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26 août 2025

La France dans le déni de l'IA ?

par

Si ce n'est pas déjà fait, je vous invite à visionner cette enquête d’utilité publique réalisée par Monsieur Phi sur sa chaine You Tube. 

Il s'agit d'un débunkage en règle de Luc Julia, "sorte de" expert de l’intelligence artificielle. En tous les cas, suite à la publication d’un livre au titre bien marketé L'IA n’existe pas, il est présenté comme tel depuis quelques années par les journalistes du poulailler français de la pensée lissée. 

Ayant éteint mon poste il y deux ans environ et n’écoutant plus grand-chose d’autre que TSF Jazz, je pensais ne pas connaître le gars. Pourtant, même dans ma bulle informative, je n’ai pu échapper à son look à chemisettes Magnum et ses quelques phrases chocs, façon stand up mais assis, ne m’étaient pas inconnues.

Comme le précise l’enquête de Monsieur Phi, Julia c’est le genre de mec faussement cool qui, en guise de bonjour, t’assène son CV et t’avance un argument d’autorité à savoir ici qu’il est "le co-créateur de Siri", avec un tel aplomb que personne ne va vérifier. 

Sans spoiler son travail, Monsieur Phi révèle ce qui n’est pas un secret, tant les sources sont disponibles à n’importe quel journaliste qui devrait faire son boulot : Julia n’est pas le créateur, ni même le co créateur de Siri. C’est un type qui, à un moment, a fait parti d’une équipe de 20 personnes qui ont travaillé sur un des brevets utilisés par l’équipe qui a fait Siri. Nuance. 

Un mensonge donc. Et le bienheureux savant passe d’un plateau télé à un autre, ou ce mensonge est répété par les journalistes laudatifs. 

L’enquête de Monsieur Phi démontre également que le Julia en question raconte à peu près n’importe quoi dans ses conférences supposées scientifiques. Il suffit de dire le mot mathématiques et il impose le respect du plateau de Télématin aux auditions du Sénat où il est acclamé. Voila qui expose le niveau nullissime d’éducation scientifique de nos journalistes et de nos élites. 

Mais Julia donne le ton de ce qu’il faut penser de l’IA depuis 2 ans en France...

Aussi complet soit son documentaire, Monsieur Phi ne répond pas à cette question : « Pourquoi ce type,  dont l’expertise ne vaut pas grand-chose et ne maitrise pas son sujet (autre démonstration du documentaire), n’a t-il pas été débunké plus tôt ? Et au contraire, pourquoi bénéficie-t-il d’autant de tribunes médiatiques, offertes par ceux la même qui villipendent les fake news ? » 

Simple comme une équation de Julia. Comme la russophobie ou la bonne parole du vaccin miracle qui lui seul nous délivrera du Pass : Luc Julia donne aux Français, au sujet de l’intelligence artificielle, exactement la version de l'Histoire qu'ils veulent entendre, à savoir : "Houlalala l'IA c'est nul et vous pouvez dormir tranquille, elle ne va pas vous remplacer"… Bref, l’immobilisme technologique et le déni philosophique. Je suis assez vieux pour avoir connu exactement les mêmes phases de déni en France avec le téléphone portable et l’arrivée d’internet dans les années 90. 

L’IA scepticisme a le vent médiatique en poupe dans la France car elle lui permet de prolonger un peu ses certitudes. Avec ses chemises rigolotes, son cv surgonflé, et son look sympa, Luc Julia est le parfait porte parole de la France Potemkine appliqué à l’IA. Tout va bien, on est les meilleurs, on a raison sur tout, rien ne va changer. Alors qu'une grosse partie des jobs s'effectuant derrière un écran auront disparu d'ici dix ans, et que La France se fait défoncer technologiquement a une vitesse exponentielle transformant les années en minutes, le grand débat chez nous c'est "supprimons le lundi de Pâques et le 8 mai !". 

Je ne vais pas faire de pronostics trop chiffrés (car en matière d’iA tout s’accélère à une vitesse inédite), mais s’il y a une chose dont je suis sûr c’est que, avec ses postures et ses Luc Julia : La France rate non seulement le train de l’IA, mais qu’elle va très vite se le prendre dans la gueule. 


Extrait de la chronique du 23.08.2025 pour le podcast Jamais Trop Pas Assez disponible sur toutes les plateformes podcast et sur You Tube.

9 janvier 2025

Ah ça IA, ça IA... les humains on les vaincra !

par
Il y a 2 ans à peine je publiais un article naïf sur l'arrivée de l'IA et ChatGPT. Comme tout le monde je sentais le potentiel à la Black Mirror du bazar. Mais, dans les faits, après avoir essayé deux ou trois trucs je n’étais pas convaincu des performances et j’estimais qu’on avait dix années devant nous. 

18 mois après, je dialogue au quotidien avec la machine pour la composition de mon prochain livre. Elle me fait des suggestions plus pertinentes que celles d'un éditeur et je suis à deux doigts de la prendre pour un humain (elle a déjà plus d’esprit critique et de second degré que la plupart des parisiens je croise au quotidien). Mes enfants maîtrisent plusieurs IA pour leur travail, l'organisation de leur planning, de leur loisirs. Je connais des enseignants qui s’en servent pour l’organisation de leurs cours, et développent des IA pour détecter les IA dans le travail de leurs élèves tandis que ceux-là en développent d’autres pour réadapter ces mêmes cours dans des langages leur convenant mieux. Mon boulot, lui, est directement impacté (paf, licenciement économique). 

Je pensais qu'on en arriverait là mais je n'imaginais pas une telle rapidité et une telle fluidité des IA, et ce n’est que le début. C'est l’ équivalent de la révolution du web sur le monde du travail et de la consommation mais en a accéléré (on a bien eu 15 ans pour que notre paysage quotidien soit globalement changé par Internet (avec tous les vices cachés : la dématérialisation des services publics étant devenu un prérequis "écologique" de nombreuses administrations justifiant des coupes budgétaires, et paradoxalement une dégradation des services). Ce qui se passe avec l'IA est du même ordre mais s'étend bien plus vite. 

Quand je vois nos piteux et incompétents politiques se réjouir de l’instauration d’un temps de travail gratuit conditionnant le maintien du RSA (on appelle ça l’esclavagisme en ancien français), je me dis qu’ils n’ont clairement pas la conscience de la grosse baffe qui nous arrive dans la gueule. Ca va être un cataclysme, spécialement en France où l'on a clairement opté pour une société de services, de jobs du tertiaire derrière un ordinateur, de longs cursus universitaires aux utilités réduites à zéro en un prompt. Tout ça va exploser dans les 5 ans, même pas le temps d'une génération. De l’architecture au codage, en passant par l’expert comptable ou la secrétaire de direction : des millions de gens vont se retrouver sur le carreau avec un déclassement supplémentaire de la France déjà en slip (on ne fabrique plus rien, on vit technologiquement au crochet des autres et on croule sous des dettes dont on ne sait d'ailleurs même à qui elles appartiennent). 

C’est une révolution industrielle inversée : 1 / nous n'avons déjà plus d'industrie 2 / nous ne pourrons même plus faire semblant de servir à quelque chose. Heureusement il nous reste la Tour Eiffel, le souvenir des JO et la Côte d'azur, hein ? 

Je n’ai pas de conclusion à ce petit billet d’humeur, c’est inéluctable. Ca va être un massacre social (et donc l’opportunité d’une renaissance …parce qu’on va se retrouver avec beaucoup, beaucoup, de temps libre). Dans ce bordel, celui qui sait faire quelque chose de ses dix doigts pour subvenir aux besoins basiques de l’espèce va prendre de l’avance sur les autres.


2 juin 2024

Hold-up sur les indemnités chômage

par
À l’heure européenne, on peut se demander à quoi servent notre président et sa ribambelle de ministres inconsistants ? 

