dimanche 10 février 2013

Voisins du 3e type : du rire aux armes


Un film avec Ben Stiller, c'est la garantie d'une dérision de qualité: Dodgeball et Tropic Thunder ou la matrice du plan de com' de Geoffroy Didier, j’ai nommé le déflagrant de connerie Zoolander (avec au passage la dernière prestation filmée de David Bowie). 

Pourtant, il y a comme un malaise avec son dernier film (ce coup-ci, Stiller n'est pas le producteur mais juste l'interprète), The Watch de Akiva Schaffer (sorti ici en 2012 sous le titre voisins du 3e type).

Le pitch. Dans une zone pavillonnaire aseptisée de l’Ohio, trompant l’ennui, le manque d’assurance et leurs problèmes conjugaux, quatre quadras forment une patrouille de surveillance de voisinage afin de traquer l’assassin d’un employé de supermarché. Se faisant ils croisent la route de méchants extra-terrestres venus conquérir la planète. Au-delà de la farce, ce canevas permet, comme souvent dans les films des anciens de SNL, de brasser des sous-thèmes et de tirer le portrait des névroses et des travers de groupes sociaux américains. Là où une comédie française se contenterait de son casting, cumulant stand-upers, présentatrice météo de Canal et autres stars de la télé, pour balancer de la grosse vanne pas drôle à la recherche de la réplique culte pour cours de récré, c’est cette double lecture sociologique qui fait souvent l’intérêt des comédies de leurs homologues américains. On appelle ça travailler son scénario.

The watch est bien en dessous des autres films des anciens du Saturday night live. Mais là n'est pas le problème. 

Bon OK, le premier mort du film est un immigré, fraîchement naturalisé américain, et dont on insiste sur le fait que c’est un abruti doublé d’un tire-au-flanc, donc pas une grande perte. Jusque-là malheureusement rien de nouveau, il y a souvent une minorité de service pour mourir en premier dans un film US. C’est ensuite le personnage de Jamarcus (le génial Richard Ayoade de la série UK It Crowd) qui est présenté au début comme européen (sic) lorsqu'il rejoint la milice et [SPOILER] se révélera être un alien. Logique. 

Autre scène plus troublante que l'ensemble de Zero dark thirty: Après avoir tué un extra-terrestre (le top de ce qui se fait en matière de menace immigrée clandestine), les quatre amis emmènent leur prise de guerre dans le garage de Vince Vaughn et, sur du Bob Seger, posent en photo devant sa dépouille avant de la grimer, de danser avec et de lui faire subir tous les outrages. Toute ressemblance avec les exactions d'Abou Grahib est-elle fortuite ? Au travers de ce qui nous est montré, doué est celui qui trouvera un point de vue moral des auteurs sur cette scène. Après tout, il n’est pas comme nous, il nous veut du mal. On peut donc se comporter sans humanité avec lui, sans l’once d’un sentiment de culpabilité. L’Amérique résumée, mais sans la distance et l’ironie habituelle de ce genre de comédie.


Au coeur de l'intrigue, la milice citoyenne. Malgré toutes ses tares (l’alcoolisme qui l’anime et les dérangés qui la composent), elle n'est pas remise en cause et apparaît au final comme la solution sécuritaire ultime (pour peu qu'on lui donne des flingues). Du début à la fin, la police est montrée aussi incompétente que dans un film de justicier avec Charles Bronson. Argument de choc pour la NRA en plein débat sur le contrôle des armes automatiques, le psychopathe de l’équipe, Jonah Hill, dont la présence au sein du groupe est le dernier retranchement avant qu’il n’aille faire exploser des crânes de gamins dans un cinéma ou une université[1] avec l'arsenal qu’il cache sous le sommier de sa maman, se révèle si doué qu'il est engagé par la police locale lors du happy-end final.

Parce que ça finit bien, évidemment. Le monde est sauvé grâce à un comité de voisins vigilants. Dans un sursaut de testostérone, une des dernières séquences du film fait le lien entre fertilité masculine et virée virile en patrouille de quartier. Je passe sur les deux seuls rôles féminins, minimes et hyper orientés du film, je ne vais pas tout raconter non plus.

Des moments très drôles autour d’un script dont le second degré n'est pas toujours évident à déceler. Derrière le rire, le truc visant un large public, notamment de jeunes, laisse une sale impression. Sans que l'on sache si c'est voulu ou non, The watch en dit beaucoup sur l’état d’esprit de l'Amérique par rapport à "l’étranger" qu’il soit immigré ou terroriste ce qui, grosso modo, revient au même.


[1] Le film devait s'appeler The neighborhood watch et la promotion avait déjà été repensée suite au meurtre d'un adolescent par un milicien de quartier. Il est sorti en salles aux USA le 27 juillet, 5 jours après la tuerie d'Aurora.

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2 commentaires:

Abdel Housni a dit…

Salut,

Je vais pas souvent au cinéma mais j'ai été voir Django de Tarantino dernièrement
, ta critique m'a rappelé ce film.

Ce que j'ai bien aimé c'est la façon dont le racisme anti-noir y est décrit.

Autre chose marrante tous les méchants (tous les acteurs blancs et leurs acolytes) meurent (violemment).

Après les juifs (Atrocious basterds) et les noirs (Django) vivement les versions asiatiques et arabo-islamique de Tarantino héhé

En France, je pense qu'on ne verra pas de si tôt de film de ce genre, car la France reste un pays profondément animé par une vanité d'être le pays des droits de l'homme, ce qui empêche toute remise en question même dans une fiction...

seb musset a dit…

@Abdel > Tarantino mérite une thèse à lui tt seultant que cela interesse quelque qu'un. A moins d'un bon scénario (car il sait filmer), ce type sombrera dans l'oubli.

Pas vu Django. Copieusement détesté Inglorious Bastards.

Ce qui est perturbant dans The Watch, c'est que tt ça ne me semble pas pensé, ça coule de source. Le lol en plus, ça me rappelle presque le Chuck Norris d'Invasion USA ou l'aube rouge de John Milius.