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12 septembre 2013

#34plans "Le progrès n'est pas un astre mort"

par

Mini exposition universelle 2.0, opération de com', démonstration de l’excellence française dans l'innovation technologique, mise en avant des axes prioritaires pour la reconquête des 750.000 emplois perdus dans l'industrie en dix ans de droite  : La nouvelle France industrielle, c'est un peu tout ça.

Arnaud Montebourg présentait "34 plans" (de bataille) à L’Elysée ce matin : 34 plans réunissant des projets novateurs 100% français dans des filières diverses regroupant des grands groupes, des ETI et des PME (on trouve aussi bien EADS qu'une boîte à 4 salariés).

Parmi les projets exposés  
- La "voiture pour tous" consommant moins de 2 litres au 100 km, 
- L’avion hybride électrique (Airbus pour 2030 et première étape dès cette année avec le lancement d'un avion-école biplace construit en Charentes : L'´E-Fan). 
- Les textiles techniques, intelligents ou connectés (aussi bien pour pour la veille santé des personnages âgées que la protection des ouvriers) en se basant sur la diversification des PME historiques.
 - Les batteries très longues durée (qui serviront pour les avions et voiture évoquées plus haut), 
- La réappropriation de la transformation du bois (la moitié de ce qui récolté en France, est transformé à l’étranger) dans les matériaux de construction, l'isolation et les biens de consommation....

On trouve tous les thèmes chez Politeeks et le dossier complet chez Melclalex.

Les projets sont retenus autour de trois critères : 
- Besoins ou services clairement identifiés.
- Technologies que l'on maîtrise chez nous.
- L’intégration de ces technologies dans un environnement industriel (en gros : formations, cursus universitaires, bassins d’emplois et proximité des sous-traitants)

Le clip (avec du Pompidou dedans pour donner un peu de bonheur à Valeurs Actuelles)

Chaque plan sera animé par un chef de projet pour favoriser les synergies, faciliter les financement (par la Banque public d’investissement, commissariat général à l'investissement, les opérateurs de l’Etat) selon un calendrier de dix ans évalué tous les 6 mois. Objectif : 480.000 emplois d'ici 2020 et la création de 45.5 milliards d'euros de valeur ajoutée dont 40% à l'export.

Il ne s'agit pas pour l'Etat de diriger mais d'orienter ("un état stratège et régulateur" dixit François Hollande qui conclue l'exposition et rajoute "Notre stratégie doit être offensive, pas nostalgique"). 

(Toi aussi légende cette photo dans les commentaires)

Certains projets présentés par des ingénieurs ou des chefs d'entreprise sont réalisés ou en cours de réalisation, d'autres sont à l'état de prototypes. Sur les 34 plans beaucoup échoueront, mais cette initiative a le mérite de rappeler que, malgré les déclinologues, on entreprend et on innove encore chez nous. 

Il est d'ailleurs surprenant (ou pas) que certains pourtant prompts à sur-défendre les patrons et les #geonpi ont, à peine la présentation commencée, voire avant, moqué sur Twitter les exposés des industriels, des ingénieurs et des créateurs désireux de coopérer pour développer leurs innovations sur le sol français. 

Bon allez, assez positivé, maintenant allons lire des billets déprimants.

Ci-dessous : un blogueur français audacieux et innovant au niveau du look.

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27 juin 2013

Dans l'antre du libéral de l'immo

par

Libéral est furieux. Contre la ministre du Logement évidemment. Dans l’idée, il n’aime pas l'intervention de l'Etat et que celui-ci puisse renforcer l'encadrement des loyers et lui établisse un loyer de référence. Pourquoi saccager ainsi le fruit de son placement spéculatif lui-même fruit de son travail ! (et d’un avantage fiscal ou d’un héritage éventuellement, libéral insurgé n’étant pas à une contradiction près).

Libéral est en colère, il menace de tout casser : Plus personne d'entre lui ne va vouloir investir, parce que ses rendements vont baisser ! Les mises en vente vont augmenter et les prix de l'immobilier chuter ! Et tous ces logements pas assez chers ça va être la galère !  Terminé les temps de la justice individuelle où Libéral bailleur pouvait faire le bien de tous en multipliant par deux son rendement locatif en dix ans dans les zones tendues !

Mais comment va s'en sortir le pays avec tous ces loyers que libéral n'encaissera plus ? Bah, c'est simple, comme toujours Libéral le moderniste en retournera au cœur de cette révolutionnaire analyse qu'il n'a pas dépassée depuis 30 ans[1] : La France, elle est foutue ! 

Pourtant.

Libéral véhément n’est pas le dernier à gueuler sur le manque de compétitivité du travailleur français. Pas assez productif et ne tirant pas la croissance vers le haut, et pour lequel Libéral conseille un traitement de choc : qu’on le paye moins ce feignant surprotégé et qu’on l’envoie en Chine, et à ses frais, pour voir comment travailler mieux, qu’il y meurt s’il est faible car seuls les forts doivent survivre, et bon de toutes les façons 8 euros de l’heure c’est déjà 15X trop pour celui qui n’est pas entrepreneur !