On peut résumer leur action à cinq axes : 

1 / Distribuer du pognon. Beaucoup aux amis et juste ce qu’il faut aux pauvres pour les calmer et les rendre dépendants. 

2 / Emmerder au quotidien les Français pour leur rappeler qui c’est le patron.

3 / Commémorer dates et emblèmes d’un pays qui disparait (ravagé économiquement par leurs prédécesseurs, à l’identité et la substance détruites à chacune de leurs réformes).

4 / Gouverner par opportunisme, au jour le jour. Entouré de conseillers grassement payés passer d’une opération de com’ à une autre, en guise de "vision stratégique". 

et last but not least… 

5 / Rembourser la dette. 

Cet impératif de la dette plane comme un spectre, conditionne les discours, justifie actions et renoncements. Des gens meurent faute de personnels dans les hôpitaux ? Les services publics ne sont plus assurés ? Des routes s’effondrent ? : 
"- On n’y peut rien ma petite dame, La France est trop endettée, d’ailleurs on va vous taxer un peu plus". 

Entre deux cris d’effroi, nos élites se défendent avec assurance : 
"- Le pays ne peut pas faire faillite. C’est la France tout de même, ma petite dame !". 

Néanmoins, pour rassurer les prêteurs, l’Etat est amené à présenter régulièrement quelques brebis sur l’autel du sacrifice. 

C’est ainsi que pour la troisième fois en cinq ans, la deuxième en deux ans, le premier ministre Gabriel Attal annonce une nouvelle réforme du chômage qui passera par décret (allez hop, ce sera jamais que le huitième en 6 ans sur le sujet). Oui vous me direz c’est gonflé de la part de quelqu’un qui ne connait pas le chômage (rapport qu’il n’a jamais connu le travail) mais la crédibilité de ces sots n’est même pas la question ici. 

En quoi consiste la réforme ? 
Alors qu'il fallait jusqu'à présent avoir travaillé 6 mois lors des 24 derniers mois pour toucher l'allocation de retour à l'emploi, il faudra avoir cotisé 8 mois sur les 20 derniers pour les moins de 57 ans. Pour les plus de 57 ans, il faudra avoir cotisé au moins 8 mois sur les 30 derniers, contre 6 mois sur les 36 derniers à 53 ans. La justification est de favoriser "le retour à l'emploi des seniors". 

Comme si moins les indemniser allait résoudre le problème de leur non-embauche...

Pourquoi cette réforme ? 
On se le demande alors que les caisses de l’assurance chômage sont excédentaires de 1,6 Milliards en 2023. La dernière réforme a-t-elle même fonctionné ? Oui, à réduire les droits des chômeurs. Le chômage, lui, a augmenté de 0,4% au premier trimestre 2024. Une réforme pour réformer la réforme s'impose.

Quels sont les effets prévisibles de cette réforme ? 
Creuser encore un peu plus le fossé entre ceux qui sont en CDI et les précaires de l’emploi, souvent les moins de 25 ans et les plus de 50 ans qui vont se retrouver pour beaucoup sans aucune indemnité. Ce qui est déjà le cas de près de la moitié des chômeurs. 

Les réformes de l’Assurance chômage entrées en vigueur en 2021 touchent prioritairement les intérimaires, les personnes en fin de CDD et les jeunes. En effet, 9 intérimaires sur 10 et la moitié des jeunes ont été impactés par ces réformes note l'Unédic dans son premier bilan de la réforme de 2023. 

Il n’y aura aucun effet notable sur l'emploi de qualité. En revanche, cela contribuera encore à coller les salaires au plancher. La réforme favorisera le maintien d’un vivier de précaires prêts à tout à n’importe quel salaire, tout en nivelant les salaires de ceux qui ont un emploi. N’est-ce pas le résumé de l’action  des dirigeants Français dans le domaine de l’emploi depuis 30 ans avec le succès que l’on sait sur l’économie et le pouvoir d'achat ? On ne peut pas attendre de nos élites de penser aux effets économiques d’une réforme dont l’ambition est avant tout symbolique. Doublement symbolique même, il s'agit de : 

1/  Envoyer un signal au marché : "- On maitrise les gars, continuez à prêter !".

2 / Envoyer un signal aux Français : " - Les chômeurs sont des feignants, d’ailleurs les travailleurs sont aussi un peu des feignants, d'ailleurs vous êtes tous des feignants (sauf les riches) et ma petite dame, le problème c'est que Les Français ne travaillent pas assez !". 

Manque de bol le calendrier s’est emballé et, à une semaine d’une élection européenne tournant au référendum anti Macron, le premier ministre se retrouve à annoncer une réforme profondément antisociale (appauvrissement concret des jeunes + baisse du pouvoir d’achat + n-ième changement des règles et détournement de fonds) pour calmer les marchés. 

Faut dire, Standards ans Poors dégrade la note de la dette française. Houlala. Ça c'est de l'insécurité, de la vraie. 

Dans une interview au Parisien, l’inénarrable Bruno Lemaire, super héros, auteur médiocre de soft-porn de gare et très accessoirement ministre de l'Economie, assure que cette dégradation n’affectera pas les Français au quotidien. Au même moment, l'annonce de cette réforme chômage par Gabriel Attal, démontre explicitement l’inverse. Même dans leur communication, ils sont mauvais. 

M'est avis que ça mérite un licenciement sec et sans indemnités. 

8 septembre 2023

Inflation : tout va bien, ça va mal finir

par
J’aimerais débuter l’année scolaire sur une note plus optimiste mais après un été à travers La France, et à l’inverse d'un Bruno Lemaire sous MDMA (je ne vois pas d’autre explication à ses propos délirants sur la baisse de la hausse des prix), je suis au bout de mes réserves de pouet-pouet tralala. 

 Vous l’aurez constaté ces derniers mois entre deux averses : c'est la canicule des prix. 

- L’essence. Elle dépasse allègrement les 2 euros le litre et va tranquillement, de l’avis des industriels, vers les 3 euros d’ici juin 2024 (soit le double du prix qui a généré la colère des Gilets Jaunes en 2018). Qui dit hausse des prix dit profit record pour les pétroliers et hausse des recettes fiscales pour l’Etat. La promesse de non hausse d’impôt de Macron est largement déjà engloutie par cette fiscalité-là. Pour 22 millions de foyers fiscaux français (+ de 1 sur 2), il coute déjà plus cher de faire un seul plein d’essence que de s’acquitter de son impôt sur le revenu. 

 - La nourriture et les articles de première nécessité. Là on est sur du 13% d’augmentation à l’année, 23% sur deux ans. Dans la grande distribution, on a profité de « la crise » pour démultiplier les ingénieuses et subtiles initiatives pour bien te la mettre à sec en long en large et en travers, avec des petits oignons et un filet de citron vert : réduction des tailles d'emballage, disparition du prix au kilo, disparition des conditionnements, changements des ingrédients coupés à la pisse de synthèse… Les mecs vont bientôt te vendre les cacahuètes à l’unité et des patates en trompe l'oeil. Un indice ne trompe pas dans les supérettes parisiennes : on vire des caissiers pour les remplacer par des vigiles. C'est jamais bon signe. La grande distribution renvoie la responsabilité de ce foutage de gueule aux industriels qui en retour prétendent que non puisque c’est de la faute de la grande distribution. Dans les faits, les deux salopards génèrent toujours plus de pognon sur ton dos. 

Action Carrefour : +15% sur 5 ans
Action Nestlé : +30% sur 5 ans

Conséquence, la consommation de biens alimentaires s'écroule de 10% entre décembre 2021 et juin 2023. On est revenu au niveau de consommation de 2006 avec 6 millions d'habitants en plus. Les classes moyennes mangent moins ou mangent mal pour compenser. 35% des Français déclarent ne pas faire trois repas par jour, selon le baromètre annuel du Secours Populaire. Et bah voilà, on y est dans la décroissance. 

