Affichage des articles dont le libellé est bulle immobilière. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bulle immobilière. Afficher tous les articles

15 octobre 2012

Capital : Comment faire passer un désordre immobilier pour un "bon plan" logement ?

par
Après avoir soufflé dans la bulle immobilière pendant 8 ans, M6, nous livrait hier soir un Capital spécial "J'achète, je loue, comment se loger à moindres frais ?" (voir ici pendant 7 jours). Trop sympa.

Hormis un reportage hors-sujet démontant l'intox des bilans énergétiques (non pas dans l'idée, mais dans la réalité de ce qui en fait) et un autre sujet sur l'arnaque des listes immobilières (déjà vu à l'identique dans Compléments d'enquête), rien de transcendant en terme de "bons plans": l'achat groupé ou des solutions de rangement en box pour ses vêtements (nous confirmant que là ou l'on peut assurer un logement sans risque d’humidité pour des babioles à 120e/mois, on trouve encore des excuses dans ce pays pour se coltiner 2.000.000 de très mal-logés).

Pour finir sur une note "optimiste", Capital sort un sujet sur le gardiennage de biens "atypiques". Ce "bon plan" vient de Hollande (le pays), passe par l’Angleterre, et se lance en chez nous sur la niche prometteuse de nos 5.5 millions de m2 de bureaux vides

(- Oui, je sais, pendant dix ans on t'a dit d'acheter coûte que coûte. Maintenant t'es divorcé, endetté, sans toit ni thune ? Pas de problème: compose avec ce que te propose le capital).

La méthode fait un malheur chez les étudiants hollandais: Un intermédiaire propose à un propriétaire d'une usine ou de bureaux vides, de louer son bien démesuré à un tarif cassé (le maximum prévu par la loi pour les "résidents temporaires" 200 euros ) à une ou plusieurs personnes pour une durée limitée, avec potentialité d'éjection inopinée. Attention, comme pour la location classique il faut que le locataire dispose de revenus réguliers, d'un "garant" de relogement en urgence. (Voir ce reportage de la télé belge)

Tu te dis: Waouw, c'est super c'est génial ! Je signe ! D'ans la première partie, M6 met la chose en image en multipliant les clichés du "bon plan" au travers du portrait d'un locataire Eric, 50 ans, locataire de 700m2 avec parking 80 places pour 195 euros. Au programme: tour de propriétaire (du genre Oh c'est tellement grand que ma cuisine est trop loin), séance de golf  indoor (avec Thomas De Sotto dans le rôle de Stéphane Plazza) dans cette salle de réunion de 200m2 désaffectée depuis le dernier plan social de l'entreprise qu'elle abritait, puis diaporama des "résidences de luxe" au catalogue de la compagnie.

( - Dites-moi Eric, le self de la Cotorep, c'est pas un peu la vie de palace ?
- Si seulement j'avais le droit de coller un poster.)

Après le sujet sur le scandale des listes véreuses pour débusquer du studio miteux, sur que ça fait rêver.
( - Ah tiens, je vois dans le règlement intérieur : Pas d'animaux, pas d'enfants et interdiction de recevoir des gens....
- Oui. Sauf les équipes de télé pour faire la promo du concept.)

Voyons pourtant derrière le "bon plan" une extension supplémentaire, et des plus glaciales, de la rapacité foncière des possédants: Sous traiter gratuitement le gardiennage de leurs milliers de m2 inoccupés par les victimes qu'ils contribuent à générer en ne les mettant pas à disposition. Et mieux encore: faire payer pour ça ! Dans une interview à lavieimmo, Olivier Berdubeau, directeur du développement France de la société Camelot est clair: "Il ne s'agit en aucune façon d'une alternative au mal-logement. [...] La cible du groupe : "des personnes qui ont déjà vécu en colocation de 25 à 35 ans, plutôt célibataires. Mais nous visons des gens capables de se reloger rapidement".

Vous voulez ça ?

Vous aurez ça:

Il fallait y penser. C'est tout simplement la méthode Jeudi noir renversée et appliquée au bénéfice  des proprios tout en donnant l'impression de faire du social. Via cette police de la misère par la misère elle-même, ils s'assurent ainsi que leurs biens ne seront pas dévalorisés et resteront "sur le marché" dans le meilleur état possible, quasi vides et autant qu'ils le souhaitent, en s'économisant des salaires. 

Ces services mêmes s'ils sont légaux, vont totalement à l’encontre des intérêts de celui qui veut "se loger moins cher". En faire la promotion au premier degré en mettant en avant l'exotisme du cas particulier (situation de "luxe" on ne peut plus provisoire) dans une émission d'investigation sur les "bons plans" est plus que limite. C'est faire d'un désordre (de l'habitat vide dans un pays de mal-logés), un truc "chouette", dans "l'air du temps".

Nous parlons ici de locaux pouvant abriter parfois des dizaines ou centaines de personnes, et non pas juste une, s'il y avait une volonté politique de s'emparer du dossier. Ce matin, le 115 alerte que, deux mois avant l'hiver, ses services sont déjà noyés sous les appels

24 septembre 2012

Apocalypsimmo 16: Cellule de crise à Valeurs Actuelles

par
Le logement va mal, mais pire encore, l'immobilier s'effondre, enfin les perspectives de rente exponentielle. 

La preuve ?  

Le dossier "Logement, comment ils organisent la pénurie" (ils = la gauche) occupe les 70% de la couverture du dernier numéro du magazine de la droite qui s'assume Valeurs Actuelles tandis qu'un insert "Islam, jusqu’où iront les fous d’Allah ?" n’en occupe que 5%  malgré la bouillante actualité.
Indiscutablement c’est panique à bord depuis que Cécile Duflot tente de redresser un secteur fondamental de la société abandonné au marché des rapaces depuis trop longtemps.

Est réunie autour d'un thé citron aux biscuits Calèche dans la war room du mag de droite, une belle brochette de spécialistes. Le patron de Century21, celui de Kaufman and Broad, de la Cogedim, de la Fnaim ainsi que le directeur du Pole logement de Nexity. Et d’autres encore. Tous d’accord sur un point, entre deux pages de publicité pour leurs enseignes: "La gauche casse le marché". 

Ce dossier, c'est un peu la crème de la crème des pleureuses des années de rente potentiellement promises à l'agonie. A vrai dire, c’en est presque trop pour faire un article assassin tant il faudrait que je reprenne chaque ligne, et recopie intégralement l’article.