Pourtant. Le faible prix des loyers (3X moins cher qu'en France) est une composante essentielle dans ce "miracle" de la compétitivité allemande, cet objet de concupiscence des gang-bangs de BFM Business.



C'est vrai que libéral venère, en plus de sa maison secondaire dans le Var, avec ses dix studettes qu'il loue à un SMIC chacune en zone tendue à du touriste japonais ou à de l'étudiant à papa friqué, on ne peut pas vraiment dire qu’il tire la croissance locale.

Même la vidéo-surveillance de sa maison secondaire, il la sous-traite à l’étranger parce que "les tarifs sont plus compétitifs". Et sur le marché du patelin où il a acheté (pardon investi), on est formel : la productivité de la cagette de fraise ou du poulet rôti, Libéral ne la booste que très rarement dans l’année. Comme ses copains se déplacent en meute, ils ont tous acheté au même endroit et désherbé la population locale : "ces péquenauds qui ne comprennent rien au marché". Ou plutôt qui le comprennent très bien, mais trop tard : il n’est plus pour eux.

Mais n’allez pas croire que Libéral hargneux a une dent contre les pauvres. D’ailleurs l’autre jour, sur une route du patelin à l’abri des regards (preuve qu’il ne fait pas ça pour la gloire), il en a autorisé un à venir s'encastrer contre son Cayenne, histoire que le damné goutte lui aussi un peu de son succès. C’est vous dire s’il n’est pas si sectaire, et au fond de lui un peu partageur. Et puis les limitations de vitesse, c'est dépassé. 

Oh, mais attendez. Je découvre aussi dans sa littérature que, dans les cas les plus graves, libéral multiproprio n’a de maison d’aisance que dans ses rêves humides de pouvoir. Que son portefeuille patrimonial en est encore à l'état de fantasmes et le Cayenne à celui de support à branlettes punaisé en poster sur le mur moisi de sa chambre d'ado attardé. Zut. Libéral courroucé a un (petit) salaire minimum garanti et à 27 ans vit encore chez papa et maman, ne disposant pas du capital risque pour se lancer dans la location d'un 15m2 qui boufferait 80% de ses revenus.

Oui, Libéral violent peut aussi être ce neuneu persuadé que vouloir avoir c’est déjà un peu être, et qu’à le regarder pathétiquement singer l’oppresseur chacun en conclura que c’est un vrai winner.


[1] Oui, cette date depuis laquelle le pays a commencé à glisser vers le libéralisme.

Articles connexes:
- Décryptons le cri du libéral de l'immo
- Pauvre petit propriétaire
- L'appel de Duflot : "Dieu est partage"

3 juin 2013

La politique familiale de justesse

par

Le gouvernement vient d'annoncer la baisse du plafond du quotient familial de 2000 à 1500 euros dans un cadre de mesures visant à "rétablir l'équilibre de la branche famille de la sécurité sociale". 

C'était pas gagné, mais nous échappons à la fin du principe d'universalité des allocations familiales. Un moment évoquée, elle aurait ouvert la boite de pandore des "paliers" négociables à l'envi et applicables à d'autres secteurs.

J'entends déjà gronder la colère de ceux s'insurgeant d'ordinaire que l’Etat se mêle de mariage et d'enfants, traditionnellement enclins à gueuler sur les "assistés". Ils s'épancheront surement dans de longues tribunes télévisées qu'on leur subventionne un chouilla moins leurs mioches et qu'on leur "augmente les impôts", à eux, toujours à eux, eux les damnés de la femme de ménage qui arrive toujours avec dix minutes de retard.

Tu noteras que le travailleur est constamment sommé de faire des efforts, de bosser plus, ou pour moins cher, ou les deux, qu'il doit cotiser plus longtemps pour sa retraite et que surtout, NOUS devons faire des économies. Le NOUS n'incluant pas la partie supérieure des revenus, prenant pour sa part généralement très mal que l'on touche à ses remises fiscales personnalisées.

Car, non, il ne s'agit pas d'une hausse d’impôt, mais bien d'une baisse de niche fiscale. Et pour bénéficier une niche, il faut déjà avoir assez de revenus pour payer un impôt dessus. Ce qui n'est pas le cas d'une bonne moitié des français.

La conséquence de la baisse du QF reste TRÈS modeste. Le supplément moyen pour les familles concernés est de 68 euros. Soit à peine le prix d'un billet TGV pour venir défiler à la Manif pour tous. Il y en a eu 3 rien qu'en un semestre. A multiplier par 7, pour Marie-Eugénie et les six merveilles. 

Elle ne concerne que 15% des familles aux plus hauts revenus. Ex: pour 2 enfants, seules les familles au dessus de 5800 euros de revenus sont concernées. Si elle vous affecte, je sais ça fait du mal à entendre, c'est douloureux, à défaut du salaire je partage votre peine, mais vous faites partie des privilégiés. DEAL WITH IT.

Elle va essentiellement affecter les familles très nombreusesC'est expliqué ici.

 Elle est aussi assortie de la création de 100.000 places en crèche, 75.000 en maternelle et de 275.000 solutions d'accueil. Même si ce n'est pas assez (et que cela reste à être vérifié sur le terrain), ça va dans le bon sens, enfin je veux dire pour ceux qui n'ont pas spécialement de thunes.

