mardi 26 août 2014

Ceci n'est pas un exercice


Quelle rentrée de merde mes enfants !

Après un été pourri sur le front de l’info mondiale et de la météo locale (même la 25e saison de Fort Boyard est vraiment en-dessous de tout), voilà que notre gouvernement réussi à saper encore un peu plus le moral de ce pays. J’étais presque décidé à reprendre la rédaction de ce blog en cherchant à défendre dans l'action gouvernementale (si si, reste des trucs). Et patatras, le lundi même où j’allais m’y mettre, un flash de France Info me stoppe net.

Passée ma fausse joie en entendant sur les ondes nationales et dans la même phrase les mots Valls et démission, je réalisai pas même blasé que le Président suivait en fait à la lettre son Manuel du parfait ratage sociétal-libéral[1], chapitre chantage, en tançant l'intégralité de son gouvernement pour les récents propos de Montebourg contre la ligne politique décidée par le Président. Il faut croire que François Hollande n'avait donc, jusqu'ici, jamais écouté son ministre de l'Economie, et que Montebourg ignorait tout de l'action du gouvernement auquel il participait. Le Président ne supporte plus de traverser en solitaire la tempête des mots de travers et, à défaut de pouvoir faire le beau temps et le beau temps, montre qui est le patron (après Pierre Gattaz bien sûr). Quand les cadres dirigeants s'ennuient, virer quelques subalternes ça détend toujours un peu, ça amuse la galerie et ça ne porte pas préjudice à l'activité.

Il n’en fallait pas plus pour alimenter le grand feuilleton de la rentrée [Mode conspiracy on/l'annonce de la démission collective du gouvernement arrivant le matin même de la rentrée de la majorité des médias/Mode conspiracy off]. Beaucoup de bruit pour rien, de la parlote pas chère, du suspens en balsa avec des jingles à la Gozilla marche sur Hollywood plus une cascade de directs satellites à 1000 boules la minute sur des perrons vides : les chaines d’info adorent les remaniements gouvernementaux. Et Pourquoi Jean-Michel Baylet a mis son costume du dimanche ? Et Bernard Tapie va-t-il revenir ? Selon ses informations Michael Darmon serait ministre de l'Information, est-ce crédible ? Et pourquoi Valls fait sa loi dans le triangle de Matignon-St-Honoré-Beauvau alors qu’il a fait un score minablissime à la primaire socialiste ? [2]. Alors Christophe Barbier, est-ce une crise de régime ? Une crise politique ? Des Chrysanthèmes ? Vous reprendrez bien un Krisproll Christophe ?

J’ai assez critiqué la pratique du sitcom permanent sous Sarkozy pour retomber dedans. Chacun se contre-branle copieusement du remaniement, encore plus aujourd'hui avec un pessimisme social au plus haut et une déflation qui se profile [3]. Et cet énième jeu de chaises musicales (avec de moins en moins de participants) ne va pas arranger ce sentiment de lassitude. Même Montebourg se carbonise au grand jeu du quel ministre ou ex ministre, potentiellement présidentiable, fera le plus de buzz à la rentrée ? alors qu'il était porteur d'une vraie parole (seul domaine où il excelle encore).

Comme vous, tout ceci me fatigue, m’exaspère. De la pitoyable danse du ventre au patronat, aux promesses non tenues en passant par ces personnalités pleines de promesses se fracassant avec plus ou moins de panache sur le mur de leur ego, je n’ai absolument plus envie de commenter l’actualité de ce quinquennat ressemblant dans les grandes lignes économiques, mais en version téléfilm moldave, à celui d’avant. Si je ne les regrette absolument pas, les années Sarko avaient au moins le mérite de recréer de la mobilisation et un vague désir de gauche. Ici, tout est désespérant du sol au plafond. En prime, le socialisme est flingué pour vingt ans. A la sclérose idéologique de ce pouvoir ensuqué dans des recettes économiques d'un autre siècle qui ne marcheront jamais (couvrir de de milliards les grosses entreprises en espérant des millions d'embauche n'est pas une ligne économique viable), va s'ajouter désormais le feuilleton de la prochaine présidentielle. Et le pouvoir là dedans ? L'action politique ? L'amélioration sociale ? L’intérêt collectif ?

Rien. Une petite gueulante de temps en temps et puis c'est marre. Une privatisation rampante de tout. Au mieux, une préparation mentale (avec moins d'hystérie que sous Sarkozy) au grand "démerdez-vous" qui s'installe année après année dans ce pays à force de travail au noir, de petits boulots, de salariat low-cost et de stages gratuits, d'indécences patronales et de self-exploitations auto-entrepreunariales.