Néanmoins. Morceaux choisis:

Sur la chute des transactions constatées depuis 6 mois, Jean-François Buet, président de la Fnaim, valide la théorie de la bulle et reconnait en une passe que…

« La fin du prêt à taux zéro en début d’année, qui permettait à de nombreux ménages à revenus modestes de devenir propriétaires, explique en partie le ralentissement de l’activité. C’est aussi la conséquence du nouveau régime de fiscalité sur les plus-values [décidé sous Sarkozy] au 1er février, qui dissuade les bailleurs de mettre en vente leur résidence secondaire ou leurs biens locatifs ».

Mince alors. On ne pousse plus les petits revenus à "primo-accéder" coûte que coûte à la propriété et les thunés ne se pressent plus pour vendre (preuve qu’ils ne sont absolument pas dans le besoin, et par conséquent exercent une pression en gardant la superficie pour eux)

D'ailleurs, Le patron de Century 21, Laurent Vimont, s’insurge que les pauvres ne puissent pas plus s’endetter comme aux belles années…

"La part des jeunes acquéreurs de moins de 30 ans a baissé de 30% dans nos statistiques"

En même temps Laurent, si on les payait  les jeunes avec des vrais salaires au lieu de les faire turbirner dix ans de suite au stage gratuit, y’aurait peut-être plus de "primos-accédants", solvables qui plus est.

Jean-François Buet de la Fnaim, lui, confirme que la baisse des taux en période de crise profite encore une fois à ceux qui disposent du cash:

"La baisse des taux profite essentiellement à des investisseurs qui arbitrent leurs valeurs mobilières, par exemple en clôturant leur contrat d’assurance vie pour investir dans l’immobilier dans de petits logements qu’ils mettront en location" [comme probablement ce prof de droit à Dauphine bailleur de l'immeuble de St Denis qui a flambé et causé trois morts]. Ce qui vient infirmer les propros de président de Kaufman and Broad, Guy Nafilian, déclarant au sujet du prochain Scellier que, si celui-ci n’offre pas une rentabilité minimale de 4%, il sera délaissé.

(La war room)

Le même Guy Nafilian nous alerte au sujet du relèvement à 25% de la part de logements sociaux dans les programmes neufs : "Lorsqu’on accroît la part de logements sociaux dans une opération, ce sont les prix de vente des autres logements en accession à la propriété qui augmentent". Bien évidemment moins c'est cher, plus c’est cher. D'impertinents journalistes auraient pu lui rétorquer la même chose au sujet de la qualité des programmes qu'il a vendus au durant des années.

Christian De Gournay, boss de la Cogedim, lui, est à deux doigts de rejoindre les files d'attente des Restos du coeur avec sa gamelle trouée: "On ne sent pas les pouvoirs publics prêts à réagir vite à une conjoncture détériorée" En décodé: le logement social ne va pas arranger les ventes de la Cogedim. J'ai envie de dire ça tombe bien puisque les locataires en logement social n'ont pas le pognon pour lui acheter quoi que ce soit. On me glisse dans l'oreille que certains, des fous probablement, ne veulent d'ailleurs pas acheter du tout, mais juste avoir un toit

A la question de l'impact de l'encadrement des loyers, Laurent Vimont de Century 21 lâche une grosse intox non relevée par l'aréopage corporate, pas plus que par Valeurs Actuelles : "Cette mesure est inappropriée et inapplicable. Inappropriée, car un propriétaire ne pourra même pas revaloriser un loyer s'il fait de grosses dépenses d'entretien[Faux, le texte de loi prévoit une hausse au-delà de l'indice de référence lorsque le propriétaire a effectué des travaux d'un montant au moins égal à la dernière année de loyer] Et Vimont de préciser que "le marché locatif repose sur les épaules des particuliers". Justement Laurent, il s'agit de sérieusement remettre de l'ordre dans un secteur complètement libéralisé depuis 15 ans avec les méfaits sur les prix que les français, non-propriétaires, ont du subir, eux, sans pouvoir s'offrir de tribune dans la presse

Mais Vimont n'en démord pas "Cette mesure d'encadrement est d'autant plus paradoxale que les loyers ont moins augmenté que l'inflation en 2012". Encore un peu et il traiterait les locataires d'odieux privilégiés plaçant en Suisse le pactole emmagasiné sur le dos de leurs proprios exploités par un état soviétique. En même temps Laurent, comme les chiffres de l'inflation ne prennent pas en compte le coût du logement depuis le commencement de la hausse des prix qui ont doublé en 10 ans cet argument n'a qu'une signification toute relative.

Bruno Corinti de Nexity tente de rassurer tout le monde "Les logements Scellier, même à Montauban ou à Périgueux (sic), ont fini par se louer, signe qu'il faut laisser faire le marché sans le réguler par des loyers imposés". Bruno oublie bien sûr de préciser le montant des loyers finalement négociés (à mon avis pas bien loin des tarifs dans le social). Corinti conclue sur ce point de consensus de la tablée, histoire peut-être de couper court aux accusations d'une présidence trop lente: "On peut affirmer que le ralentissement du marché est dû à François Hollande". Et paf les gauchos !

Emile Garcin, de Emile Garcin propriétés, va plus loin : "Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy a pris des mesures dignes du communisme". Et oui, dès fois pour la caricature, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

A la question de la conversion des bureaux vacants en logement, Laurent Vimont de Century 21 oppose un refus catégorique. Impossible de les convertir en logements, car "les coûts de transformation liés aux normes d'habitation actuelles rendent l'opération non rentable pour un promoteur" et le journal de synthétiser dans un encart rouge "L'obligation de construire du social peut rendre plus rentable la construction de bureaux et renforcer la pénurie de logements". 

Résumons à l'issue du dossier la philosophie des professionnels réunis: 
Construire du logement social pousserait les professionnels à construire des bureaux vides (plus rentables) difficilement adaptables en logements privés. 
Construire du logement social augmenterait le coût du logement privé. 
Construire du logement social entraînerait la fin du monde dans d'atroces diarrhées à perspective de 5 ans. 

Comme une impression de regarder les dirigeants de Kodak au moment de l'arrivée de la photo numérique. Consternant spectacle de professionnels ne voulant se résoudre à accepter que les Français n'ont tout simplement plus d'argent à consacrer pour alimenter la hausse des prix continue à laquelle nos professionnels s'étaient habitués

Comme dans la consommation courante, le logement va s'orienter en deux grandes tendances : le basique et le luxe. Je leur laisse le luxe, et insiste vraiment pour que l'Etat garantisse le basique. Car, je ne sais pourquoi, l'expérience peut-être, je ne fais confiance ni aux particuliers ni aux professionnels pour corriger les abus des 15 dernières années.

