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13 février 2012

Jusqu'où ? Jusqu'au bout

par

Sur les chaînes d'info continue françaises, le décès de Whitney Houston, survenant de surcroît un jour de sport, aura eu raison du vote (par un gouvernement imposé) d’un énième plan de rigueur vissant encore un peu plus le quotidien du peuple grec

22% de réduction du salaire minimum à 584 euros. On comprend que les Athéniens mettent le feu aux rues. A vrai dire, on s'étonne même de n'en voir que quelques dizaines de milliers, là où on devrait en encourager des millions. 

Quelques bâtiments en cendre dans un pays qui broie son peuple depuis deux ans (le taux de suicide y a explosé) tout en cajolant ses riches. C'est loin d'être rassurant

Comment peut-on subir autant sans s’insurger plus ? Voilà le plus inquiétant dans la situation grecque, laboratoire en direct-live de ce qui nous attend[1]. Voilà qui doit inquiéter, à défaut de rendre solidaires, tous les peuples d’Europe dont je le crains, les deux tiers ne connaissent que ce qu'en montrent les prospectus Costa Croisières

Faudra-t-il attendre que les salaires soient réduits de 22% pour entraîner, ici, un début de prise de conscience de ce mur dans lequel nous fonçons, et de la persistance criminelle d'une démocratie, au service de la finance, à faire rentrer le peuple de demain dans les schémas d’hier, à savoir la répétition convaincue du mantra: "seule l'austérité nous sauvera". Sauvera qui exactement ? 

Ici. En attendant les jours de tonnerre. Pour prévenir tout débordement, en plus d'une sous-information, il convient de thermofloquer les esprits aux éditoriaux TINA-karcher de l’indispensable rigueur. Tel un Marc Fiorentino, ce matin sur BFM Business, s’insurgeant de son cynisme tranquille que les autorités françaises ne prennent pas un peu plus de "mesures-chocs" à l’image de celles votées par les élites hellènes.  C dans l'air passera probablement la seconde couche, pour les retraités, plus tard dans la journée.

Le peuple grec est abandonné à la dictature de la finance au nom du "bon sens" européen (ou inversement, on ne sait plus très bien). Ce bon sens qui au nom de la paix entre les pays de la zone, laisse les banques braquer leurs canons économiques directement contre les peuples, pour leur souffler jusqu'au dernier euro, pire encore, jusqu'au dernier espoir. Les Fiorentino du Pirée ont-ils à ce point plâtré les cerveaux?

Tout va provisoirement bien. Après le vote grec, les bourses européennes ouvrent en hausse.

[1] Soyez-en assurés. Dans le cadre d'un grand "stop ou encore", les réactions populaires sont scrupuleusement observées.

22 janvier 2012

Apocalypsimmo II : résurrection

par
Nouvel épisode de notre feuilleton: Immobilier, panique et spéculation.

Dans cet opus, règne une certaine agitation au sommet de l'Etat. Le Monarque,  possédé par sa pulsion de reconquête d'un pouvoir dont il n'a jamais su être à la hauteur et persistant à croire qu'il peut être réélu[1], repart en mode ribouldingue. Dans ce festival de gesticulations stériles où il fait mine de découvrir que réside depuis 5 ans à l'Elysée un nuisible à 500 Milliards ayant cassé le moral du pays, le Karcher à promesses est réenclenché. Ainsi, il nous annonçait la semaine passée, via la  peluche Apparu[2], une flopée prochaine "de mesures extrêmement puissantes" sur le logement.

Il faut dire qu'il y'a péril en la demeure.

Depuis un mois, nous assistons à la parade des promoteurs et parasites de l'immo (on les appelle aussi "les professionnels") servant en plateaux toutes les larmes de leur lobby histoire que le gouvernement ne les oublie pas avant mai.


1er cas,
Hiver 54 chez Nexity.

Les années où le pognon s’accumulait facile grâce au "foncier pour les fauchés" sont terminéesTous les pigeons ayant été pigeonnés, le marchand qui vendait de rêve de standing à un peuple terrorisé par son déclassementdoit recalibrer sa cible s'il veut continuer à marger grave.

11 janvier. Lendemain de l’appel de Cantona pour placer le logement au coeur de la campagne présidentielle, je reste interdit devant une intervention radio de Alain Dinin, patron de Nexity, reprenant à la volée l'action de la fondation Abbé-Pierre pour rappeler que "85% de la population française ne peut pas acheter son logement".

Et le patron de Nexity (qui m'a spamé durant des années pour qu'avec mes 1500 euros de revenus je fasse de la défiscalisation avec ses apparts en carton vendus 10X le prix) de poursuivre avec un "Le problème n'est pas de faire une France de propriétaires. Il faut faire une France de bien-logés". Purée, c'est beau comme du Seb Musset.

Le boy scout du béton enfonce le clou: "Je sais qu'il ne faut pas faire de philosophie mais, au fond, c'est de vivre ensemble dont on parle. On ne peut pas continuer d'exclure". Tombant de la chaise à ce moment précis, je n'ai pleinement pu apprécier le plaidoyer du promoteur ému déplorant l'exode des classes moyennes consécutif à la flambée des prix (oui, celle-là même sur laquelle il a surfé pépère durant une décennie et demie en poussant les gens à accéder à la propriété, au choix, toujours plus cher ou toujours plus loin).

Dinin a beau minimiser l'influence des "produits" pour échapper à l’impôt via l'immobilier (concernant pourtant 75% des constructions neuves en 2010) ainsi que les crédits à bas taux pour les financer, il redoute la fin du juteux business-model. Le climat craint: le politique tremble pour sa note chez Fitch et le gouvernement resserre lentement les niches fiscales du secteur. L'explosion de la pauvreté par le logement ou l'absence de logement, c'était de la gnognote. Maintenant que le volume des transactions baisse pour Monsieur Pognon, tu comprends: "il y'a urgence dans les décisions".

Dans Le Figaro, le samaritain de PTZ envisage même de diminuer ses prix de 5% cette année (après les avoir explosé de 6,5% en 2010). Comme dirait Jean-François Copé lorsqu'il est à court d'idées pour expliquer l'échec de 5 ans d'UMP (c'est à dire deux fois par phrase): "la crise est passée par là".

Vidéo d'Alain Dinin chez J-P Elkabbach, Europe 1,11/01/2011:

2e cas,
Cafpi et l'agonie du crédit.

Après les grossistes, passons aux dealers. Là aussi, grosse inquiétude: Perte du triple A et baisse sensible des intentions d'endettement chez les particuliers pour 2012. Bien média-trainé, Philippe Taboret, le boss du courtier en crédits Cafpi, intervenait le 16 janvier chez nos amis de la chaîne immo.

