mardi 2 décembre 2008

SDF (Marque déposée de la société France)


Après avoir croisé quelques tentes de sans-logis sous le métro aérien face à une rue commerçante crachant ses décorations de Noël sur un demi-kilomètre à moitié habité, après avoir croisé le regard résigné de cette vieille femme de 29 ans encadrée par 4 policiers la sortant du lavomatic où elle avait trouvé un peu de chaleur, le tout sous les soupirs agacés du patron de l'eden sans salariés, je ne peux que, comme l'année d'avant et celle encore avant, faire le même constat : La grande misère est là pour durer. Non pour des raisons économiques (il y aurait de quoi nourrir et loger toute La France si le pouvoir déployait d'autres boucliers que ceux fiscaux ou bancaires) mais pour des raisons idéologiques.

Faire confiance aux apôtres français du marché roi pour la diminution du nombre de SDF est un leurre. Au mieux, l'élite en place s’arrange pour les faire disparaître de son chemin favori : L’axe Faubourg-St-Honoré-Concorde-Neuilly. Tache de vomi dans le décor qui risquerait de choquer des pays plus civilisés, le loqueteux à Quechua est également éradiqué des spots touristiques. Le soldat inconnu oui, l’indigent gênant non. Certains touristes, pas entièrement néo-libérés, pourraient mal comprendre que la cinquième puissance du monde puisse laisser mourir ses citoyens sur une base désormais aussi traditionnelle que le Téléthon, la messe de minuit et la bûche du réveillon.

Vous me direz, chacun ses traditions.


Mais c'est plus qu'une question de folklore, il en va de la sécurité intérieure. Sous régime UMP plus que jamais, le miséreux en grande détresse ne disparaît. Plus qu'un taux de perte toléré, et même s'il est non-productif, il occupe une place capitale dans l’idéologie néo-libérale. Le SDF a une dimension publicitaire fondamentale. C'est l'hérétique, écartelé en place publique, des temps modernes. Derrière la vague compassion des puissants à son égard aux trois secondes les plus froides de l'année, vous devez entendre :

Soumets-toi ou tu seras comme il est ! Voilà où cela conduit de ne pas respecter le marché.

C’est le genre d’argument inhumain qui peut tenir en période de croissance forte lorsque la majorité des moyens se gavant tranquilles, ferment les yeux sur les petits couacs sociaux blessant leurs prochains moins chanceux. En période de récession, les artifices de la consommation hédoniste venant à manquer et les crédits commençant à peser, chaque "moyen" est un SDF potentiel qui, maintenant, devrait moins s'ignorer.

Et pourtant.

Trop souvent conditionné par la voix de ses maitres, le pauvre, terrorisé de devenir encore plus pauvre, se trouve de nouvelles raisons de mépriser celui qui l'est totalement. Réflexe qu'à l'approche de n
oël, si j'en crois ma boîte aux lettres et la radio, les organismes de crédit à la consommation ont bien compris.

Fort à parier que l'on retrouvera certaines de leurs victimes (mais pas trop non plus faut pas déconner) aux fêtes de noël de 2009, délestés de leurs biens, givrants à la belle étoile dans nos rues enguirlandées, pour une question de marketing.

C'est cela aussi l'équilibre de la terreur.


14 commentaires:

Vincent a dit…

Franchement fort ; et franchement juste.

Mr Whistlewolf a dit…

Ca tape ou ça fait mal une fois de plus.
Merci pour votre billet.

Anonyme a dit…

Tellement vrai ...

Manquait plus qu'une référence au Malodore et les mensonges de Rama Yade.

David

garcon a dit…

Le raisonement que j'observe autour des sans logis de l'autre cote de l'atlantique est tout autant ragoutant : ici il y a un consensus a croire que les SDF le sont uniquement car il ne veulent pas travailler, que c'est leur souhait. Ainsi la classe moyenne ecrase elle meme la classe pauvre de ce complexe qui elle meme est la premiere a offrir du mepris envers les SDF. Mais a Los Angeles il y a un element qui fait la difference et empeche la compassion televisuelle hivernale, nous sommes en decembre il n'a pas gele cette nuit comme toutes les nuits de l'annee et il fait grand soleil ce matin.

