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6 octobre 2017

Du monarque à l'androïde

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Il s'appelait Sarkozy. Entre blogueurs, nous l'appelions "le monarque ". Une grande partie de la presse le soutenait. Il remportait la présidentielle de 2007 en partie sur la dynamique de l'enrichissement par le travail individuel coupé du collectif ("travailler plus pour gagner plus") mais aussi grâce à l'antipathie croissante des Français (jusque dans son propre camp) envers sa rivale, féminine. A peine élu, il déversait les cadeaux fiscaux sur les riches (pléonasme). Puis, assez rapidement, il carbonisait son capital sympathie en commençant à traiter les gens de "pauvre con'" et en laissant de plus en plus souvent transparaitre sa vraie nature, assez méprisante envers toute forme de contestation et ceux ne disposant pas d'une fortune personnelle conséquente (étant établi que si vous figuriez simultanément dans ces deux catégories, vous n'étiez qu'un crasseux plouc, feignant et illettré). 

Il aura fallu cinq mois à Libération pour émettre l'hypothèse que, peut-être, dix ans plus tard, les français ont encore élu le pire des libéraux affublé de la personnalité la plus prétentieuse, hautaine et déconnectée possible. A la différence qu'en comparaison au Perlinpinpinator du Touquet, l'androïde de la casse sociale à empathie zéro, Sarkozy apparait soudainement humain.

4 juin 2014

The UMP needs the RPR to win against the UMP

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La Une de Valeurs Actuelles de la semaine se lamente sur la mollesse, disons-le tout net, le gauchisme de la droite d'opposition. Une autocritique, même lointaine, dans le magazine des réacs décontractés est déjà une initiative qui se devait d'être relayée :


Si j'en crois graphiquement Valac, ce qu'il faut donc à l'UMP pour sortir de l'UMP c'est revenir aux bonnes vieilles traditions de droite et renouer avec le RPR, comme le soulignait en 1998 cette affiche du parti (même slogan et la même référence à Astérix)


1 / Le RPR sera renommé UMP quatre ans plus tard pour cause de carton FN au premier tour de la présidentielle.

2 / Le RPR n'avait pas demandé l'autorisation aux ayants droits de Goscinny, ni à Uderzo, pour sa petite opération de com'. 

3 / Je n'ose imaginer la répétition d'un tel procédé de la part d'un magazine aussi innovant que Valeurs Actuelles.

[Update 05-06-2014 14.50]
Selon le service communication des éditions Albert René, il semblerait que celles-ci n'aient pas été sollicitées par le magazine Valeurs Actuelles pour cette reprise d'Astérix en Une. #Oops

10 février 2014

Zemmourity report

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Ça fait un moment que je n’écoute plus les dingo-bigoteries d'Eric Zemmour dont, à l’instar du camp réactionnaire, les sphincters mentaux semblent lâcher les uns après les autres depuis qu’il a découvert les joies du défilé sur pavé entre intégristes hétéroclites (mais tous anticlito) et savouré la capitulation (au moins symbolique) du gouvernement sur la loi famille. Mais voilà, moment de faiblesse, l'autre jour j'ai traîné devant ma télé. Et quand tu traînes devant ta télé, forte est la probabilité de tomber dans les trois minutes sur un conno de la télé-réalité, un libéral habité ou la tête à Rico.

Et samedi, c'était le tour du réac. 

Le dernier débat Domenach / Zemmour (Ça se dispute) sur Itele revenait, pour une fois, sur les intox du polémiste, lâchant sa carte de journaliste pour celle de propagandiste, dans l'émission précédente. E.Zemmour reprenait et propageait la théorie du complot sur une "théorie du genre" qui serait inculquée dans les écoles par les hordes satanistes LGBT (lesbiennes - gays - bi - transsexuels), mensonges à l'appui.  Comme d’autres avant lui, E.Zemmour a compris que dans ce climat délétère, vu l'état de confiture obscurantiste de son fan-club, il ne faut plus s’embarrasser de nuances. Il faut taper vite et fort. Il ne s'agit plus de convaincre les convaincus, mais de les pousser à se radicaliser encore plus, dans l'espoir de décomplexer les autres.

Dans cette émission et la précédente, Zemmour fait l’amalgame grossier (totalement assumé) entre la ligne azur qui est un service d’écoute pour les adolescents s’interrogeant sur leur identité sexuelle et / ou victimes d’homophobie, et l'ABCD de l'égalité, destiné aux écoles primaires pour sensibiliser les enfants aux métiers et tâches du quotidien qu'ils peuvent exercer, où il y a actuellement surreprésentation (inexpliquée autrement que par le poids des préjugés) d'un sexe ou de l'autre.

Il n'en faut pas plus à Zemmour pour voir dans la lutte contre l'homophobie, un complot dont l'objectif est de « détruire la norme hétérosexuelle ». C'en serait juste comme d'habitude con à en pleurer si l'on ne trouvait pas derrière 1 / de réels actes homophobes et des suicides. 2 / son vrai motif : la volonté de faire perdurer le modèle patriarcal, et une société encore très couillo-centrée[2]. 

Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la bonne ou la mauvaise éducation et "la norme" sexuelle. Dans les deux cas, j'ai la faiblesse de penser que l'amour et la responsabilité sont des préalables. Je trouve juste risible que des types qui n'ont pas changé une couche de leur vie, ni foutu les pieds dans une école depuis 40 ans, fassent la morale aux Français sur l'éducation de leurs enfants et comment doivent se former les couples. Je dis bien "les couples", parce qu'à ces degrés d'amalgame et de rigidité bientôt ce seront les célibataires qui seront accusés de transgresser la "norme".

(Copé et Zemmour ont raison. 
Assez de cette littérature zoophilo-pédéraste ! Ici le dernier Valeurs Actuelles).

Derrière les propos ciselés, les calicots roses et bleus, les prétendues machinations de "la dictature socialiste" dénoncées par SMS anonymes, les slogans malins (très bonne trouvaille marketing cette "théorie du genre" amenant chacun à se positionner autour de quelque chose qui n'existe pas) ne pas perdre de vue le fond idéologique des Zemmour and co., de cet abrutea-party coagulant dans nos rues sous nos yeux ébaubis : la disparition de tout ce qui n'est pas de souche sur seize générations, catho[3], hétéro certifié et vierge avant le mariage. 

Bref des trois quarts de la société. Et c'est le plus drôle, souvent d'eux-mêmes. Mais chut, ne leur dites pas.

Illustration : un poster trouvé dans la chambre du petit Eric (je m'inquiète vraiment pour lui).