La famille française n'est absolument pas "en danger".  Ça ne change rien pour les plus modestes (au contraire, voir plus haut), et pas grand-chose pour les hauts revenus

Quant à ceux qui s'estiment "moyens" (mais qui ne le sont pas) et qui gueuleront encore sur l'Etat "étranglés" qu'ils sont par  cette nouvelle et intolérable atteinte à leur "pouvoir d'achat", nous leur rappelons d'avance qu'il n'était moralement et financièrement pas très sain de tabler sur la part déductible des enfants dans le plan de remboursement du pavillon.

Illus : Bugsy Malone, A.Parker (1980)

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Allocation piège à con
La droite défend d'abord ses valeurs fiscales
Revaloriser l'impot

2 juin 2013

Hollande et l'équation impossible

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Quelques jours après l'hommage d'Hollande à Schroeder et ses réformes "courageuses", l’émission CQFD sur Itele publie un sondage BVA sur les français et le merveilleux "modèle allemand"[1] dont nous devrions parait-il nous inspirer.

On y apprend que 74.% des sympathisants de gauche en ont une mauvaise opinion.

(cliquez pour agrandir)

Le score global des sceptiques remonte à 53% grâce... aux sympathisants de droite qui en ont TRES majoritairement une bonne opinion. Oui, oui, les mêmes gens qui réclament la tête de Hollande depuis six mois dans la rue, le carré Hermés dans une main le pavé dans l'autre, en hurlant "Dictaturesocialissaaaan !". 

Seulement, les sympathisants de droite ne sont plus que 16% à penser que le président appliquera par chez nous le fameux "modèle allemand". (contre 37% à gauche) Et ce même si nous sommes déjà en chemin.

(cliquez pour agrandir)

Au-delà de l’impossibilité à satisfaire ceux qui ont voté pour la gauche en 2012 en appliquant une politique sociale-libérale, on capte avec ces chiffres que, même s'il continue sur cette ligne, François Hollande ne contentera jamais les sympathisants de droite.

Pourquoi donc poursuivre une politique à destination de ceux qui n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche ?

[1] Sans salaire minimum, composé d'esclaves à 1 euro de l'heure et / ou à flexibilité totale, ou le précaire est culpabilisé alors que paradoxalement c'est le pays de l'union où le taux de travailleur pauvres a le plus augmenté : 15% et leur espérance de vie a reculé de 2 ans en 10 ans. Modèle par ailleurs inapplicable, nos démographies et l'historique économique étant radicalement différents.

Illustrations : Itele.

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25 avril 2013

La fin du prêt-à-jeter ?

par

Un projet de loi visant à faire de l'obsolescence programmée un délit sera présenté le 2 mai au Sénat par les écologistes. Alors que l'on désespère de tirer 0.1% de croissance par la consommation, je crains que le projet n'aboutisse pas.

L'obsolescence programmée consiste à vous fabriquer des trucs jolis, pratiques ou indispensables, mais de qualité médiocre et rapidement foutus, ou pire, à prévoir leur autodestruction (quitte à foirer la programmation et provoquer un retour usine prématuré). 

Après la délocalisation quasi complète de secteurs industriels ou technologiques vers les pays à mieux-disant salarial, l'obsolescence programmée est une étape logique de la mondialisation.

Une fois que nous sommes devenus dépendants d'objets (high-tech et électroménager) n'étant plus fabriqués qu'à un ou deux endroits sur la planète (régulièrement changés pour encore moins cher) par une dizaine de constructeurs et de marchands, ceux-ci n'ont plus qu'à transformer peu à peu la nature et la cadence de nos achats. De l'acquisition de l'objet, on est ainsi passé à un abonnement ne disant pas son nom. L'obsolescence programmée est l'autre façon de faire sortir de l'argent à ceux qui ne peuvent plus s'endetter.

Je prends toujours l'exemple de mon ampli de 1975, avec ses enceintes made in France, livrée avec son schéma électrique en poster et qui marche toujours alors que je n'ai jamais pu conserver en état de fonctionnement correct un baladeur mp3 plus de 2 ans et quelques mois. Je prends ces des exemples car ils ont la même finalité et j'use autant l'un que l'autre.

Tu me diras, l'ampli valait peut-être un mois de SMIC à l'époque et le baladeur quelques jours de travail aujourd'hui. Le libéral me rétorquera que c'est ici le prix à payer (ou plutôt à ne pas payer) pour "la démocratisation des biens industriels de grande consommation"Stéphane Soumier sur son blog considère que "l'obsolescence programmée c'est fondamentalement la baisse des prix". Que ces choses sont dites avec délicatesse. C'est, à l'inverse, la réduction des coûts de fabrication et l’inondation des marchés mondiaux de produits à bas coût qui conduisent à l’obsolescence programmée et, au final pour le consommateur, à payer les choses plus cher puisque plus souvent. D'autant que ce mécanisme du sous-produit à destination des pauvres s'étend à de plus en plus de secteurs au-delà de l'électroménager (les meubles, la décoration, l'outillage, les jouets...). Pour S.Soumier, le consommateur est bien au fait du dumping salarial en place et il sait très bien qu'il achète de la came pourrie qui "tiendra ce qu’elle tiendra.". S'il a raison sur le fait que nos achats conditionnent les politiques des fabricants, et que sous leurs douches publicitaires (constituant une grosse partie du prix de l'objet) on l'oublie trop souvent, il a en partie tort sur le reste.


