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7 septembre 2023

Coup de chaud

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Je ressors mon ventilateur pour la première fois de l'été. Un 7 septembre. 

Je devrais dire mon "vieux ventilo". De marque Airmate et de conception chinoise, j'ai acheté ce ventilateur au Bricorama de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) il y a pile 22 ans ...début septembre 2001. 

Il faut dire qu'après un été 2001 météorologiquement merdique, la France et la région parisienne furent le théâtre de températures caniculaires, du type de celles dont j'entends dire à la radio ce matin "qu'elles sont du jamais vu en cette saison". Des 30 et des 32 degrés sur Paris, un 7 septembre. Ignorants que nous étions à l'époque, sans chaine d'info pour nous le rabâcher en boucle, que la fin du monde se jouait sous nos yeux à travers ces températures diaboliques. 

Quelques jours plus tard, deux avions pilotés par des types armés de cutter percutaient des tours à New-York sous un soleil de plomb et au nom d'une cause qu'ils jugeaient indiscutable. Les images firent le tour du monde en direct. Et effectivement, l'espace de quelques heures nous avons crû à la fin du monde. A partir de là, nous n'avons jamais plus vraiment vécu sans chaine d'information en direct allumée quelque part dans un coin de notre vie pour nous ramener dans le droit chemin : celui d'un monde dangereux. 

Je commence à croire au pouvoir des objets. Sacré ventilateur.


25 avril 2022

Un triomphe

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Ça y est. La grande quinzaine de l’antifascisme est terminée. Grâce aux vieux, aux bourgeois et à la crème de la couillemolie qui cache son vote conformiste derrière un camouflage moral, le cyborg est réélu à 58% par le peuple poisson-rouge. C’est un non-évènement même si l’abstention historique et les records de vote dans les territoires d'Outremer enregistrés par Marine Le Pen dynamisent un peu la journée et relativisent toutes les analyses définitives que j'imagine vomies à l'instant même sur les ondes. 

Aucune effervescence à l’annonce des scores à 20h, Paris s’en fout. Paris est déjà en vacances. Pas un cri, ni de joie ni de colère, pas même un écran allumé dans un bar sur les résultats du soir. Rien. Je pensais le matin que nous replongerions dans l'humeur de l'élection au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal, mais à 20h01 avec ce début de bruine, nous sommes propulsés vingt ans en arrière, lors de la mortifère réélection de Chirac (face à Le Pen père, déjà) et du quinquennat pour rien qui s'annonçait. Ce second avènement du cyborg, c’est la victoire du vide, ou plutôt du monde figé. Surtout, surtout que rien ne change. Ce sera donc dur, méprisant et violent, puisqu'il ne sait rien faire d’autre. 

Nous découvrons le score final 58/42 au guichet du petit cinéma où nous prenons une place pour le premier film en trente ans d’André Bonzel (après C’est arrivé près de chez vous) : et j’aime à la fureur. Mauvais choix de titre pour un superbe montage de films amateurs collectionnées sur un siècle. Ce film, dont j’ai découvert l’existence hier à la radio dans un demi sommeil ne pouvait que me plaire tant il est au carrefour de mes passions : le passé, les apprentis cinéastes, la lignée et l’héritage émotionnel. C’est une oeuvre cinématographique unique, tout autant qu’un essai philosophique populaire sur le sens de notre passage sur terre et l'absolue nécessité d'en profiter. C’était le film parfait pour renouer avec le cinéma en salle, activité que j’ai abandonné pour cause de ségrégation d’état (un régime qui semble avoir littéralement été effacé de la mémoire collective nationale). En une heure trente, j’ai totalement oublié le cyborg et son monde. Ce soir, le beau a temporairement triomphé du laid. 




21 octobre 2021

De l'adaptation du crapaud à sa marmite (suite)

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Dans la nuit du 19 au 20 octobre, une assemblée nationale presque vide vote le prolongement de l’état d’urgence sanitaire, et de son pass sanitaire assorti, jusqu’au 31 juillet. Ce n’est une surprise pour personne, ni chez les déviants ni chez les autres qui par ailleurs s’en moquent.  Chez eux le pass sanitaire n'est plus une question, chacun vaque à ses occupations "comme avant", lessivé du cerveau suite à un peu de terreur et trois confinements. 