Dans un contexte où "L'immobilier est attaqué de tous les côtés" [comprendre, c'est la fin du Sceliier, la TVA augmente et le recul du délai pour bénéficier d'exonérations sur les PV de résidences secondaires], "on est vraiment dans une situation de désolvabilisation des emprunteurs" [comprendre, les banques ne vont désormais prêter qu'aux riches et ce n'est pas avec des bons payeurs qu'on gagne notre vie ma petite dame]. P.Taboret s'inquiète de l'assèchement du marché des primo-accédants. Avec une hausse des taux à 5%, "le [crédit sur] 30 ans devient difficile à obtenir". [Saperlipopette, la machine à gogos est cassée !] "Espérons qu'on trouve des solutions" suggère sans nuance le Taboret, rappelant que "l'immobilier est un élément important de la croissance" [et d'abord celle des vendeurs de crédit, des spéculateurs et des rentiers] avant de pointer que "bien évidemment s'il n'y a pas l'Etat pour venir soutenir la croissance et la relance, ça pose de grandes difficultés".

Pas besoin de clin d'oeil, le message est passé à l'Elysée.


Taboret affiche tout de même la confiance des beaux jours et, lorsqu'on lui oppose "hausse des taux = baisse des prix", comme l'ami Nexity il rétorque de son atout ultime (mais légèrement surfait, nous y reviendrons): "on reste dans une pénurie". Puis, il poursuit dans une vrille auto-convaincue sur le marché qui ne peut pas baisser et sur l'immobilier qui "est tout sauf un marché spéculatif". Une prestation qui mérite le Gérard du meilleur camelot d'infomercial.

Le patron serein dont on a compris en sept minutes et malgré ses roucoulements que l'activité se contracte méchant, se termine sur un bullshitesque: "L'Etat ne doit pas complètement négliger le logement en France [...] et sortir enfin une politique de logement. J'espère que le gouvernement nous en proposera une, car c'est de la croissance et du social". J'espère pour ma part que le lecteur saura apprécier à sa juste valeur cette tartufferie. Après s'être goinfré pendant des années sur la bulle, le courtier remplace les mots "projets immobiliers" dans ses prospectus (au bas des photos de couples hilares à l'idée de se coller quatre décennies de traites pour un placement foireux à Gerbouly-la-Décharge) par les mots "logement" et "social" dans des suppliques policées à destination des pouvoirs publics. Pourvu que l'Etat fasse enfin quelque chose pour le logement afin de sauver sa petite entreprise à générer du pauvre.


3e cas,
Propriétaires, rentiers et indignés !

Bonne nouvelle. Bertrand Delanoë s'attaque enfin à la pied-à-terrisation parisienne (chouchou du blog) qui, en moins de 5 ans, a transformé la capitale en annexe hôtelière privative et dérégulée d'Eurodisney. Les multi-proprios avec un peu d'épargne ont, à leur manière, avant Nexity et Cafpi, anticipé l'insolvabilité des ménages dans une ville aux loyers déjà élevés, en ne louant leurs appartements qu'aux touristes. Les loyers ont ainsi pu passer d'indécents à inaccessibles pour les gens du cru. Les bas revenus ne sont tout simplement plus souhaités à ParisNos innocents propriétaires sont désormais secondés par des agences immobilières, ou devrais-je les appeler agences de tourisme, ne se cachant plus pour afficher des 1000 euros la semaine pour un 3 pièces.

La Mairie de Paris entend faire respecter le droit en obligeant juridiquement les propriétaires de locations meublées courte durée à modifier le statut foncier des biens concernés en "locaux à usage commercial". Ce qui entraîne une amende de 2000 euros des frais parfois élevés.

20minutes nous apprend le 19 janvier que seulement 5 condamnations ont été prononcées pour le moment. Mais cela suffit pour mettre le mini cartel des agences de meublés parisiens en transes et provoquer la colère des PPP (pov'petits propriétaires) qui, on les comprend, veulent continuer à empocher trois smics d'"argent de poche" par mois en n'en foutant pas une ramée.


En plus du sondage ci-dessous extrait du Figaro, je vous renvoie à la page de commentaires de l'article du quotidien de Marcel Dassault. C'est mignon tout plein. Pour un lectorat qui n'a de cesse d'exiger plus de respect de la loi et toujours plus de reconduites aux frontières, on s'étonnera de cette défense acharnée de la transgression du code de l'habitation et de cet attachement au droit d'asile en centre-ville pour les touristes étrangers.



Résumons. Le logement est une des matérialisations les plus criantes du décrochage générationnel et de la fonte du pouvoir d'achat, se doublant d'un vrai drame humain pour les plus démunis.

D'un côté. Après avoir fait leur beurre et sentant le vent tourner, les "professionnels" du secteur font mine de s'en soucier et, à l'image du patron de Nexity ou de Cafpi, brandissent l'argument de la "pénurie". Sauf que c'est pour eux moins un argument qu'un marché à capter[3]. Et l'équation est simple: si on ne peut le capter par le bas (l'endettement standard du particulier ou/et le booster du produit défiscalisé), il convient de le récupérer par le haut (récupérer à prix cassé des terrains et, éventuellement, si ce n'est pas scrupuleusement encadré, passer à une autre dimension de l'arnaque). Dinin appelle ça le "New Deal" (on n'est plus à une escroquerie lexicale prêt): "une table ronde entre les partenaires privés, l'Etat, la fondation Abbé Pierre" (sur la photo, ça fait pus crédible) où, promoteurs et banquiers (après quelques minimes concessions qualifiées de "sociales") auront la garantie que le législateur leur offriront un cadre avantageux et pérenne pour leurs activités.

De l'autre côté. Un gouvernement incompétent dans le domaine et peu intéressé par le logement (dixit Christine Boutin) qui, malgré l'échec de sa "France des propriétaires", n'a pas changé d'un iota son analyse sur le sujet. Il considère toujours la propriété comme la panacée (ça fait des classes moyennes dociles), les locataires comme des sous-hommes (ou à peine plus) et le HLM comme le mal absolu (ça fait baisser les prix des maisons des gens biens).

L'UMP, oubliant bien vite le fiasco (humain et financier) de ses maisons à 15 euros, réfléchit encore à un "droit à l'achat" pour les locataires du parc social. Pire, j'apprends que le Monarque veut faire entrer Jean-Louis Borloo dans la boucle des négociations avec "les professionnels" susmentionnés. Avec le passif des uns et des autres, nous sommes en droit de nous inquiéter sur la direction des mesures à venir. Spécialement si les grandes lignes des "mesures extrêmement puissantes sur le logement" sont tracées par Cafpi et Nexity.

Réponse au prochain épisode.


[1] Bien que la remontée sondagière de cette tarte de droite nommée Bayrou et de son attelage de seconds couteaux libéraux, le tout plébiscité par une poignée de sectaires dont la puissance du projet politique se résume à "bah, ça peut pas être pire que Sarkozy"en plus de m'accabler sur l'état mental de mon pays, commence à m’inquiéter.

[2] La peluche Apparu existe en trois modèles: pseudo volontariste, pédante ou super fière d'elle. Elle dispose d'un vocabulaire de 5 phrases déclinables en mode shuffle sur simple caresse  journalistique. Elle vous sera livrée en 16/9 avec son modèle anti-refoulement nasal de coke et sa carte abonné libre accès sur BFM business.

(suggestion de présentation)

[3] Tu veux vraiment vite en finir de la pénurie de logements dans ce pays? Commence déjà par massivement taxer les logements vides ou sous-occupés. Tu vas voir que de la superficie va vite se libérer. Même et surtout au coeur des fameuses "zones tendues".