Le consommateur n'a souvent pas le choix. Comme je l'ai écrit plus haut, il n'est souvent plus question de "concurrence". Quelques constructeurs fabriquent aux mêmes endroits des produits programmés pour mourir vite et qu'ils pourraient d'ailleurs vendre encore moins cher en magasin (les grosses marges se faisant sur les prix de transfert entre filiales off-shore).

Si l’obsolescence programmée est le résultat de gains de compétitivité et de la réduction des coûts : où est le véritable bénéfice pour le consommateur ? (hormis la pulsion d'achat immédiatement satisfaite). 10.000 lecteurs DVD à 30 euros qui tombent en panne à la troisième lecture ne méritent pas la mention "démocratisation" mais un procès en class-action.[1]

"L'économie" ne tient pas dans la durée. Je reprends l'exemple de l'ampli et du baladeur : Un ampli à 1000 euros en 40 ans (en partie fabriqué en France), Un baladeur à 100 euros tous les 2 ans et 2 jours = 2000 euros en 40 ans (0% fabriqué en France). De plus, à la différence du baladeur serti dans sa coque plastique, l'ampli est facilement démontable, réparable pour pas trop cher. Étendons l'anecdote du baladeur à toute la baraque, du canapé à la cafetière, en passant par la chasse d'eau, le scotch qui ne scotche pas et le lave-vaisselle (il n'y a guère que les légumes bourrés de conservateurs qui durent un peu), et tu consacres un budget non négligeable à faire le réassort de bidules qui claquent en continu (ayant tous le point commun d'être fabriqués loin et compliqués à réparer).

De plus, si l'on applique à tous les secteurs la logique de l'obsolescence programmée, en plus de manger du cheval à la place du bœuf et de respirer à pleins poumons des nuages radioactifs (" -ah bah tu comprends les joints en plastique taïwanais étaient moins chers pour la centrale, man"), nous reviendrons vite à l'âge de pierre (ou plutôt de carton-pâte). J'ai le souvenir d'une époque pas si lointaine où progrès voulait dire progrès, ou avec le centième de la technologie actuelle on te construisait des trucs pouvant durer quarante ans.

Loi ou pas, la question de l'obsolescence programmée, et celle liée de la relocalisation industrielle, va se réinviter d'une façon ou d'une autre chez les constructeurs.

Sans évoquer la question écologique, j'en ai juste marre d'acheter des choses qui marchent mal, ou meurent au bout de 24 mois. Comme dirait l'enseigne de vente high-tech qui tourne de l'oeil "le contrat de confiance" est rompu. Çà, plus le sous-effectif systématique aux caisses dans les grands magasins (l'attente du client est de ces rares "charges" que les enseignes n'ont pas à régler et dont elles abusent allègrement), comme beaucoup d'autres, je m'éloigne progressivement de cette consommation[2]. C'est presque moins une question de pognon que de simple dégoût d'acheter du prêt-à-jeter. Si la démocratisation de la consommation doit passer par le médiocre alors il vaut mieux pour le consommateur refuser cette "démocratisation" là. 


[1] Il est étonnant qu'il faille un permis de construire pour éviter que les maisons ne s'écroulent, un code de la route pour éviter de rouler sur la mauvaise file, mais pas un encadrement plus strict de la vente de produits avec une certificat de qualité.

[2] enfin bon, nul n'est parfait, hein.

Article connexes :
- L'escroquerie institutionnalisée
- Le vent de la liberté (saveur pomme)
- Ipad et conséquences

Illustration

6 avril 2013

Vivre et penser comme la droite : le paradoxe Cahuzac

par

"La lutte des classes. Vous, vous y croyez toujours. Moi, je n'y ai jamais cru. Jamais."
Jérôme Cahuzac, 07/01/2013. Mots croisés, France 2

Promis, c'est le dernier billet sur le sujet. Mais, il n'est pas tant question de Cahuzac ici que du rapport de la droite aux agissements de l'ancien ministre du budget.

En effet, la droite est confrontée à un paradoxe. Elle aura beau critiquer le mensonge et par delà la complicité éventuelle d'une partie du gouvernement et d'un manque de morale, dans la pratique, Cahuzac n'a fait que concrétiser la ligne antiimpôts défendue par une large partie de la droite, et bien remise au centre du débat public depuis la rentrée. La ligne est pitchée à la perfection par le député UMP, Jean-Michel Fourgous, jeudi dernier dans le Grand Soir 3:

"S'il y a des paradis fiscaux, c'est que La France est un enfer fiscal". 

Après les leçons de patriotisme et d'identité nationale du dernier quinquennat, on se souvient des récents soutiens appuyés d'une bonne partie de l'UMP à l'exil fiscal de Depardieu (l'acteur à 10 patates le navet devenu l'icône du bagne fiscal hexagonal) ou d'un Bernard Arnault (Le Rémi sans famille des multimilliardaires)... Comment la droite peut-elle attaquer l'ex-ministre du Budget sur son manque de moralité et le fait qu'il ait soustrait de l'argent au fisc ? C'est simple, elle ne le peut pas : Cahuzac a eu un comportement de droite. Donc, elle attaque sur le reste.


