mardi 2 septembre 2008

Peur sur la ville

Je viens d’être l’acteur et l'artisan d’une histoire d’apparence drôle mais qui, à bien y regarder, contient tous les éléments de la névrose française : Sa désespérance, son américanisation, sa précipitation à faire les mauvais choix sur la base d’une perception de la réalité pour le moins basique.

Je préviens tout de suite : âme sensible s’abstenir, vous allez partager un moment de ma vie de famille. Ce sont mes tripes que je vais étaler sur le buffet, c’est pas glorieux et c’est peu ragoûtant.

ACTE I :
Tout commence au début du mois d’août.
Mes beaux-parents, électeurs sarkozystes qui habitent Paris, partent pour quatre semaines vers Monaco d’où ils nous enverront régulièrement, à ma compagne et à moi, des MMS pour nous montrer "combien que les vacances chez les riches c’est fabuleux quand il fait beau".

Mes beaux-parents ne désirant pas s’encombrer, font alors comme beaucoup de français à ces moments cruciaux de l’année : Ils abandonnent leur compagnon domestique, une vieille chatte de gouttière nommé Ségolène.

Certes, ils ne la laissent pas sur le bord de la route mais dans leur appartement. Certes, ils chargent la gardienne de l’immeuble, Janine de Cambrai (elle s'est affublée de la particule depuis le succès du film de Dany Boon), de monter la nourrir une fois par jour contre menue monnaie. Mais tout de même ! La bête va vivre enfermée seule pour un mois et aucun comité de soutien ne sera formé dans ce pays pour relayer cet acte d’une intolérable cruauté. Voyez-vous, à l’instar de l'ami Léautaud, j’ai de la tendresse pour tous les chats alors que pour les humains, je suis plus regardant.

Pris de pitié pour cette chatte promise à la neurasthénie, je demande aux beaux-darons avant leur transhumance monégasque de me laisser la clef de leur appartement pour que je vienne de temps à autre rendre visite à Ségo, lui prodiguer quelques caresses et lui souffler que ses maîtres sont vraiment des enculés !

Dimanche de la semaine dernière, me voilà donc dans leur canapé avec Ségolène qui ronronne à mes pieds. Je suis accompagné de mon aimée et de sa sœur. Autour d’une bouteille de champagne piquée aux darons, nous discutons du passé et sortons de vieilles photos :

- Quinze ans déjà que l’on se connaît !
- Pff.. Que le temps passe vite…

- Et tu l’as dit bouffi.

Et l’on se raconte nos quatre cents coups :

- Ah on en a fait des conneries !
- Oh oui ! On était jeune hi, hi !
- Mais c’est fini maintenant on a des crédits.


Grignotés par la nostalgie, nous sortons nos madeleines des placards : De vieux jouets de la chambre de mon aimée dont une fausse main et un faux pied. D’imitation grossière, ces articles achetés vingt ans plus tôt par ses soins dans un magasin de farce et attrape vont devenir les éléments d’une machination diabolique aux funestes conséquences.

Malgré une petite forme en ce dimanche pourri succédant à un mois d’août parisien à gerber, j’ai encore du potentiel de jovialité sous le pied et je décide de réveiller notre jeunesse facétieuse ainsi que notre tristounette journée et, par ricochet, d’offrir un peu de bonheur à mes beaux-parents lors de cette mini-déprime qui va les envahir entre leur retour de Monaco et leur week-end suivant à Deauville.

En France, on a peut-être pas de vacances mais on a des idées !

Au terme de dix secondes d’une réflexion surhumaine, j’élabore une cocasserie de bon aloi dans la plus pure tradition de la salle de garde qui saura faire sourire le bon vivant qu’est, paraît-il, de nature, l’électeur Sarkozyste.

Je soulève leur canapé crotte de mammouth et glisse a chacune des extrémités le faux bras et le faux pied, les laissant dépasser, comme suit sur l'illustration ci-dessous :


Suggestion de l’ensemble par un détail : A 3mètres de là et pourvu que l’on n’y regarde pas plus de 5 secondes, il y a un corps humain sous le canapé. Je précise pas plus de 5 secondes puisque l’espace entre le sol et le canapé étant de 4 centimètres, il est physiquement impossible d’y loger un corps, même celui d’un enfant et même pour TF1. Rien à faire, c’est impossible.

Mais impossible n’est pas français.


ACTE II :

Le reste des évènements m’a été rapporté par ma belle-sœur, mon beau-père ayant déclaré à son retour de Monaco : "Je ne parle plus à ce scribouillard de mes deux qui a 12 ans d'âge mental !"


Cinq jours avant leur retour, Lundi matin, lendemain de notre farce, les pompiers du 15eme arrondissement reçoivent un appel téléphonique. Une gardienne d’immeuble hystérique les informe avec un fort accent ch’ti que "faut faire vite y a un cadavre sous un canapé dans un des appartements de la tour B !".