Article publié sur le blog Apocalypsimmo

20 septembre 2012

Apocalypsimmo 15: Donnez-leur du moche !

par
L'hiver dernier il défendait l'idée que ne pas faire des travaux pour son locataire c'était autant de thune en plus pour le bailleur. Cet été, il portait plainte auprès de la commission européenne contre les organismes HLM pour "concurrence déloyale" sur le marché de l'immobilier.

Pour la rentrée, Jean Perrin, président de l'Union Nationale des Propriétaires Immobiliers, diamant brut de la pensée des rentiers, franchit le Rubicon et s'attaque au mal-logement. Il suggère qu'on loge enfin ces pauvres qui font désordre dans la rue, dépréciant la côte des quartiers n'ayant vraiment pas besoin de ça par en cette période de retournement de l'immobilier

Mais, déjà que les prix chutent, n'allons pas sottement dégrader le standing du possédant en distribuant quatre murs et un toit avec l'eau courante au premier venu. Perrin propose donc que l'on construise aux revenus modestes des cabanes en préfabriquées avec modules en plastiques ou, en langage courant, du low cost cradingue en containers. Même que le béat de la pierre appelle ça "l'habitat essentiel"  
(Simulation AutoCad de l'habitat essentiel)

"Dans une série de propositions souvent iconoclastes, l'organisation, virulente contre des "contraintes" actuelles qu'elle juge excessives, prône aussi de supprimer les ascenseurs, quitte à n'offrir l'accès aux handicapés qu'aux seuls appartements "situés en rez-de-chaussée"" Peut-on lire dans Le Point.

Il n'a pas tort le Perrin. Corrigeons ce travers du pauvre à se rouler dans la vie facile avant qu'il ne soit trop tard. Un vice dont le recours abusif à l'ascenseur dès qu'il y a des étages à monter est le signe précurseur. Si l'on ne prend pas garde, un jour cette tentation conduira la vermine à réclamer fenêtres et électricité. 

Reconnaissons que l'autre avantage de "l'habitat essentiel" à la Perrin, en plus de ne rien coûter, est de valoir en retour queue de chie sur le marché. Comme ça: pas de concurrence des prix. De plus, à l'heure où l'assemblée vote des constructions massives de HLM, cette vie en glacière réservée aux pauvres perpétuerait dans l'imaginaire des potentiels futurs propriétaires que logement social = habitat de sous-catégorie, inconfortable, moche et petit. 
(L'habitat essentiel saura se fondre dans l'environnement.
Ici la déchetterie)
Dans un pays où des millions de gens ne savent pas qu'ils sont éligibles à un logement social, il faut à tout prix éviter la prise de conscience chez les revenus modestes qu'il vaut peut-être mieux, pour eux, habiter dans des bâtiments neufs à basse consommation énergétique et à loyers réduits, que de s'endetter sur 30 ans pour rembourser à la banque un machin isolé se dévalorisant à vue d'oeil. 

Avec le ramdam de Duflot, le propriétaire n'est pas à l'abri d'un basculement idéologique de ses compatriotes. Perrin précise d'ailleurs avec une terreur teintée d'incompréhension interdite que les HLM d'aujourd'hui sont "d'une qualité équivalente à celle des logements privés". Ce qui, nous en conviendrons, est le comble de l'injustice.

"Tout ce qui relève du superflu doit être banni" continue Perrin le samaritain ne faisant pas ici référence aux agences immobilières, mais bien au confort des locataires. Quant aux handicapés, ces privilégiés d'une société d'assistance qui bouffent de leur indécrottable impotence le pognon de ceux déjà en surplus d'indécence, et bien tant pis pour leur gueule! Les normes sur "l'accessibilité physique" ont "tué l'accessibilité financière". A bon entendeur, pour toi le mec en fauteuil roulant: la vie rien qu'au rez-de-chaussée va commencer.
(En option à 15.67euros, le sanitaire à domicile)
Perrin, au top, plaide également pour une généralisation de la colocation, mais de masse

"Les laveries déjà fréquentes dans les résidences étudiantes pourraient être complétées par des espaces de séjour commun"

Rien de tel pour oublier sa nuit en boite de conserve que la chaleureuse camaraderie de ses semblables sous les tôles d'un hangar où, bras dessus bras dessous, l'on pourra laver ensemble strings et caleçons, mais aussi prendre ses repas et pourquoi pas, soyons modernes, se doucher. Mais à l'eau froide, n'allons pas non plus nous rouler dans la luxure. Bref, un vibrant plaidoyer pour un retour à la vie en collectivité, mais en zones réservées et rien que les fauchés. Seules âmes encore préservées du matérialisme ambiant et dont la quotidienne proximité avec la survie leur offre l'opportunité d'apprécier les joies simples d'un quignon de pain sec dans la gueule ou d'un sommeil sur carton aromatisé à la pisse

Visionnaire, humaniste, mais pas mécène pour un sou, le patron des proprios insiste: il ne mènera pas gratuitement cette révolution du camp de concent... euh du "bâtiment en France" sans une substantielle baisse des impôts pour les propriétaires !

C'est fort légitime. Leurs biens ne s'étant valorisés que de 150% en 10 ans. 

8 septembre 2012

Le loyer le plus cher du monde (n'est pas celui qu'on croit)

par
Chaîne alimentaire du net: reprenons une brève du Huffingtonpost reprenant ce matin un billet de lavieimmo.com basé sur un article du New York Daily News au sujet du tarif à la location "le plus cher du monde" d'une maison de ville à New-York. 

120.000 euros / mois pour "2000 m2 de surface habitable, une salle à manger de 150 places, un solarium, une master suite avec deux salles de bain..."

L'objet du délit américain courageusement dénoncé par la presse française. 

Mais l'Amérique c'est loin pour toi qui rêvais d'intégrer l'élite à domicile... 

120.000 euros / mois pour 2000 m2 c'est 60 euros le m2 / mois.  Et bien, ne sois pas désenchanté ami jeune, ce luxe est à portée de click tricolore ! 

Voici une petite sélection d'annonces à la location débusquées ce matin sur seloger.com...

A tout seigneur, tout honneur. Commençons par le quartier de la rédaction du Huffington Post (Boulevard Auguste Blanqui dans le 13e à Paris selon les CG). Dans cette zone de guerre, tu peux presque déjà t'offrir le luxe new-yorkais. Entre 53 et 54 euros le m2, tu trouveras ces deux studios, dont un "chargé d'histoire" avec salle de douche et WC. Et, tu me le concéderas, pouvoir faire caca dans sa douche en pensant à Louis XIV: c'est déjà un peu faire partie des grands de ce monde.