26 octobre 2011

La bonne éducation des endettés

par
Chaque média y allant de son dossier pédagogique sur la crise de la dette à l'aube d'un énième ultimatum pour sauver l'euroTM, tentons le nôtre.

Résumé de la saison précédente. La zone euro est créée pour lustrer les bidons du capital et n'aboutir qu'à un dumping salarial entre des pays aux régimes sociaux et fiscaux hétérogènes, harmonisés sur rien si ce n'est une monnaie unique qui les empêche chacun d'agir. C'est tellement gros que le plus jeune d'entre toi se demande comment les peuples ont pu se laisser posséder aussi facilement? Simple. Il a fallu leur répéter et répéter pendant quinze ans que ce serait merveilleux. Pas bien âgé à l'époque du grand battage, je me souviens parfaitement de cet état de transe généralisée qui régnait des JT aux discours politiques sur les écrans de nos télés à tube parfois encore fabriquées, tiens-toi bien, en France (ignorants arriérés que nous étions). Même que dans cet âge d'or l'on faisait faire au collège des exposés sur les bénéfices qu'ils espéraient tirer de l'union magnifique à ceux qui, au terme de longues années d'étude, deviendraient chômeurs et/ou salariés sous-payés de la zone monétaire. Ironique, non? Bref c'était beau, les peuples pourraient voyager en Europe d'un pays à l'autre libres comme l'air et nous ne nous ferions jamais plus la guerre. L'affaire était bien emballée mais construite à l'envers.


Dans cet épisode de la saison 2, vingt ans plus tard, alors que l'Allemagne (au "miracle" lui aussi marketing) piétine ses voisins appauvris, futurs exilés économiques à l'intérieur de la zone (nouvelle tranche de poilade garantie au niveau argumentaire des politiques), nous retrouvons sur nos écrans plats, 100% chinois, la même transe politico-médiatique des disciples de l'union désaccordée. Mais cette fois terreur dans les chaumières: la destruction serait imminente. Laquelle? La nôtre ou celle du rêve éveillé des dévots d'un euro radieux qui n'arrive jamais? Mystère. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il n'y aurait pas d'alternative. Les peuples continueront à être tondus les uns après les autres. Et tout commence dans chaque pays par l’entame mentale du risque de la mauvaise note de la part de ces agences de notation à la crédibilité auto-proclamée[1]. Processus d'identification basique ayant des parallèles avec la peur individuelle du déclassement: cette menace articulée en trois lettres offre sur un plateau d'argent un nouvel argumentaire de la peur, et un joli scénario de campagne permettant de s'éviter de se creuser trop la tête, à certains dirigeants localement en difficulté.

- Vous en avez assez de cette bande de fonctionnaires qui vous coûtent trop cher, hein ? Et bien on va vous en débarrasser.

Donnez à une audience captive des raisons d'avoir peur et elle vous cédera tout: cagnotte et sens critique. Telle est l’ambition du feuilleton diffusé sur nos écrans. La ritournelle martelée et angoissante du risque de dégradation (avant sa saison 2: la dégradation) n'est là que pour donner un cadre "rationnel" au dépouillement progressif des citoyens, plus ou moins avancé selon les pays. Terreur scolaire censée nous faire avaler sans cri la destruction des acquis, les régressions salariales et les campagnes de privatisation des biens publics. Tout cela au nom d'un "réalisme" économique dont la seule application concrète depuis dix ans est d'appauvrir la collectivité et de pourrir le bien-être de chacun, puisque croissance ou pas les richesses se concentrent inexorablement[2].


Le cadre de l'angoisse défini, l'homme politique capitalisant sur les craintes peut ainsi redorer son blason dans une comédie de l'agitation d'un sommet de ridicule à l'autre, trois ou quatre fois l'année, pour au final ne rien changer à ce qui était prévu: continuer. 

Ne soyons donc pas inquiets au sujet de la dette. Tant qu'elle est le carburant du capitalisme financiarisé, elle n'est pas prête de se dégonfler. Elle est consubstantielle au système de création monétaire européen conçu pour lutter contre une autre terreur publicitaire: l'inflation (inflation qui au passage nous sortirait mathématiquement du piège de la dette, en la dévalorisant. Ce qui n'est pas du gout des créanciers). Système vicié par l’obligation faite aux Etats d'emprunter sur les marchés financiers privés[3], des institutions bancaires foireuses plaçant les montagnes d'argent générées par cette OPA sur les dettes dans des produits spéculatifs de plus en plus abscons, déconnectés de toute réalité productive et jouant contre l’intérêt des peuples, le tout n'est jamais remis en question par des dirigeants creusant par ailleurs les déficits des Etats en les privant de recettes via les exonérations et avantages fiscaux accordés aux plus riches, individus ou grosses entreprises, et un renoncement à lutter contre les techniques d'évasion fiscalePourquoi faudrait-il sauver les causes de nos crises continues?

Tant qu'aucune alternative au mécanisme initial d'une création monétaire confisquée (qui a amené La France à payer 1500 milliards d'Euros d’intérêt aux banques depuis 30 ans soit la quasi-totalité de son ardoise) n'est considérée, peuple après peuple à l'image d'une Grèce à l'avant-garde de la régression, nous serons essorés. Avant d'en arriver là, et afin de se préserver de toute réaction d'indignation du citoyen-consommateur (étant entendu qu'il est déjà passablement assommé par un quotidien de plus en plus déprimant), on prendra soin 1 / de continuer à l'abrutir 2 / de l'informer unilatéralement 3 / de le culpabiliser et de l'infantiliser.


Après un sondage l'été dernier, nous indiquant que 8 Français sur 10 se déclaraient "inquiets" pour le déficit public et la dette de l'Etat, le JDD publie un sondage établissant que 57% d'entre eux "sont prêts à accepter des mesures douloureuses et difficiles"[4] dans les mois à venir.

Cobayes d'une expérience de Milgram à l'échelle nationale, à force d'être soumis aux experts  es-pensée correcte aux JT et autres TINAcrates de C dans l'air (les petits frères de ceux qui il y a 30 ans nous assuraient que "ouais, l'Euro ce sera super"), les Français auraient-ils intériorisé la logique des bourreaux? Voilà qui me fais trembler bien plus que la dette. Ces 57% ont-ils juste conscience des claques qui les attendent (salaires pourtant déjà odieusement minables en passe d'être réduits, santé et éducation privatisées, disparition de la retraite pour la majorité de la population et hausse du chômage) pour rembourser des intérêts bancaires crées de toutes pièces et dont on veut leur faire porter la responsabilité? 

Peut-on également penser une seule seconde que l'on relancera une quelconque dynamique en nous appauvrissant? Si on suit la logique de nos cadors de l'éco qui rate, quelle sera la prochaine étape? Simple. Ceux se déclarant aujourd'hui "prêts à accepter des mesures douloureuses" (et qui ont encore un peu de pognon) seront mis à contribution jusqu’à épuisement de leur épargne et de leur confort. Gageons qu'une fois en slip, ils ne seront alors toujours pas assez compétitifs par rapport à ceux au caleçon meilleur marché (on est toujours le bourgeois d'un autre). Allez, parions aussi un CDS que le remboursement d'une dette encore un peu plus internationalisée n'avancera pas assez vite.

