lundi 8 avril 2013

Libération : le radical est compromis


Mediapart a fait plus que déstabiliser un ministre dans son sentiment d'impunité, le journal en ligne a bousculé le ronron des vieilles rédactions qui perdent la raison.

Ce matin dans Libération, on trouvera un édito de Sylvain Bourmeau intitulé "Radical !". Passons sur le fait que l'article en question, et c'est cocasse au regard des dernières semaines, prévoit l'annonce prochaine d'un scoop de Médiapartdémenti par Plenel. On lira d'abord ici la supplique du directeur adjoint du journal pour que notre président soit enfin vraiment, mais vraiment, de gauche. S.Bourmeau invite F.Hollande à "un changement radical de cap, à commencer par la grande réforme fiscale tant attendue, doublée de mesures sévères pour le secteur bancaire et la finance". Ma foi, on ne peut être que d'accord et l'on rend hommage à Libération, entre une pub pour une banque en ligne ou un mail promotionnel nous incitant à devenir trader, pour la force de l'édito et sa prise de position tranchée sans équivoque.

Bon, quelques anodins mots de conclusion relativisent la ferveur de notre émotion: "En parallèle de la nouvelle politique économique qu’il se doit au plus vite d’impulser, en dépit de contraintes européennes anachroniques, il lui faut aussi ouvrir sans plus attendre le chantier d’une République moderne."

"En dépit de la nouvelle politique économique qu'il se doit au plus vite d'impulser ?"...

Oui, on aurait peut-être dû commencer par là. S.Bourmeau fait-il référence à cet autre édito maison, signé Nicolas Demorand en date du 5 mars 2013, intitulé "Compromis" et louant le contenu de cette nouvelle politique économique par ailleurs totalement Cahuzaco-compatible puisque l'ex-ministre du Budget en était un des principaux maîtres d'ouvrage ? 

Alors que les syndicats défilaient ce jour contre l'ANI quelques mètres plus bas, le directeur de la rédaction de Libération, lui, se félicitait des projets du gouvernement pour "sauver le travail. Ou ce qu'il en reste. pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales. [...] Oui, pour le dire avec ces mots autrefois clinquants, il faudra travailler plus pour gagner autant et peut-être même moins.

Ça se précise. Faire la part belle aux patrons, valider jour après jour la casse des acquis sociaux, démonter le Code du travail et flexibiliser selon les souhaits du MEDEF: la nouvelle politique économique de gauche, c'est d'en faire une de droite. Merci Libération. En fait, même dans leur schizophrénie éditoriale, les deux directeurs de Libération ont raison: le compromis c'est du radical. 

Même si je ne suis pas particulièrement convaincu d'y voir quelque chose de "nouveau". 

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Illus: Libération

1 commentaire:

Toutatis a dit…

Quelque chose de beaucoup plus efficace

http://www.dailymotion.com/video/xyss23_qui-a-peur-de-publier-les-noms-des-fraudeurs-fiscaux-dupont-aignan_news#from=embediframe

on apprend aussi que Montebourg avait proposé la même chose il y a quelques années. Visiblement ça n'a pas été intégré au programme du PS.