jeudi 5 février 2009

la croissance avant ta pitance


Ami pauvre, tu as faim ?

Ce soir ton président va faire face à la crise
.

Il va te parler
depuis les ors de son palais, accompagné de quelques journalistes chausse-pieds.

Son discours grimé en interview, sur le plan économique je peux déjà te le résumer.

Ton président du pouvoir d'achat va décliner s
a sempiternelle rengaine du : Ce n'est pas en aidant à la consommation des ménages que l'état relancera l'économie mais en investissant dans de grands projets.

Passons sur la nature fumeuse des 1001 projets du "TGV de la relance" censés t'en mettre plein les yeux (pot-pourri de travaux prévus en 2010 avancés à 2009 et autres innovations technologiques de type : Construire 4 ronds-points là où il y en avait que 2), ce qu'il faut que tu retiennes, c'est le message de fond : La croissance avant ta pitance.

Face à la détresse sociale d'une catégorie de la population et aux désillusions budgétaires d'une autre, convaincus que le mouvement perpétuel garantit le sérieux de son expertise, ton président ne bougera pas le petit doigt pour aider les plus précaires, toi, moi et progressivement toute la France, à boucler leurs fins de mois.


Raison d'état : Nous les pauvres, si on nous donne de l'argent, on va tout dépenser en produits chinois.

CQFD. Passons là aussi sur le type de système et le type de politique ayant favorisé la délocalisation de nos industries, le raisonnement sera assené avec une telle assurance débonnaire prenant à témoin le bon sens populaire, qu'elle sonnera
par ricochet le glas d'un petit coup de pouce à la conso pour toi.

Ami pauvre, tu veux rigoler ? Si un jour tu as le président en face de toi, enfin je veux dire d'homme à homme, à moins de 500 mètres et sans 300 CRS interposés, demande-lui un peu que consomment ses amis riches avec leur argent ?


Il ne te répondra rien, te lâchera peut-être un petit soupir agacé ou un barre-toi pauvre gland avant de dire au préfet de dire aux flics de charger.

L'homme de droite sait. Le pauvre ne sait rien, d'ailleurs c'est pour cela qu'il n'est pas de droite. C'est la droite logique des choses.

Pour en revenir au pouvoir d'acheter des riches, la réponse est simple :


Les riches font comme toi. Grosses berlines allemandes discount ou penthouse à Miami à prix cassés, ils achètent là où c'est le moins cher pour eux : C'est à dire pas ici.


Comme disait maman (paix à son cerveau) en revenant de Floride: - C'est magique la Floride, les maisons sont pas chères !

Le riche n'est pas réputé pour son patriotisme économique, c'est même souvent pour cela qu'il est riche.


Par contre pour toi, pas question de faire jouer la devise à l'autre bout de la planète ou de t'offrir une vie de pacha fiscalement avantageuse avec 15 domestiques à tes pieds pour le coût mensuel d'une bouffe à l'Hippopotamus.

Comme disait encore maman revenant d'Inde: - C'est magique Pondichéry, les gens sont pas chers !

TGV de la relance ou pas, ami pauvre tu constateras que dans l'immédiat ce n'est pas la rénovation des archives du tribunal d’instance de Sélestat qui réglera la note de ton caddie chez Aldi.

Détail passé bien vite à la trappe dans les équations économiques du gouvernement, la composition de tes besoins de première nécessité ne dépend pas de la nature du plan de relance.
La promesse d'état n'est pas encore monnayable en grande surface. De contenu chinois ou français, tu dois toujours t'acquitter de ton chariot à cette même caissière qui te répète comme un robot :

- C'est magique
la carte confidéga, ça permet de payer en plusieurs fois !

Heureusement, l'état a des amis qui pensent à toi.


Après son glorieux sauvetage des banques sur fonds publics, je le rappelle pour le bien exclusif de tes économies que j'imagine colossales, ton président abandonne l'aide à la consommation (secteur pourtant en plein boom si j'en juge par l'explosion des gars comme toi) au seul secteur bancaire.

Après la privatisation des bénéfices, la mutualisation des pertes, voici la bancarisation de ta survie.

Ta caissière avait raison : La carte confidéga va faire un malheur chez toi. Dans le même temps, avec ses taux usuraires et ses coups de revolving, elle permettra aux banques du cœur
de se refaire un fond de caisse sur le dos de ta paye mensuelle et de celles à venir, même si elles sont plus faibles. Oui, puisque pour te payer à manger tu seras chroniquement endetté, tablons que tu seras moins regardant sur la nature et les rémunérations des emplois qui te seront proposés quand, grâce au TGV de la relance, La France aura renoué avec la croissance.

Ton président l'a dit et le redira ce soir : - Il faut que les banques retrouvent confiance, il faut relancer la pompe du crédit.

La confiance c'est son affaire, le pompe c'est toi.