Ayons de l'ambition et prenons le métro. 10 minutes plus loin, tu trouveras l'opportunité de friser l’opulence manhattanienne avec du 58,57 euros le m2 à la location, rue Vavin (et pour le prix, t'as une super vue sur les fleurs des autres).


Je ne sais plus qui de 50 cent ou de mon conseiller clientèle Century 21 me disait au milieu des années 2000 "Get rich or die tryin'", mais il avait raison ! Jeune français, n'attends pas pour grimper dans l'échelle sociale et offre-toi dès ta première année d'études à Paris, tel le quasi-nabab de la 7e avenue, du 58.82 euros le m2 !  
Trop petit pour tes ambitions ? Tu seras Vendetta ou tu ne seras pas ?[1] Bravo, tu es un winner. La Ville lumière te permet de ridiculiser les americano-milliardaires avec ce "joli meublé" qui, à 62,5 euros le m2, éclate la maison de l'Upper East Side.

Terminé de jouer dans la cour des petits ? L'immonde ne suffit pas ? A 66,66 euros le m2, et sans risquer d'éclater ton pass Navigo, tu peux rouler dans le luxe suprême (prends garde tout de même à ne pas te cogner la tête). 
 

Mais si vraiment tu veux épater tes amis et, who knows, bénéficier d'un article dans le Huff, je te recommande ce flamboyant 67,64 euros le m2 à deux pas de chez Carla Bruni. La cuisine y est "américaine", et ça c'est New-York à Paris ou je ne m'y connais pas.


Malheureusement, ne disposant pas des moyens d'investigation du HuffingtonPost, j'ai dû limiter ma recherche à Internet. Mais gageons que, pour les individus un peu moins fortunés et encore plus dans l'urgence, circulent sous le manteau d'autres annonces bien plus "luxueuses" pour des surfaces encore plus réduites. Mais quand on aime, on ne compte pas.

[1] Le comité de surveillance des blogs émet une alerte pléonasme sur cette phrase.

Merci à Bembelly pour l'info

4 septembre 2012

Apocalypsimmo 13 : Eric Zemmour et la menace HLMiste

par

2 minutes 57. C'est le temps nécessaire à Eric Zemmour pour propager de la bonne grosse connerie autoqualifiée de "pas politiquement correcte", chargée en clichés xénophobes machos ou antisociaux, auprès de millions d'auditeurs dont j'espère qu'ils ne sont à l'image du titre de sa chronique: "pas dupes".

Ce matin sur RTL, le "censuré" s'attaquait à Cécile Duflot (qui vient d'annoncer la cession par l'état de terrains pour la construction de logements sociaux et la multiplication par 5 des pénalités pour les communes ne respectant pas la loi SRU). Submergé par sa détestation des Verts et des femmes au pouvoir, l'Avenger des petites gens en vient à enfiler une série de clichés sur le logement social. Ça ne serait pas si grave si, au lieu de se cantonner au zinc du bar de pochtrons dont elle n'aurait jamais dû décoller, sa daubesque diatribe n'était pas diffusée à 7h (le prime-time de la radio).

Entre ici Rico:

Entre autres moments de grâce, à 0.30 le polémiste reproche à la Ministre du Logement de céder à prix cassé des terrains de l'Etat "alors qu'ils pourraient être vendus à prix d'or et réduire les énormes déficits publics(retiens là bien, ça va nous resservir dans 2 minutes). 

A 1.30, selon Zemmour: Cécile Duflot n'aurait que "mépris" pour cette "nouvelle manie des Français de s'installer loin des grandes villes et de retrouver au calme dans dans leur home-sweet-home avec jardin que leurs spécialistes appellent périurbain" [...] "Duflot veut les forces à réintégrer leur HLM dont ils n'auraient jamais dû sortir".

C'est simple le "pas politiquement correct": L'exode à Pétaouchnok des classes populaires n'est pas dû à la spéculation immobilière dans les villes (en partie entraînée par les lecteurs des pages saumons du canard où officie Zemmour), mais bien à la passion française pour "la nature". Cette même soif de retour à une vie saine et paisible poussant les ménages à se taper 4h de transport par jour, en plus de la pollution des villes où ils travaillent. Faut dire avec ses bons scores FN (motivés en partie par l’exclusion culturelle, le manque réel d'infrastructures et de services publics à proximité et le sentiment de déclassement géographique), le "péri-urbain" c'est un peu la chasse gardée de Zemmour même s'il ne donne pas le sentiment d'y mettre souvent les pieds.

Notons d'ailleurs que Zemmour ne parle pas de villes désertées mais bien de "banlieues". Banlieues bien sûr quittées à cause des dangers de "l'immigration".

A ce stade, je ne sais pas si Duflot veut réintégrer de force "les beaufs"[1] dans les HLM, comme Zemmour l'affirme au fiel, mais une chose est acquise: lui n'en veut pas dans les villes.

Logique. Une minute plus tôt, rappelez-vous, l’intrépide journaliste rageait que l'Etat ne contribue pas  un peu plus à la montée des prix en centre-ville. De là à penser que le chroniqueur en croisade "anti-bobo" habite en ville, qu'il y possède un bien dont il ne veut pas voir baisser la côte, dans un immeuble pas forcément certifié sans immigré mais très certainement garanti sans pauvre, il n'y a qu'un pas que nous nous garderons bien de franchir ici.

Eric Zemmour reproche donc à Cécile Duflot de vouloir imposer un "vivre ensemble obligatoire" (critique pour le moins contradictoire de la part d'un type qui veut en finir avec le multiculturalisme) et instrumentalise l'immigration pour masquer 1 / sa condition sociale de citadin über-peinard 2 / une relégation vers le péri-urbain des familles qui a plus à voir avec une flambée des prix dans le privé et une carence de l'offre sociale.

Malgré les clichés "HLM = clapier" et autre "HLM = immigration", nous rappellerons donc à Rico:
- Qu'il y'a en France 1.7 million de demandes de logements sociaux en attente.
- Qu'à Paris la demande concerne 120 000 familles pour un parc d’environ 180 000 logements. (Que Paris et la petite couronne concentrent les 2/3 des demandes d'Ile-de-France)
- Que le taux de rotation des logements est inférieur à 5% car les familles bénéficiaires d'un logement social n'ont pas les moyens de se loger sur le marché privé, dont les loyers d’entrée sont doubles des loyers de sortie des HLM.
- Que les commissions municipales de désignation (pour les logements sociaux dont la ville est réservataire) voient passer des dossiers de familles consacrant dans le secteur privé plus de 50 à 60% de leur budget au logement.
- Que généralement ceux qui ont un logement social y restent, même si ce dernier est surpeuplé.