Notre dette publique est d'abord le résultat de quatre décennies d’intérêts abusifs et d'un laxisme fiscal (accéléré ces cinq dernières années)constituant un colossal manque à gagner pour l'Etat. Le combat du moment est idéologique. A part une poignée d'indignés, des politiques ostracisés et quelques voix sur le net, il est à sens unique. A coup de "règle d'or" divine, de menace de mauvaise note, d’économistes incompétents, il faut mettre dans le crane du petit peuple à qui l'on coupe tout qu'il vit encore et toujours bien "au-dessus de ses moyens", qu'il doit se sacrifier, que le secteur public est la plaie des plaies. Il faut lui répéter sans cesse que le paradis sur terre ne sera accessible (cette fois c'est juré c'est bon) qu'à la condition d'une taxation massive et sans contrepartie dans des Etats entièrement vendus à la découpe au privé et vidés de leurs prérogatives...

...sauf bien sûr dans le domaine répressif où l'on ne regardera pas à la dépense pour protéger les zones pacifiées de l’élite bunkérisée des violentes conséquences du chaos moyenâgeux avec lequel la majorité du peuple aura renoué.


[1] Les agences de notation n'ont aucune légitimité. Financées par les banques, elles n'ont pas vu venir la crise des subprimes et gratifiaient du fameux "AAA" Lehmann Brothers trois semaines avant sa faillite.

[2] Par chance, grâce à une consommation transgressive bon marché, nous nous injectons à doses quotidiennes ces shoots d'abondance nécessaires à chloroformer nos colères et synchroniser nos perceptions sur celle des publicitaires.

[3] Rappel: Avant la loi bancaire de janvier 1973 visant à l'harmonisation des économies européennes, l’État pouvait emprunter directement à sa banque centrale. L’Etat empruntait alors sans payer d’intérêts ce qui lui permettait d'accomplir les grands travaux et investissements dont nous bénéficions encore. Depuis 1973, L’état est obligé d’emprunter sur les marchés financiers privés et de leur payer des intérêts.

[4] Précisons que le sondage est aussi commandé par Maximal productions (qui produit C dans l'air et le Sarkoshow du 27 octobre), une filiale de Lagardère.

12 août 2011

Le grand stress-test du peuple

par
La criseTM : redoutable concept marketing consistant à requalifier les causes en conséquences et les coupables en victimes[1].

La criseTM est repartie pour un tour.

Cette fois, ce n'est plus la crise des banques, mais la crise des banques + celle des Etats. Bref, l'occident va exploser en millions de morceaux de pauvres. L'évènement est à la hauteur des mesures prises : le Monarque fait un saut de jet à Paris depuis le Cap Négre pour faire la photo au JT et puis s'en va, tandis qu'il laisse Happy Baroin menacer de son verbe mou les méchants marchés. Alain Minc propose l'organisation d'urgence d'un scrutin démocratique pour que les dirigeants s'élisent de nouveaux peuples (plus solvables cette fois). L'AMF suspend les ventes à découvert sur le secteur bancaire... pour 15 jours en août ! Le service public inonde ses antennes avec son nounours anti-marasme, Elie Cohen. Tandis que la journaliste (et ex de Happy Baroin...it's a small small world) lui demande chaque soir, avec l'intonation inquiète des nuits de Téléthon"quand les marchés seront-ils sauvés ?", l'expert du canon à guimauve valiomise les petits épargnants pour désamorcer tout risque de bankrun : les banques françaises, jusqu'au cou dans la fosse septique des dettes souveraines, perdant tout crédit.

Le spectacle, son et image, "peur sur les marchés" de la semaine passée se résume ainsi : pour sauver le systèmeremboursons nos dettes d'états. Et plus vite que ça.

Pour éviter l'apocalypse d'un système pourtant en échec continu, L'Etat va taxer. On te l'a répété sans nuance avec force images de courbes en plongeon, de traders stressés, d'analystes économiques en pleurs dans la salle du casino boursier, en pleurs parce que "le politique se mêle de finance" : tu dois te responsabiliser. Avec un peu d'effort sur 10 ans, tout va rentrer dans l'ordre. Le président va se représidentialiser, le capitalisme se remoraliser et John Lennon entamer une tournée best-of à la rentrée avec Grégory Lemarchal au kazou et FX de Secret Story à la cithare.

Nous trouverons une solution, semble vouloir confusément exprimer un Monarque muet. Réfléchissons. Et reprenons la pensée de ce qui se fait de mieux sur le marché de la dégustation de Perrier rondelle dans les conseils d'administration et les cafétérias climatisées des puissants : Alain Minc. La solution à la crise c'est la guerre ou l'inflation. Et l'inflation, c'est hors de question, les créanciers auraient bien trop à perdre. Donc pas d'inflation. Enfin, pas d'inflation générale. Puisque l'inflation des coûts est déjà bien effective pour la tranche la plus faible de la population, tandis que la plus aisée en bénéficie via, par exemple, l'immobilier. Tout augmente sauf tes revenus. L'ai-je déjà dit ? Dans le doute, j'insiste : le capitalisme c'est génial. Elie Cohen, lui, propose de mutualiser les dettes européennes et de fédéraliser les budgets des pays de la zone, pour en faire... des Etats-Unis. Ça marche tellement bien. (Et ce sera "l'éclate totale", quand il n'y aura plus que l'Allemagne et La France pour rembourser toutes les autres dettes des pays européens en défaut).

Retour à la case départ : on va taxer. A défaut d'interdire pour stopper l'hémorragie (une piste aussi simple, tu n'y penses pas ?) les CDS, ventes à découverts, paris sur dettes souveraines à la baisse et autres sophistications boursières qui ne produisent rien si ce n'est d'extrêmes nuisances sur les peuples (oui mais pour Elie Cohen, taxer les transactions c'est pas bien, ça les ferait disparaître. Zut alors), pourrait-on au moins taxer la salle des jeux pour spéculateurs, les transactions à la nanoseconde, les flux incessants de pognon virtuel ? Avec les milliards brassés à l'heure, il y aurait là pour les états de quoi se refaire la cerise. Penses-tu, l'évocation d'une taxe 0.1% est déjà une antique légende urbaine prompte à terrifier les gourous du meilleur des systèmes. Quand le type au RSA, ce criminel à qui notre gouvernement de la justice sociale promet un fichage de délinquant, qui consacre 100% de ses revenus à sa survie immédiate, est taxé à 19.6% sur ces 400 euros mensuels via le plus injuste des impôts promis à être augmenté et nommé TVA[2], le spéculateur, lui, n'est pas taxé. Quant au riche, il l'est proportionnellement peu. Taxé j'entends, car spéculateur il l'est souvent : vu qu'il est riche et que son désir de survie à lui, se résume à cette insatiable urgence de ne pas avoir moins donc d'amasser toujours plus. Comment reconnaître un spéculateur ? Simple : dans la confusion et la panique des marchés, le politique et son relais journalistique l'appellent "investisseur". Il est de la même famille que cet autre "investisseur" : le très riche. Lui, il ne faut pas le faire fuir du pays, parce que sans lui ce serait "un coup dur pour l'économie"[3]. Il parait. Le très riche, on lui aménage des boucliers fiscaux, des niches à gogo, des allègements d'impôts, des suppressions de droits de succession. Même que ça creuse grave le déficit de l'Etat (celui qui a explosé comme jamais depuis 2007). Alors, pour combler le trou béant, le politique lui re-emprunte, avec intérêts, cet argent dont il lui a fait cadeau en arrivant au pouvoir au nom de la stimulation d'une croissance censée résorber la dette, mais qui ne l'aura qu'aggravée (vu qu'on lui a fait plein de cadeaux à "l'investisseur", tu suis ?). Là, ou ça devient vraiment fun c'est que, concentration des richesses oblige, ces deux "investisseurs" (qui, cumulant cadeau sur cadeau de l'Etat, ont quand même de belles tronches d'"assistés") sont parfois les mêmes et qu'ils n'investissent au final que dans le cadre d'un enrichissement personnel toujours plus indécent, et dans les multiples sophistications pour s'éviter d'en rétrocéder le moindre dividende à la collectivité.