Quelques jours avant l'aveu de Jérôme Cahuzac, des députés UMP déposaient à l'Assemblée nationale une proposition de loi, d'inspiration Berlusconienne, visant à amnistier fiscalement le rapatriement des capitaux placés à l'étranger. La droite confirme ainsi que ceux que nous considérons comme des coupables, elle les considère comme des victimes (et vice versa).

J'aime bien écouter BFM Business, on y pèche à toute heure de la journée, sans filtre de bienséance, un concentré rapide du délire libéral décomplexé ne tirant des leçons de rien. L'autre soir, on y entendait de la bouche d'un animateur maison que l'affaire Cahuzac n'était pas si grave, car au fond il n'avait pas abusé d'une petite vieille (et je pense qu'il n'était même pas fait allusion à l'affaire Sarkozy / Bettencourt). Comment mieux résumer, l'esprit de droite?[1]. La délinquance n'est qu'une affaire de violence physique locale, ne concernant donc que les pauvres et les ghéttoisés, dont l'avis compte peu puisqu'ils gagnent peu mais avec qui il faudra faire preuve de la plus grande fermeté. La classe supérieure qui a le bon goût d'avoir trop pognon, elle, a le droit d'être délinquante à l'international puisque cela reste sans arme, ni haine, ni violence et que, quelque part, oui monsieur, grâce aux bienfaits internationalement reconnus de la mondialisation, c'est bon pour l'économie[2].

Tout cela est bien sur faux. L'argent de l'exil fiscal, en plus du manque à gagner local,  on l'a vu dans l'histoire de Chypre, finit invariablement par jouer contre les peuples de chaque pays, d'abord les pauvres puis les classes intermédiaires. Les coups et blessures sont bien plus violents, bien plus étendus, plus prolongés dans le temps. Des coups indirects et cachés derrière l'anonymat de banques, de comptes offshore, de fonds de pension, ne permettant pas de pointer du doigt un individu responsable : 30.000 milliards de dollars sont dissimulés dans les paradis fiscaux, l'équivalent de 3/4 de la dette mondiale. Les "victimes" vous remercient.

Ne nous trompas pas de cible, Cahuzac n'est pas coupable parce qu'il est politique, c'est juste une circonstance aggravante elle-même aggravée par la période (L'aurait-on autant accablé avec un chômage en baisse et 2% de croissance ? Pas sur). Combien de Cahuzac œuvrent toujours dans l'ombre, sans aucune responsabilité politique ? C'est contre cela qu'il convient de lutter avec fermeté[3]. 

Si l'affaire Cahuzac peut également faire comprendre au pouvoir socialiste que c'est avant tout ce laisser-aller de droite qu'il convient de rectifier dans ses rangs, on aura avancé.


[1] On reconnait souvent cet esprit à ce qu'il se défend d'être ni de droite ni de gauche (mais surtout pas de gauche).

[2] La ruse de la classe supérieure étant, grâce à ses relais médiatiques, de persuader les classes intermédiaires de se rallier à sa cause en s'appuyant sur le dégoût pour la pauvreté, l’accès au crédit et la stimulation continue du désir de richesse.

[3] Ci-joint la pétition contre la lutte fiscale à destination du gouvernement initiée par Politeeks 

4 avril 2013

Le mensonge est plus fort que la fraude

par

Si j'en crois le traitement médiatique de l'affaire Cahuzac, il semble que le mensonge est pire que la fraude fiscale. 

Il est vrai que le mensonge en politique, euh pardon l’aveu après le mensonge, est une chose rare ici. En ce sens, il fait avancer les choses. Chaque éditorialiste s’inquiète maintenant du sentiment de "tous pourris" que ne manquera pas de raviver cet aveu, en focalisant sur le convaincant déni de l'ex-ministre du Budget ces dernières semaines. 

Peu se penchent en revanche sur cette pathologie de l'accumulation, cette terreur du partage qui conduit le bourgeois (je devrais dire de droite, mais on voit que ça brasse large) à se soustraire à l’impôt par la fraude, la déduction ou la niche (les aménagements légaux de la fraude). Et là, les politiques sont loin, très loin, d'être les seuls[1]. 

Tu me diras, on voit plus souvent la presse titrer sur les mille et une méthodes pour payer moins d’impôts, que sur les bienfaits de s'en acquitter (rappelons qu'un Français sur deux ne gagne pas assez pour être imposable). 

(L'environnement médiatique sous prisme bourgeois: l'impôt est une douloureuse injustice à laquelle il est tout à fait normal de chercher à échapper.)

Regarde donc ce mini sondage en carton de L'Express sur ce que devrait faire Hollande après l'affaire Cahuzac...

Et non, pas d'option "renforcer la lutte contre la fraude fiscale". En revanche "Moraliser la politique, présenter des excuses, arrêter  les leçons de morale"... On reste sur le terrain de l'émotif ou de la com'. Rien sur le cœur du problème (et des centaines de milliards de manque à gagner).