Après six mois d’abstinence, j’ai recalé le poste de radio sur France culture le matin au réveil. Bien que moins frontale, l’omniprésence de la propagande pro-vaccination rend toujours l’écoute pénible. Passé le spot décérébrant du gouvernement, on retrouve la propagande dans quelques commentaires anodins dans des sujets qui n’ont rien à voir avec virus ou vaccin, ou des sujets connexes qui décrédibilisent systématiquement les antipass et antivax quitte à tordre la réalité. Ainsi un fascinant documentaire tirerait presque les larmes. Un médecin se dit « harcelé par des antivax ». Ce que ne dit pas le sujet c'est qu’il passe le plus clair de son temps de « travail » à insulter ceux qui ne sont pas de son avis depuis son compte Twitter à 37000 abonnés. On a les fans qu'on mérite. Aux infos on parle peu du virus, de morts ou de réanimations (les chiffres étant ridicules), seulement à la rubrique faits-divers de la normalisation des mesures restrictives. Les journalistes de ce pays annoncent même à l’unisson une baisse « historique » du chômage ce dernier trimestre sans pouvoir l’expliquer. J’aurais bien un début de réponse, elle tient en quatre lettres : Contrôleurs de pass sanitaire. C’est l’uberisation du contrat social. 

Nous sommes dans la phase de déconnexion. L’excuse originale "sanitaire" est abandonnée, le totalitarisme se maintient et progresse presque en autonomie, sans être nommé, sans être même pensé par ses sujets qui le battissent et le renforcent de leurs petites soumissions quotidiennes QR codées. Les contestations dans le monde, notamment celles massives en Italie, et celles sévèrement réprimées en Australie ne sont pas abordées. Ne se communiquent sur le front médiatique autorisé que trois types d’information relatives au virus : les hausses de contamination à l’étranger, les rapports opaques ou biaisés confirmant des succès des campagnes de vaccination, et la diabolisation des déviants (qu’il s’agisse de leur comportement délictueux ou de leurs remontées et témoignages des séquelles et décès constatés suite aux vaccins, tous balayés d’un condescendant revers de la main). Il apparait clair que le pass reste en place non pas pour inciter à se vacciner, mais que le vaccin était la clé pour imposer la mise en place du pass. 

Courage à ceux et celles qui, du bon côté de l'histoire, refusent l'un ET l'autre. 




7 novembre 2020

#confinement2 jour 8 : L'important c'est d'y croire

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331e jour de l'an de merde 2020 au coeur de la zone écarlate rouge rouge de la république du Baltringuistan. 

LA GAMINE
Il sert à quoi ce confinement ?

LE PAPA
A faire croire qu'on fait un confinement.

Elle a raison la gamine. Est-ce encore un confinement ? A Paris, pas vraiment.

Certes le trafic des voitures a baissé, un espace appréciable est récupéré sur les trottoirs suite aux fermetures de terrasses de restaurants, on entend à nouveau - un peu - les oiseaux. Je peux courir au milieu de la rue, on ne se marche plus dessus, tout est plus apaisé.

La mort ne rode plus, elle est là, domestiquée et symbolisée par chaque masque porté.  Avec la fraicheur et le ciel d’azur des derniers jours, contre toute attente ce confinement a des allures de séminaire de relaxation improvisé en station de sport d’hiver en début de saison. Un séminaire sponsorisé par Amazon Prime et Uber Eats dont les pubs en dos des bus et les livreurs en dos de scooters sillonnent la ville. C’est Paris sans la frénésie de Paris, en plus rajeuni. Il y a très clairement moins de personnes âgées dans les rues tandis que les enfants et les adolescents reconquièrent l'espace public. A la télé-pause de midi, on fait un ping-pong au square. A la tombée de la nuit, la plupart des commerces sont encore ouverts dans un quartier plus silencieux mais toujours vivant ou quelques silhouettes masquées passent avec leur cabas d’un commerce de bouche à l’autre et prennent le temps de se parler. Je marche dans une version inconnue de mes rues, celle reconstituée en studio pour un film français avec des faux décors, des façades éteintes où l'on devine quelques tintements de verres à l'heure de l'apéro et des magasins comme encore plus éclairés qu'à l'habitude. On y voit peu de figurants et quasiment pas de voitures en circulation faute de budget. 