* * *

[1] Le plus inquiétant dans cette histoire : sur la seule base d'une méfiance envers les médias et la classe politique, des parents enlèvent des enfants de l’école après réception d'un SMS non sourcé. Tout ça pour les laisser devant BFM toute la journée.

[2] rappelons les bases du Zémourisme : la femme a le droit inaliénable de fermer sa gueule et de faire, en souriant et avec abnégation parce que l'avortement est un péché, douze gamins à son mari qui, lui, a le droit d’aller aux putes parce que c'est l'ordre naturel et qu'il en va de sa liberté.

[3] musulmans temporairement acceptés, mais uniquement sur présentation de la carte anti-Hollande.

Articles connexes :

Nouveau livre de Seb Musset, L'abondance. 
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1 novembre 2013

Le Pen : La barbe, la "bourde" et le buzz

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Hier matin sur l'antenne d'Europe 1Marine Le Pen, présidente du FN, a émis des réserves sur la récente libération de quatre otages français

En effet, après trois ans de captivité par AQMI, les ex-détenus ont eu l'idée (séditieuse entreprise pour le moins anti-patriotique) de descendre de l'avion à Villacoublay sans bouteille de Beaujolais  sous le bras, ni chapelets de saucisson autour du cou comme c'est l'usage en Gaule depuis la création des Hauts-de-Seine par Jeanne d'Arc (si si, je l'ai lu dans Valeurs Actuelles).

Pire encore. Certains des terrori, euh ex-otages, étaient affublés d'une barbe. Oui mesdames et messieurs, une barbe : comme l'auteur de ce blog, Carlos, le chanteur, et Dieu le père ! Pire, d'autres plus suspects portaient un chèche. Madame Le Pen apprécie peu ce laisser-aller vestimentaire quand on passe à la télé devant des millions de Français. D'ailleurs, question barbier, elle préfère quand c'est propre et net, et qu'il n'y a aucune équivoque possible. 


Il ne fallait pas plus que cette suggestion d'otages devenus musulmans (puisqu'il s'agit de cela en toile de fond) pour que les médias embrayent toute la journée sur, je cite, "la bourde" de Marine Le Pen. De la Une du Monde dans l'après-midi, le "dérapage" dérape jusqu'au JT de 20h du service public où il sera traité avant le cas des otages eux-mêmes. 

(commentaire du journaliste : 
""Elle casse le consensus". En vous remerciant.)

Keep calm et reprenons les choses dans l'ordre :

1 / Il n'y a pas plus de "dérapage" que de "bourde".
Sous-entendant qu'il y a islamisation des otages, Marine Le Pen, s'adresse d'abord à son électorat.
Qu'il s'agisse de l'électorat acquis :
- Le xénophobe de base, excédé par la "normalisation" du FN, qui a besoin que le parti lui redonne sa dose quotidienne de peur du mahométan.
- Le comploto-timbré, bercé un peu trop près de la télé, en sevrage depuis sur Facebook. 
Qu'il s'agisse de l'électorat potentiel :
- Scoop : une bonne partie de la droite n'aime quand même pas trop la barbe et les chèches.

2 / Avec cette sortie matinale, la présidente du FN, évoluant avec agilité dans son biotope médiatique, sait qu'elle occupera les ondes durant 24 heures (voire 48 avec le jour férié). L'information continue n'est qu'un feuilleton dont flemme et pyrotechnie sont les deux piliers narratifs : Marine Le Pen fournit les épisodes. Au final, ses messages codés, ou pas, atterrissent invariablement en tête des JT (à deux doigts de lui organiser une cellule de soutien psychologique pour son "dérapage").

3 / Car, Madame Le Pen, s'offre également la possibilité d'une seconde séquence, dite du remords, où elle pourra s'expliquer, interpréter l'incomprise, dupée, forcément, par des médias "qui cherchent toujours la petite phrase" (qu'elle leur donne à chaque fois).

4 / Avec le pitch de Homeland lu le matin même dans TéléZ, la chef du FN, réussit donc à parasiter une actualité qui lui est totalement étrangère (la libération d'otages français après de longues négociations), coupant l'herbe sous le pied du Président (et oui, on ne parle plus que d'elle). Et le lendemain à la même heure, son bras droit remet le couvert.

Enfin, 

5 / Ce point curieux (il n'a pas été l'objet de l'ombre d'un début de remarque dans l'agitation du jour) : si c'était le cas, en quoi la conversion personnelle ou l'adoption d'une religion par un otage serait un problème pour la nation ? 


Illustration : The Barber, Coen Bros (2000)

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Articles connexes :
L'occupation des cerveaux
Les JT roulent-ils pour le FN ?
FN : Lutte des classes ou lutte des races ?

14 octobre 2013

[Exclusif] Brignoles est à droite !

par
"Le FN remporte l'élection cantonale partielle à Brignoles grâce à la gauche". Voilà en substance ce que l'on entend depuis hier.

Suggestion de présentation :

On ne minimisera pas la responsabilité du gouvernement dans la sanction des urnes (classique) lors d'une élection intermédiaire, mais s'il y a bien une connerie à dire, et qui est donc dite et répétée à la télévision (à croire que ça ne sert qu'à ça), c'est bien : "Le FN passe à Brignoles grâce à la gauche".  

Ce serait aussi bête que de prétendre que le FN gagne à Brignoles (élection déjà remportée en 2011) grâce à la publicité continue des chaînes d'infospectacle, rabâchant en boucle depuis deux semaines que le FN va créer la surprise autour de cette micro élection et que, par conséquent, 1 français sur 4 va voter pour un Le Pen aux prochaines élections ![1]. Hein, ce serait réducteur d'écrire ça ? 

Une seule chose est acquise à Brignoles : l'électorat de gauche ne s'est pas mobilisé au premier tour. C'est oublié un peu vite que le résultat du second tour est, avant tout, la conséquence d'un vote de droite dans un canton ultra marqué à droite, où le PS avait été éliminé dès le premier tour aux dernières présidentielles.

Si les Brignolais ayant voté UMP au second tour ne sont pas forcément de droite (Quelques restes du front républicain moribond ont juste fait doubler le nombre de voix pour la candidate UMP de 1397 à 4931 entre les deux tours), en revanche ceux qui ont voté extrême droite, eux, le sont très clairement. 

Qu'ils en aient conscience est une autre histoire. 

C'est le seul enseignement que je tire de ce scrutin : le FN prend lentement et sûrement la place de l'UMP. 

Je crois que Le Pen père disait "il vaut mieux préférer l'original à la copie". Et bien, après cinq ans de sarkozysme, la pyromanie opportuniste d'un Copé ou la dragouille FN du châtelain Fillon, les électeurs UMP commencent à suivre la formule. 