 [1] bel usage du discours indirect fantasmé. 

3 septembre 2012

Apocalypsimmo 12 : Ceci n'est pas une crise de l'immobilier mais du partage

par
Encore un drame du logement. Davantage de SDF, d’étudiants exploités, de studettes insalubres ou d'arnaques liés aux abus des bailleurs et parasites du secteur ? Non. A lire la presse spécialisée, le problème est ailleurs. 

"L’immobilier neuf s’enfonce dans la crise". Ouille. Le nombre de mises en chantier baisse de 12% au trimestre dernier par rapport à 2011 et les ventes de logements neufs ont chuté de 13,9% au deuxième trimestre 2012. Les promoteurs crisent.

La fédération des promoteurs immobiliers (FPI) annonce qu'elle va bientôt proposer au gouvernement des pistes "pour faire baisser les prix du foncier et des coûts de construction". Comme quoi c'est tout bête: il suffisait d'attendre que les promoteurs ne vendent plus pour qu'ils songent à combattre la hausse continue des prix de l'immobilier depuis 15 ans (hausse 4X plus rapide que les revenus disponibles des français sur la même période)

Les "investisseurs privés" (comprendre petits investisseurs souhaitant une culbute à 30% en 3 ans avec déductions d'impôts anticipées, en se gavant de loyers à un SMIC entre temps) n’investissent plus. Terrorisés par le "blocage des loyers" et la fin du Scellier, ils redoutent les prochaines surprises fiscales. Le multiproprio qui a déjà trois appartements n’en achète pas un quatrième: voilà le drame du  promoteur. Pas mieux pour les agents immobiliers: le multiproprio ne veut pas non plus "brader" son bien.

"Les particuliers qui vendent ne veulent pas, sauf exception, baisser leurs prix" déclare, inquiet sur les licenciements à venir dans le secteur, le DG du groupe Guy Hocquet dans Les Echos

Pour les autres, jeunes, revenus moyens ou faibles, les choses sont plus simples: soit ils ont fait une croix sur l'achat, soit ils ont déjà acheté et remboursent encore pour un moment en croisant les doigts pour que la valeur du machin ne s’effondre pas. Tout cet argent cramé (22.3% des revenus disponibles des ménages en 2010) dans un crédit ou des loyers est autant de pouvoir d'achat en moins, des centaines de milliards manquant à l'économie française (430 Milliards en 2010, chiffres CGDD). En large partie liée à la spéculation, la flambée des prix de l'immobilier est un frein de la sacro-sainte croissance. Regagner du pouvoir d'achat, ce n'est pas seulement augmenter les salaires (ce qui touche les travailleurs), mais d'abord baisser le coût du logement (ce qui touche tous les français).

(En kiosque cette semaine. Note dans les deux cas l'éradication du critère humain. C'est "l'immobilier" qui est "face à la crise" dans L'obs, tandis que chez Capital ce sont les "biens" qui "vont craquer")

Ceux qui devaient acquérir ayant déjà acquis, et les multiproprios n’étant pas pressés de baisser leurs prix de vente, nous sommes dans une situation de blocage, avec des logements vides et de plus en plus gens mal ou pas logés autour (spécialement dans les zones où se concentrent l'activité).

Tu me diras: "- N'est-il pas aberrant de vouloir encore construire alors que la demande n'est plus solvable et que la partie haute des revenus empile les biens immobiliers, l'espace vide et l'épargne?  Ne serait-ce pas l'occasion 1 / d'enfin capter ce pognon en suspension et l’injecter là où il faut, c’est-à-dire dans la construction de logements ou la réhabilitation de logements inoccupés ?  2 / De capter ces locaux, maisons, appartements, bureaux vides, bref de forcer les propriétaires à les louer ?".  Tu auras raison (toujours flatter son lecteur). 

1 / Capter le pognon.
La hausse du plafond du livret A est là pour ça, en partie. Mais, Il faut que cette mesure s’accorde avec des acquisitions de terrain pour bâtir des logements à loyers modérés (un projet de loi sur la cession de terrains de l'Etat à cette fin, et l'augmentation des pénalités pour les communes récalcitrantes, sera présenté au conseil des ministres mercredi prochain). Notons que si les dizaines de milliards de déductions fiscales, ayant jusqu'à présent bénéficié aux promoteurs pour construire, n'importe comment et n'importe où, des appartements aujourd'hui inoccupés avaient été utilisés avec le souci du long terme et de la collectivité (intégrées dans de vrais projets d'urbanisme liés à des bassins d'activité, avec des transports publics disponibles), le problème de logements de centaines de milliers de Français serait probablement réglé et les "petits investisseurs privés" y auraient aussi trouvé leur compte. Mais le mal est fait. Chacun a pensé à soi, et incité par l'ami banquier, les sirènes télévisées, chacun a voulu "accomplir son projet immobilier" et "faire du blé" tandis que les dispositifs fiscaux d’aide à l’investissement privé étaient globalement dépourvus de réelle contrepartie sociale.

2 / Capter les biens déjà construits et lutter, arithmétiquement, contre le sous-peuplement.
Cela implique d’effectuer un véritable audit, un recensement immobilier national afin de connaitre une bonne fois pour toutes qui possède quoi, mais surtout dans quel état et si c'est occupé ou pas. Une donnée pour le moment mal cernée, quand bien même les experts justifient chaque hausse des prix par "la pénurie".

Ces données connues elles permettraient d'agir avec, au choix ou en cumulé:

- La mise en place d’une fiscalité croissante et réellement dissuasive sur les logements inoccupés (et sous occupés) sur 5 ou 10 ans avec à terme, si rien n’est fait, réquisition et gestion par les bailleurs sociaux. Cécile Duflot a annoncé récemment dans Le Nouvel observateur ses intentions dans ce sens.  

- La mise en place, à l'inverse, d’aides pour les propriétaires les plus fragiles à la rénovation des biens conditionnés à leur remise à disposition à la location à des tarifs sociaux

Promoteurs et dealers de crédit[1] ne feront pas la promotion auprès du Ministère du Logement de ce type de solutions chamboulant un paradigme pourtant à l'agonie (basé sur le crédit bancaire, la cupidité individuelle, une dose de peur[1] et un climat média vantant "l'accès à la propriété" comme condition minimale requise pour la félicité, et "gagner de l'argent avec l'investissement immobilier" comme seul ascenseur social efficace), un paradigme "la pénurie" explique toujours tout et "la construction" aurait raison du reste. 