Cette instrumentalisation des classes sociales est abjecte, et l'absence totale de prise de consciene aux USA m'a toujours laisse pantois, tant elle est deshumanisee. Nombreux sont ceux qui pensent que le meilleur moyen d'eradiquer la pauvrete serait d'eradiquer les pauvres au sens litteral du terme ... sic...

Aka 75 a dit…

L'article commence par une affiche de mon ami philosophe Chuck Norris.

Et bien, mon ami chuck Norris a la solution pour régler le problème des sans-abris.

Discussion entre lui et sarkozy sur le sort des SDF:
http://www.nanarland.com/play_ilsontdit.php?aud=16

Anonyme a dit…

"Soumets-toi ou tu seras comme il est !Voilà où cela conduit de ne pas respecter le marché."

Pourtant, c'est aussi le genre d'argument qui peut entraîner une révolution...

Combien de temps encore va-t-on supporter la misère autour de soi, et en soi ?

la plupart des gens qui travaillent ne sont pas épanouis. Dans les transports, c'est la résignation et en entreprise, la peur, l'ennui, le stress prennent possession des individus.

S'ils n'ont pas envie de grossir les rangs des sans-abris, ils ne veulent pas vivre sans espoir d'amélioration de leur sort.

Se soumettre au marché c'est accepter une énorme frustation ; ceux qui le peuvent encore achètent des stages de développement personnel : un créneau qui se développe de plus en plus. Pendant combien de temps pourront-ils s'offrir ce luxe ?

Tisbea

Anonyme a dit…

> Tisbea
Il ne s'agit pas de se soumettre au marché. C'est quand même plus subtil que ça. D'ailleurs la plupart des gens le soutiennent ce même marché, corolaire à l'"américan way-of-life" de la surconsommation.

Ce qui fait flipper à mort les gouvernements, ce n'est pas la monté des inégalités, ni le chômage, ni les retraites et les retraités (vous en voyez bcp des manfs de retraités ? De toute façon, ils ne courent pas trop vite) mais la non-consommation. Sans consommation (de crédits, de services ou de biens) ce système s'écroule.

FB

Anonyme a dit…

yes, d'ailleurs j'ai filé le fric que j'allais dépenser pour les putains de cadeux de noël de mes nièces et neveux à une asso de mon quartier qui s'occupe des sdf. mes belles soeurs ont tiré la gueule quand je leur ai expliqué mais vu qu'elles sont connes comme des manches à balais c'est sans regrets.

Axel. a dit…

Je suis peut être fou, mais il me semble être passé hier soir sur le blog, et sans avoir le temps de lire, avoir retenu une artcile en date du 4 (d'hier donc) que je ne vois plus maintenant, 5/12 a 16h25.

Dois-je aller consulter? Ou......

seb musset a dit…

Non Axel tu n'es pas fou.

Ce n'est pas encore la cellule de veille de la pensée correcte sur internet qui m'a rappelé à l'ordre, mais un billet incomplet et approximatif que j'ai préféré retirer. (pour mieux y revenir plus tard :D )

Anonyme a dit…

j'adhère entièrement à toutes ces argumentations, mais franchement quelles solutions pouvez-vous nous apporter afin de détourner le système de ce qu'il est et le rendre meilleur pour tous et les générations à venir ?

seb musset a dit…

Je n'ai aucune solution à proposer : je ne suis pas un homme politique en campagne.

Les solutions ne viennent pas d'en haut mais d'en bas, selon sa situation, son entourage et ses armes. Un des commentaires au-dessus vous donnera une idée de ce que chacun peut initier.

En revanche, L'état doit s'en tenir a des principes : Logement pour tous, santé pour tous, éducation pour tous devraient être dans ses priorités. Pour l'instant, il fait une de ses priorités de s'en débarrasser !

Donc une fois de plus : A quoi (et à qui) sert alors l'état ?

Aka 75 a dit…

Je ne comprends pas, la solution vient du dessus mais pas d'en haut ;).

Jon's little waltz a dit…

http://metropoles.revues.org/document2562.html

Lien vers un texte d'un ami qui rejoint un peu tout cela...

A+