Allons, ce n'est rien. Juste le blues de la rentrée. Juste un mauvais moment à passer.

Continuons la lutte camarades. 


[1] sobrement intitulé Comment trahir ses électeurs, tout en faisant une politique ringarde et sans souffle, pour faire l’unanimité contre soi jusque dans ses propres rangs et fièrement gagner 0.2 % de croissance en 5 ans de sacrifices ?  Fiasco éditeurs, 2012. (Réédition actualisée de 2007 et 2002)

[2] Au temps pour moi, celle-ci n’est pas posée.

[3] Rappel. L'inflation à la française, c'est l'augmentation de tout sauf des salaires.
La déflation à la française, c'est la baisse de quelques trucs comme les pastèques, les capotes et les salaires.

Illustration : source

9 commentaires:

Politeeks a dit…

moi, J'attends l'avis de Michael Darmont pour me décider.

Guy a dit…

Analyse des "socialistes" en 2017 après que le P"S" ait perdu le sénat, toutes les régions, la présidentielle et se retrouve avec 40 députés (maximum) à l'assemblée nationale : "c'est sans doute nous n'avons pas mené une politique assez à droite".

Je rigole (jaune) mais je comprend que vous n'ayez pas tellement envie de commenter sur les désastres à venir...

Merome a dit…

Je crois qu'il faudrait arrêter de commenter ces non-actualités, au risque de faire comme BFM TV, et s'intéresser plutôt aux idées neuves : revenu de base, tirage au sort, décroissance, gratuité, ...

seb musset a dit…

La non actualité colle parfaitement à la inaction présidentielle (sous forme de gesticulations chez Sarkozy, de flou chez Hollande), mais ne nous trompons pas : il y a une action de fond, une direction à tout cela. Quelles soient le fruit du cynisme ou du renoncement importe peu. Ça il faut continuer à l'énoncer, à le dénoncer. Même si j'avoue c'est fatigant. Déprimant de boxer dans le vide, non pas dans le silence, mais dans le trop plein de bruit.

Politeeks a dit…

SEB : oui, Hollande c'est le nain sans l'hystérie, donc on a la même chose, ça épuise en fait de se répéter.

Mais voilà la GAUCHE MODERNE ça va nous occuper je crois...

Abdellatif a dit…

Salut Seb,

Pas de commentaire sur le militarisme (voir impérialisme) du gouvernement en Afrique et au Moyen-Orient ?

@++

la marseillaise a dit…

« Standing ovation » pour Valls à l'université d'été du Medef

Le Monde.fr avec AFP | 27.08.2014 à 15h14 • Mis à jour le 27.08.2014 à 16h51

Anonyme a dit…

"A la sclérose idéologique de ce pouvoir ensuqué dans des recettes économiques d'un autre siècle qui ne marcheront jamais (couvrir de de milliards les grosses entreprises en espérant des millions d'embauche..."
Un lointain prédécesseur de Gattaz, auquel on faisait remarquer que les entreprises françaises n'exportaient pas assez, disait "pourquoi s'embêter à aller chercher de l'argent à Pétaouchnock alors qu'il y en plein Rue de Rivoli".

cdg a dit…

A ton avis Seb, pourquoi Hollande effectue une voilte face par rapport a ses engagements en 2012 ? car il est stupide et ne voit pas qu il va se planter comme tu l ecris ?
Juste pour le plaisir de "niquer ses electeurs" ? (je sais que notre classe politique nous prend pour des abrutis mais quand meme)
Par ce qu il est simple d esprit et que c est le dernier qui parle qui a raison ?
Non.
Tout simplement car la voie que tu (ou Montebourg) indiques est un chemin direct vers la catastrophe. On la d ailleurs experimente en 81 (la relance de la consommation avait alors permis une relance des importations japonaises. et en 81 l industrie francaise etait en meilleure forme que maintenant). Ca ne sert a rien de faire une transfusion si le malade perd son sang. Il faut stopper l hémorragie d abord

Sur la forme, le nouveau gouvermenent va surement essayer de faire "de gauche" par des gadgets societaux (apres le mariage homosexuel on aura peut etre le retour de la theorie de genre a l ecole ou autre truc fumeux du meme type, avec bien sur juste avant 2017 le droit de vote des etrangers afin de consolider le vote FN et affaiblir l UMP). Mais l important c est qu il s occupe enfin des problemes economiques majeurs de la France. Apres tout, ca reste leur derniere chance d avoir un bilan potable en 2017