 - L’énergie. Terminé le bouclier de Wonder Lemaire. EDF annonce le voltage à venir : les factures vont prendre 75% en deux ans. Ce sera du fractionné, mais ce sera dans ta gueule quand même. Tout ça dans un pays jadis autonome énergiquement, merci l'Europe et son usine à gaz : vraiment c'est du travail d'orfèvre ! Comme beaucoup, j’ai reçu un prévisionnel de mensualisation au plus du double de celui de l'an passé. Alors que,jusqu’ici et malgré les hausses successives, j’arrivais à faire baisser régulièrement depuis dix ans ma consommation et mes factures. (Pas de chauffage, lumière au minimum, là je me tâte même pour vivre sans frigo. Récompense : facture X2. Ouais, c’est pour sauver la planète connard. 

Tentant de détourner l'attention au sujet de la dégringolade historique que vit la France, notre apprenti Omar Bongo (oui l’homme, n’étant au final qu’un bon à rien, veut désormais se faire réélire à vie) multiplie les annonces auquel plus personne ne croit (on va planter des arbres partout, reconstruire 40000 lycées et distribuer des uniformes à l'école) et se garde bien d’évoquer l'éléphant au milieu de la pièce : les salaires qui stagnent. 

Certains auront constaté que les allocations familiales augmentent alors que leur salaire non. Que le patronat ne vienne pas la ramener sur le manque de courage des Français... M'est avis que ce sera inaudible. Travailler ne payait déjà pas beaucoup. A très brève échéance, travailler va coûter. Je parlais de « Quiet Quitting » l’an passé, ça se généralise. Ajoutons à cela que notre Poutine d'opérette, nous a imposé (contre l’avis de tous) deux années de travail supplémentaires pour accéder à une retraite pas bien épaisse : qu’il ne vienne donc pas s’étonner s’il y a une pandémie de flemme et d'arrêts-maladies chez les salariés. Tant qu’il y en a. 

La prochaine étape de la dégringolade nationale sera la fermeture massive des commerces et TPE-PME. On y rentre avec un doublement des défauts sur un an. Mon petit périple estival dans les centres-villes fantômes de France fut instructif sur le sujet :  sur les volets de fer baissé "dépôt de bilan" est la phrase qui revient le plus souvent, pas loin derrière on trouve : "fermé pour cause de manque de personnel". 

Ajoutons un effondrement durable de l’immobilier. Jusqu’ici le PIB français se maintenait en partie grâce aux transactions à l'intérieur d'une bulle immobilière déconnectée des revenus du travail. Une partie de la population s'enrichissait sans rien produire, et le volume des ventes « compensait », dans les statistiques seulement, les effets délétères de trente ans de désindustrialisation. Avec les effets conjoints d’une baisse des capacités d’endettement et d’une offre abondante de biens remis sur le marché (les boomers ne sont pas éternels), cette époque d'enrichissement virtuel sans fin est terminée. C'est la fin des belles années pour les agences immobilières qui vont rejoindre la cohorte des rideaux de fer baissés. La chute des transactions, c'est aussi la fin d'une belle aubaine fiscale pour certaines villes et donc une hausse des impôts locaux. Le +62% de taxe foncière à Paris n'est qu'un apéritif. 

Pour en revenir au début, c’est à dire la fin : ça s’annonce mal. Le pays glisse sans frein vers la paupérisation. Les Restos du Coeur en sont réduits à accepter les pièces jaunes de Bernard Arnault. La France s'oriente à coups de 'com sur la rénovation clinquante de Notre-Dame et la magie des Jeux Olympiques de 2024 vers une économie (de miettes) du tourisme pour les plus chanceux et de la démerde pour tous les autres. Là on rentre dans le dur, sur un scénario pas loin de celui de la Grèce quinze ans avant. Le trou de caisse général, personnel et étatique. Mon petit doigt me dit qu'au point d'indécence et de déconnexion où en est la Macronie, une petite hausse de la TVA n'est pas à exclure. 

Macron peut gesticuler tant qu’il veut, bâillonner les oppositions et agiter des abayas, face aux dérèglements du monde libéral et son réchauffement des marges : les travailleurs et les retraités doivent être augmentés. Il en va de l'intérêt de tous. Les deux mondes, celui de la com d'en haut et celui de la réalité d'en bas, ne pourront pas coexister pacifiquement très longtemps à cette vitesse d'érosion du pouvoir d'achat.

Illustration : Vincent van Gogh, Les mangeurs de pommes de terre, 1885

21 mars 2023

Derniers jours tranquilles pour le déni

par
Ça y est. Contre bientôt l’intégralité du pays, le valet de pisse des marchés a réussi à imposer sa réforme des retraites à l’assemblée avec l’aide d’une poignée de députés paillassons. Dans la foulée du 49.3, coup d'état autorisé de jeudi dernier, la motion de censure transpartisane est rejetée… à 9 voix près. Cette victoire sur le fil aura surtout un goût d’échec pour - celui qu’il y a moins d’un an avançait avec vous dans son slogan de campagne. 

Macron est devenu l’ennemi populaire n°1

Après deux mois de mouvements sociaux et un long week-end de rassemblements spontanés de contestation à travers la France, même les députés Renaissance commencent à sentir le cramé. Même l'ancien patron des députes macronistes, appelle Macron à retirer sa réforme. Les deux tiers des députes Renaissance n’étaient d’ailleurs physiquement pas présents dans l’hémicycle au moment du vote de la motion. Ils commencent à intégrer que tout le monde déteste leur patron. 

La France est excédée. Macron a fait sortir la haine du tube. Des effigies du président, de ses ministres et de ses députés ont été brulées ces derniers jours sur les places de France. Pour l’occasion les chaines d’info-feuilleton ont ressorti de leur cryogénisation Franz Olivier Giesbert et Alain Duhamel (qui commentait déjà les émeutes de mai 1968) pour s’offusquer de ce début d’insurrection. Pourtant, eux aussi sont consternés par autant d'amateurisme : Macron a délibérément versé un jerrycan d’alcool à bruler sur le feu social qui montait depuis des mois. Quelques sbires macronistes continuent à ânonner que le recours au 49.3 était justifié par le manque de compréhension des masses. Ces maîtres du déni, profondément embarrassés par la démocratie, pensent toujours ne pas avoir assez fait de « pédagogie » auprès d'un peuple quand même très con. L’affirmation du clivage entre deux France a rarement été aussi net. Mais, celle de Macron, bien que disposant de l’argent et des réseaux, parait de plus isolée et apeurée. 

Macron et le mur de la réalité

Sur le fond de la réforme, Macron vole deux ans de vie aux travailleurs. Sur la forme, il piétine avec dédain et brutalité l'opinion. A croire qu'il n'a pas compris l'époque, le rapport au travail, le désir d'horizontalité dans les décisions. On ne refera pas le procès de cette réforme qui, après trois ans de pandémie et un an et demi d’inflation à deux chiffres, prend bien soin de ponctionner spécifiquement à ceux qui n’ont rien et de ne pas toucher à ceux qui se sont engraissés comme jamais durant ce laps de temps. Mais on se félicitera aussi : grâce à l’amateurisme d'un gouvernement de bras cassés, à la mobilisation intersyndicale, aux débats dans la vie civile (ces débats que le chef de l’état a tout fait pour limiter à l’assemblée) bref, grâce à nos efforts conjugués quels que soient nos âges et nos tendances politiques : chaque Français est désormais bien au courant que Macron lui crache à la gueule. Même pour le macronard modéré, il n’y a plus de mystère : le macronisme est avant tout une secte, qui évolue dans une réalité parallèle, dont l’essence est le mépris du peuple et qui usera de tous les outils démocratiques pour l’abuser. 