Cette première semaine de confinement est une danse des mots, il s’agissait de faire croire à un reconfinement au corps médical et personnes âgées tout en lâchant un peu la bride aux autres en misant sur la responsabilité de chacun. Les cacas nerveux de Véran sur les bancs de l'assemblée et les suppliques de plus en plus larmoyantes des zexperts en virus et plateau télé pour que nous ne soyons encore plus parqués en appartement avec trois masques sur la gueule pendant au moins encore deux ans, sont autant de signes de leur perte de crédibilité et d'influence dans le débat public et politique. Le télé-travail reste au bon vouloir des patrons, les écoles bondées restent des cloaques et de moins en moins consent à s'auto-excuser par papier d'avoir à aller chercher le pain. Ailleurs le Covid reste un risque que chacun apprivoise à sa sauce... Et l’idée de limiter les mesures de confinement aux seules personnes vulnérables et malades commence à discrètement se décliner dans la presse, pour peu à peu infuser dans l'opinion. 

Les soubresauts de l'absurde législatif auto-proclamant une nomenclature absconse de ce qui est essentiel ou non nous amusent encore un peu (sauf les commerçants qui ont directement à souffrir de ces conneries d'Etat). Il faut y voir les derniers spasmes de lutte de l'organisme d'Etat pour affirmer son pouvoir là où il a perdu le contrôle de l'épidémie. Contrôle qu'il n'a jamais eu. L'exécutif à la Kafka, dépassé, contradictoire et inaudible, commence-t-il enfin à réaliser qu'après tous ses échecs et tous nos efforts, nos soumissions à ses mécanismes absurdes pour réparer ses conneries, il ne peut collectivement nous en demander plus sans risquer d'y laisser beaucoup de plumes ? 

Je ne leur fais évidemment aucune confiance, à la moindre baisse de la garde ils s'engouffreront dans la brèche de la culpabilisation. Continuons la bataille idéologique contre la peur dans laquelle ils veulent nous voir patauger. Cette bataille ne se gagne pas derrière nos écrans, mais dans la rue. En commençant par marcher librement. Alors, en marche. 


Confinement saison 2 : Jour 1 - Jours 2 et 3 - Jour 4 - Jour 5 

Confinement saison 1 : Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 - Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12 - Jour 13 - Jour 14 - Jour 15 et 16 - Jour 17 - Jour 18 -  Jour 19 - Jour 20  - Jour 21 Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  Jour 26 - Jour 27 - Jour 28 - Jour 29 - Jour 30 - Jour 31 - Jour 32 Jour 33 - Jour 34 Jour 35 et 36 Jour 37 et 38 Jour 39  Jour 40 Jour 41 Jour 42 - Jour 43 et 44  Jour 45 Jour 46 Jour 47 Jour 48 et 49 Jour 50 et 51 -  Jour 52 et 53 - Jour 54 - Jours 55 à 59


1 novembre 2020

#Confinement2 jour 2 : un début qui sent déjà la fin

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305 et 306e jours de l’an de merde 2020 en zone écarlate rouge rouge de la république du Baltringuistan. Explorons les rues pour notre premier week-end de nouveau confinement. 

Attestation dans le slip, je sors dans Paris pour accompagner une personne dans l’illégalité acheter un livre dans un commerce de culture interdit. Bonne ambiance. Dans la rue personne ne semble être complice de cette énième moitié de gesticulation gouvernementale vouée à l’échec comme les précédentes. Un couple de petits vieux amoureux passe, s'arrête et nous observe en plein achat d’objet culturel prohibé. Le vieil homme sort son portable pour photographier la vitrine du libraire et nous en plein acte d’achat. Va t-il les dénoncer à quelques autorités d’autant que le commissariat de l’arrondissement est à proximité ? 

LE PETIT VIEUX heureusement stupéfait
Regarde ils sont ouverts ! 

Une fois notre achat accompli, l’homme nous laisse partir puis se présente à son tour au guichet sécurisé pour demander un conseil de lecture. Nous rentrons en fin de journée et profitons des superbes lumières d’automne sur la cité. 