Ami pauvre, tu voulais un état fort qui sache réformer tout en t'épaulant dans les difficultés? Tu subis une république qui ne t'écoute plus, te protège de moins en moins mais s'assure que ses élites de la finance ne manquent de rien, quitte à te sacrifier.

[Update 06/02/09 : Résumé du sarko-show dans les commentaires]


20 commentaires:

Le Monolecte a dit…

Tu nous tiens une bonne forme, en ce moment :-)

Comme tout est dit, ce soir, c'est grève de télé. Dommage qu'on ne sera sûrement pas assez nombreux à faire autre chose que mater le grand agitateur du vide, cela eut été tellement bien de le voir se prendre une grosse gamelle d'audience, en prélude à toutes les autres qui l'attendent.

Toby E a dit…

Notre Président Pédagogue va tout nous expliquer en 3 points :
- la crise est due à un excès d'endettement qui a rendu trop de gens insolvables, ce qui a déstabilisé les banques.
- il fallait donc renflouer les banques.
- elles pourront ainsi de nouveau prêter à des gens toujours aussi insolvables.
Donc, çà ne peut pas rater!
Il est fort, quand même.

Anonyme a dit…

je suis surement utopiste sur les bord, mais a mon sens, pour une fois, je trouve Seb un peu gonflé.
non pas que je pense qu il a tord, mais a tout hasard, avant de critiquer, j attend de voir ce que le nain enervé de l elysé a a dire pour sa defense.

surement pas grand chose, mais bon, crier avant d avoir (encore plus) mal, c est pas dans mes habitudes

cyclomal a dit…

Heureux celui qui n'a pas encore mal en Sarkozie!

La télé ce soir, c'est pour les lou ravis, les peinards et les ahuris. Ceux qui n'en peuvent plus d'admirer le pauv'type qui leur a menti, qui les a trahis, qui n'a pour eux que mépris. Ils vont l'avoir, ils la méritent, la belle cure d'incurie avec ce garçon d'écurie...

seb musset a dit…

20h40 > On m'informe qu'il y a des français dans le décor.

Rafo a dit…

10 contre 1 qu'il n'y aura aucun mot sur l'usine Arcelor de Gandrange.

seb musset a dit…

Update 06/02/09 12.00 :

J’ai quand même perdu ma soirée à regarder notre homme prit en plein bug idéologique (je ne peux pas donner de l’argent aux pauvres, c’est contre ma nature) qui jouait du stand-up assis avec quelques lexomyls dans le cornet.

Le mot de la soirée : Monsieur Pujadas. (prononcé une bonne trentaine de fois)

Le nouveau mot : « Patatras ! » résumant le sentiment de Sarkozy quant à la confiance en son programme économique passé, présent et futur.

La phrase à retenir : « Les français se révolteront et ils auront raison. »

Les bouc émissaires de la soirée : les traders. (vous me direz ça change des chômeurs et des sans-papiers.)

Les résolutions sociales qui tachent : Alors on va faire ça et ça, et ça, si les syndicats sont d’accord au terme d’une négociation où je ne céderai rien, le 18 février pas avant et on en reparlera.

La phrase la plus drôle : « J’ai imposé aux États-Unis. »

L’instant « 4e dimension » : La colère dans les yeux d’Alain Duhamel. Celui-ci n’arrivant pas à placer sa question à trois reprises, on le sent prêt à casser une table. De l’avis général, Alain Duhamel était le journaliste le plus pugnace des intervieweurs de la soirée. C’est dire le niveau.

La palme d’or de la syntaxe texto : J’ai bien aimé « C’est nous aussi qui paye les retraites. » et « un homme en qui on peut faire confiance ».

Mention spéciale « fumisterie frontale » : La suppression de la taxe professionnelle en 2010, impôt touché par les collectivités. Celle-ci prises par surprise, devront reporter cette baisse de revenus en augmentant la taxe d’habitation. Mes condoléances aux provinciaux qui vivent dans de petites villes à proximité de grandes entreprises.

Seb Musset

Anonyme a dit…

Pas d'accord avec Seb Musset.

Sarkozy ne peut dire les conneries qu'il dit que parce qu'il a en face de lui des mous.

Alors, dans l'ordre, prenez-vous en aux médias. Appelez au boycott des médias. Qu'ils crèvent tous.

Et ensuite on en reparle.

-stef

Anonyme a dit…

J'ai trouvé quand meme dans son discours (je n'appelle pas sa interview) un bel élan vers plus de socialisme.
De plus, il ne veut pas refaire de second mandat. C'est une manière d'exprimer son ras le bol, ça humanise le personnage pis il prévient comme çà l'opposition que ce sera eux les prochains dans la mouise.

Mais dans la mouise, il s'y est mi tout seul et c'est ce qui ont voté pour lui qui en paye le plus lourd tribu. La parole a un poids et les actions aussi. On ne fait pas de promesse en l'air sous peine de discrédit total.

Mais bon quand le bateau coule, le rat quitte bien vite le navire...
C'est assez angoissant de voir notre Président aussi perdu face aux événements.