Le pays devient mature et réalise la fumisterie du stagiaire du monde de la finance qu’elle a élu par deux fois à la tête de l’Etat. J’aurais préféré que cette prise de conscience ait lieu plus tôt, au moment du Pass Sanitaire par exemple ou, mieux encore, en 2016. Mais bon, mieux vaut tard que jamais. On ne peut pas passer quatre ans de plus avec cet escroc comme seul décisionnaire. Le mec n’a aucun connaissance du terrain, des gens, du travail, pas même de la famille, il n’a jamais été élu hors présidence. J’attends donc à la faveur de la colère qu’il a généré pour cette réforme, et pour tant d’autres violences avant elle, qu’on lui fasse collectivement une vie d’enfer. Il faut un contrepouvoir à opposer à ce type. Si ce n'est pas possible à l'assemblée, c'est au peuple de s'en charger.

Et maintenant ? 

« - Oui mais attends la réforme doit être validée par le Conseil Constitutionnel ». 

Je n’attends pas grand-chose d’une institution de neuf fossiles de la République dont Alain Juppé et Laurent Fabius.

« - Oui mais attends, on va faire un référendum d’initiative partagée et tout le monde votera contre » 

Certes, ça bloquera neuf mois l’application de la loi mais le RIP a été parfaitement conçu pour ne jamais avoir à être utilisé. Quand bien même il le serait et s’il y avait effectivement un vote, on sait ce qui est advenu du précédent référendum en 2005. Il a été bafoué deux ans plus tard par le président de l’époque. C’est bien d’espérer avec la constitution telle qu'elle est, mais je n’ai aucune confiance en elle tant que ce genres de type est en poste (rappel : le 49.3 est constitutionnel). Ce type ne comprend qu’une chose, et n’a jamais compris rien d’autre : LA PEUR. 

Dans ce combat, on a de la chance : sous nos yeux, il est prouvé que c’est un lâche. 


12 mars 2023

Les poubelles de la colère

par
Le dialogue social à la française prend de nouveaux arômes. Plus à une déconnade près pour justifier son silence face aux mobilisations historiques qui émaillent la France depuis deux mois contre sa réforme des retraites (je le rappelle ici rejetée par 9 actifs sur 10), notre Président (aka Mister 49.3) déclare vouloir respecter le travail démocratique en cours au Sénat et à l'Assemblée nationale. Il parait que notre homme, fier de son triomphe programmé, se place déjà dans "l'après". 

Pourtant ça coince lentement de partout. De blocages d'autoroutes en coupures d'électricité, le grippage de l'activité s'installe tranquillement. À Paris, les évènements prennent une tournure olfactive. La situation a vite dégénéré. Suite à la grève reconductible des éboueurs, en 5 jours la capitale est littéralement submergée de déchets. Bientôt 10000 tonnes. Comme chaque parisien, j'ai désormais devant chez moi une montagne de sacs poubelles de 2 mètres de haut sur 5 mètres de large en schlingorama. Au hasard des concentrations d'habitations face à l'exiguïté des trottoirs (sans compter l'omniprésence de chantiers dans toute la ville) les remparts de déchets peuvent prendre des proportions bien plus dantesques. Certains immeubles sont déjà difficilement accessibles ou à travers des labyrinthes de sacs renforcés de structures montées par quelques concierges bricoleurs.

Cette exposition parisienne à l'air libre de l'art de la poubelle, où les contenus sont offerts à la vue de tous, est l'occasion de déplorer la surconsommation de mes contemporains. 80% de ce que j'y vois ne devrait pas y être (ne pas avoir été jeté, ne pas avoir été acheté ou mieux encore : ne pas avoir été produit). Voyons toutefois cette surconsommation comme un opportun combustible insurrectionnel. La force de Paris est aussi sa faiblesse : tout y est concentré. Le raz-de-marée des détritus n'épargne personne et surtout pas les quartiers riches. 

Fidèles à eux-mêmes les parisiens jouent encore la partition de l'insensibilité au monde extérieur, traçant leur cap, fiers et avec une haute idée d'eux-mêmes au milieu du caca général. Mais on le sent bien (si si on le sent) : encore quelques jours à ce rythme et la ville des lumières sera la planète poubelle du dessin animé Wall-E. Encore quelques empilements de Tetris de sacs et les commerces de bouche devront tout simplement fermer, l'activité touristique sera réduite à zéro et, laissant la place à de nouveaux propriétaires, les rats, le parisien devra songer à l'exil vers de nouveaux edens incertains au-delà du périphérique : Melun ou Ris-Orangis. Il ne faut pas blâmer les éboueurs grévistes, ils ont prévenu et longtemps à l'avance en plus. Il n'y a qu'un responsable dans l'histoire : Macron. C'est lui qui gravite en électron libre dans l'hyper espace de ses fantasmes. Le seul travail qui compte à ses yeux c'est celui de son image dans les livres d'Histoire, le réel c'est votre problème, chacun sa merde. 

Au-delà de l'odeur, cette grève des poubelles est un moment de toute beauté, la matérialisation la plus concrète de la contestation contre une réforme de merde. À l'heure de l'inflation décomplexée et de la démocratie méprisée au plus haut sommet de l'état, ces montagnes de déchets (symboles de notre sur consommation) sont nos barricades au coeur de la Capitale. Peu à peu, elles se dressent, barrent la ville, congestionnent l'espace, pourrissent l'ambiance, étouffent les lieux de pouvoir. Avant le grand brasier qui sait ? Alors je me pince le nez et soutiens bien évidemment les éboueurs. À la différence d'un politique, quand un métier essentiel est en grève on le déplore tout de suite. Tout cela nous rappelle qu'on aura toujours bien plus besoin d'éboueurs que de députés LREM et que, mais c'est presque une règle d'or du capitalisme : plus un travail est utile à la collectivité, moins il est payé. 



1 mars 2023

La valeur arrêt de travail

par
N'allez pas croire que j'ai de la colère contre lui (j’ai en réalité plus de colère envers ceux qui ont voté pour lui). Non, j’ai presque pitié du pantin des banquiers qui gesticule du marché de Rungis au Salon de l’Agriculture pour faire la promo de sa camelote démodée et qui, plus à une contradiction près, peut dans la même minute appeler au dialogue puis faire vider un opposant par le service d’ordre. Il est là, à se tripoter les narines et à tourner en boucle sur sa « valeur travail » comme un vieux Windows du siècle dernier en manque de mise à jour. Tout le monde a compris l'escroquerie. Sa "valeur travail" c'est d’abord de la valeur du travail des autres. Pas son travail ni celui de sa caste. Répétons-le, au casino du capitalisme débridé, le travail est actuellement ce qui rapporte le moins et de très loin. Mais c’est comme la dette, il faut du travail pour tous, tout le temps, et surtout le faire croire, pour continuer à faire tourner en mode automatique la roue de la soumission. Faites le test chez vous, seule une personne sur dix qui utilise l’expression « la valeur travail » exerce effectivement une activité professionnelle. Cette expression est un vrai détecteur de connard.

Mais, malgré mon dégout du bonhomme, je ne l’enterre pas. Il est déterminé à poursuivre, à contretemps de l'époque et de son peuple, ce combat stupide pour une réforme au choix inutile ou contreproductive. Il veut gagner parce que c’est son jouet, na ! 