Étonnant non ?

Plus étonnant (ou pas), ce resserrement sur le terrain de l'émotion et du mensonge est reprise dans la réaction de "crise" de François Hollande. Le président avait l’opportunité de rappeler le rôle de la contribution pour la collectivité, le sens de l’impôt et ses usages en enchaînant dans la foulée avec l'annonce d'une véritable offensive contre la fraude fiscale. Il en est resté à questions de règlement intérieur à destination de la seule classe politique avec des mesures dont on ne comprend d'ailleurs pas qu'elles ne soient pas déjà appliquées depuis vingt ans. 

Hollande réagit donc sur le même mode que la presse. En dénonçant moins l'objet du mensonge que le mensonge lui-même. Lutter contre le mensonge ne tuera pas la fraude. Le coup de poker raté de Cahuzac en est la preuve: on peut aller très très loin dans l'art de tromper son monde. En revanche, une lutte efficace contre la fraude diminue les possibilités de mentir.

Tout ceci me laisse un goût amer. En détournant leur regard du fond du problème pour se focaliser (quand ils ne peuvent plus faire autrement), sur la personne de Cahuzac, ceux qui façonnent l'opinion donnent cette impression de plus lui reprocher de s’être fait pincer en grugeant que d'avoir grugé. 

Quelque chose me dit que ce traitement est déterminé par la classe sociale dans laquelle on évolue. Mais ne le crions pas trop forts, nous risquerions d'être taxés de populisme.


[1] Et si l'on prenait au Budget, un type ou une fille au SMIC réussissant, en plus, l'exploit de ne jamais être à découvert à la fin du mois ? Ce serait peut-être à expérimenter pour éviter les dérives. 

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21 mars 2013

Allocations piège à cons

par

Le clou de la restriction budgétaire frappé au marteau du "bon sens" offre le meilleur angle de tir pour dézinguer des acquis décrochés de longue lutte sous les applaudissements de ceux qui vont en payer la facture.

Nous apprenons dans un récent sondage Ifop du JDD que "deux Français sur trois" seraient favorables à l'idée de réduire ou de supprimer les allocations familiales au-delà d'un certain niveau de revenu. Ça tombe bien: on nous répète inlassablement qu'il faut économiser des milliards de partout. 

Et là tu me dis "- Supprimer les allocs pour les plus hauts revenus, quelle bonne idée !". 

A priori oui. Sauf que non. Derrière l'apparente justice, piétinant au passage le principe d'universalité, se cache la plus libérale des logiques.

Admettons que l'on supprime les allocations aux plus hauts revenus. Donc ça leur fait une belle jambe. Leurs mômes continuent à aller dans les meilleures écoles, à partir en vacances dans les plus beaux endroits, n'ont aucun problème de garde.

En revanche, est ainsi crée un paysage de l'allocation familiale divisé entre riches et pauvres. Les "pauvres" deviennent une catégorie d'état encore plus identifiable, puisque dissociée. Ce point est primordial, il conditionne la suite tant au niveau comptable qu'au niveau symbolique. L'intérêt budgétaire n'est pas tant de supprimer les allocations aux plus riches que de taper dans le gros de la caisse: les 90% en dessous que chacun tend à appeler classes moyennes, mais que dans un souci de cohésion je nomme peuple.

Avec un seuil de ressources pour toucher des allocations familiales se pose le problème de l'endroit où fixer le curseur (le sondage ne dit rien à ce sujet). Une fois celui-ci décidé, disons 3500 euros par mois pour un couple, il est suivi dans la minute des aigreurs de ceux justes au-dessus de la zone plancher. Et un an après la réforme, Ifop te ressort le même sondage des "deux Français sur trois", selon ce bon vieux travers de l'époque voulant que, au lieu de défendre la gamelle commune chacun trouve qu'il y en a trop dans celle du voisin. Le principe d'universalité ayant été défoncé une première fois, il devient encore plus simple pour le gouvernement, celui-ci ou un autre ("non-responsable du bilan désastreux") à chaque nouvel impératif budgétaire (et il nous en tombe trois par semaines) de baisser, palier après palier, le seuil de ressources pour bénéficier des allocations. 

Ainsi, les allocations sont progressivement réservées aux très pauvres avec le flicage et la stigmatisation qui va avec (tandis que les riches, allocs ou pas, sont toujours peinards). Puis au bout de quelques années d’affaissement du seuil, un "réformateur pragmatique" arrive et conclut, toujours plein de "bon sens", que puisqu'elles ne concernent que les très, très, très  pauvres, les allocations familiales ne sont qu'"une trappe à pauvreté". Elles sont donc "inutiles et contre-productives" et il faut les supprimer. Même que "deux Français sur trois" sont OK. Circulez y a plus rien à voir.

Tu peux appliquer cette méthode (sensiblement la même que celle à l'oeuvre depuis des décennies dans les pays d'inclinaisons libérales) dans l'enseignement public, la santé ou les retraites. Toujours selon le même principe:
- Marteler l'impératif budgétaire sur les ondes (avec argument massue: les autres pays l'ont fait), 
- En appeler au bon sens populaire (en ratiboisant toute autre analyse), 
- Surfer sur le flux sans fin des rancoeurs individuelles,
- Faire des conséquences de la réforme d'un acquis social la cause de son dysfonctionnement et ainsi justifier son éradication ou son basculement définitif dans le secteur marchand.  