Certes, il n'y a pas que des très riches et des types au RSA dans ce pays. Il y a entre les deux, une classe moyenne (tu ne crois pas que tu allais t'en tirer à si bon compte):

- Avec son niveau supérieur, dévoué à singer les riches. On reconnait souvent la classe moyenne supérieure à ce qu'elle se plaint de payer trop d'impôts, ou, du fond de sa retraite, que "La France" ne travaille pas assez. C'est elle qui spécule dans du Scellier et pleure à l'arnaque trois ans après accusant la gauche (et les "autres") de tous les maux de la société. On y retrouve beaucoup d'électeurs de notre Monarque.

- Avec son niveau inférieur. La classe moyenne inférieure n'est en fait pas assez riche pour prétendre vraiment à l’appellation de classe moyenne. Elle n'est moyenne que par son nombre et l'uniformisation de ses ambitions, dictées par les Minc à la petite semaine qui trustent les écrans entre deux publicités pour le nouveau 4X4 à 30 euros par mois : rejoindre la classe moyenne supérieure, sinon c'est le "déclassement". Le Monarque a bien compris l'intérêt de séduire ses rangs, par la promesse de "plus de pognon" (arnaque 2007) ou la stigmatisation des "assistés qui vous ont volé tout le pognon que je vous avais promis" (arnaque 2011).  Cette chair à canon est essentielle dans le conflit (la guerre antipeuple) qui nous occupe : c'est la variable d'ajustement locale de l'anarchie financière mondialisée. Volontaire, formée à la soumission, prête à mal manger, à rentrer en compétition, à vivre loin d'un lieu de travail où elle est traitée avec moins de respect que la machine à café (qui a également plus de perspectives de progression professionnelle), elle continuera à tout sacrifier pour ne pas décrocher du seul système d'exploitation qu'on lui vend depuis la naissance : le capitalisme "triomphant".

Il suffira aux associate-managers du peuple (le gouvernement) d'associer la "peur de perdre" du particulier à la "responsabilité économique pour tous" pour faire consentir une classe déjà mal menée à encore plus de "rigueur". J'écris "déjà" car, le processus est bien entamé : stagnation du SMIC, hausse des frais de santé, des déremboursements, hausses des taxes énergétiques, fermetures de services publics, hausse des frais de justice, des prud’hommes.... La "crise"TM et ses répliques exponentielles donnent de bonnes excuses aux politiques pour l'amplifier.


Mais pourquoi donc, malgré l'imminence du moyen-âge, la proximité des injustices les plus violentes et quelques indignés ici ou là, la situation reste stable ? Simple. Pour pérenniser les injustices d'en haut, rien de tel que corrompre le petit personnel. La surendettement est là pour ça. La classe moyenne devient, via le crédit, avec le pognon qu'elle n'a pas encore généré, complice d'oppresseurs qu'elle enrichit et renforce. Le surendettement des petits et des moyens : carburant de l'arnaque, garantie de leur docilité. Noyés dans les traites, papa et maman s'indignent contre le système en achetant à moitié prix de la camelote à logo sur ventes-privées, tandis que leur gamin rêve tellement d'Heil-phone qu'il finira par le voler s'ils ne lui achètent pas dans la minute.

Les cadors appelant aujourd'hui à la rigueur pour tous, sont les mêmes qui nous encouragent depuis vingt ans à nous endetter et nous surendetter à titre perso pour se gaver de consommation transgressive et de maisons à 30 fois le prix que nous n'aurons pas assez de sept vies de salaire pour rembourser.

La perversité du crédit fou comme modèle de croissance, hérésie fondamentale et cause des pathologies de la société, trouve un jour sa limite mathématique. Pousser les individus à s'endetter au-delà de leurs capacités de revenus, spécialement lorsqu'ils entrent sur "le marché du travail" de plus en plus tard, pour le quitter de plus en plus tôt en étant rémunérés à la baisse au gré d'un parcours constitué de ruptures, n'est pas un modèle pérenne. Mais pourtant, tout le monde (nous synthétisons) du plus pauvre au plus riche plaide par défaut pour sa continuité. Dès lors, qu'il s'agit de modifier SES pratiques, à savoir arrêter de croire que l'on peut et doit tout avoir, et plus encore, avant de payer (exactement ce que l'on reproche à "la grande finance" sauf qu'elle ne paye jamais), la chanson du changement n'est que très discrètement sifflée.

On l'a vu en 2008/2009 aux Etats-Unis : toute bulle du crédit finit par claquer... pour certains. Les plus insolvables partent alors les premiers camper dans leur voiture, en attendant que d'autres compagnons d'hypothèques foireuses les rejoignent au gré des déconvenues, désormais systémiques, du marché. Les autres, apeurés par la criseTM, continuent à résister au front du pouvoir d'achat. Le drame de l'époque : c'est que le riche ne fait toujours pas peur à la classe moyenne, elle le hait autant qu'elle l'admire. Le pauvre, lui, dégoûte. Nous ferons tout ce qui est en autre pouvoir (notre maigre paye et ce généreux crédit que la banque nous octroie) pour nous en éloigner. Dans ce dispositif ou chacun devient "l'investisseur" de sa vie, avec de solides et redondants relais médiatiques, il est aisé de propager dans les classes moyennes la conviction que l'impôt c'est mal. Ce qui permet aux riches de s'en exonérer sans provoquer d'émeutes sociales. Alors que la forte taxation des riches avec réinvestissement public est une autre clé pour sortir de l'impasse.

C'est le modèle anglais[4] sans autre finalité d'enrichir les riches en corrompant les pauvres (mix des époques Thatcher puis Blair) que nous adoptons progressivement en France (malgré les déconvenues, accroché à son idéologie, ce gouvernement persiste). Il s'articule depuis des années sur une casse sociale sans précédent, l'individualisation et la fin des droits du travailleur, des louanges continues envers les super-riches présentés comme indispensables, une sur-représentation de la financiarisation (encensée quand elle va bien, dramatisée  quand elle va mal), l'encouragement d'Etat (avec financement sur fonds public) de l'endettement immobilier privé comme seul moteur d'enrichissement populaire et la criminalisation de la misère croissante générée par cette mécanique. Le tout est noyé en amont dans le ressac média des mythes et totems libéraux au sujet du "seul système ayant prouvé son efficacité" tandis qu'un flicage de la société se déploie pour répondre aux émeutes que ses échecs répétés doivent, devraient, théoriquement entraîner.