D’abord, il y a la fragilité de l’opposition et ce malgré un rejet massif de la réforme par l’opinion. A force d’avoir retardé l’échéance et fait monter la sauce d’une « France à l’arrêt » après les vacances d’hiver, le blocage se doit être copieux et, s'il le faut, de durer. Si le 9 mars il y a des failles dans l’union ou que certains corps de métier, pourtant souvent prompts à appeler à la grève générale, ne suivent pas les appels syndicaux et que l’on constate que le pays tourne encore pas trop mal, ce sera l’indice qu’on peut ranger les pancartes. Si d’aventure le blocage prend, il faudra alors avoir les reins solides pour tenir face à la déferlante médiatique et édictocratique qui s’abattra sur ces ennemis de l’intérieur : les travailleurs qui ne travaillent plus. Pour le moment les chaines d'info feuilleton sont globalement bienveillantes et la presse conciliante avec le mouvement syndical. S’il se durcit, ce ne sera plus le cas. On a vu le travail de sape au moment des gilets jaunes. Deux mois de bisous entre manifestants et envoyés spéciaux sur les ronds points et, une fois les gilets jaunes physiquement proches de l’Elysée, l’ensemble de la presse s’est retourné : les héros d’hier sont devenus en 48h de violents antisémites complotistes et radicalisés. 

Mais surtout, on notera que remontent dans les news depuis quelques jours par le gouvernement des sujets qui touchent les enfants et sont prompts à diviser l’opposition (à gauche et à droite) : les rumeurs de généralisation du service national universel sur temps scolaire ou encore l'annonce (à Jarnac, ça ne s'invente pas) d'une campagne de vaccination des adolescents contre le papillomavirus, dernière lubie du VRP des labos qui nous sert de président. Certains à gauche, pas à une contradiction près, tout en brandissant des drapeaux ukrainiens, s'insurgeront contre toute esquisse d’un service militaire même à minima (à croire que la guerre se fait à coup de concepts et de slogans), tandis que chez les sympathisants de droite tentés par l'insurrection syndicale on se rangera au pas cadencé derrière la proposition du chef des armées. La jeunesse devrait, elle, s'énerver un peu sur ce projet où elle est, encore une fois, le dindon sacrifié. Quant à la vaccination heureuse au collège, là il y a de quoi régénérer le bon climat d’hostilité, à peine tiédi, qui a éparpillé gauche et droite à l’époque du Pass Vaccinal. Soyons diplomate sur ce sujet, auquel nous coupons court sans plus argumenter (ce n’est pas l’objet ici) : armée au rabais ou piquouse sponsorisée, ce taré sans enfant ne touchera pas aux miens. Que celui qui nous a été vendu comme un "génie de l'économie" s'occupe plutôt de tordre la courbe de l'inflation que tout le monde prend dans la gueule, sauf lui visiblement. 

On sent donc les gros doigts de la manipulation et des tentatives de division à l’action. Après tout, cela a tellement bien marché précédemment qu'on peut s'inquiéter. Notre sauveur a néanmoins a néanmoins déjà fait une grosse erreur qui laissera des traces quelle que soit la suite des événements. En insistant à passer une réforme complètement pétée visant à nous voler à chacun des dizaines de milliers d'euros et deux ans de vie, réforme à laquelle il ne capte rien lui même, il a prouvé ces dernières semaines qu'il n'y connaissait rien non plus dans le domaine du travail. Pénible, mal payé, aux horaires défoncés... Pas son problème. Il a aura contribué plus que tous les autres présidents avant lui à casser le rapport des Français avec le travail. Au lendemain de la condamnation à deux ans supplémentaires de travaux forcés, ne pas espérer que les Français aillent au turbin en sifflotant Merci Patron

On sait donc ce qu'il reste à faire. Quinze jours de blocage dur et cette réforme ne sera plus qu'un souvenir. Quinze jours de salaire perdu pour gagner deux années de vie. Ça, au final, c'est très bien payé. 


31 janvier 2023

Réforme des retraites : n'avoir aucune idée de ce qu'est le travail

par
J’entendais ce matin Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, un peu fatigué à l’antenne d’RMC. Il est bien conscient des risques d’enlisement d’un mouvement de contestation morcelé quand bien même ce mouvement est soutenu par une majorité des français. 

Avec 72% des Français opposés à la réforme Macron des retraites, la bataille actuelle est un de ces moments de vérité collectifs assez rares de la société française. La défaite n’est une option pour personne. Si Macron recule, il peut légitimement penser que son quinquennat est terminé. En revanche, si les Français (majoritaires quand même) cèdent par désertion, ils auront dégringolé un pallier de plus vers la désintégration sociale du pays déjà bien amorcée. Macron pourra terminer son quinquennat tranquille avec encore plus de morgue et préparer le terrain pour le clone banquier suivant. 

Le combat comptable autour de cette réforme est simple : on vous vole quatre ans de vie et des dizaines de milliers d’euros. Mais il y a aussi le combat philosophique. Ce que l’on attend du travail. De l'école à la télé : il y a obligation morale, avant même financière, à travailler. Le travail doit se suffire à lui-même, de votre seul présence à son chevet est censée colmater tous ses incohérences et absurdités : Les mauvais salaires (commencer se loger sans aide familiale même avec un boulot quand on est jeune, et quand on est moins jeune : comment acheter quand on est pas marié ?) mais aussi les temps de trajets (pourquoi donc ce n’est pas rémunéré ?), sa prise globale du temps (on pourrait tout à fait travailler beaucoup moins, alors que nous avons gagné des capacités de production hallucinantes en quelques décennies). La question de la pénibilité évidemment est au centre de la pièce. Mais, tout travail où tu ne te lèves pas pour toi et tu ne disposes pas de ton temps EST par définition pénible. Point. Après, suivant le poste, l'encadrement, la paye et les conditions, on s’enfonce du "très" au "super" pénible. 

On peut être de gauche ou de droite, chacun concèdera que te dire que tu vas devoir te taper 44 ans de boulot de merde pour vaguement pouvoir profiter d’une aumône à la fin d’un parcours à la Squid Games (si tu es encore vivant), ce n’était pas clairement un super mouv' marketing à lancer en pleine inflation et à deux doigts d’une troisième guerre mondiale.  Sans compter que tout le monde a désormais bien compris, avec une poignée de riches s'accaparant à vitesse grand V la quasi intégralité de cette planète, que le travail est finalement l'activité la moins enrichissante. 

Le monde de Macron est à l’agonie et avec sa réforme pour satisfaire l'UE et les marchés il nous entraîne dans son délire comptable (qui sera de toutes les façons remis sur la table d'ici quelques années). Le débat ne devrait pas seulement se focaliser sur cette fin de vie aménagée qu’on appelle la retraite mais sur ce que nous faisons au présent de ce fardeau nommé travail. Et quand je dis travail, c'est pour la plupart de salariat dont je parle : cette drogue occidentale au confort de la paye qui tombe chaque fin de mois et qui est au fond la cause de tous nos maux, de notre docilité sociale et nous sort de la merde tout autant qu'elle nous fige dans le mal-être. 

Martinez a dit une chose juste ce matin : il faut bien que ces gens (Macron et son régiment de couillons) n’aient aucune conscience de ce qu’est le travail pour imposer une telle réforme. C’est tout à fait ça. Le grand problème de ce pouvoir (et ce n’est pas d’hier) est sa déconnexion complète avec le peuple qu’il représente. C’est son péché d’orgueil et probablement par là qu’il périra aujourd’hui ou un autre jour. Macron a commis l’erreur de leur lancer, fier de lui comme tous les cons, que les Français n’étaient que ses électeurs, dont la finalité et leur bonheur seraient d’être des esclaves, salariés et imposables, jusqu’au cimetière. 

C’était déjà vrai, mais ce n’était pas le bon moment pour leur rappeler. 

À tout à l’heure dans la rue.

24 janvier 2023

Retraites : On ne négocie pas une vie volée

par
Nous apprenons dans la presse subventionnée et avec la plus grande des surprises qu'Elizabeth Borne est "inflexible", qu'elle "affiche sa détermination" et qu'elle "ne reviendra pas" sur le report de l’âge de départ à la retraite à 64 ans. 