Il y a une chose formidable, mais mal vue, qui s'appelle l’impôt sur le revenu. Que les allocations familiales entrent dans les revenus imposables, OK, mais en ayant un impôt bien plus progressif (cette vraie grande réforme fiscale dont on a jamais vu la couleur). Les plus riches continueraient de toucher des aides, mais celles-ci seraient ponctionnées en retour pour ce qu'elles sont pour eux: un revenu supplémentaire et non indispensable. 

Allez. Soyons positifs. Comptons sur le gouvernement pour nous annoncer un truc bien, absolument pas truffé d'effets indésirables.

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14 mars 2013

Rencontre avec Arnaud Montebourg : Stop au french bashing !

par
Sa mission au gouvernement: Relocaliser les emplois en France en favorisant la synergie des compétences et des capitaux, tout en jouant sa partition, avec des moyens limités, entre la machine à dire "non", Jérôme Cahuzac et Pierre mon nom est réduire la dette Moscovici.

Après le désaveu dans la reprise du site de Florange, le cadeau aux entreprises (aussi express que flou) du CICE dans la foulée de la remise du rapport Gallois et l'accord Renault mettant le pied dans la porte de la flexibilité et du gel des salaires sous le poids du chantage à l'emploison action comme son image se troublent. Retour à Bercy, 4 mois après l'entretien avec Moscovicipour une discussion avec Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.

20h. Il arrive comme une flèche. Il laisse les fauteuils à la dizaine de twittos et blogueurs, prend une chaise. L'entretien dure 45 minutes. Tandis que Montebourg dévore son assiette de nems, nous passons d'un sujet à l'autre sans trop de ligne, sur un ton décontracté.

Les principaux thèmes abordés:

1 / La relocalisation industrielle et le rôle de l'Etat,:
A l'écouter, la "bataille pour relocaliser" s'articule en deux axes. La communication internationale sur les atouts français et l'implication (financière ou pas) de l'état sur le terrain.  

Sur l'international, il positive: "Le monde entier nous admire et nous adore [...] La presse étrangère s’intéresse à cette campagne mondiale "Say Oui to France"[1]. La France est la première destination pour les projets industriels en Europe, le deuxième marché européen, la première destination innovante en Europe.[chiffres d'une récente étude KPMG]"

Il tance le "french bashing" émanant parfois des élites françaises et d'une partie de la presse économique.

"- Heureusement que les investisseurs étrangers ne lisent pas le Financial Times pour faire leurs calculs économiques. [...] La France est un des pays les plus attractifs quand on consolide sur le prix du foncier, sur l'énergie, sur le prix du travail, la productivité..."

Sur le local, Montebourg cite en exemple l'accord Renault"Grace à cet accord, dans lequel nous sommes intervenus des deux cotés. Renault prend l'engagement de relocaliser la fabrication de 200.000 voitures en plus [sur les 500.000 déjà produites]. C'est à dire l'équivalent de l'usine Toyota de Valenciennes".  Le discours sur le protectionnisme d'il y a 18 mois laisse donc place à un vocabulaire de l'offensive  sur un mode enthousiasme qu'il espère communicatif. Il nous donne les exemples des réussites d'Atoll ou de Smoby (qui datent d'avant son arrivée) qui ont misé avec succès sur le rapatriement de leur production en France.


(le film promotionnel de Invest in France, diffusé à l'étranger)

Malgré les chiffres de l'INSEE, la dynamique irait donc dans le bon sens, ou du moins va y aller. Il table sur l'adhésion des consommateurs de plus en plus soucieux de la provenance des produits, incitant à leur tour les producteurs à rapatrier tout ou partie de la fabrication et sur la conjonction des prix énergétiques, du travail et des infrastructures qui conduit et conduira de plus en plus les producteurs à relocaliser.

"- Quand on vous dit qu'il n'y a pas de capital-risque en France, et qu'il faut regarder aux Etats-unis. Oui, on regarde. Et bien, à part la Californie [8e état du monde en taille], tous les états du monde financent le capital-risque" [...] Nous avons utilisé le grand emprunt pour financer le progrès technologique de Peugeot dans le cadre des orientations technologiques de la filière industrielle automobile, c'est-à-dire le véhicule à 2 litres. [...] Il nous intéresse d’être présents (via la CDC ou la BPI)[2] dans de nombreuses entreprises pour financer, guider et recevoir.

Dans le cas des brevets développés par PSA, une partie, à la hauteur de son engagement financier, reviendra à l’Etat.