Et je ne vois pas, même en cherchant très fort, des traces de gauche là-dedans. 

[1] Quel scoop. Juste vingt ans que ça dure.


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18 juillet 2013

L'info est un long buzz tranquille

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Jean-Philippe est un pote sympa. Durant 48 h, il a gracieusement nourri un écosystème journalistique en léthargie estivale, générant articles, bandeaux publicitaires et pognon. Du Figaro au Gorafi, vous n’avez pas pu la rater si vous passiez quelques minutes sur internet hier : la photo de la photo du petit Grégory (mort assassiné en 1984) utilisée dans une publicité pour la crèche du Festival de Jazz de Montreux, c’était la sienne. Le scoop, c'est grâce à lui.

Dans ce billet, il revient sur le buzz dont il est à l'origine et sur ce que lui inspire l'énième épisode de ce que devient l’information sur le web : du pute-à-clicking. 

Je lui laisse la plume.

(La photo originale de @koramarok) 


Autant de papiers parus sur le web ces deux derniers jours sur une histoire partie d’un tweet et d’une photo dont je suis l’auteur. Et je regarde, mi-médusé, mi-agacé, le développement de cette affaire. Au-delà du fait-divers, il y aurait bien des questions à se poser concernant cette news. Prendre un peu de hauteur, changer l’angle et dépasser le buzz.

1 / L’historique où des journalistes à l’affût sur Twitter
Tout part d’un tweet public envoyé à Guy Birenbaum à mon retour du festival de Montreux. Sachant qu’il tenait une chronique sur les réseaux sociaux, ce genre d'EPIC FAIL pouvait l'intéresser. Il m’a tout de suite demandé des preuves ou du moins des précisions (il sera un des seuls). Nos messages sont publics, et comme sa portée dans la twittosphère est plutôt conséquente, ça a immédiatement fait boule de neige. Entre le moment où j’ai posté ma photo sur Twitter et la publication des premiers articles, il s’est passé trois heures. Je n’ai été contacté QUE par Maxime Bourdier du Huffington Post, afin de faire son article. Et le soir par France 3 Lorraine pour une interview par téléphone où je certifie l’authenticité du document (ainsi que France 3 national).


2 / L’utilisation de la photo
L’émoi suscité par l’utilisation de cette image est immense, car l’affaire du Petit Gregory est encore dans toutes les mémoires (ou enfin presque). Mais, ne peut-on pas considérer que le simple fait de télécharger une image sur le net et utiliser sans autorisation la photo d’un gosse est, en soi, un gros problème ? Et plus largement, utiliser une photo sans se demander s’il y a des droits d’auteurs, sans la sourcer, n’est-ce pas aussi un FAIL ? Bizarrement, les médias n’en parlent pas. Et pour cause. Ils font pareil. L’origine de la photo du magazine de Montreux est par exemple non précisée dans l’article du Point.fr, au profit d’un “DR” (droit réservé : en gros, on ne cite pas le nom et on serre les fesses pour que personne ne réclame les droits) commode. Mieux, certains journalistes sur place qui n’avaient rien vu ont profité de l’info piochée sur Twitter pour refaire une photo de la photo, mais la leur cette fois [NDLR : que je leur pique tiens].

(ci-dessus d’intrépides journalistes de terrain particulièrement bien informés.)

Sur le site du Figaro.fr ou de Morandini, c’est encore mieux, il n’y a aucune indication [NDLR : et Morandini attribue l'info à France Tv]. Forcément, une photo faite par un amateur, twitto de surcroît, pourquoi la sourcer hein ? Pourtant, c’est quasi la seule à leur disposition pour illustrer le sujet, une seule autre étant parue sur le site de l’antenne FN de Boulogne Billancourt le dimanche, soit deux jours avant la mienne, comme l’indique le blog Big Browser du Monde.fr.

Une éventuelle demande préalable avant utilisation ? Pareil, faut pas y compter. La photo est partout, mais je n’ai au final que 6 demandes officielles pour son utilisation dans des papiers. Entendons-nous bien : je me contrefous que cette photo, prise en 2 secondes avec mon smart-phone, soit reprise comme illustration, mais bordel, ça ne choque personne que l’on pique une photo amateur sur le net pour illustrer un sujet sur le vol amateur de photo sur le net (thèse avancée par le festival) ? Ce point intéresse peu vu que l’unique angle d’attaque est le FAIL + Gregory avec en visée un buzz à fort potentiel de click, pour un investissement quasi nul des rédactions.


3 / En rester au Buzz du Fail
Le Festival de Montreux explique la bourde par le fait qu’une stagiaire étrangère a réalisé la pub. Pas un journaliste pour demander comment se fait-il qu’un festival si renommé, si prestigieux, ait recours à des stagiaires pour réaliser son journal interne ? N’a-t-il pas les moyens de se payer de vrais pros pour réaliser un document forcément en flux tendu, plutôt que de pressurer des stagiaires inexpérimentés et corvéables à merci ? Avec les prix pratiqués [Pour info, le concert de Prince, c’était 140 euros en fosse et près de 250 au balcon], ne peuvent-ils pas dégager un budget com’ qui tienne la route et qui permette d’acheter une photo à 10 euros sur Fotolia ? Le recours aux stagiaires et aux bénévoles, c’est dans quelle proportion ? Ne serait-ce pas des fois un des effets collatéraux de la sous-traitance à outrance? Quid aussi de la chaîne de validation ? [NDLR : les parents de Grégory portent plainte contre le festival au moment de la publication]. Parce qu’à un moment, le stagiaire est face à un maître de stage censé superviser son boulot non ? Non. Pas une question à ce sujet. Est-ce à croire que les rédactions reprenant le buzz, pratiquent parfois de la même façon, spécialement l'été ?

@koramarok - 18.07.2013"

* * *
* *
*

Mes conclusions: 
JP sera peu remercié comme source de l’info. Le graphiste pas réembauché par le festival. Les rédactions qui font désormais leur marché sur Twitter se sont jetés sur l’os sans parfois vérifier l'info, et sans aucune analyse allant plus loin que le simple FAIL. Evidemment tout ceci sera oublié dans deux jours pour mieux recommencer le surlendemain.

Mon conseil : 
Si jamais vous diffusez un document à fort potentiel de buzz, ne le faites jamais sans l’éditorialiser au préalable et donner VOTRE point de vue (et pas en un tweet ou un statut Facebook). 