Le lendemain, soleil et douceur inespérée, je cours dans les rues plus longtemps que prévu. Des gens, moins d’autos, du coup on entend mieux les rires et le vrai son de nos vies. Des silhouettes qui marchent d’un pas assuré, sans peur, avec masque, parfois sans, parfois à deux, rarement plus. Jamais groupés, mais toujours à portée de clin d’oeil. C’est comme si la décision du conseiller clientèle en chef de L’Elysée avait eu un début d’effet contraire sur nos humeurs. Ce début de confinement sent déjà la fin. 

Toujours aucun signe de COVID de mon côté. Je ne croise qu’une fois le danger sous la forme d’une voiture qui grille le feu rouge et manque de m’écraser alors que je suis sur le passage piéton. Quoiqu’il en soit, deux mesures sanitaires sont prises pour ce premier week-end de confinement2 : la télé restera éteinte pour la période, boycott dans la mesure du possible des supermarchés et magasins de chaîne mécaniquement favorisés par les décisions gouvernementales. Qu'ils s'occupent de réparer ce qu'ils ont détruit au lieu de nous emmerder. La seule phrase à garder en mémoire: au sujet de ce qui nous arrive depuis le début de l'année :

 « Les pays qui n’ont jamais confiné leur population ont un nombre de lits d’hôpitaux par habitants deux ou trois fois plus élevé que le nôtre ».

Pour le reste : mangeons sainement, respirons et profitons du moment au lieu d'en avoir peur. c'est encore la meilleure recette pour garder une bonne santé mentale. 

Le soir venu, bien évidemment, ça n’applaudit plus du tout aux fenêtres.  

20 juillet 2020

Port du masque obligatoire, c’est la chenille qui redémarre

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Deux mois sont passés dans le monde d'après...

En juin, on souffle un peu. Le citoyen veut des vacances, l'Etat veut du PIB. Un petit air de "plus rien à foutre du virus" plane sur le pays depuis le début du déconfinement. Les incompétents du gouvernement ont été remplacés par d'autres incompétents provisoirement moins impopulaires. On peut donc recommencer à culpabiliser le quidam, lui dire qu'on va lui baisser son salaire, qu'il coûte trop cher, qu'il se relâche trop, fait trop la fête et porte mal son masque. 

En juillet, ça reconfine un peu partout en Europe. Plusieurs signaux sanitaires sur une hausse de la propagation du covid titillent ces rédactions d'info-feuilleton qui raffolent de l'affolement. Le gouvernement Baltringuistan-du-Castex décrète en plein milieu des grandes vacances (comme il le ferait pour une hausse de taxe honteuse) que le port du masque est obligatoire dans les lieux publics clos (tous sauf l’entreprise bien sûr, ce qui permet aux experts de chaines d'info-feuilleton de faire la morale sans masque en lieu clos sur l'importance pour les autres de porter le masque en lieu clos).

J’avoue que je ne comprends pas le pataquès actuel autour du port du masque, comme s’il fallait être systématiquement pro ou anti sur chaque chose. Je croyais naïvement que le port du masque dans les lieux publics clos était, si ce n'est obligatoire, au moins très fortement recommandé vu que c’est précisément l'absence de masques l'hiver dernier qui nous a collectivement fait traverser deux mois merdiques au printemps suivant. 

Il fallait juste le temps que l'opinion oublie un peu le fiasco d'état de la pénurie de masques à l'origine du confinement pour que le nouveau gouvernement légifère plus fermement au sujet du petit bout de tissu qui, s'il avait été livré à temps et porté par tout le monde nous aurait probablement évité deux mois de prison et dix ans de crise économique.  

Le masque c'est surtout le marqueur le plus visible d'un sombre futur collectif. On veut revenir comme avant, avant le confinement, même si "comme avant" c’était loin d’être la joie. C'est ça le monde d'après, chapitre 1 : « le monde d’avant n’a pas compris qu’il était mort ». Tout est en transition. Relations humaines, réunions, façon de travailler, tourisme, lieu de vie, espace habitable… plus rien n’est déjà plus comme avant et ça va continuer.  Il y a ceux qui le comprennent et s'adaptent et ceux qui foncent sans masque et gestes barrière, avec les mêmes schémas mentaux et certitudes, dans le monde d’hier. Si ce n’est pas ce virus, ce sera son petit frère encore plus musclé. La question n’est pas si mais quand. Les années à venir, dans les domaines sanitaire, écologique et économique, ressembleront plus à Mad Max qu’à L’auberge espagnole

C'est ce que nous dit le masque et c'est ce que l'on voudrait oublier.  