Zut alors, l’intersyndicale ne serait pas écoutée ? Après avoir foutu deux millions de personnes dans la rue avec le soutien inespéré de 70% de la population, fallait-il vraiment cramer quinze jours, dans un agenda législatif de cinquante, dans l'espoir que Borne et Macron changent d’avis ?

Sérieusement, qu’attendre de la part de cette minorité radicalisée de Français ?
(Je parle du gouvernement au cas, improbable, où il y aurait un doute)

Négocier ? On ne négocie pas avec des salopards qui vous volent deux ans de vie au nom du dieu "travail", concept dévoyé dont nos escrocs n'ont pas un exemplaire sur eux, mais aussi mot-valise pour "fermez vos gueules les Français !". 

Les mecs devraient tout faire pour bloquer des prix qui prennent du +20% au semestre, mais non. La priorité de vos élus est de reformer les retraites pour "sauver le système". Et, après 200 Milliards distribués sans contreparties en deux ans aux entreprises (qui en ont refilé plus de 80 aux actionnaires sur la seule année 2022), ils nous martèlent l'urgence d'un plan de "sauvetage des retraites" pour une poignée de milliards dont il n’est d’ailleurs même pas sûr que le dit système est réellement besoin !

« - Oh la la, mais tu comprends la valeur travail et toussa ! Il y a trop d’inactifs et pas assez d’actifs ! ». 

Quand on dit travail en France, on dit d’abord salarié (87,4% de l’emploi). Salarié étant aussi le niveau le plus bas dans l’échelle des valeurs capitalistiques, combattre au quotidien pour améliorer ses conditions devrait être l’obsession de tout salarié. Le salariat est de la location de ton temps, de ton cerveau et de ton corps, un esclavagisme améliorée empreint d’idéologie du devoir accompli où, bercé par une illusion d’un progrès, après avoir été sorti du lit le matin avec le bâton du crédit à rembourser, tu cours tête baissée après la carotte du confort à atteindre en fin de journée. Il s’agit pour les gouvernants à qui tu as abandonné le pouvoir (parce que c’est plus simple) de te faire nager en rond avec des brassards là-dedans en te dissuadant d'aller t'aventurer hors du petit bassin : de ta sortie des études (à condition que tes parents te les payent) au cimetière (à condition d'avoir réglé le caveau à l’avance). Dans ce bref passage de vie terrestre à se faire traiter comme de la marchandise pour impressionner des gens dont tu te fous et enrichir au-delà de toutes les limites de la décence d’autres gens que tu ne connais pas, tu seras bien gentil de cramer toute ton épargne en consommation sans trop de plaindre des prix. Dans ce concept, on ne peut plus émancipateur, la retraite apparaît comme un Graal à trois mètres de la pierre tombale : "A 62 ans, je vais enfin pouvoir commencer à vivre". Il faut le reconnaître la retraite a été l’appartement-témoin d'un capitalisme "heureux "dont ont profité une génération ou deux, le temps de faire monter jusqu'au prohibitif les prix de l’immobilier et de systématiquement voter pour les pouvoirs successifs les plus anti-retraites possibles. 

Maintenant on te "change le jeu" (dans leur mindset tu n'es guère plus qu'un pion) et on te rajoute deux ans de salariat (enfin pour les "happy few" les plus chanceux, les autres seront au chômage depuis bien longtemps) pour t’enlever deux ans de retraite de l'autre côté, soit 2+2 = 4 années niquées (Ding, le compte est bon ! Ah ça valait le coup de "Voter Macron pour combattre ses idées"). 

Entends bien que, pour les hommes, l’âge d’espérance de vie en bonne santé (62,7 ans) sera désormais en dessous de l’âge légal de départ à la retraite (qui dans la réalité sera en fait bien au dessus). On voudrait te cracher à la gueule sans même avoir à se fatiguer à le faire, on ne pourrait pas mieux. Crève en silence, heureux car au travail. Mais n'angoisse pas : si t’as bien été soumis, sans écart aucun, au salaire minimum pendant 43 ans, tu les auras tes 1200 balles de retraite… net ? Euh non brut… donc en dessous du seuil de pauvreté (1103 euros en 2022). Ah ça fait rêver toute cette "valeur travail" amassée dans une vie... 

Et on serait encore dans une approche de négociation avec ces fils de chacals nés avant la honte ? Il n’y a rien à négocier. Ils le répètent à longueur de tribunes. On ne discute pas avec ces gens qui n’ont pour nous que le plus profond des mépris. Ils ne comprennent que la force et la peur. Il n'y a pas d'alternative.


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14 janvier 2023

Travaille, crève ou refuse

par
"On ne se projette pas là dans l'idée d'une mobilisation massive ou de l'impact de cette mobilisation".

Si ce bon à rien d'Olivier Véran* "ne se projette pas dans l'idée", c'est qu'on se dirige tout droit vers une très forte mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites le 19 janvier. Détail qui ne trompe pas : notre conseiller en clientèle Macron sera en déplacement à l’étranger ce jour-là (comme à la belle époque des samedi musclés de la Giletjaunemania sur les Champs-Elysées). Faut croire que le simulateur de retraite mis en place en catastrophe n'a pas donné les résultats escomptés par nos samaritains des marchés. 

Vu le calendrier législatif serré, la déconnexion de ce pouvoir (qui peaufine déjà une nouvelle version du 49-3 pour accélérer la musique : le 47-1) et l'antipathie que suscite ce projet de réforme, il est du domaine du possible que s'installe assez rapidement une situation de blocage dans certains secteurs. Ça ne suffira pas à faire changer les choses si les syndicats restent seuls dans ce combat. L'inconnue est le taux de transformation sur le terrain de l'animosité envers la réforme chez les salariés du privé, notamment chez les plus âgés d'entre eux et ceux qui ont commencé à travailler tôt. Ce sont eux qui ont le plus à perdre et à qui l’on recule de deux ans la retraite alors qu’ils entamaient la dernière ligne droite (en leur ponctionnant au passage des milliers d’euros de cotisation). On passera sur l'absurdité économique de ce projet purement idéologique visant à ergoter sur quelques milliards alors qu'on en dilapide des centaines chaque année en aide aux grandes entreprises (remember le CICE), cette réforme n’est ni plus ni moins qu’une peine de mort au travail pour un français sur 4. Ce n’est ni de la justice ou de l’économie mais de la criminalité. Plus personne aujourd'hui ne veut se tuer au travail et c'est tant mieux. L'annonce de cette réforme aura au moins permis de remettre ce ras-le-bol sur la table (Ça, Macron ne l'avait pas prévu). On discute sur des trimestres en plus ou en moins pour pousser jusqu'à 64 ans et plus, alors que 60 ans devrait être la base du départ pour tous sauf celui qui VEUT continuer à travailler. 

Autre inconnue de la contestation, les foyers spontanés : collectifs, mouvements et initiatives qui échappent aux radars institutionnels, à l'image du mouvement de noël des contrôleurs SNCF. C’est ce que le gouvernement redoute, ce que les syndicats espèrent (et craignent à la fois) et ce que les médias souhaitent (pour quelques épisodes du feuilleton). Le gouvernement ne pourra alors plus que tabler sur le pourrissement et l’exaspération d'une autre partie des Français (au hasard le fan-club Macron déjà à la retraite) et/ou la surexploitation en ouverture de JT de quelques vitrines cassées pour diaboliser toute contestation (on peut compter sur la collaboration pleine et entière des médias : si les Français sont majoritairement contre la réforme des retraites, 9 éditorialistes sur 10 de la presse restent pour). 