14 juillet 2013

Brétigny et les pillards de l'apocalypse

par

Toujours glaçant de constater qu'une approximation peut enflammer un segment de population, comment dire, un peu à cran. 

Dans les heures suivant le déraillement meurtrier du Paris-Limoges vendredi dernier en fin de journée en gare de Brétigny-sur-orge, le consommateur d'actualités aura assisté à une énième démonstration de la plaie qu'est devenue la course à l’information continue.

Parallèlement, dans la soirée, il aura également pu constater une multiplication de propos racistes (voir ici) sur les réseaux sociaux (jusqu'aux responsables politiques FN et UMP) au sujet de caillassages sur secouristes et policiers et de vols sur les victimes par des jeunes.

Tout part d'un article sur le site d'Europe 1 publié vers 22h et reposant sur le témoignage d'une policière du syndicat Alliance, et de quelques tweets de journalistes, immédiatement repris sur le site du Figaro puis sur une réacosphère au taquet.

Seulement voilà. C'est faux ou, au minimum, largement exagéré. Caillassages et pillages sont démentis le lendemain par le ministre des transports, les policiers et les secouristes eux-mêmes. En gros, deux connards ont dû piquer un téléphone portable et quelques mecs s’énerver (c'est mal) parce que des policiers leur ont dit de dégager du périmètre de sécurité (c'est normal) et ça a été répété, amplifié, déformé. Mais tu comprends, comme c’est la banlieue donc la zone islamo-occupée terrifiant ces grands penseurs de droite qui donnent, missel et abécédaire de la défiscalisation au poing, des leçons de peur à la France entière depuis le 16e arrondissement, on ne va pas prendre le temps de nuancer. Ça ira bien comme ça, direction Fdesouche en home page. L'info c'est ici et maintenant coco, et si t'es pas content t'as qu'à t'informer sur Gulli.

Ces trois articles reviennent sur le déroulement de l'intox :




Deux aspects dans cette histoire :

1 / A ma droite. Le business des chaines d'info continue: hystériser l'actualité en permanence pour capter le spectateur et valoriser l'espace publicitaire. On peut créer du clash, meubler sur du vide. Ici, durant les deux heures de flottement foutraque suivant l'annonce du déraillement le temps pour les équipes d'être operationnelles les chaines useront des témoins anonymes par téléphone (paye ton édition spéciale). On pille à l'antenne de la photo twittée, de l'Instagram non sourcé, les mots "scènes de guerre" et "apocalypse" sont rabâchés par les animateurs d'actualités. Disons qu'à défaut d'informer précisément, ça crée du mouvement et un climat. Nous n'en savons pas plus, mais nous progressons dans l'émotion continue. 

2 / A ma droite extrême. Sur ce préchauffage initial autour d'un drame à fort potentiel d’identification, peut s’opérer tranquille une abjecte récupération politique par l'axe FNUMP. Faites entrer les barbares. Ce soir Papy Voise prend l'Intercités.

On doit s'interroger sur ce qui permet à une goutte d'eau (des actes isolés condamnables) de devenir un jet hydropulsé, à une fausse rumeur de se propager aussi efficacement sur internet. Et de pointer nos idées reçues (on y a tous cru au moins un moment), tout autant que la responsabilité des journalistes qui fout d'un grain de sable une tempête de cailloux. Avant même d’avoir la confirmation de la non-survenance des faits (soit le monde à l'envers de l'information), on pouvait légitiment avoir des réserves sur leur véracité. Dans le catalogue d'images amateurs bon marché diffusées dans la soirée, pas une de vol ou de violence. Parmi la poignée d'envoyés spéciaux tweetant avoir vus des échauffourées, pas un pour sortir la moindre vidéo. Des journalistes dont les caméras ne filment pas un tel scoop, pas même capturé avec leur téléphone portable ? De trois choses l'une. Soit ils sont nuls, soit ils ne sont pas sur place, soit ils sont nuls et ne sont pas sur place (en langage technique, faire une Aphatie). 

Intox + course à l'info + récupération expresse par le FNUMP pour un impact maximal sur le cerveau reptilien des mononeurones de droite.

Un cas d'école de la manipulation de l'actu. Jusqu'à la prochaine fois. Ce chaos continu de l'info-pulsion favorisant la prolifération des propos haineux décomplexés ayant été, comme à l'accoutumée, un franc succès. 

Plus loin, le traitement médiatique de ce drame est aussi la démonstration que pour être mieux informé, mieux vaut parfois ne pas trop s'informer.

Illustration : Vautourus-Fnumpus, se nourrit exclusivement d'infos en décomposition.

Articles connexes :
- L'antimatiére
- Le fabuleux destin de la vidéo des pieds de l'homme qui allait à St Domingue en RER
- Le pouvoir de l'info spectacle

28 juin 2013

Pourquoi Internet nuit gravement à la santé (et jamais la TV) ?

par

Donc voilà. La journaliste de la télé m'appelle :

"- On m'a dit que vous étiez blogueur actif et on va faire un sujet sur l'addiction au réseaux sociaux. Qu'est-ce que vous auriez à dire ?".

Je rétorque que je vois peu de similitudes entre un blog et facebook et que, bon, je réseausociotte modérément (4000 tweets par an, une broutille comparé à Christine Boutin un matin de procession). Son enthousiasme tombe net. Je ne reproche pas aux journalistes TV d'avoir un angle, je leur reproche d'avoir toujours le même dès lors qu'il s'agit des "réseaux sociaux" sur internet. Au choix : danger ou addiction. (En option, la variante économique : "Ces jeunes entrepreneurs américains devenus milliardaires après avoir créé un réseau social").

Je réponds à la journaliste que, même virtuelles, ces interfaces de communication sont des objets comme les autres. C'est l'usage qui fait le défaut et l’excès qui est néfaste : pour Facebook  l'étalage non réfléchi de données personnelles (les siennes et celles des autres), et pour Twitter le papillonnage, au final la déconcentration aussi bien dans le travail (spécialement lorsqu'on écrit. Poke @MoiMême) que dans la vie réelle (La tête baissée sur sa Time-line, on est au mieux à 60% avec son interlocuteur physique. En marchant, la probabilité de se prendre un poteau full face augmente de 82%, ce qui est un vrai danger collatéral du net). Mais là encore, il y autant de pratiques et de conséquences que de caractères, sans compter que la fonction crée l'organe. Il est probable que les nouvelles générations développent bien plus aisément que leurs aînés la faculté du multitâches : facebooker, dire à son ou sa chéri(e) qu'on l'aime tout en évitant les lampadaires. 