12 mai 2020

Le jour d'à peu près

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Le journal du confinement c'est comme le confinement, on y prend goût et on a un petit peur du changement faut bien dire.

Pas de panique, nous allons nous désintoxiquer progressivement. 

Pour ma part pas d'excès. Je consommais peu avant le confinement je consommerai encore moins après et, grâce à Hidalgo (qui l'eut cru) je me suis habitué à courir à l'aube devant les grilles fermées des parcs publics. Y a pas à dire : on croise moins de monde. 

Inconscients, perplexes ou sceptiques devant le pari de la reprise du 11 mai, chacun déconfinera à sa vitesse.  Il ne fallait pas attendre lundi matin 9 heures pour comprendre que le déconfinement du 11 est un pari d'état aves ses morceaux d'improvisation et sa culpabilisation en thème de fond (je rappelle que pour la septième compagnie en charge de la gestion du troupeau : le peuple est un enfant sale).  Ça s’entasse copieusement dans un métro qui tourne au ralenti, le ministre de la santé et de l'horoscope des régions fait l'étonné à la radio : "c'est dommage" déplore-t-il le plus sérieusement du monde. A l'école rien n'est prêt. La colère des élus, des chefs d'établissements, des enseignants trahissent les discours du ministre de la Nation Apprenante qui, toute honte bue, au sortir de huit semaines de confinement déclare qu'il est moins risqué d'aller à l'école que de rester chez soi. 

Il y a une passion française évidente pour la file d'attente. Dans la rue, les files se sont transférées des supermarchés aux échoppes des coiffeurs ou aux pharmacies où l’on prend le risque désormais de se contaminer pour bénéficier, peut-être, du masque-torchon promis par la ville (au bout de cinq mois c’est toujours ça). C’est également le grand retour de l'autre fléau urbain qui ne manquait point, le type qui déambule le nez dans son smartphone sans regarder devant lui, généralement sans masque pour un plus grand confort de va te faire bien enculer

Majorité de gens masqués par chez moi. Cet anonymat généralisé est un plaisir qui doit s'apprécier à chaque seconde au pays de la vidéo surveillance et des décrets anti burqa. Des masques certes, mais des pas surs. J'en vois fumer au masque, d'autres l'enlever pour éternuer sans se protéger (au milieu des gens) pour remettre le masque et l'enlever de nouveau trente seconde après. Indifférence générale avec ou sans protection, le masque n’est qu’un code social. On le porte pour les mêmes raisons qu'on ne le portait pas avant : pour ne pas se faire remarquer. 

Question densité urbaine, je ne vois pas de grandes différences à Paris entre ce premier lundi de liberté (relative) et le dernier dimanche de confinement. Le vrai changement, ce sont les automobilistes qui sont revenus conquérants et en masse. Et ça grille du passage piéton, et ça occupe 80% de la largeur de la rue pour une personne, et ça force toutes les autres à s’entasser sur des trottoirs faméliques. Le problème de Paris a toujours été cette superposition sur un espace réduit des différents modes de circulation, un non-choix qui ne satisfait personne et mécontente tout le monde. Dans la nouvelle donne sanitaire ce non-choix devient criminel. Une voiture qui fonce dans la rue, c’est dix piétons qui finissent par se coller les uns aux autres. Et encore, on "profite" de l'absence provisoire  des terrasses de café qui s'étalent parfois jusqu'au caniveau.  Des rues doivent être réservées aux piétons, d’autres aux vélos et d’autres au voiture. Il est crétin de mélanger tout le monde au petit bonheur parisien, d’autant que l’expérience que c’est le plus motorisé qui fait sa loi, et que le piéton parisien à intériorisé qu’il devait prendre sur lui ou se faire écraser. 

Malgré l’éclaircie de 20h, moins de monde au balcon pour applaudir les héros. J’ai quand même bien envie que l'habitude perdure. Dans ce contexte autoritaire qui s'orwelise à vue d'oeil, il est bon de rappeler à qui de droit, par la persistance de cette simple coordination du bruit, que en bas nous sommes vaguement unis. Le pouvoir est comme nous, il ne bouge que quand il a peur. Ça tombe bien nous sommes tellement plus nombreux que lui. 