Il me fait penser à tous ces chefs d'entreprises de start up au moment de l'éclatement de la bulle internet. Des vrais requins qui se retrouvent dans leurs petits souliers. Sauf qu'on ne gère pas un Etat comme on gère une entreprise car les conséquences d'une faillite ne provoque pas de dépôt de bilan mais révoltes et émeutes dans un pays en feu.

Sinon, j'ai voté perso pour Ségo en pensant faire le choix le moins pire. Je sais bien que ça n'aurait pas été mieux géré mais au moins on aurait évité le pire(une politique sociale d'entraide aurait été moins onéreuse humainement et ceux malgré les abus tant dénoncés).

Sarko a fait des aveux hier soir.
Il a avoué indirectement que sa politique était contraire à celle qu'il aurait du pratiquer (le modèle libéral anglais / pis il tape sur les traders juste aprés) mais il ne la remet pas pour autant en question et continue droit dans le mur.

C'est ça le comble. J'aurais presque envie de lui pardonner tout ses excès s'il remettait totalement en question la politique gouvernementale. C'est ce qu'il doit faire si il veut empêcher la révolte qui gronde en bruit de fond.

Cédrico (ou Crédico pour les intimes ;-))

Roger a dit…

Je suis sûr que la création du Nouveau Parti AntiCapitaliste vous a tous profondément excités.
Vous allez enfin pouvoir "niquer le système" dixit Besancenot.

igor a dit…

alors les cocos, ça viens le grand soir ?
le peuple que vous méprisez tant se fou de votre gueule.
vous êtes pas prêt de la voir votre révolution LOL

Roger a dit…

Si tu veux faire partie de la révolution anticapitaliste Sebmusset, il va falloir que tu saches prendre position un peu plus vite.
Critiquer M6, Castorama et Buffalo Grill avec Grand François, c'est un peu léger!

Anonyme a dit…

a Roger

Sauf que quand M6, Castorama et Buffalo Grill résument la vie de milliers de français c'est utile de leur ouvrir les yeux et sache que en tant qu'institutions reconnues et respecter ils représentent le système capitalo-financier dont on montre les limites et les accrocs.

Et pour terminer sache igor que si seb musset et "on" méprisaient le peuple le blog n' aurait jamais existé.

Quand à moi je préfère espérer que cracher ma frustration.

Thomas, 17 ans et l'avenir ( je l'espère ) devant moi.

Roger a dit…

>Thomas
J'achète souvent les mêmes choses, les mêmes marques aux mêmes endroits. On peut critiquer mes habitudes mais je ne crois pas que ça résume ma vie.

Est-ce que le NPA d'Olivier Besancenot te donne de l'espoir?

Tassin a dit…

Roger vous avez du passer à côté du sens de l'article pour écrire qu'il "critique vos habitudes et résume votre vie".

Le but du papier de Seb Musset étant de mettre en lumière l'aveuglement et la soumission orchestrée des gens, et ce malgré leur sens critique (qui se retrouve de fait atrophié).

Il ne s'agit en aucun cas d'insulter tel ou tel type de citoyen victime de ce système (dont vous et moi faites partie).

Il ne faut pas se limiter à un seul degré de lecture sur un texte, quel qu'il soit.

Mais qu'est-il arrivé à votre sens critique? ;-)

Cordialement,

Roger a dit…

Je soulignais le fait qu'aucun d'entre vous ne savait s'engager politiquement. Comme si vous aviez peur de perdre du choix dans ce grand libre-service des idées qu'est devenue la politique.

Tassin a dit…

Mais ce blog est témoin d'un engagement politique! Même s'il n'a pas d'étiquette au cul...

Roger a dit…

votre engagement politique ne donnera rien.
Dans la vie, il ne faut pas avoir peur d'avoir une identité.. pardon.. une étiquette.

Tassin a dit…

Ça se discute, le revers de la médaille, pardon... de l'étiquette, est qu'être affilié à un parti vous assimile forcément à l'ensemble des idées véhiculées par celui-ci, avec en prime les pré-jugés.

Anonyme a dit…

A Roger

1) Si je pense être conscient de ce système dont je vois les limites, je vois qu'il est difficile de s'en détacher. Or acheter dans ce système, devenir un client dont on vent les caractéristique par le biais de carte de fidélité me fait peur. La question que je me pose ( et là où seb musset m'aide ) c'est comment critiquer un système dont je suis un des principaux acteur ?
Voilà mon interrogation.

2) Pour vous répondre, je ne suis pas sympathisant d'extrême gauche et encore moins de Olivier Besancenot qui pour ma part représente une menace contre l'intelligence. J'ai fois en l'être humain et dans la recherche du bonheur et de la vérité ( les deux étant liés ). Or cette politique hypocrite et démagogue de droite comme de gauche me dégoutte et régresse à mon sens notre condition.

Encore une fois je n'ai pas l'expérience nécessaire de la vie pour en saisir tous les aspects mais c'est par ses échange d'idées que je me forme.

Thomas