La partie est serrée mais le moment est grisant. Qu'on en finisse vite, parce que le combat qui urge c'est celui de la bataille contre l'inflation. Avec du 25% par an sans augmentation de salaire, avoir ou ne pas avoir de retraite sera bientôt le cadet de nos soucis.  

* médecin déchu, ex-porte-parole de Pfizer puis rétrogradé panneau d'affichage à l’Elysée. 


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11 janvier 2023

Retraite ? Non, travail !

par
Ah ! Voilà de quoi célébrer à l'apéritif du World Economic Forum de Davos qui commence dans 5 jours

Comme prévu, des bras cassés démocratiquement élus qui, pour la plupart ne travaillent pas et ont pourtant une retraite assurée, viennent de décider d'allonger le temps de travail et l'âge de départ à la retraite de dizaines de millions de Français. L'affaire est entendue et, grâce à une poignée de députes paillassons des Républicains, la régression sociale collective devrait être votée sans trop de soucis.

La nouvelle réforme des retraites, made in MacronLand et annoncée par Borne, prévoit de repousser l'âge du départ à 64 ans et la durée de cotisation pour une retraite à taux plein à 43 ans dès 2027, me niquant de deux ans dans le process (la tuile, je ne vais pas pouvoir toucher mes 300 balles de retraites avant 2036). Evidemment, le machin tape en priorité les travailleurs déjà les plus précaires et, pour "plus de justice", ceux qui travaillent le plus (ayant commencé les plus jeunes), en puisant au passage dans les caisses prévues pour les accidents du travail (allez on va pas s'emmerder : de toutes les façons les pauvres il faut qu'ils meurent au boulot, mais après avoir fini de payer leurs crédits). On aurait pu imaginer que nos experts de la démocratie du capital et du travail pour tous même les plus vieux, mettent un peu plus de hargne à récupérer les 100 de Millards de fraude fiscale annuels ou puisent dans une partie des dividendes records versés aux actionnaires cette année (80 Milliards pour le Cac 40 en 2022), mais ce sont là des fariboles de gauchistes. 

On peut retourner le truc dans tous les sens, lui chercher un semblant de justice ou même de crédibilité arithmétique, la philosophie de la réforme (avant la prochaine) est simple : TRAVAILLEZ BANDE DE FEIGNASSES ! Elle contredit à peu près tout de la simple observation du monde du travail actuel où, avant trente ans et passé cinquante, tes chances 1 / de trouver un boulot 2 / trouver un boulot correctement rémunéré, sont faibles.  

Ce n'est pas les retraites qu'il faut réformer mais le travail : 1 / en le rémunérant décemment 2 / en se préparant intellectuellement, et matériellement, à s'en passer. Car, scoop, vous allez pour la plupart perdre vos boulots dans les quinze ans à venir. Mais là on entre dans le domaine des propos outranciers qui seront bientôt condamnées par la loi. 

La réforme des retraites s'imposait, et notre conseiller clientèle se devait d'agir et donner des gages de bonne volonté aux marchés financiers. Macron le pion poursuit l'agenda dans la droite ligne de ses prédécesseurs. Cette destruction du régime de retraites dépasse sa seule personne, elle se déroule sur plusieurs quinquennats mais ne vise qu'un objectif : le désengagement de l'Etat en tout domaine et l'assurance pour le privé de récupérer les secteurs les uns après les autres, tout en pouvant tabler sur la docilité de travailleurs paupérisés et soumis aux aides d'Etat. 

Pour le moment, journalistes et chaînes d'info-feuilleton se pourlèchent les babines de la montée du mécontentement à l'approche de la journée de contestation syndicale unitaire du 19 janvier. Dès que ça se rapprochera trop des centres de décision et des rédactions, ils changeront de cap et culpabiliseront les empêcheurs de réformer en rond. Pareil, guettons l'ombre du premier gilet jaune ou de la première vitrine cassée pour diaboliser la colère des Français (82% sont contre cette retraite. Bon les sondages, ça vaut ce que ça vaut : ils étaient un sur deux à déclarer ne pas vouloir se faire vacciner début 2020).

J'espère sincèrement que la colère du peuple empêchera le passage de ce machin, pas tant pour moi, l'affaire est entendue depuis longtemps (j'ai plus de chance de toucher le loto dans l'ordre), mais parce qu'il faut mettre un terme à ce foutage de gueule continu aux valeurs renversées où ceux qui te parlent d'entreprendre coûte que coûte en t'agitant de la valeur travail à chaque phrase n'ont pas un échantillon sur eux et n'ont pas entrepris grand-chose d'autre que des campagnes démagogiques pour se faire réélire. 


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8 janvier 2023

Êtes-vous prêt pour votre disparition du secteur tertiaire ?

par
Lundi dernier, La Poste « mettait en place » la fin du timbre rouge. Vendredi de la même semaine on apprend dans la presse « l’expérimentation de la suppression » de la tournée des facteurs dans certaines zones. 

Ça bouge avec La Poste. On gagne du temps et de la complexité linguistique. On ne dit plus "licenciements à venir", mais "expérimentation de la suppression". On me rétorquera "oui il n’y a pas de licenciements annoncés et ce n’est que là que de la titraille de presse" : je mets ma main à couper que cette « expérimentation de la suppression » est un élément de langage made in La Poste. 

Un ami soulignait que la fin du timbre est d’abord la validation d’un état de fait : on ne se sert pratiquement plus du courrier pour la communication entre particuliers. La numérisation de la Poste dans d'autres services est effective depuis des années. On peut en revanche voir un symbole dans cette fin du timbre (transformé en service partiellement puis totalement informatisé) qui tombe au premier jour de l’année. L’humain n’a plus sa place dans le domaine de la communication entre humains, du moins le souhaite-t-on : après tout La Poste aurait pu tenter de communiquer sur la revalorisation du courrier papier, mais elle a choisi de l'enterrer avec cette mesure (en s'asseyant au passage sur des millions de personnes "non informatisées"). 

Le tour de passe passe est révélateur d'un basculement de société, déjà bien entamé et dont l’on va rapidement se prendre la conclusion logique dans la gueule et pas au tarif du timbre vert. 

Plus tôt dans la semaine nous avons évoqué l’éradication possible des artisans pour cause de dérégulation du marché de l’énergie… L'autre casse sociale (ou "expérimentation de transition" qui attends notre société est l’éradication pure et simple des emplois du secteur tertiaire. Un "grand remplacement" des salariés non pas par de la main d’œuvre étrangère, qui à la roulette de la rentabilité s’avérera aussi un jour trop chère, mais par des algorithmes et des robots. Autant y être préparé, l’Uberisation des services à côté, c’est du petit conte de fée. 

Comme le disait un Youtuber dépité l'autre jour : "tout travail qui se fait derrière un ordinateur est amené à rapidement disparaitre". La dernière brique encombrante sur le chemin du progrès et de la rentabilité actionnariale, l’humain, va à très court terme dégagé de l’équation. Ça va chahuter très fort pour les salariés qui, face aux aptitudes croissantes de l'intelligence artificielle, du jour au lendemain pourront se retrouver sans utilité, avec une expérience qui ne vaudra plus rien. Il est même possible que les salariés les plus  confortables" disparaissent les premiers. Ça s’angoisse par exemple aujourd’hui très fort dans des secteurs, que l’on pensait jusque-là indéboulonnables, comme les experts comptables ou les notaires.