[1] CAFPI - courtier en emprunts immo - y va de sa critique sur la hausse du plafond du livret A, c'est mignon tout plein

[2] En 2007, pour les "experts" la peur de la conjoncture expliquait la fièvre immobilière. Ils usent du même argument pour expliquer la baisse des transactions en 2012.

Illus: Vertigo, A.Hitchcock (1958)

29 août 2012

Apocalypsimmo 11: L'Express, faut-il l'acheter ?

par
Dans cet océan d'incertitude immobilière, l'engagement rédactionnel de journalistes de terrain rassure.

Ainsi le dernier numéro de L'Express m'affirme que "ça bouge..." (sous entendu "sans moi"). Dépêchons-nous d'acheter. D'ailleurs ceci me rappelle que 6 mois avant...


...il fallait "profiter de la baisse". Déjà que j'avais raté le coche 6 mois plus tôt...


Pourtant Christophe m'avait prévenu. Pas plus tôt que trois mois avant...


Lent à la détente que j'étais. Faut dire, que Christophe avait osé la légende interrogative l'an passé et  ça me collait grave le doute...


Evidemment que oui, il fallait acheter. Quelle question ! D'ailleurs, si j'avais été un peu plus attentif à la Une de l'année d'avant...


Mais c'est tout moi ça: Je ne sais pas saisir les opportunités, même lorsqu'on me l'ordonne...


...Même quand on me change la couleur...


Au fond, j'en suis toujours au même point qu'il y a cinq ans, ou deux, ou comme dans six mois.


- "Et qu'est-ce qui est le plus difficile dans ce métier?"

CHRISTOPHE BARBIER, rédacteur en chef de L'Express depuis août 2006
- "Lutter contre la routine, une forme de paresse intellectuelle qui fait qu'on a tendance à ne pas se remettre en cause." (source)

[Update 18.02.2013]
Rigueur oblige, la couverture de 2011 est recyclée.

26 mai 2012

Encadrer les loyers rend impuissant !

par
Une nouvelle saison politique débute, retrouvons un nouvel épisode de la secret story des libéraux. Accueillons "contrôle des loyers : retour au moyen-âge économique", un article court mais fruité publié sur le site Atlantico et tentons ensemble de trouver le secret de son auteur, Pascal-Emmanuel Gobry.

Face au péril des rentes compromises avec l'encadrement annoncé des loyers par la ministre du Logement, Atlantico sort l'artillerie lourde et toutes les recrues sont mobilisés pour gagner la bataille des idées. On ne plaisante pas, l'ennemi est au pouvoir.

D'entrée de jeu, l'analyste senior marché (en décodé: professeur de philosophie à l’Académie du cash  les pieds sur la table basse) assomme le lecteur d'une certitude scientifique, extraite de la bible du VRP (livrée en 1ere année, en échange d'un morceau d'éthique, aux étudiants en école de commerce): "93% des économistes américains sont opposés à tout contrôle des loyers. 93% !".

T'as compris mon con ?

1 / L'économiste américain est un être supérieur (à qui tu es prié d'accorder un peu plus de crédit qu'à Elizabeth Teissier ou Paco Rabanne qui se trompent pourtant moins souvent qu'Alain Minc et la ramènent comparativement bien peu).
2 / Tous les êtres supérieurs mangent du foin.
3 / Fais comme l'économiste américain sinon tu n’intégreras pas le club des êtres supérieurs payés à te répéter pourquoi ceux qui ne mangent pas de foin sont des ânes.

Fort de cette caution et parce que toucher à la croissance exponentielle de la rente et du patrimoine, c'est toucher aux droits de l'homme riche, le coeur meurtri du libéral omniscient souffre doublement à l'évocation d'un encadrement des loyers par les obscurantistes: "La réaction de l'observateur impartial ne peut être que le désespoir face à l'inculture économique complète de nos dirigeants politiques et l'urgence de solutions nouvelles". Probablement formé au cours du soir Franz-Olivier Giesbert, nous noterons le placement de l'auteur dans le camp de la raison impartiale, un concept complexe à résumer pour le profane, mais suffisant pour à faire flasher sur la voie rapide du What the fuck !

Même si "L'économie est loin d'être une science exacte" (à ses heures perdues, Pascal-Emmanuel  est également fan d'humour grec), l'auteur est clair:"Le contrôle des loyers est un sujet différent". Et il esquisse un subtil point Godwin en fosbury, passant sous la ligne de l'explicit lyric, en comparant les duos contrôle des loyers / économie et révisionnisme / histoire. Tu captes ? Si t'es pour le contrôle des loyers, tu nies l'existence des chambres à gaz. C'est ce que, dans le jargon des experts en économie, on appelle l'argument "REP A SA". De quoi réfléchir à deux fois avant de demander à ton proprio s'il peut faire réparer les chiottes.

Vers la vingtième ligne du texte, alors que je manque de dériver vers cette histoire d'auto-entrepreneur japonais cuisinant sa bite au saké qui me fait de l'oeil depuis la colonne des "articles les plus lus" du site à la pointe de l'expertise économique, je suis happé par ce second souffle narratif probablement trouvé par l'auteur au survol d'un "N'oublie pas d’être lucide... Et ramène du rapé, ce soir c'est gratin de nouilles. Ta maman chérie" post-ité sur le coin de son écran de monitoring des cours de l'eau potable en Ethiopie: 

"Mais, il y a bien une crise du logement, en France, non ? Les prix sont trop élevés, non ? Il faut bien faire quelque chose !"

A défaut de nous expliquer quoi, Pascal-Emmanuel nous définit le logement par "les bases de l'économie" et son fameux "le prix est déterminé par l'offre et la demande" auquel il n'a étrangement pas associé "la libre concurrence" pas plus que "la main invisible" (probablement pour se réserver des cartouches pour son prochain article sur les effets positifs, sur les caisses de retraite et la gestion des ressources humaines, de la généralisation en entreprise des stages d'initiation au suicide salarié à partir de 38 ans).

Mais attention, scoop. "La demande augmente au fur et à mesure que la population augmente". Et comme d'un côté le méchant état (qui n'y connait rien) fait tout pour ne rien construire tandis que  propriétaires et bailleurs ne veulent pas voir leurs biens se dévaloriser, rien ne bouge.