10 mai 2020

#confinement jour 55 à 59 : derniers jours tranquilles à Paris

par
Mercredi. Un climat lourd s’abat sur les derniers jours du confinement officiel. Officieusement nous sommes déjà dans l’après. Dehors la vie passe de plus en plus vite. Les voitures tracent comme avant, plus vite encore. Je suis à peine sorti en trois jours et j'ai été le témoin de deux accrochages voiture / scooter. Ça promet pour la rentrée. Je ne cours plus et prends de moins en moins l’air. Ça recommence à puer. A mesure que Paris redevient Paris, je me « reconfine » mentalement dans ma détestation standard de cette ville.  Je n’ai pas envie de retrouver Paris ni le monde d’avant. Travail, circulation, nourriture, démonstration a été faite que nos modes de fonctionnement urbains classiques sont absurdes.

Chacun se cale sur la rentrée du 11 mai. Les coiffeurs sont bookés de 7h à 21h sur les deux prochaines semaines et les commerces sont dans les starting-blocks avec leurs procédures sanitaires. On va consommer autrement mais on va consommer bordel de merde !  Le déconfinement, et sa part de pari, nous font basculer dans l’inconnu collectif, le salut de chacun y dépend de l'attitude de tous et inversement. De ce côté, je suis confiant. Je nous trouve bien plus responsables, constructifs et soucieux de l'autre que les criminels et/ou connards qui nous ont menti, puni et sermonné durant deux mois : Le conseiller clientèle en chef cocaïné, le premier inutile, La Castagne, frère Salomon et son Top 50 de la mort, l'incontournable Sibeth porte-parole idéale de ce congrès d'idiots du village... A défaut de masques, en deux mois ces idiots inutiles nous ont construit les fondations d'une bonne société répressive. Le flicage s’installe tranquille sur le dos de l'épidémie. L’application Stop Covid n’est qu’un gadget, un chiffon rouge agité qui cache la philosophie punitive et carcérale de la gestion médicale du déconfinement : le traçage de la population via la « brigade des anges gardiens ». Ce dézingage du secret médical où la délation du cas positif, et des cas "contact" du cas positif, sera récompensée, pue très sérieusement du cul. 

Jeudi. Point presse de la Power Point Action Team. Rien de nouveau, absurdité à tous les étages en république de Baltringuistan. Sur l’école, c’est la schizophrénie en overdrive, la communication des tocards réussit l'exploit d'effrayer élus, profs, parents et élèves. Sur les transports en commun, on est dans le domaine du délirium pensé et conçu par des gens qui considèrent sincèrement que "les gueux" prennent le métro par plaisir. Alors que l’offre de transports devrait être doublée ou triplée à Paris, elle est réduite par deux, les stations de métro sont fermées et la place disponible dans les rames divisée par quatre. Et si ça merde, on ressortira la technologie révolutionnaire de la lutte sanitaire à la française : le PV pour défaut d’attestation d’employeur.

L’angle mort du déconfinement, c’est Paris, la région parisienne et son hyper concentration de tout. Ça ne peut pas être avoué mais la règle des cent kilomètres qui s’applique à tous les Français, y compris dans des zones avec trois cas de Covid, n’a été pensée QUE pour les franciliens.

Vendredi. Ballade avec L. Douceur de nos vacances d’intérieur hors du temps. Brève escapade vers le cimetière, là où mon confinement a commencé il y a huit semaines. La rue de la Gaité est une ville fantôme de western, avec ses bars, ses restos et ses sex shops abandonnés. Le restaurant Comme chez soi va probablement devoir changer de nom, comme la publicité de cette enseigne en décoration qui nous assure que vous allez aimer rentrer chez vous.

Samedi. Le temps se brouille. Orages à venir. La parenthèse se referme.

Que retenir de ces deux mois de confinement au temps élastique ? 

