de perdre le contrôle. A partir de là il doit adapter sa communication en donnant des signes, Valls en est un.

seb musset a dit…

@Toutatis > Je ne vois pas le rapport entre les Roms et les impots. En revanche, oui Valls est utilisé dans ce sens là en général (mais après tout c'est le role d'un Ministre de l'intérieur). Non, le problème de Valls pour Hollande c'est que c'est un ennemi de l'interieur sans jeu de mot, et qu'il est coincé : on en a fait un type "populaire" (Ce qu'il n'est pas, je persiste et signe. Ni à gauche, ni à droite). et qu'il ne peut plus s'en débarrasser.

Bref, il est piégé. Une partie de la gauche (y compris dans le PS) se détourne de ce gouv a cause de Valls. Et s'il le "vire", la droite lui tombera sur la gueule pour laxisme. Non, je crois qu'il faut prendre cette affaire pour ce qu'elle est : de la diversion.

Toutatis a dit…

D'accord aucun lien entre les Roms et les impots. Mais les rapports de préfets évoqués indiquent deux fronts de "désobéissance" : des gens qui veulent se faire justice eux-mêmes d'une part, et d'autres qui menacent de ne plus payer les impôts d'autre part.

seb musset a dit…

@Toutatis > Je vois très bien monter cette défiance depuis un moment (c'est un de thèmes de mon bouquin). Et je le dis depuis un moment : le plus grand facteur de rassemblement des droites c'est moins l'insécurité que la fiscalité. Mais là aussi qui a lancé la thématique du "ras le bol fiscal" ? Moscovici.