Pourtant, les insurrections anglaises des enfants du systèmeconséquences des carences politiques et des coupes budgétaires, expriment moins le désir de changer les choses que la rage de ne pas en posséder plus

Résumons. Il est urgent de changer "le système", mais : 

- Le politique est soumis à la finance.
- La finance démondialisée n'a jamais fait autant de pognon.
- Les très riches ne veulent pas que ça change.
- Ça ruisselle juste assez sur les classes moyennes supérieures pour les convaincre d'en vouloir encore plus.
- Les classes populaires veulent rejoindre la classe du dessus et plébisciteront le politique le plus convaincant à la leur promettre.

Il parait improbable que ce "système", et son aboutissement ultime, la financiarisation mondialisée déconnectée de l'humain, s'améliorent miraculeusement si chacun d'entre nous n'agit pas dans son quotidien pour les contrer. Même si nous nous confortons à penser que nous en sommes les victimes dépossédées, le "système" c'est nous. Nous sommes le seul antidote, à condition de développer les anti-corps avant que la fièvre ne se déclare. Il est certain que toute amorce de contre-proposition est médiatiquement ridiculisée ou atomisée, et rien n'est mis en place (la preuve cette semaine) pour relever le niveau du spectateur-consommateur. Nous ne passons pourtant pas tous notre vie devant la télé, nous avons chacun un cerveau et un instinct de survie, nous avons des amis, des collègues, des voisins, de la famille à qui parler, que l'on peut influer, avec qui l'on peut se coordonner, avec qui l'on peut commencer à sortir du modèle unique qui nous mène au mur. Sommes-nous chacun condamnés à photocopier nos soumissions de criseTM en rigueurTM ? Devrons-nous attendre que les apologistes du "meilleur des systèmes" envoient l'armée négocier au lance-flammes les clauses de notre douloureux désabonnement à l’opulence pour nous faire entendre ?

Il sera trop tard pour protester, boycotter, menacer, revendiquer, hurler. Consacrés qu'ils seront au soft-asservissement d'autres bassins d'exploitation jadis nommés peuples, notre colère ne les atteindra plus.


[1] La criseTM, rappel des fondamentaux :

[2] "L'Europe dans la tourmente a cette force : elle peut augmenter sa TVA." Lu dans un journal sérieux cette semaine.

[3] variante "grand patron" ou "capitaine d'industrie". Ce type coopté dont la valeur se juge souvent à sa capacité de licencier, que le monde est censé nous envier et qu'à ce titre on est capable de rémunérer 100 smics par jour jusqu'à la fin de ses jours.

[4] abordé dans Perverse Road.

24 mai 2011

En finir avec le logement social (par l'UMP)

par
Hommage à la redoutable inventivité des députés UMP. Après la défense des excès de vitesse, les voilà qui nous proposent de régler en une passe législative l'épineux problème du logement social (1 million de logements manquants, 700.000 demandes en attente) et du "trop faible" pourcentage d'endettement immobilier des ménages (endettement qui, au prix d'une génération sacrifiée, a pourtant si bien réussi à nos amis espagnols au point qu'ils le célèbrent aujourd'hui dans la rue).

Comment ?

Trop simple ami pauvre que tous les éléments poussent dans le goulot d'étranglement de la propriété à crédit : il suffit de faire rentrer les accessions à la propriété grâce au PTZ+ dans le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU.  C'est d'un cocasse consommé. L'un est un mécanisme social où les pouvoirs publics tentent d'assurer, via un loyer modéré, un toit aux ménages les plus fragiles, l'autre, d'influence 100% privée, est un achat de bien surévalué assorti d'une dette conséquente (un mécanisme de subvention de la bulle immobilière dont on sait désormais qu'il bénéficie prioritairement aux ménages les plus aisés : 35.6% des bénéficiaires se situent dans les deux tranches les plus hautes des revenus, contre 13% qui se situent dans les deux tranches les plus basses.)

Voici l'argumentaire d'un des dépositaires (J.M Roubaud) de ce projet de loi (parmi lesquels on retrouve comme par hasard des députés-maires de communes largement sous les 20% de la loi SRU) :

"Ne pas comptabiliser l'accession sociale à la propriété dans ce quota de 20% de logements sociaux obligatoire est un sérieux frein pour les municipalités à pouvoir répondre à l'aspiration forte des Français de devenir propriétaires de leurs logements."  

Bref, une pataphysique arithmétique frisant la sorcellerie dans la droite ligne du mode de calcul éjectable permettant de comptabiliser deux millions de chômeurs là où il y en a près de cinq, de se féliciter d'une hausse de la croissance là où il y a huit millions de pauvres ou d'affirmer que Christine Lagarde y connait quelque chose en économie

Répétons-le à Monsieur Roubaud : il reste des Français qui n'ont PAS ENVIE de devenir propriétaires. Encore moins avec un crédit à perpétuité conditionné (avec de la chance) à un job à rétribution et durée aléatoires, avec des coûts des transports, d'énergie et de nourriture qui explosent. 

"- Oui mais, euh M'sieur Musset, l'acquisition d'une maison protège les faibles. La propriété individuelle, c'est la liberté.

Dans le monde de Winnie L'Ourson peut-être. Dans le monde réel, je constate régulièrement l'inverse. Les aspirants bourgeois payent au prix fort (soumission familiale et salariale totale, éloignement géographique et pouvoir d'achat déchiqueté) un choix qui est avant tout celui que banques, promoteurs, publicitaires, et maintenant l'Etat, leur assènent en attendant que la belle bulle pète (et l'expérience prouve que c'est toujours l'incrédule le moins solvable qui est le plus éclaboussé.) 
(émancipation leçon n14 : "le marché ne peut pas tout.")

Cette proposition de loi, pervertissant la définition du "social", répond de la détermination depuis quatre ans d'une droite néo-conne à en finir avec les HLM

De deux façons. 

Pratiquement. Par la réduction progressive des subventions. Par la privatisation progressive du parc (200 milliards d'euros de plus-values latentes qui échappent au marché, ça ne peut pas durer !). On s’orienterait même si l'on en croit certaines "notes blanches" vers la revente de logements sociaux à leurs locataires "pour en financer de nouveaux" (heu enfin... subventionner du PTZ+). D'autre part, on s'oriente vers la baisse de la collecte pour le logement social dans un livret A repris en main par les banques privées. Organismes "dans le besoin" qui veulent également s'attaquer au marché du PLS (prêt locatif social) : bien juteux est le business du pauvre qui veut devenir proprio. Avec la bénédiction du gouvernement, nos banquiers du social se préparent donc à nous concocter de jolis prêts pour fauchés qui auront le double effet de définitivement appauvrir les souscripteurs et de faire grimper de plus belle les prix.