Étayons le cri d'alarme de Pascal-Emmanuel par un exemple de proximité: Les propriétaires des  coins thunés du 16e arrondissement de Paris empêchent juridiquement depuis des années la construction de HLM sur des terrains pourtant disponibles. Motif: les pauvres feraient baisser les prix de leurs apparts. Oui, au royaume de la main invisible, maîtriser l'offre est un combat quotidien pour ceux qui bénéficient de la demande. Je suis d'accord avec Pascal-Emmanuel et vais même plus loin que lui. C'est vrai que l'Etat montre des signes de faiblesse: il doit faire respecter la loi et construire de force pour imposer la mixité sociale dans ces cités sensibles, véritables ghettos à pognon ou les gros caïds de l'immo font impunément régner leur loi. L'encadrement n'est qu'un début, continuons le combat !

"Rajoutons à cette injustice le fait qu'il est très difficile pour un propriétaire d'expulser un locataire". [Merde déjà qu'on peut difficilement faire de son locataire un esclave sexuel sans passer pour un profiteur: où va le monde progressiste je vous le demande ?] "Ce qui naturellement [et oui, parce que la nature c'est d'user de ton prochain comme chair à payer] fait que les propriétaires ont très peu envie de louer leurs appartements, ou alors uniquement à des conditions exorbitantes."

Et Pascal-Emmanuel d'ajouter: "Le mécanisme est le même que sur notre marché du travail." [Et paf tant qu'on y est ! Prochain article pour Atlantico: "Les travailleurs payés : retour au moyen-âge de l'économie"]"

"Nous avons donc une situation où aucun “camp” idéologique ne peut régler le problème [comme disaient ces professeurs à la solde de Philip Morris te vendant l’innocuité du tabagisme passif, "les dogmes c'est moche"]. La droite verrait une levée de bouclier de son électorat bourgeois et rentier [il a pas tort là] si elle déréglementait le marché. La gauche est prisonnière de ses oeillères idéologiques [NDLR: un cap politique avec au milieu un souci de la collectivité] et de divers groupes de pressions" [parmi eux des électeurs, majoritaires, qui se sont prononcés pour que certaines pratiques changent, notamment l'indécence régnant dans le domaine du logement, suite à des politiques laxistes, au profit quasi exclusif de ceux disposant déjà du patrimoine et d'un capital conséquent].

Vient la conclusion.

"C'est donc la faute de personne et la faute de tout le monde [ah non, non mettre un 12m2 à 900 euros, c'est bien de la responsabilité de quelqu'un et à vrai dire, en plus d'un un encadrement du machin, ça mériterait une peine de travaux d’intérêt général pour le cupide] [...] Rien ne change. Et ceux qui perdent sont les “petits” [toujours rappeler que l'on défend les travailleurs, les humbles et les invisibles même si on a passé un texte complet à leur rouler sur la gueule en limo en leur expliquant que ce sont des abrutis, et que les détenteurs du patrimoine exploitant leur misère seront aussi victimes qu'elles de la politique à venir d'un gouvernement barbare] : ceux qui veulent se loger convenablement, ceux qui veulent accéder à la propriétéBref, nous sommes en France." 

Tu auras noté dans ce final riche en sous-entendus sur ce pays étouffant sous la chape de plomb de l'ignorance où les libéraux persécutés persistent à rester pour brandir haut le flambeau de la raison, un hommage tout en nuance à l'ancestrale sagesse de Mickael Vendetta: ce précédent candidat de la Secret story des libéraux qui s'est auto expulsé de la maison suite à un jet de flan dans la face.

Résumons. Une vitrine avec des grosses affiches scientifiques en mode "tout doit disparaître", une pseudo impartialité au service de la rente assortie d'un touche-pipi au Godwin, le tout pour dégoûter de l'encadrement des loyers sans apporter une seule proposition si ce n'est d'accélérer la déréglementation générale du secteur: as-tu trouvé le terrible secret de Pascal-Emmanuel ?  

Il est de droite.

(c'était facile)

Articles connexes:
- Pauvre petit propriétaire
- Décryptons le cri du libéral de l'immo
- Froid comme la pierre
- Contre le mal-logement, taxer le sous-peuplement ?

13 avril 2012

Montebourg: "le destin de monsieur Sarkozy est judiciaire"

par
"Je n'ai pas tellement changé. Je vends toujours les mêmes idées, elles finissent par s'imposer." Arnaud Montebourg au bistro, 12.04.2012

Parait que la campagne n'est pas intéressante et que l'on n'y parle pas d'économie... Jeudi 12 avril, 18h, à la sortie du métro Ménilmontant, un grand type au phrasé un peu bourgeois improvise un meeting de rue. Il parle présidence et économie durant une heure devant 200 passants captivés. 

Au même endroit, l'espérance de déambulation sans prise de projectile sur la tronche d'un candidat-président en indélicatesse sondagière de plus ou moins cinq minutes. Là tout le monde écoute. Chacun y va de sa question, participe, même les sceptiques. Les questions portent parfois sur la RGPP ou l'immigration, mais en grande majorité des moyens de lutter contre la prégnance financière ou la création monétaire.

Inaugurés lors de la campagne des primaires socialistes où il aura doublement crée l'évènement (en créant les primaires, puis en y arrivant troisième), Arnaud Montebourg poursuit ses stand-up à une semaine du premier tour des présidentielles, mais cette fois avec une grande affiche de François Hollande derrière lui et sans le son Bob Marley.

Peu après le meeting de rue à Ménilmontant et juste avant son discours à la Belleviloise avec Danièle Hoffman-Rispal, nous avons discuté quelques minutes avec lui autour d'une bière. Morceaux choisis


- "Notre préoccupation, c'est de retrouver le lien avec peuple." - 

L'attaque des médias transcendant toutes les classes sociales et sensibilités politiques et faisant l'unanimité chez les blogueurs, c'est par ce biais que, dynamisé par sa prestation en plein air, il entame spontanément la conversation en déplorant la réduction du débat d'idées politiques sur les ondes: 

"- Nous avons un problème dans le système médiatique aujourd'hui. [...] Il devient très difficile de structurer le débat autour de propositions. Vous avez 20 secondes pour expliquer votre projet sur les banques. [...] D'abord il y'a une passion des journalistes politiques pour la course de petits chevaux dans cette campagne présidentielle donc ils l'aseptisent. On ne parle que du sondage, de la déclaration d'untel. Notre travail n'est pas de commenter mais d'agir. On vous demande de commenter votre travail, nous questionner sur la déclaration de Mélenchon ou de Sarkozy, nous ce n'est pas qui nous intéresse. Nous essayons en vain d'exposer nos idées nous n'y arrivons pas dans le système médiatique tel qu'il s'est radicalisé. Donc nous faisons du porte-à-porte, des petits meetings [...] c'est ce que nous faisons avec les stand-up. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir, mais nous qui allons vers les gens là où ils se trouvent: sortie des supermarchés, rue piétonne, sortie des métros"