Viens le test de la journaliste (aka le casting) :
"- Pourriez-vous passer d'internet une semaine ou deux ?"
"- Oui" (t'as vu un peu la tronche du héros moderne).
" - Ah

Là je sens mon interlocutrice dépitée, genre "Mais bordel, je ne trouve personne accroc aux réseaux sociaux ! Comment vais-je faire mon sujet sur les accrocs aux réseaux sociaux ?". Cherchons un peu de matière, histoire de réseauter et de socialiser avec la télé. Je ne vois que deux aspects des réseaux sociaux susceptible d'entraîner un effet de manque : le rythme d'information (le besoin de savoir tout, tout le temps, en temps réel. Pour se sentir raccroché à la communauté de ceux qui savent) et l'évaluation permanente de sa notoriété, le shoot à l'ego (Pas de mise de départ, ça commence très rapidement avec quelques mentions ou like). On parle ici d'effets pour une minorité, et rien qui ne puisse se régler sans une petite prise de distance, voire une période d’abstinence. 

Bref, je suis le mauvais client pour le reportage. Rends-toi compte, je réfléchis sur l'usage du "réseau" tout en en minimisant son importance, voire même en lui trouvant des effets positifs[1]. Pas grave, j'invite donc la journaliste à se libérer de la dépendance de la profession aux sujets négatifs sur le sujet pour s’intéresser à d'autres addictions technologiques beaucoup plus répandues comme euh... la télévision (3h16 par jour et par français en 2011). 

Pourquoi donc ne voit-on pas plus de sujets à la télé (même juste un pour commencer) sur ces drogués de Cdanslair, de Game of Thrones, de The Voice, du bulletin météo, de Plus belle la vie, de Confessions intimes ou des débilités d'M6 ou sur ces hypnotisés de l'info en continu et des priorités au direct de la TNT ou encore les cas les plus désespérés s'enquillant sans broncher 3 épisodes des Experts chaque soir depuis 10 ans ?[2] Autant de programmes d'ailleurs passablement commentés en simultané sur Twitter et Facebook, ce qui en facilite l'éloignement ces soirs-là.

Toxico potentiel, je n'en reste pas moins un gars sympa. Et, comme j'ai quand même bien envie de voir ce reportage : 

Si vous êtes accroc aux réseaux sociaux, blog ou site SNCF.
Si vous le vivez vraiment mal, en menaçant de dépecer votre entourage au smartphone. 
Si, pour combattre cette addiction à la notoriété facile, vous souhaitez la confesser face caméra à la France entière.  

Contactez-moi, je transmettrai votre dossier à la télé.

Dis-lui merde au réseau. Ensemble nous guérirons ! 

[1] Ignorés aussi les côtés positifs d'une présence active sur les réseaux sociaux, ces dizaines de personnes que j'ai rencontrées en vrai via Twitter ou Facebook, ou des opportunités professionnelles que l'on y décroche. J'ai pourtant de beaux exemples.
[2] A mon sens, bien plus inquiétant que de parler avec ses potes en ligne.

Articles connexes :

8 avril 2013

Libération : le radical est compromis

par

Mediapart a fait plus que déstabiliser un ministre dans son sentiment d'impunité, le journal en ligne a bousculé le ronron des vieilles rédactions qui perdent la raison.

Ce matin dans Libération, on trouvera un édito de Sylvain Bourmeau intitulé "Radical !". Passons sur le fait que l'article en question, et c'est cocasse au regard des dernières semaines, prévoit l'annonce prochaine d'un scoop de Médiapartdémenti par Plenel. On lira d'abord ici la supplique du directeur adjoint du journal pour que notre président soit enfin vraiment, mais vraiment, de gauche. S.Bourmeau invite F.Hollande à "un changement radical de cap, à commencer par la grande réforme fiscale tant attendue, doublée de mesures sévères pour le secteur bancaire et la finance". Ma foi, on ne peut être que d'accord et l'on rend hommage à Libération, entre une pub pour une banque en ligne ou un mail promotionnel nous incitant à devenir trader, pour la force de l'édito et sa prise de position tranchée sans équivoque.

Bon, quelques anodins mots de conclusion relativisent la ferveur de notre émotion: "En parallèle de la nouvelle politique économique qu’il se doit au plus vite d’impulser, en dépit de contraintes européennes anachroniques, il lui faut aussi ouvrir sans plus attendre le chantier d’une République moderne."

"En dépit de la nouvelle politique économique qu'il se doit au plus vite d'impulser ?"...

Oui, on aurait peut-être dû commencer par là. S.Bourmeau fait-il référence à cet autre édito maison, signé Nicolas Demorand en date du 5 mars 2013, intitulé "Compromis" et louant le contenu de cette nouvelle politique économique par ailleurs totalement Cahuzaco-compatible puisque l'ex-ministre du Budget en était un des principaux maîtres d'ouvrage ? 

Alors que les syndicats défilaient ce jour contre l'ANI quelques mètres plus bas, le directeur de la rédaction de Libération, lui, se félicitait des projets du gouvernement pour "sauver le travail. Ou ce qu'il en reste. pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales. [...] Oui, pour le dire avec ces mots autrefois clinquants, il faudra travailler plus pour gagner autant et peut-être même moins.

Ça se précise. Faire la part belle aux patrons, valider jour après jour la casse des acquis sociaux, démonter le Code du travail et flexibiliser selon les souhaits du MEDEF: la nouvelle politique économique de gauche, c'est d'en faire une de droite. Merci Libération. En fait, même dans leur schizophrénie éditoriale, les deux directeurs de Libération ont raison: le compromis c'est du radical. 

Même si je ne suis pas particulièrement convaincu d'y voir quelque chose de "nouveau". 

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Illus: Libération

4 avril 2013

Le mensonge est plus fort que la fraude

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Si j'en crois le traitement médiatique de l'affaire Cahuzac, il semble que le mensonge est pire que la fraude fiscale. 

Il est vrai que le mensonge en politique, euh pardon l’aveu après le mensonge, est une chose rare ici. En ce sens, il fait avancer les choses. Chaque éditorialiste s’inquiète maintenant du sentiment de "tous pourris" que ne manquera pas de raviver cet aveu, en focalisant sur le convaincant déni de l'ex-ministre du Budget ces dernières semaines. 

Peu se penchent en revanche sur cette pathologie de l'accumulation, cette terreur du partage qui conduit le bourgeois (je devrais dire de droite, mais on voit que ça brasse large) à se soustraire à l’impôt par la fraude, la déduction ou la niche (les aménagements légaux de la fraude). Et là, les politiques sont loin, très loin, d'être les seuls[1]. 

