vendredi 17 avril 2009

A qui profite le délit motion ?

TGI de Paris : La plate-forme vidéo Daily Motion a été condamnée Mercredi à payer un total de 80.000 euros à des auteurs et producteurs pour avoir diffusé sans autorisation deux documentaires. Vu ici.

Deux ou trois réflexions à chaud sur cette décision :

Pour commencer et ça commence mal, Daily Motion a revendiqué son Anti-Hadopisme.

Pour continuer, Daily Motion, open-media à l'image de ses spectateurs, fait écho à l'anti-sarkozysme ambiant par le biais de l'humour, de l'impertinence, de la grasse gaudriole mais aussi de l'analyse et de l'information.
J'ai ainsi découvert le site de partage de vidéos en 2006 par sa diffusion d'un documentaire (non piraté à la tv celui-là) traitant d'une manipulation du Ministère de l'intérieur. Ce dernier engageait en 2003, via une agence de com' (déjà), des intermittents du spectacle pour acclamer son patron (un certain futur président).

Depuis le réceptacle Daily Motion recompose, façon puzzle, cette case du documentaire sur sujets sensibles restée vide depuis le départ d'Envoyé Spécial vers les territoires risqués de l'investigation undercover que sont la tradition du cassoulet ou la culture de l'orchidée chez Elie Semoun.

Souvenons-nous aussi des
apports propagés par DM qui, n'en déplaise à la vieille école, ont contribué à faire progresser au quotidien le débat sur la crédibilité de notre mentor mentor. Citons les plus célèbres : Le sophistiqué et visionnaire Vrai Sarkozy (2.5 millions de spectateurs tout de même), le godarien Casse-toi pauv'-con, le sympathique Vodka avec Poutine (qu'on croirait extrait d'un bon Pécas), le documenté compil de ses mensonges ou bien la version uncut de Sarko Off sur France 3 (bonus behind-the-scenes qui a traumatisé notre champion de la détente au point que, depuis, il ne quitte plus son palais pour les directs radio-tv).


Sur Daily Motion, les chaînes des ministres comme Luc Chatel ou Rachida Dati (entre autres), malgré les moyens gouvernementaux mis en œuvre (fond bleu, jingle djeun'z, marque déposée "République Française") et les rafales de vidéos publiées, font si peu de connexions que les intéressés, après un début en fanfare, s'en sont discrètement retirés. Bad vibes pour la reconquête de l'internet prévue d'ici 2012 par l'UMP.


Daily Motion, c'est l'anti-télé. Oui la télé, ce vieux meuble à poussiéres diffusant des images en sens unique, qui a fait la gloire de notre glorieux chef de crise et tient encore à bout de bras fatigués sa moderne vacuité grâce à des émissions cire-pompes aux ricanements compulsifs, à des animatrices d'information à la diction gériatrique et à des sondages biaisés (pléonasme). Sarko premier président télé et alors ? C'est d'internet dont il ne supporte plus d'être la star !

Via un de ses sbires, Nadine M., femme blessée, notre vénéré tente de destabiliser le média 2.0. La réaction des assidus de Daily Motion ne se fait pas attendre.
C'est cela aussi Daily Motion, le mise à poil du discours en quasi direct. Tel est ainsi niqué celui qui croit dominer la communication télé. Face à cette épidémie de vitalité citoyenne, en toute légitimité notre super héros de la Ve doit penser : - Saloperie de communication vidéo sur internet venue du peuple se propageant comme la vérole de blog en blog en un simple coup de code (ce que je ne sais pas faire parce que j'y comprends rien à ces trucs de pauvres) pour rendre caduques les boîtes de media-training !


DM doit payer.

Point faible. Daily Motion connait une explosion de ses coûts liés à la bande-passante. Sur ce, la jeune compagnie française, dynamique et successful comme notre président devrait les célébrer, doit procéder à une nouvelle levée de fonds. On imagine la démarche contrariée avec ce type de jurisprudence basée sur la défense d'un obscur documentaire ouvrant la voie à une bardée d'autres procédures coûteuses. Et on voudrait me faire croire à moi, petit artisan de la réalisation auto-financée (et par ailleurs diffuseur de vidéos d'information alternative, donc souvent anti-sarko, sur Daily Motion) constamment bloqué pour distribuer mes productions par une législation favorisant les gros que, pour une fois, le pot de terre gagnerait contre le pot de fer ?

Quant au plaignant : Vue la rémunération à la minute de diffusion d'un documentaire sur une chaine officielle soi-disant dédiée à la découverte (environ 30 euros la minute payés le 37 du mois), y a de quoi sérieusement donner envie aux auteurs d'être piratés sur Daily Motion.

A ce sujet, en cette période de tentatives (répétées) de flicage la racaille surfeuse : Que l'on m'apporte la tête du responsable de l'upload criminel. On pourrait avoir des avoir des surprises.

Dernier point :
A ma connaissance, Daily Motion ne fait pas de procès aux chaînes (dominantes ou TNT, ce sont les mêmes) qui, pour faire jeune et créatif mais surtout parce que cela ne leur coûte rien, n'hésitent pas à parsemer leurs primes et autres best-of, souvent même leurs journaux d'information, de perles du net qu'elles pompent allègrement sur cette plate-forme sans même la citer.



"- Faut que les français le sachent : Est-ce que c'est ma faute à moi, si la crise américaine est sans pitié avec nos entreprises ? Même celles qui marchent."
Nicolas S. in "Éloge funèbre de Daily Motion au journal de 20h". (A paraître)

1 commentaire:

galunto a dit…

La force de Dailymotion et des autres plateformes de publication de vidéos, c'est qu'un contrôle a priori des vidéos n'est pas possible, contrairement à une chaîne de télé, où le journaliste doit d'abord soumettre son reportage à sa hiérarchie, qui peut éventuellement décider de censurer ou de faire des coupes.

Lorsque sur dailymotion, une vidéo est retirée, elle a déjà été vue par un nombre plus ou mois important de personnes, qui peuvent soit la republier ailleurs ou sinon en relater le contenu sur un blog. Ajouté à cela que la censure d'une vidéo accroît en général son exposition.