A l'aise dans l’exercice et passionné par ces échanges, A.Montebourg s'y colle désormais avant chaque meeting. Il y voit un mode plus concret du débat politique, morcelé certes, mais plus en phase avec le quotidien des Français. Les questions économiques dans le public y sont majoritaires:

"- Les gens ont compris qu'on leur avait volé leur pouvoir politique sur l'économie. Ils se sont fait dérober au profit d'experts de technocrates ou de porteurs de la pensée économique qui sont achetés par le système financier. Dès que vous entendez parler un économiste, il faut se demander par qui il est appointé. [...]  La réappropriation de l'économie par la population c'est l'enjeu majeur de la présidentielle. On ne pourra plus vous raconter n'importe quoi. [...] C'est l'achat par les banques d'affaires, d'abord de la pensée économique [...] puis l'achat par les banques de la politique par le financement des campagnes électorales. Donc il y'a consensus sur ce qu'il ne faut pas toucher: les banques. [...] C'est notre boulot de terminer cette période."

Bon là j'avoue, je n'ai pas la présence d'esprit de lui demander quels sont concrètement les économistes écoutés au PS et en quoi sont-ils différents.


- "Lisez les programmes !" -

A la question de savoir si le courant qu'il avait su faire émerger dans et autour du PS au moment des primaires ne se portera pas finalement sur le Front de Gauche au premier tour, Montebourg insiste sur les "propositions audacieuses" de François Hollande (Séparer les activités des banques, la banque publique d'investissement, les taxes sur les transactions financières pour que la dette soit payée par le système financier qui l'a causée...) et tacle encore les médias. Il invite les sceptiques à décrocher de la télévision et lire le programme du candidat socialiste, assurant que les idées qu'il défendait l'ont imprégné. "- La primaire a joué son rôle de rassemblement, mais le vainqueur a fait un travail de fusion des propositions nouvelles portées par une génération nouvelle de candidats dont je fais partie. La primaire a joué le rôle de melting-pot. C'est la raison pour laquelle le programme de Hollande d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celui des primaires. Il est beaucoup plus dans le centre de gravité du pays." 


- "Le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." - 

Je ne sais pourquoi mais, au mot "affaires", la conversation a glissé vers Nicolas Sarkozy. 

"- Il cherche à prolonger son impunité présidentielle pour échapper aux foudres de la justice qui commencent à le cerner. Karachi et l'argent de la campagne de Balladur ? Il a une responsabilité directe dans l’organisation du circuit du blanchiment en fabriquant les sociétés-écrans qu'il a autorisées alors qu'il était ministre du Budget. L'argent de madame Bettencourt et les comptes suisses qui ont permis de faire sortir du liquide pour les besoins de l'UMP lors de la campagne de 2007 et maintenant l'argent de Kadhafi: c'est la nouvelle affaire! [...] Donc nous allons bientôt tout savoir, le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire.

A noter dans un coin si jamais, en cas de victoire socialiste va savoir, Montebourg est nommé Ministre de la justice. A propos de mandats, Montebourg ne se représentera pas aux prochaines législatives et balance sur l'Assemblée nationale. "- Ça fait 15 ans que je m'y ennuie. C'est un parlement croupion l'assemblée nationale française. Le sarkozysme a fini de mettre le bâillon là ou deja nous étions ligotés. [...] C'est un mandat qui demande de l'énergie, moi je n'ai plus ce désir. C'est aussi la question du non-cumul des mandats, je l'ai fait voter c'est bien le moins que je me l'applique. Je resterais président de mon département, un mandat beaucoup plus intéressant que le mandat parlementaire. Le cerveau dans l'opposition d'un parlementaire, c'est un cerveau qui marche toujours sur la moitié, la moitié qui dit non. Faudrait parfois pouvoir dire oui, mais c'est difficile."

Le vieillissement et le non-renouvellement des élus (auquel j'ajoute le manque de représentation de la diversité sociale) est pour lui un des facteurs du désintérêt des jeunes pour l'élection: "- La moitie de la population française à moins de 40 ans, il n'y a pas un député de moins de 40 ans, et seulement deux sénateurs. Vous ne trouvez pas qu'il y'a un problème ? D'ailleurs c'est le problème de la génération des babyboomers qui ont pris le pouvoir et qui refusent de le laisser dans tous les domaines. [...] Ceux qui ont fait mai 68 ont pris le pouvoir au nom de la jeunesse et qui refusent de transmettre à la prochaine jeunesse."

Et qui dit "Baby boomer" s'attend inévitablement à ce que l'on interroge sur la bulle immobilière.

Sur ce point Montebourg a un discours bien plus sage que celui sur la régulation financière. Pas de remise en cause du paradigme. S'il ne cache sa préférence pour la propriété, à son sens supérieure à la location (en omettant un peu vite que l'on peut mettre une vie de crédit bancaire à devenir propriétaire), et met en avant la nécessité de taxer fortement les héritages (en minimisant les situations fiscales ubuesques que l'héritage des mêmes babyboomers provoquera chez des enfants sans revenus qui, à nouveau victimes du décalage aberrant des prix de l'immobilier en 20 ans et sur la base de la transmission d'un simple patrimoine qui se sera ultra valorisé, se retrouveront catalogués riches alors qu'ils sont pauvres [1]). 

Le problème n'est pas, à mon sens, la propriété ou la location mais la folie des tarifs et la répartition des mètres carrés ainsi qu'une disponibilité garantie d'une surface minimum vitale pour chaque individu. C'est sur ces axes que le prochain gouvernement devrait focaliser ses efforts législatifs dans le logement. Notons d'ailleurs que le candidat-président Sarkozy (dans une argu flash de fin de soldes pour Femme Actuelle) l'a soudainement compris en se déclarant (en totale contradiction avec ce qu'il disait il y' a 2 mois) pour l'encadrement des loyers (en dégainant au passage une mesure existant déjà dans la loi[2]). 

Déjà 30 minutes, Montebourg a fini sa pause "internet". Il repart comme il est arrivé: en cavalant vers la salle bondée de la Belleviloise où l'attend ce soir une assemblée plus âgée. Pas de doute Montebourg est en campagne pour mai 2012 et au-delà... 

"- Allez saluuut les blogueurs !" 


[1] comme quoi les babyboomers n'ont pas fini de nous emmerder.

[2] Ce qui n'empêche pas N.Sarkozy de plancher  dans le même temps sur un violent plan de réduction des crédits alloués à l'aide au logement en cas de réélection. 

Illustration : @_Margal
Merci à @graoum et @melclalex

Top Ad 728x90