Tu me diras, on voit plus souvent la presse titrer sur les mille et une méthodes pour payer moins d’impôts, que sur les bienfaits de s'en acquitter (rappelons qu'un Français sur deux ne gagne pas assez pour être imposable). 

(L'environnement médiatique sous prisme bourgeois: l'impôt est une douloureuse injustice à laquelle il est tout à fait normal de chercher à échapper.)

Regarde donc ce mini sondage en carton de L'Express sur ce que devrait faire Hollande après l'affaire Cahuzac...

Et non, pas d'option "renforcer la lutte contre la fraude fiscale". En revanche "Moraliser la politique, présenter des excuses, arrêter  les leçons de morale"... On reste sur le terrain de l'émotif ou de la com'. Rien sur le cœur du problème (et des centaines de milliards de manque à gagner).

Étonnant non ?

Plus étonnant (ou pas), ce resserrement sur le terrain de l'émotion et du mensonge est reprise dans la réaction de "crise" de François Hollande. Le président avait l’opportunité de rappeler le rôle de la contribution pour la collectivité, le sens de l’impôt et ses usages en enchaînant dans la foulée avec l'annonce d'une véritable offensive contre la fraude fiscale. Il en est resté à questions de règlement intérieur à destination de la seule classe politique avec des mesures dont on ne comprend d'ailleurs pas qu'elles ne soient pas déjà appliquées depuis vingt ans. 

Hollande réagit donc sur le même mode que la presse. En dénonçant moins l'objet du mensonge que le mensonge lui-même. Lutter contre le mensonge ne tuera pas la fraude. Le coup de poker raté de Cahuzac en est la preuve: on peut aller très très loin dans l'art de tromper son monde. En revanche, une lutte efficace contre la fraude diminue les possibilités de mentir.

Tout ceci me laisse un goût amer. En détournant leur regard du fond du problème pour se focaliser (quand ils ne peuvent plus faire autrement), sur la personne de Cahuzac, ceux qui façonnent l'opinion donnent cette impression de plus lui reprocher de s’être fait pincer en grugeant que d'avoir grugé. 

Quelque chose me dit que ce traitement est déterminé par la classe sociale dans laquelle on évolue. Mais ne le crions pas trop forts, nous risquerions d'être taxés de populisme.


[1] Et si l'on prenait au Budget, un type ou une fille au SMIC réussissant, en plus, l'exploit de ne jamais être à découvert à la fin du mois ? Ce serait peut-être à expérimenter pour éviter les dérives. 

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27 mars 2013

Le jour où Ivan Rioufol a marché sur Paris

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Quelle époque ! Tout fout le camp. Même les réacs'. Avant on les reconnaissait à ce qu'ils te répondaient invariablement "c'était mieux avant" à la moindre question.

Pourtant Ivan Rioufol, journaliste au Figaro qui foulait de son mépris de classe les défilés à répétition des millions de citoyens en colère contre la réforme des retraites en 2010, a changé d'avis.  

Manifester, maintenant c'est le progrès.

Grâce à l'action de la philosophe Frigide Barjot, le déclinologue retrouve optimisme et jeunesse. En témoigne son dernier billet de blog intitulé "vers un prochain mai 2013 ?"il relate son enthousiasmant dimanche de slogans sur le pavé de Neuilly contre le mariage pour tous:

Lis donc :

"Il suffisait pourtant de s’immerger dans la foule, mêlant jeunes et vieux, pour identifier une dynamique qui ne s’arrêtera pas aisément. Il s’en est fallu de peu que les manifestants, pourtant rétifs aux transgressions, ne suivent plus massivement ceux qui voulaient descendre les Champs-Elysées en dépit des interdits." 

Malheureusement, il n'y avait pas assez d'enfants à catapulter sur les forces de l'ordre[1].

Ne cachons pas notre étonnement de lire un Rioufol prônant d'habitude la tolérance zéro,  l'ordre républicain et le chacun chez soi, faire aujourd'hui l'apologie du close-combat urbain à base d'anarchie, de brassage des foules et de boules de pétanque dans la gueule de la police gauchiste.

Extrême relooké qu'il est le Ivan.

Il est loin l'"embrigadement" reproché aux étudiants lorsqu'ils défilaient aux côtés des syndicats contre une réforme scélérate.

Terminée l'époque où il accusait la gauche de "confondre la rue et le peuple" et traitait d'"irresponsable" une Ségolène Royal appelant les jeunes à manifester ou une Martine Aubry évoquant "un affrontement entre le pays et le gouvernement". Wauquiez, Copé, Guaino qui enfreignent la loi pour aller se faire gazer et chouiner, les yeux qui piquent, sur un "pays divisé" au prétexte que leur apéro saucisson-moyen-âge a réuni 300.000 illuminés avec du GUD, de l'homophobe et du salut nazi pour la déco, c'est quand même d'un autre niveau non ? 

Chauffé à blanc, missel, camomille et baïonnette au poing, Ivan le Terrible abuse même de cette mythologie "soixante-huitarde" qu'il conchie avant de surfer sur le printemps arabe parce qu'on n'est plus à un foutage de gueule près :

"Oui, un vent d’insurrection civile s’est levé dimanche. Il est annonciateur d’un probable Printemps français, porté par un peuple attaché à défendre sa culture, ses valeurs, son mode de vie.

Fini ces années sombres où Rioufol dénonçait, "cette opposition, sans projets ni leaders[qui] est à l'image du vide de l'antisarkozysme pavlovien qui connait là son apothéose." Désormais, Ivan est fier qu'"à côté des slogans contre le mariage homosexuel, domin[ent] des mots d'ordre contre François Hollande et sa politique.

Il suffisait de coller l'étiquette "droite" au "manque d'idées neuves" d'une "radicalisation de gauche tournant à vide", pour que les appels à l'indignation de Stéphane Hessel lui parlent enfin. Et on est effectivement soufflé par la pertinence médiévale du propos: 

"A lui seul, ce combat de civilisation insuffle une énergie surprenante, surtout auprès d’une jeune génération qui côtoie pourtant la culture, médiatique et éducative, de l’oubli des racines et du mépris de la religion catholique." 

Tremblez hérétiques et mécréants! L'abrutea-party est en marche vers le palais. Rioufol est son Chateaubriand. 


[1] Et avec la gauche qui veut réduire les allocs, ça fera moins de munitions.

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Mélenchon contre les médias : la mauvaise méthode

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A un jour d'intervalle, Patrick Cohen recevait sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen. On aurait pu s'attendre à la même pugnacité de la part de l’interviewer par ailleurs très à cheval sur qui il convient d'inviter ou non. Et bien non. 

