samedi 2 février 2008

LA TRAITE DES STAGES

Le collectif Génération précaire qualifie d'«insulte à la jeunesse» l'annonce du ministre du travail Xavier Bertrand. Whaou... comme disait ma mère quand on lui a diagnostiqué son cancer : « la messe est dite » !. Le ministre du travail vient en effet d'annoncer à la presse que « les stagiaire seront payés 30% du smic pour les stages de plus de trois mois ». Et bah ça, si c'est pas du beau foutage de gueule, je ne m'y connais pas !

Pourquoi cette annonce profondément inique n'est-elle pas plus reprise dans les médias ? C'est que ces entreprises, des plus petites aux plus grosses, sont de gourmandes consommatrices de stagiaires !
Exemple : J'ai récemment travaillé pour une société de production fournissant du programme télé pour une chaîne du service public très populaire outremer. Sur dix personnes s'activant dans la ruche sur les ordres d'un patron furieux, deux étaient salariés : moi (en pige payée à la journée) et le patron. Il avait 59 ans, j'en avais 35. Détail qui a on importance. Le reste, les huit autres collaborateurs étaient TOUS en stage, ils avaient tous moins de 25 ans. Globalement rémunérés dans les deux cents euros par mois. J'apprends dans les rares moments de pause que certains ne sont même pas payés du tout.

Avec la joie de « faire de la télé » et dans l'espoir d'être payé pour cela un jour, au travers d'une sorte de rapport sado-masochiste assez fascinant, les jeunes crédules accumulaient les heures et les fonctions sous les brimades d'un chef qui, plus ils se soumettaient, en rajoutait en charge de travail. Et voilà mes jeunes amis stagiaires, propulsés chef de post-production ou carrément réalisateur de programmes. C'est qu'ils étaient fiers. Quelle réussite ! Bien sur, ils ne touchaient pas un centime de plus que leur maigre pitance de stage, les droits d'auteur allant dans la poche du patron et ils furent crédités au générique au mieux en tant qu'assistant. Quant au fait qu'ils ont au passage indirectement mis sur la paille des gens de la profession - ici du secteur public "ce fameux dinosaure pas assez productif" -, cela leur passe par dessus la tête. Le stagiaire est comme ses aieux : un individualiste lancé dans une compétition sans pitié pour ses concurrents. C'est pour cela d'ailleurs qu'il se révolte peu, pour un cocktail de taisons, il est bien plus soumis que ses aieux salariés.

Quel beau système français ! C'est à préciser : sans l'escroquerie institutionnalisée du stage, il y aurait un petit million de chômeurs supplémentaires en France. Le stage a remplacé le service miliaire plus avantageusement : d'abord il sert concrètement le patronat, il concerne les deux sexes - c'est les féministes qui sont contentes - et de dix mois il peut monter à dix ans. Et puis, dans un monde de vieux possédants, le stagiaire c'est jeune, c'est belle, c'est motivé, c'est crédule, ça fait le travail de quatre français aux heures supplémentaires pour le prix d'un paysan chinois à temps partiel, et, au moindre soucis ça se change. Avec le taux de natalité français, c'est pas ça qui va manquer dans les années à venir !
Ce qui m'étonne c'est que le monde du travail et la classe politique, et même le collectif « Génération Précaire » continue à appeler ça du « stage ». Assez d'euphémisme : Vue la teneur des taches, en moyenne plus contraignante et épuisante que celles des salariés dans la place, vus les faibles débouchés pour ses victimes (ça doit être du 1 / 100 qui est embauché), appelons ce système « l'esclavagisme » et appelons les stagiaires comme ils doivent l'être : « du combustible discount pour assurer la marche du sytème ».

Et que les « pas contents », les « feignants » et ceux de « mauvaise volonté » partent à l'étranger doit penser le gouvernement. Là, je vous renvoie à un de mes articles précédents tentant d'établir des nuances entre « chômage », « stage » et « travail de merde », soit ce qui dans 95% des cas attends la jeunesse européenne.

Le ministre du Travail Xavier Bertrand ajoute dans son communiqué en catimini : «l'entreprise qui va rémunérer ce jeune n'aura pas de charge à payer, c'est l'Etat qui en fera la compensation», a ajouté Xavier Bertrand. C'est sur à ce prix là, c'est un bon deal. Allez mon pote patron, je te subventionne une partie de ton esclave. A une époque, on appelait ça « la traite des nègres » aujourd'hui ça s'appelle « la France qui se lève tôt ».
Je vous conseille le livre d'Elsa Fayner sur le sujet, "et pourtant je me suis levée tôt", excellent ouvrage qui décrit au jour le jour l'aventure de l'auteur dans le monde du travail précaire.

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