D’un point de vue personnel, je n’ai pas appris grand-chose sur moi que je ne savais déjà. Oui, le chant des oiseux m'est plus profitable que le bruit des hommes. A. et R. m’ont impressionné par leur prise en main des évènements et de la pression : travail, organisation et imagination. Il aura fallu être aux portes de la mort pour enfin parler à P. Depuis, il va mieux comme on peut aller mieux avec une playlist shuffle de pathologies toutes pires les unes que les autres. Il a demandé du chocolat, l'espoir renait. Les poumons ont bien été touchés par le covid, le système nerveux aussi, mais il est passé au travers. Jamais vu un tel organisme. Il est du genre sûr de lui, même dans sa façon de d'envoyer se faire foutre la maladie. 

J'ai eu la confirmation que je n’ai pas la main verte, mon "coquelicot salade" a doublé de volume mais il reste une énigme. Ma cuisine n'est pas un pays pour le vieil escargot. Il est mort. 

Je n’en ai pas appris plus sur ce virus en deux mois et ce malgré la quantité d’information disponible et les tartines lues chez les "experts" comme chez les profanes. Les uns n'ont rien à envier aux autres. On commence tout juste à s’interroger sur la date même de l'arrivée sur le territoire français, hypothèse qui, si elle s’avérait juste, balayerait toutes nos constructions confinées. Et si la première vague n'était pas en fait déjà la deuxième ?  Mais rien ne sert de fantasmer. On ne sait rien et c 'est ça qui est bien. C'est une cure générale d'humilité. Tout n'est que science fiction, limite superstition, le meilleur comme le pire. 

En deux mois, j'en ai appris un peu plus sur la machine d’état. Je ne me faisais aucune illusion sur la fragilité du bazar mais la baraque est bien plus en ruines que je ne le pensais. La république ne tient plus qu’avec une punaise rouillée, trois bouts de scotch et le ciment fragile de notre soumission.

J'ai également la confirmation qu'un pouvoir à bout n'hésitera pas à user et abuser de la répression, et qu'il profite de la confusion des esprits pour se construire une petite société de la surveillance et de la punition, aux petits oignons. Le pouvoir ne sert plus qu'à ça : non pas à nous protéger, mais à se protéger  lui de nous. 

J’en ai appris un peu plus sur notre monde du travail. La majorité de nos boulots « modernes » ne servent strictement à rien, ils peuvent être accomplis n’importe où par n’importe à n’importe quelle vitesse. L’hallucination collective perdure pourtant. Je le savais, il fallait juste l’expérimenter IRL. C’est fait.

Je n’en ai pas appris plus sur le confinement en deux mois. Le confinement n’est qu'une punition collective décrétées par des puissants apeurés (pour eux) pour des erreurs qu'ils ont commises. Le plus effarant est qu'en deux mois nous en faisons maintenant « une normalité sanitaire » et nous sommes prêts à y retourner. Le confinement est le résultat débile et injuste d’une anomalie criminelle de gestion. Stupide processus autoritaire et infantilisant qui réussit l’exploit de nous angoisser encore plus à la perspective de le quitter. Un jour prochain on s’interrogera peut-être sur l’âge moyen des décès constatés et le fait que ce sont les pays où il y a le plus de personnes âgées et très âgées qui présentent le plus de victimes. En clair, l’acharnement à vouloir vivre très vieux, après une vie où l’on n’a globalement fait attention à rien en termes d’alimentation et de santé, est une des raisons de la paralysie des sociétés occidentales au printemps 2020. Cette gestion sanitaire est à l’image de notre vision de la médecine : soigner au dernier moment au lieu de prévenir. La médecine étant un bien de consommation comme un autre, on exige du résultat quel que soit l’état de santé du patient. Les industries pharmaceutiques poussent évidemment dans ce sens. Le médicament rapporte plus que la façon de ne pas en avoir besoin. De ce côté là, nous ressortons de la crise comme nous y sommes entrés : sans avoir évolué d’un pouce. Ah si, on téléconsulte désormais... A bien des égards, la terreur du virus ayant éloigné les français des cabinets médicaux et des centres de dépistage d’autre pathologies, causera beaucoup de dégâts. Ils seront lissés dans le temps et n'auront pas le privilège d'une édition spéciale de deux mois sur BFM.

Pour le reste, comme pour expier son insouciance hivernale, en intraveineuse d'alerte info, l'être humain, qui a peur de son ombre, s'est construit une nouvelle terreur : la peur irrationnelle de mourir de ce virus (alors que tu as à ce jour toujours plus de chances de mourrir écrasé par une ambulance). Les croyances, la peur, les pratiques à respecter : combien de temps resterons-nous accrochés à cette religion ?