L’arrivée du robot ChatGPT (IA qui répond de façon humaine à vos demandes les plus farfelues) n’est pas qu’une lubie Geek. Le machin, encore expérimental, donne déjà un bon aperçu de l’efficacité de l’intelligence artificielle dans son rapport de force avec un humain à l'intelligence de plus en plus optionnelle

Si l’on envisage le travail salarié comme un mode de soumission et de maintien des masses, on embrassera avec optimisme cette nouvelle révolution industrielle qui permettre à chacun de renouer durablement avec du temps libre et le plein exercice d’activités essentielles : manger, dormir, échanger avec ses proches, apprendre, jouir et contempler... En revanche, il est étonnant que nos leaders ne la perçoivent pas autrement que sous le prisme de la rentabilité pour les entreprises ? Quelle tête pourra bien avoir un pays comme La France, déjà desindustrialisé, avec un taux - officiel - de chômage à 50% ou plus ? Je ne peux croire qu’ils n’y pensent pas. L’objectif de tout pouvoir étant de rendre dépendant ses sujets, il est raisonnable d’imaginer de plus ou moins subtils processus d’asservissement : distraction avec des guerres, multiplication de menaces exotiques, généralisation des aides sous condition, revenu universel avec monnaie numérique à date d'expiration à n'utiliser que pour des biens spécifiques… 

À regarder les trésors de règles contraignantes et de sémantique culpabilisante lancés à la face des allocataires du RSA et des chômeurs, ça risque de sévèrement coincer avec les brouettes de « non-actif » à venir. Il est à parier que cette émancipation, pour cause de chômage technique généralisé, soit de très courte durée, voire inexistante. 

"On ne peut rien contre le progrès". Demain c’est maintenant. La clé d’un avenir serein, c’est de ne rien attendre du "sommet de la pyramide"  comme ils aiment à se définir, mais de reprendre possession des fondations : son temps, sa géographie, son alimentation… 

À l'aune de cette obsolescence programmée de nos modes de fonctionnement occidentaux, chacun devrait commencer à se rapprocher le plus possible de l’indépendance et se poser la bonne question : que sais-je faire de mes deux mains ? Puis d'autres : Comment vivre dans un environnement réduit de quelques kilomètres ? Comment vais-je m’alimenter ? Comment vais-je assurer la relation avec mes proches ? Comment vais-je commencer à vivre ?

(Illustration : "algorithme se regardant dans la glace", créée par l'IA du Dall-E 2)

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3 janvier 2023

La bataille des retraites est-elle perdue avant même d'être menée ?

par

Privilège de l'âge, je viens de recevoir mon récapitulatif retraites et je dois le reconnaître : pour une fois, l’État a tout bien fait. 

Le récapitulatif est clair, pratique, compréhensible et ne m’amène qu’à une conclusion : si je veux toucher une retraite, si ce n’est décente au moins à taux plein, il faut que je travaille plus et plus longtemps …jusqu’à 77 ans en fait. (À condition bien entendu de ne connaitre aucune période de chômage d’ici là et que les règles ne changent pas dix fois avant 2049). 

Tout ça pour dire que le - nouveau - combat contre la réforme des retraites qui se profile n’est malheureusement plus ma priorité. Je me fais vieux, ou plus lucide. Question retraites j’en connais pourtant un rayon puisque, comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai passé ma vie professionnelle (salariée ou pas) à assurer les pensions des boomers (pas moi hein, les vrais nés avant 1970). Les mêmes qui ont eu les gros salaires, peu de chômage et ont gonflé la bulle immobilière comme jamais en 20 ans, provoquant des hausses de loyers indécentes dont les premières victimes ont été leurs enfants et petits-enfants qui peuvent ainsi cumuler salaires de merde et logements de merde. 

2023 sera « l’année de la réforme des retraites » a prévenu Macron. Recul de l'âge du départ, allongement de la durée de cotisation. 

Le problème pour les générations née après 1970, et plus encore celles des années 80 et 90, n’est pas tant l’échéance de l'ouverture des droits à la retraite que la juste rémunération de leur travail dès maintenant ! Avec un SMIC a quelques encablures du seuil de pauvreté qu’honnêtement espérer pour sa retraite ? Il est acquis depuis un moment pour les quadras et les quinquas qui ont connu des carrières grignotées par le chômage et avec des salaires toujours tirés vers le bas, qu'ils auront une retraite aux allures de minimum vieillesse. Si le machin existe encore d'ici là... Ne pas oublier que c'est la même équipe qui a géré le fiasco des masques, la destruction de la santé, bradé des autoroutes remboursés et flingué notre souveraineté énergétique pour vous la facturer dix fois le prix, qui est en charge de vos pensions futures. Rien que ça, cela devrait décourager toute personne rationnelle de cotiser. 

Et si l'on voulait y croire, c'est sans compter les injustices sociales, l'angle mort de tous les discours de la start-up nation. Un riche vit plus longtemps qu'un pauvre. Pour 25% d'entre eux, peu ou pas de retraite. Pas le temps de la prendre. À croire que ce système de retraites est historiquement pensé comme une carotte pour faire avancer l'âne et qu'il n'était aucunement adapté à un tel allongement de l'espérance de vie (enfin... de la vie des plus aisés... qui votent Macron). Une retraite est comme toute bonne assurance qui se respecte : pensée et optimisée pour ne jamais être perçue. À défaut d’aller taper dans les 100  Milliards annuel de fraude fiscale (des gens qui votent encore Macron), l’important c’est de continuer à faire cotiser le couillon de travailleur pour payer les retraités d’aujourd’hui (qui votent majoritairement Macron dès le premier tour). 

Les jeunes dans l’histoire ? C’est comme d’habitude le petit bois de notre « marché du travail ». Il s’agit de les décourager, les pousser à placer, à épargner même et surtout s’ils n’ont pas grand-chose, avec des complémentaires (dont les patrons devinez quoi ?... votent Macron). La retraite, comme la santé ou l’éducation, est un marché prometteur à fort potentiel. D’ailleurs, le système de financement des retraites n’est pas en déficit. En 2021, les caisses de retraites étaientt même excédentaires de près d’un Milliard d’Euros. Où se trouve donc l’urgence de réformer ailleurs que dans l'intention de faire quelques cadeaux aux copains du secteur ? 

On s'interroge aussi sur les raisons mathématiques qui poussent notre Leader à reculer l'âge du départ à la retraite à 64 ou 65 ans alors que passé la barre des 60, l’activité salariée s'effondre (38 % pour les 60-64). Ne serait-ce pas là une motivation purement idéologique ? Une facette de la fameuse « valeur travail » sur laquelle rentiers, actionnaires et autres feignants aiment à faire s'entredéchirer plus pauvres qu'eux de peur qu'ils ne viennent les embêter ? Je ne connais qu'une seule valeur travail, elle est simple et facilement quantifiable, on l'appelle « le salaire net à la fin du mois »

Et pour l'instant, après avoir été passablement piétinée pendant 30 ans, avec l'inflation cette valeur perd du 10% à l'année. 

Alors que faire ? Et bien commencer par ne pas voter deux fois de suite pour un banquier d'affaires qui n'a jamais travaillé de ses mains. Pour le reste, tout le monde n'est - déjà - pas et ne sera pas logé à la même enseign,e mais toute bataille contre ce régime et ses soutiens est bonne et juste à mener*. D'autant plus que cette réforme des retraites tient à coeur à notre Leader. Après l'anicroche de parcours de la connerie covidienne, il est plus que jamais décidé à en faire le marqueur de son règne, un recul social d'excellence qui sera célébré comme il se doit par la finance. Un abandon de Macron sur les retraites (et je ne parle de la concession d'une petite année de 65 à 64 ans) sera vécu comme un échec complet et d'un début de reprise en mains du rapport de force elite/peuple pour l'instant très défavorable à ce dernier.

Dans l'attention de vos salutations, massives et distinguées dans la rue, je ne saurais quand même trop vous conseiller d'apprendre à cultiver vos patates, à investir dans des outils et des produits utiles, à produire votre propre énergie et à vous soigner tout seul. 

On ne sait jamais.

oui je le concède : le titre de ce billet est un peu putassier.

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