Trop contents de sortir le joli camion, et parce que seul la fête est moins folle, les pompiers appellent les policiers et tout ce beau monde se dirige en fanfare vers l'appartement en question.

Ségo qui n’a vu personne pendant un mois, voit débarquer dans le salon de ses maîtres, quatre policiers, cinq pompiers, la gardienne et son mari, armes au poing pour les uns, prêt à tout défoncer à la hache pour les seconds tandis que les gardiens filment la scène, chacun avec leur Samsung 3G "pass'kon sait jamais ça peut faire du blé à la télé".

Bien évidemment, le bras reste dans la main du préposé qui le prend plutôt mal. Tant pis, lui et ses copains ne seront pas venus pour rien et ils embarquent les membres en plastique comme "pièces à conviction" tandis que les pompiers, histoire de vérifier quand même - on est jamais trop prudent - retournent le canapé et le mettent en pièce.

La gardienne se fait sermonner.


- Vous vous rendez compte tous les gens que vous avez fait déplacer !

On peut comprendre la fureur du jeune policier qui, mine de rien, a failli jouer sa carrière sur cette histoire car, compte tenu du besoin de reconnaissance des jeunes recrues des forces de l’ordre, compte tenu de l’atonie des rédactions au mois d’août et de leur soif de faits-divers, compte tenu des connexions et des tuyautages des premiers avec les seconds : on peut légitimement supposer qu’il y avait un ou deux types d’I-télé et de BFM TV patientant dans la cage d’escalier pour recueillir les premiers témoignages.

Et qui dit journalistes, dit souvent gouvernement. On en était peut être déjà à se batailler Place Beauveau sur qui allait récupérer ce drame bestial au 20 heures.


- Non Rachida t’as déjà fait Bourg en Bresse ! La boucherie de la porte de Versailles c’est pour moi !


Mais non. Dommage pour tous : il ne s’agissait que d’une farce à la con, éculée, sans arme, ni violence, ni budget.


Bilan de l’opération : 1200 euros, un canapé foutu et une surprise ratée.

Ou pas complètement.


EPILOGUE :

Personne, ni la police, ni les pompiers, ni la gardienne n’a prévenu les beaux-darons qui eurent la surprise de retrouver une semaine après leur canapé en copeaux. Ils apprendront le fin mot de l’histoire grâce à l’épicière chinoise du quartier qui d’un sourire laqué au doigt menaçant leur chantonna :


- Tuer gens chez vous, pas bien, pas bien !

Oui, c’est toujours lorsque l’on croit que la connerie s’essouffle que l’on découvre stupéfait qu’elle n’en était qu’à son tour de chauffe ! Janine de Cambrai, au lieu de se draper de honte quant à sa perception pour le moins au premier degrés des choses, est allée se vanter dans le quartier qu’elle avait fait son "devoir de citoyenne" avant d'ajouter avec une pointe de méfiance que ces gens du cinquième tour B, même s’ils votent Sarkozy, sont "vraiment des gens pas comme les autres" et qu'il fallait s'en méfier.


Les 7 enseignements de mon attaque martienne en milieu sarkozyste :

n7 : Lâcher une boule puante dans Paris pourra bientôt être assimilé à un acte terroriste.
n6 : En cas de problème autre qu’un incendie il ne faut jamais, jamais appeler les pompiers.
n5 : Les flics sont encore pires que dans mes souvenirs les pires. Mon histoire est explicite : il ne faut pas leur donner la gestion du fichier EDVIGE !

n4 : La France n'a pas récolté beaucoup de médailles aux JO mais dans la catégorie de la délation, elle confirme son titre de championne du monde.
n3 : Abandonner un animal domestique l’été, ça peut coûter cher !
n2 : Dés qu’on s’éloigne de Samantha ou de Bienvenue chez les ch’tis,
l’humour en France ça devient compliqué.

Et numéro 1 : j’ai la preuve irréfutable du pouvoir dévastateur des série américaines, avec force flics et cadavres – type Experts ou Cold Case sur le cerveau des ménagères de moins de cinquante ans.

2 commentaires:

blabl a dit…

et n0 : en Sarkozie, l'humour n'est pas un sujet qui prête à rire ?

(formule pillée chez je-ne-sais-plus-qui)

draagon a dit…

la blague n' a pas fait un tabac,
dommage...
mais en même temps,
pour une mise de départ assez minime,
l' effet ainsi obtenu est plutôt réussi.
vous avez cependant omis de nous donner le sentiment de votre belle, quand à la tournure des évènements.
au final, voilà une histoire
qui grâce à son coté ubuesque,
vous permettra d' enchanter
les soirées entre amis, et
le temps passant vous éclairera d' un sourire, car en définitive,
cette avalanche de conséquence
s' y prête, quoi qu' on en dise.
songez monsieur...
la tête de l' expert, quand il a tiré sur la menotte manufacturée.

faire blague chez gens, pas bien,
pas bien !