Là où la matinale du premier s'est consacrée aux deux tiers à un règlement de comptes entre le patron du Parti de Gauche et les journalistes en studio, la présidente du FN a déballé tranquillement ses idées et ses inepties sans éveiller trop d'énervement en face, hormis lorsqu'il a été possible d'établir des similitudes entre elle et lui. 

En comparant les deux interviews, et même s'il en ressort que Patrick Cohen semble moins offusqué par un excès de droite que par plus de gauche, force est de constater que Jean-Luc Mélenchon s'est planté tout seul en s'enfonçant dans sa propre caricature du punisher des méchants médias, là où Marine Le Pen a réussi sa com' en chloroformant la contradiction.  

Mélenchon et les médias, c'est une vieille histoire que l'on pourrait résumer ainsi : faut que je clashe pour que j'accroche. Depuis le temps, il devrait comprendre qu'on ne peut pas engager un combat contre les médias sur leur terrain et espérer le gagner. C'est impossible. Le journaliste est particulièrement offensif... sur la défense de l'idée qu'il veut vendre de son métier. De plus, il est chez lui. Il est là avant, il est encore là après[1], C'est son environnement et, d'une phrase ou d'un sarcasme, il y fait la pluie et le beau temps.  

Certes, Jean-Luc Mélenchon avait légitiment la rage ce mardi matin après avoir été traité tout un week-end d'antisémite ...par des journalistes sur la base d'un propos déformé ...par un journaliste. La question du barnum médiatique qui fabrique la pensée lui tient également à coeur. Mais, au lieu de s'en servir, il se laisse emporter dans un match de boxe avec la profession qui n'attend que ça de lui pour la gloire du show. La méthode est redondante, occupe un temps d'antenne conséquent, n'élève en rien le débat et finit par être contre-productive en ce qu'elle rajoute une impression de haine qui discrédite le reste de son indignation (dans le même temps Marine Le Pen à abandonné cette thématique antipresse et s'est calmée sur le débit des mots). 

De l'autre côté du poste, l'auditeur et le spectateur sont bien moins naïfs que Mélenchon ne le croit.  Le spectateur attend du journaliste qu'il soit aiguisé et de l'interviewé qu'il ruse et déjoue les pièges pour avancer ses idées sans violence et si possible avec le sourire (je sais c'est gnangnan, mais c'est vu, revu et scientifiquement prouvé). De plus, qu'on l'aime ou pas, l'interviewer est l'interface de l'auditeur non-militant, son point d'identification, conscient ou non. Tu es verbalement violent contre un journaliste ? Tu es quelque part violent contre celui qui t'écoute.

Et voilà comment Marine Le Pen arrive à rassurer en disant des conneries, mais en les disant bien, et Jean-Luc Mélenchon met tout le monde à cran dès le matin... à commencer par ceux qui ont ou auraient tout pour être d'accord avec lui.

[1] Intéressant d'écouter les minutes suivant l'intervention de Melenchon et le passage d'antenne entre Patrick Cohen et Pascale Clark.

13 mars 2013

L'abominable info des neiges

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C'est un évènement sans précédent, qualifié d'historique par nos climatologues. Il neige en hiver sur le nord de la France. Oui, je sais c'est brutal. Quelques flocons sur la capitale et, ploc, le pays se bloque. Par miracle, nos chaines de télévision émettent encore, à deux doigts d'organiser une distribution de tickets de pain dans un pays occupé.

Sur les écrans de l’info-spectacle continue, la nation est en proie depuis 24 heures aux assauts répétés de l'envahisseur glacé. Des "naufragés de la route [sont] pris au piège dans leur voiture" tandis qu'une "cellule de crise" est composée par le gouvernement, avec descriptif topographique de cet état-major de l'urgence. Un pool de journalistes se rend au sous-sol de Beauvau pour capturer les images des visages serrés et inquiets assis autour de la table ronde de la war room anti bonhomme de neige, avec écrans samsung partout.  Il ne manque que le compte à rebours en incrustation, pour recréer l'ambiance de la série 24 heures. Oui, nous délivrerons nos otages de leurs Clio, ou du moins faisons-le croire. Car ce n'est pas avec les coupes budgétaires dans les services que l'on améliorera la rapidité d'intervention sur le terrain. Ah bon, on ne vous en parle pas ? Et non, priorité au direct et à la suggestion du mouvement. Couper court à la réflexion pour occuper le terrain de l'émotion en courant sans relâche après l'immédiat.

C'est vrai qu'un évènement de cette magnitude flirte avec l'inédit. Nous n’avions pas vu ça depuis au moins... le 7 décembre 2010. Malgré 48 heures d'annonces préalables par Météo France, Paris et sa région sont alors paralysés par un impitoyable épisode neigeux. Les informations débordent alors de portraits de salariés apeurés, pris par les glaces et se ruant vers les hôtels pour "ne pas arriver en retard le lendemain au boulot".

Mais la neige, derrière l’intolérable perte de la liberté d’aller travailler, c’est aussi le drame, le vrai. "Un SDF retrouvé mort à Saint-Brieuc : victime probable du froid" peut-on lire et entendre ça et là, via un copier-coller de vacances d'une dépêche AFP. 'culée de neige. Derrière ton manteau blanc qui illumine le regard des enfants, tu ne caches que crime et inhumanité. Qu’il fasse trop froid ou trop chaud (il y a plus de morts dans nos rues l’été que l’hiver), en 2013 dans un pays riche comme La France, ce n’est pas le thermomètre qui tue, mais bien la pauvreté, donc le manque de redistribution du pognon. Mais là aussi, pas le temps de titrer intelligent. Place au grand blanc.

La neige en hiver, c'est la tempête parfaite. Un scénario maîtrisé au service d'un grand show éphémère qui fascine et ne coûte pas cher, la garantie d'un large temps d'antenne occupée sans trop se fatiguer. 

Lors des tempêtes parfaites, le souci de l'info-spectacle à chercher un coupable à la météo, avec compassion pour les "victimes" et sommations de riposte gouvernementale sur le mauvais temps, est inversement proportionnel à sa volonté de traquer les vrais responsables des crises économiques que nos peuples traversent, de s'apitoyer sur le sort de leurs victimes (pourtant parfois les mêmes que ceux bloqués dans les voitures), ou à sa pugnacité à exiger des réprimandes envers les exilés fiscaux, rentiers ou autres grands patrons payés deux SMIC à la seconde.

Et vous n'avez encore rien vu, l'été sera show.