Idéologiquement. En martelant que la propriété à n'importe quel tarif est seule garante de l'émancipation suprême. Si d'un point de vue électoral, la supercherie est rodée (Margaret Thatcher et George W.Bush doivent leur réélection à ce type de politique mi-banque, mi-public subventionnant la bulle), les conséquences économiques dans ces deux pays prouvent l'inévitable limite d'une dynamique artificielle déconnectée des "fondamentaux" comme on dit. 

En France, ce soutien gouvernemental envers la hausse perpétuelle de l'immobilier, quitte à sacrifier les nouveaux arrivants que l'on pousse sur la planche savonnée de l'endettement, s'explique aussi par l'attention portée à l'électorat plus âgé.  Ce dernier, pleinement propriétaire depuis des années et plus mobilisé dans les urnes, est la cible des aménagements gouvernementaux (Scellier, Robien et autres exonérations fiscales...) visant à renforcer sa suprématie (sans travailler, c'est ça qu'est rigolo !). 

Pour maintenir la suprématie des rentiers, il faut constamment stimuler l'envie de posséder de celui qui se tue à la tâche et finit dans le mur en s'étant préalablement délesté de son pognon passé, présent et futur. On comprend alors l'absolue nécessite pour la droite d'en finir avec ce "logement social" grippant l'ordre pyramidal. 

19 janvier 2011

La taxation des plus-values immobilières ?

par

"L'immobilier, c'est la seule chance qu'ont les classes moyennes de spéculer."
Ariel Wizman, grand théoricien de la transgression, Canal+ 18.01.2011

Certains à l'UMP ont envisagé (un bref instant avant d'être rappelé à l'ordre) de taxer les plus-values immobilières sur la résidence principale pour compenser le manque à gagner entraîné par la suppression annoncée de l'impôt sur la fortune (mesure sociale des mesures sociales tu en conviendras). 

Première surprise, je pensais bien naïvement que ces plus-values étaient déjà taxées. Etant donné le boum du secteur depuis 15 ans, la multiplication des transactions et des opérations entre ceux ayant de quoi se loger, il y avait là de quoi récolter quelques milliards à réinvestir, par exemple, dans la construction ou la réhabilitation de logements pour ceux qui n'en ont pas.

Car, vois-tu, en parallèle de cette flambée des prix de l'immobilier, notre pays est devenu le champion européen du mal logement (avec 900.000 logements sociaux manquants). A la différence de la suppression de l'ISF, la rhétorique des sbires élyséens n'insiste pas ici sur l'impérieuse nécessité de nous aligner sur les chiffres de nos partenaires.

J'apprends aussi que cette proposition n'aurait finalement concerné que les reventes à plus d'1,2 million d'euros. Soit le haut du panier. Et bien figure-toi que Baroin, baron du Budget (qui rajoute 3 euros sur ta facture de portable du gueux à partir du mois prochain) n'est pas emballé.

Dommage, pour une fois, l'idée était bonne. Ici, nous l'aurions même étendue aux strates du dessous.
Nous tenons ici pour responsable du mal-vivre, de l'accroissement des injustices sociales et du chaos économique (cf le léger prout américain du crédit en 2008, ayant emporté avec lui l'économie mondiale) cette course au foncier des classes moyennes, plébiscitée par les banques sous la bénédiction de nos hommes politiques

Tu l'auras constaté si tu es un fervent spectateur d'M6, cette quête n'est plus seulement basée sur le besoin de se loger mais s'articule souvent, "criseTM" ou pas, sur les potentialités de revente (fais le test : c'est l’argument sécurisant - censé justifier tous les sacrifices - qui pointe au bout de 30 secondes de conversation avec n'importe quel propriétaire fraîchement endetté). 

Le citoyen a besoin d'un toit et d'une rémunération correcte, non pas d'une promesse de gain à la revente sur un bien immobilier pour lequel il s'endette salement : une plus-value supposée compenser demain sa stagnation salariale actuelle. Ça s'appelle de... la spéculation, voire de la vente à découvert, bref ces choses écoeurantes que les mêmes reprochent à la grande finance sans comprendre, ou pire, faisant mine de ne pas le comprendre, qu'ils en sont les complices

Tu me diras : "- oui mais avec la plus-value, les endettés d'un jour pourront acheter plus grand, plus tard, sans s'endetter." 

Sauf que, dans cette logique, si tous achètent ainsi, les prix continuent de monter (en générant toujours plus d'exclus de la mécanique) et le propriétaire d'un bien acquis à 2, revendu 4, devra payer 8 pour avoir mieux. Il se retrouvera donc dans son rapport initial de dépendance financière, au terme d'une boucle bénéficiant d'abord au trio des parasites : notaire, agent immobilier, banquier.

Cette idéologie marketing de la "plus-value escomptée du propriétaire" à contaminé les classes moyennes, les détournant d'une action sur leur "baisse de standing" en cours dans tous les autres domaines (salaires, conditions de travail, chômage, destruction des services publics...) tout en maintenant à la hausse la valeur des biens et des placements locatifs défiscalisés des classes moyennes supérieures et autres golden retraités.  Peu à peu (mais pas encore assez vite au gout du Monarque), la France des propriétaires (avec des salariés potentiellement riches mais concrètement endettés) se substitue dans les esprits à celle du travail (avec des salariés concrètement endettés donc captifs et dociles). 

Les prix des logements ont doublé en moins de 10 ans, les salaires ont à peine bougé. Autant dire que les fondements du gratte-ciel foncier sont en béton.

Donc, oui à la taxation des plus-values immobilières. Vu les diverses défiscalisations, les magouilles et les dessous de table qui pullulent dans ce secteur, ça contrebalancera. 

Et tant qu'on y est, taxons aussi fortement les résidences secondaires, les logements vides plus de 6 mois et réaffectons ces crédits à la garantie d'un toit pour tous. Ça n’empêchera pas les riches de posséder toujours plus, toujours plus haut et toujours plus beau (mais au moins, cela profitera aussi aux autres) et l'apprenti spéculateur foncier, payé 1,3 smic, y réfléchira à deux fois avant d'acheter, convaincu de le revendre le triple, son domaine sauce Damido avec un crédit de 100 ans sur le dos. 

Tout ce qui peut décourager les comportements individuels nocifs pour la collectivité....


15 septembre 2010

PTZ+ PTDR HLM DTC !

par
"A 28 ans, il est temps de devenir propriétaire."
Flavienne, 28 ans in "Recherche maison ou appartement", M6, Reservoir prod.


Après un été de magazines aux couvertures aussi variées que : "Immobilier, c'est reparti", "Spécial Immo : où sont les bonnes affaires!", "L'immo, le point ville par ville", "Mon coming-out : je suis immo" suivi d'une rentrée télévisée avec pas moins de six numéros à la suite de "Recherche maison ou appartement" sur la 6, où il fut rationnellement expliqué, sur fond de Lady Gaga, qu'il convient aux jeunes rêveurs sans thunes de se soumettre aux prix irrationnels des vieux vendeurs, puis, d'un week-end consacré au sujet dans les journaux télévisées du service public : il y avait inévitablement de la grosse annonce financiaro-immobilière dans l'air.