Soulagé de tourner la page de ce "journal de confinement" qui n'a pas évolué comme je l'imaginais, plus politique et moins intime. Ça ce sera peut-être pour après, on ne peut pas tout dire en temps réel. Cette période m'aura permis de renouer avec le blog, avec vous et les copains blogueurs aussi et ça c'est bien. Il faut avouer aussi que cette nullité d'état, quelque part entre Black Mirror et le Gendarme à Saint-Tropez, méritait d'être consignée au chapitre prélude au fascisme dans la grande encyclopédie de la connerie.

Je m'apprête donc comme vous à revenir sans joie aucune dans le monde d'avant, en pire ou pas. Il sera ce que nous en ferons. En équilibriste. S'accrocher à la volonté de changer le monde, mordre aux mollets les méchants et parallèlement chercher son prochain lieu d'assignation pour l'été.

Pour l'instant, la priorité c'est de revoir en vrai ceux et celles que l'on aime et de leur dire qu'on les aime...

...et de quitter la ville.

A tout à l'heure.







Les jours d'avant :

6 mai 2020

#confinement jour 54 : la saison des masques

par
Ça y est ils arrivent. Saveur profiteur de guerre ou foutage de gueule, les masques sont là. Il y en aura pour tous et tout le temps de la pharmacie à l'hypermarché. 

Après un rapide survol des premiers arrivages en grande surface (oui ils étaient dans le besoin), c'est, au mieux, 50 balles pour 50 masques. On peut trouver moins cher (on me parle de 30 balles chez Netto) on peut évidemment trouver bien plus couteux. Avec 50 masques tu tiens une semaine. Vous êtes 4 dans la famille ? Pas de souci : c'est 200 balles la semaine sur lequel l'Etat empochera 5,5% de TVA.

Et le tiroir caisse va fonctionner. Même si le masque n'est qu'un des dispositifs de protection qui n'exonère pas de garder ses distances et de se laver les mains régulièrement, et même si les Français sont largement défiants envers la gestion du gouvernement (60% selon le dernier sondage Elabe), ils sont 67% à être inquiets du déconfinement (On se demande bien pourquoi vu le niveau d'incohérence du plan national et son incompréhensible explication de texte ?) et 80% à encore craindre l''épidémie

Chacun achète des masques, chacun en réserve, chacun en veut. Il y a deux mois tu passais pour un terroriste quand tu te baladais en te couvrant le visage, tu passeras bientôt pour un ennemi de l'état sanitaire en marchant tête nue, dans une rue jonchée de masques souillés. 

Devant le logiciel si novateur de la start-up nation constitué de sauf-conduits, de réglementations en douze tomes et de distribution de PV, "la débrouille" (tout ce que tu as mis en place en termes de fabrications de masque durant deux mois) devrait normalement être prohibé dans l'espace public dans de brefs délais. 

Peu importe que la défaillance de l'Etat soit à l'origine d'un confinement massue de 60 jours, d'une paralysie du pays, de dizaine de milliers de morts et d'un crash économique king-size : tu es là pour payer pour le prix de leur incompétence. Ils ne te la font plus payer en te privant de liberté, mais en conditionnant ton retour à cette liberté à l'acquittement d'un forfait santé hebdomadaire (le masque) pour une durée indéterminée. 

Avantage non négligeable de cette nouvelle religion : les autorités incompétentes pourront toujours expliquer un retour au confinement par notre non-respect du port du masque ou port de masques non-homologués.  

Je ne peux parler de la qualité des masques en question, je n'en ai pas eu encore entre les mains. J'attends avec confiance que la république du Baltringuistan me fournisse gratuitement, et en abondance, ce masque qu'il veut m'obliger à porter après m'avoir fait subir 60 jours de confinement à cause de son incapacité à me le fournir en temps voulu tout en me martelant par la suite qu'il était inutile, voire contre-productif, pour ma santé et celle des autres.

Je reste donc chez moi et j'attends. 

Les masques vont arriver d'une minute à l'autre.

J'ai confiance car je vis dans un état fort et protecteur. 



Les jours d'avant :

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