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11 mars 2013

Laurence Parisot et la sécurité de l'emploi

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Sachez-le. Pour la prochaine élection interne du MEDEF, Laurence Parisot a mon soutien

La patronne des patrons, en campagne pour sa re-succession, était l’invitée du 12/13 dimanche 10 mars sur France 3C'est une bonne occasion de s’informer à la source des inclinaisons gouvernementales pour les semaines à venir. C'est aussi l'opportunité de savourer les dernières sophistications ouatées de la rhétorique patronale hardcore où l'art de l'esquive des réalités sociales de 99% de la population se mêle au souci de ramener, à base de bon sens et sans douleur immédiate, l'exploité dans le camp idéologique de ceux qui l'exploitent. 

Entrée aux petits-fours, avec pop de bouchon de champagne, sur la mort du "dictateur" Chavez qui "incarne le populisme dans toute son horreur"

L.Parisot dévie d'entrée une question sur l'ANI (accord national interprofessionnel) en omettant de préciser l’avancée énorme qu'il constitue pour le patronat (ayant désormais open-bar pour baisser les salaires, forcer à la mobilité les travailleurs tout en réduisant leurs possibilités de recours en cas de licenciement), et se plaint que l'accord (signé par la majorité des syndicats minoritaires) doive encore passer au crible des députes ! Étrange conception d'une démocratie dont la patronne du Medef se réjouit pour le Venezuela, mais qu'elle souhaite qu'on court-circuite ici. 

Ca se poursuit tranquille, en mode TINA, au sujet de la réduction de la courbe du chômage promise par François Hollande avant la fin de l'année.

" - C’est peut-être possible à une condition: que le gouvernement adopte une politique économique pro-entreprise. Il n’y a pas d’autre voie possible.

Puis L.Parisot se lance dans une condamnation des politiques économiques et fiscales, à l'évidence communiste, des dernières années qui "pénalisent l’investissement, qui empêchent la prise de risque entrepreneurial" en pointant la "gravissime affaire" de la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions. Notons le lien naturel une fois de plus opéré entre entrepreneur et revente des actions de l'entreprise, cette dernière étant considérée sous l’angle de la pure spéculation à prise rapide de bénéfices.  

Rappelons encore et encore que la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises à diminué de 10 points en 30 ans passant de 67% à 57%. Le tout dans un contexte fiscal bénéficiant aux entreprises, notamment les grandes qui ont a leur disposition une batterie de spécialistes de l’optimisation. Les entreprises du CAC 40, malgré la criseTM[1] ont encore emmagasiné 53 milliards de bénéfice en 2012. 53 milliards ! Pour l'investissement, c'est comme pour la hausse des salaires: j'attends encore.

Alors qu’on lui demande de se prononcer sur l'interdiction des parachutes dorés, récemment votée par référendum en Suisse et l’éventualité d'une limitation des gros salaires, la boss du Medef qui a le "populisme" en horreur, et selon le désormais rodé axiome de Gad Elmaleh récemment remis au goût du jour par Gérard Depardieu, ne s'encombre pas de principes pour procéder à l'analogie entre les patrons du CAC (dont le salaire moyen a augmenté de 4 millions l'an passé) et les salariés (la moitié d'entre eux touchent moins de 1673 euros) en passant par la case artiste populaire.

" - Et pourquoi pas sur les artistes de cinéma ? Pourquoi pas sur les sportifs ? Pourquoi pas  fixer par la loi le salaire de tout le monde !" S'énerve-t-elle. C'est vrai quel scandale cette idée d'une loi pour limiter les revenus des patrons au moment extatique où l'on va imposer aux salariés de baisser les leurs !

Questionnée sur le cadeau fiscal de l'automne dernier, le crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises (20 milliards d’aide supplémentaire aux entreprises financées par une augmentation de la TVA), elle le juge d’emblée "non suffisant" avant de basculer en mode Ifrap sur "la dépense publique en France qui étouffe la création de richesses […] et empêche la création d’emplois"  On pourrait lui avancer que cette dépense publique, face à la stagnation des salaires et à leur diminution souhaitée est le dernier rempart contre la chute massive de la consommation interne. Ce n’est pas fait. On en reste à son affirmatif "si l’on ne réduit pas la dépense publique, nous ne réduirons pas la courbe du chômage". Ce qui se vérifie chaque jour dans tous les pays persévérant dans leurs politiques d'austérité, avec des taux de chômage bientôt au triple du nôtre.

L'interview s'achève sur un "nous sommes en danger sur les retraites (Nous. Pas elle. Il est toujours bon de le rappeler) si nous ne faisons pas une réforme structurelle". Et la machine mise en branle en 2010 se réenclenche sur les mêmes raccourcis: 
- Tu l'as vu mon gros déficit (je renvoie à plus haut: payez moins les actionnaires et plus les salariés, mathématiquement les cotisations augmenteront),
- l'espérance de vie augmente (sans préciser qu'un ouvrier en a bien moins qu'un cadre sup), 
- l'oubli de notre forte natalité (donc plus de cotisants dans 20 ans),
- l'absence totale de l'ébauche de l’hypothèse d'une augmentation des cotisations côté patrons pour s'en tenir à l'allongement de la durée de cotisation et l'augmentation de l'âge du départ à la retraite, ceci dans un seul but: exploser le système de retraites par répartition pour le basculer dans le privé.  

Bon, on pourra toujours discuter (mais avec quelqu'un de sensé) de la viabilité mathématique de l'augmentation de la durée de cotisation alors que chacun entre de plus en plus tard sur le marché de l’emploi pour en sortir de plus en plus tôt (Si le taux de chômage des moins de 25 ans est à 25%, celui des 55-64 grimpe à 40%).

Laurence Parisot, elle, conclut sa ballade de campagne par un vibrant hommage à la jeunesse et à l'esprit d'entreprise, en la personne de Liliane Bettencourt, rentière du 4e âge qui n’a même pas conscience des 6 milliards de plus empochés sans rien faire cette année (91 euros par français, bébés inclus, j'ai calculé) dont une fraction du butin boursier ira alimenter la cagnotte du MEDEF pour ces futurs colloques primesautiers où il nous sera seriné que vraiment nous ne travaillons pas assez et pour trop cher.

Malgré mes désaccords profonds, face à sa verve stratosphérique et pour l'exaspération évidente qu'elle provoque chez tout travailleur, je ne peux qu'encourager Laurence Parisot dans son combat pour s'accrocher à son poste pour un troisième mandat, contre les statuts de son organisation, et ce au moment où elle impose de la flexibilité à tous. 

Go Laurence go !

Illustration: déjà utilisée, je sais. Mais c'est la rigueur.

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