Le nouveau prêt à taux zéro est de ce type de réformes qui, entre deux scandales et la mise en kit privé des retraites, passent presque inaperçues mais qui occupent les conversations d'une espèce curieuse, probablement mal informée, le fauché qui veut à tout prix être propriétaire.
Le PTZ+, ratiboisant les aides à l'accession à la propriété existantes, cible les primos-accédants (synonyme : gogos gobant tout de go l'idéologie des gagnants), ceux dont le dossier a encore du mal à passer auprès des banques pour cause de pas d'argent. Ils pourront, sans conditions de revenus, s'endetter sur trente ans et régner sur leur parcelle de parpaings à putréfaction programmée en dixième périphérie [1]. Enfin.... tant qu'ils pourront payer.

Triquant toujours sur le merveilleux modèle américain, Le Monarque persiste à vouloir 70% de propriétaires dans une France aux richesses de plus en plus mal réparties. En flattant les désirs, il nous concocte une belle et nouvelle bulle spéculative de type "subprime" qui explosera à la tronche des primo-expulsés, après avoir profité à tout l'organigramme des morbaques du secteur.


Comme pour les retraites, pas de réforme qui ne passe sans un bon matraquage idéologique. Dans ce domaine, notre pays est en pointe :

- "Comment inciter les français à devenir propriétaire de leur logement ? Le gouvernement propose aujourd'hui une réforme des aides à l'accession qui permettra à tous ceux qui achètent pour la première fois d'avoir des crédits plus importants. La France est très en retard dans ce domaine."

Non non, il ne s'agit pas d'un brainstorming UMP mais bien d'une annonce de reportage par un journaliste de France 3, service public, le 14.09.2010 à 22h30.

Le reportage ?

Nous sommes dans une zone pavillonnaire enclavée de maisons similaires et compactées, peuplée de gens de classe sociale et revenus similaires, ce que nous appellerons les futures "cités sensibles mais à l'horizontale" de demain.

VOIX OFF REPORTAGE
"- Avoir un toit à soi, le rêve est devenu réalité pour ce couple. Depuis un an, ils sont propriétaires de cette maison. De quoi être rassuré pour l'avenir."

Monsieur est avec madame.

LE JEUNE RASSURÉ mode M6 on
"- Avoir une maison, c'est avoir un capital."

JOURNALISSE
"- Pourquoi ?"

LE JEUNE RASSURÉ
"... Heu... pour la retraite."

Et oui, constate avec moi comment en quatre mots de télé, on peut régler son compte à des heures de prose pré-révolutionnaire sur internet relative à l'inéluctabilité du renversement de système parce que les gens "y sont trop pas contents".

Suit une chatoyante infographie happy-meal sur les avantages du PTZ+.

Que serait un reportage sur le crédit et la pierre sans un bon gros parasite ?

L'AGENT IMMOBILIER
- "Effectivement la difficulté majeure pour les jeunes en terme de logement, c'est d'acquérir ce qu'ils souhaitent. Or bien souvent, on est en limite basse, donc ces mesures, ces "coups de pouce" permettent d'aider les gens qui veulent avancer dans la vie, tout simplement."

Tout simplement.


Sur le plateau du journal télévisé, le journaliste (incisif dans les limites du sentier idéologique préalablement balisé à savoir : pas proprio = caca) reçoit Benoist Apparu, secrétaire d'état au logement, "pour mieux comprendre cette réforme".

LE JOURNALISTE
- "Pourquoi "La France des propriétaires" promise par votre candidat en 2007 n'a pas fonctionné ?"

BENOIST APPARU " - Pour une raison très simple, depuis 15 ans les prix de l'immobilier ont tellement explosé par rapport aux revenus des français [précisément cette période où les français se sont massivement mis à vouloir acheter] que beaucoup de français qui pouvaient devenir propriétaires il y a 15 ans ne le peuvent plus aujourd'hui. [bon, enfin même temps un mec de 25 ans avait 10 ans il y a 15 ans]. Depuis 3 ans, il y a eu la crise. Là on est en sortie de crise [Ah, oui il parait, j'ai lu ça, les 4 millions de chômeurs apprécieront, les ménages modestes qui subissent l'inflation des prix alimentaires et des diverses factures liées au logement aussi], on se dit que c'est le bon moment pour réaliser cette promesse présidentielle pour une France de propriétaires."

Le journaliste s'inquiète quand même un peu et demande au secrétaire, ravi de ses "400.000 PTZ+ promis", s'il n'y a pas un risque de faire flamber encore un peu plus les prix ?

BENOIST APPARU
"- C'est le risque majeur de ce type de réforme. Comment est-ce qu'on fait pour que l'argent que l'on injecte ne soit pas capté par les prix ? On a mis des plafonds sur les opérations pour limiter les impacts sur les prix. On espère que les mesure d'offres de constructions de logements que parallèlement, on fait, nous permettrons de limiter l'impact sur les prix."

Inutile de préciser que le concept d'espérance dans la bouche d'un membre du gouvernement dont les discours sont dopés aux amphétamines de la volonté, spécialement dans le secteur de l'immobilier et avec le résultat que l'on connait (hausse continue des prix, augmentation constante du mal logement - 3,5 millions de personnes -, du pas de logement du tout, manque de logement sociaux ou construction en surnombre de ceux-ci dans des zones de faible densité où, précisément, le PTZ+ sera le plus costaud), signifie "nous n'en avons rien à carrer".

Faire du chiffre avec les bas revenus, générer de la taxe et éviter une décote trop rapide des biens déjà achetés à crédit par les classes moyennes et, surtout, maintenir la côte des placements immobiliers locatifs des plus aisés déjà largement déconnectées de la réalité des revenus, tout en se préservant du risque d'avoir des locataires pauvres dans les grandes villes : voilà l'ambition du PTZ+, nouveau programme de logement à alibi "social" qui contribuera à renforcer les inégalités.

Tout cela ne serait rien sans une machinerie média qui, faisant là où les annonceurs lui demandent de faire, martèle l'idée - ciment fondateur de la soumission économique - que les jeunes "doivent" être propriétaires.

Non, les jeunes ont déjà assez d'emmerdes comme ça : Ils doivent juste avoir un toit. Ce qui est complétement différent et implique un autre type d'action, visant à augmenter la construction de logements sociaux ou de réquisitionner et de réhabiliter les biens inoccupés. Bref, ce qui peut faire baisser le marché de l'immobilier et non l'augmenter, artificiellement qui plus est.

Ne voit donc aucun rapport entre cette "aide" à l'accession à la propriété pour les moins fortunés (mais un peu quand même), et cette récente volonté législative d'en finir - par la force - avec le nomadisme, l'habitat choisi et les squats.

Sur fond de n'importe quoi, ce gouvernement est d'une cohérence qui glace le sang.


[1] Sont pris en compte pour l'obtention du PTZ+ : la composition familiale, la surface et la zone géographique. Bref si t'es célibataire à revenu moyen et que tu veux acheter un deux-pièces dans le centre de Paris, pas touche c'est pour les riches. Ce qui est en droite ligne de ce soucis constant d'éloigner les faibles revenus des centre-ville.

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