2 / Le CICE, crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi:
S'il déborde d'énergie sur la promotion du Made-in-France, sur le CICE, le ministre du Redressement productif est moins convaincant. Il se félicite que les partenaires sociaux puissent débattre de l'usage des 20 milliards d'aide (que ça aille à l'investissement, à la R&D, ou au retard dans le paiement des salaires...) mais est "curieux" de savoir ce que va en faire la grande distribution. Étonnant dans la mesure où ces mêmes entreprises bénéficient déjà d'une fiscalité conciliante, et que les plus grosses d'entre elles, grâce à l'optimisation, payent proportionnellement bien moins d’impôt que la PME du coin, alors qu'elles abusent des contrats à temps partiel. Montebourg renvoie son jugement aux premières évaluations de l'usage du CICE... dans un an. Il reprend donc la dimension du "pari (à 20 milliards financé par une hausse de la TVA)" annoncé par Moscovici dans la même salle quatre mois plus tôt

3 / Zone euro et crise:
Comme ce n'est pas son champ d'action, Montebourg y va plus frontalement sur le sujet et souligne l'impasse des politiques d'ajustement budgétaires, donc celle du gouvernement auquel il appartient (même si cette année, les critères du 3% sont assouplis). "La politique d'ajustement budgétaire ne peut pas étouffer la croissance. Parce que nous mourrons guéris. C'est d'ailleurs ce que les Italiens ont dit." Lance-t-il en référence à la paralysie gouvernementale suite au 25% de Beppe Grillo aux dernières élections.

Puis, il s'énerve contre la BCE qui a prêté à 0% 1000 milliards aux banques, qui en ont prêté à leur tour la moitié à 3 ou 4% aux états. Politeeks lui demande "comment faire en sorte que la BCE change de fonctionnement ?

"- Et bien en leur parlent à l’Eurogroupe. [...] quand les Européens en auront assez de manger les pissenlits par la racine peut-être qu'ils diront à la BCE de se réveiller. [...] Dans les statuts de la BCE, l’Eurogroupe est chargé de s’intéresser à la croissance et aux taux de change, à la monétisation de la dette." Bref, face aux incertitudes démocratiques, le salut viendrait d'une grande prise de conscience générale de ceux-là mêmes ayant guidé les politiques financières qui ont conduit jusqu'ici. A vous de juger.

4 / La fin de la filière automobile ? 
Suit un long moment sur le diesel (je pense que Politeeks reviendra dessus), son interdiction ou pas à 10 ans, et l'inévitable "écologisation" de l'industrie automobile comme de toutes les autres industries. Il nous affirme, malgré le souhait de la moitié des blogueurs présents, que la disparition de la voiture n'est pas pour demain. En revanche, les niveaux des matières premières devraient pousser les clients à changer progressivement de modèle pour se diriger vers les véhicules électriques et les hybrides dont les ventes ont bondi de 245% ces deux derniers mois (50% fabriquées sur le sol français). C'est à l'état d'accompagner les industries dans cette transition.

20h45. Il repart aussi vite qu'il est arrivé (l'incarnation du mouvement fait-elle partie du discours ?). Pas évident de tirer des conclusions d'une rencontre comme celle-ci dont la bonhomie et l'enthousiasme tranchent avec la dureté d'un contexte social et la peine de millions de travailleurs et de chômeurs. Montebourg est structuré quant à sa mission et a bien conscience des limites de son poste. On a bien envie d'y croire autant que lui en l'écoutant, mais générer de la conviction est une part essentielle de sa fonction. Job oblige, il s'est également considérablement ouvert au discours des patrons. Mais, comme il le dit lui-même : "Si nous sommes divisés, nous y arriverons jamais. Dans la guerre économique mondiale, nous ne partons pas divisés".

Reste une question que je ne lui ai pas posée: Comment se positionne-t-il face aux inclinaisons de plus en plus ouvertement libérales de son gouvernement, et combien de temps va-t-il tenir sans résultat positif sur le chômage ?


[2] La CDC est présente dans 2200 entreprises. La BPI est à ce jour présente dans 71 entreprises. 

Illustration: S.Musset

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26 février 2013

En quête d'un leader au-dessus de tout soupçon

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"L’incertitude politique gâche la joie des marchés". Voici ce que l’on peut lire dans l’Expansion au lendemain des élections italiennes. De ce que j’entends à la radio, les peuples ont encore mal voté. En Italie cette fois. 

Saloperie de peuple italien gâchant la bonne marche des marchés par son égoïsme et son manque flagrant de tolérance envers la politique d’austérité qui le frappe depuis deux ans. "Le comique" Beppe Grillo sème sa zone au Sénat avec un tel résultat (25%) qu’il provoquerait "une impossibilité de gouverner". On pourrait écrire que c’est le comeback invraisemblable de Silvio Berlusconi qui fout le brun ? Non. C’est son reflet médiatique inversé, Grillo, qui devient le diable. La montée de l’un et l’autre (et la claque des urnes pour Monti) n'est que la conséquence de l’application froide d'une de ces politiques de rigueur qui font l’impasse sur les peuples au nom de la sauvegarde de l’Europe et des "marchés". 

Les peuples d’Europe ont des "gestionnaires", ils veulent des leaders prêts à apporter si ce n’est du rêve, au moins le sentiment qu'ils sont écoutés. Oui, dans le cas de Berlusconi, c’est risible. Néanmoins, le blocage électoral italien (dont je ne doute absolument pas qu’il se résolve par l’émergence d’un gouvernement de cohésion de retour à la case départ) est révélateur 1 / de l’impasse européenne sur les bases actuelles. 2 / ce qui attend inéluctablement les autres pays si leurs dirigeants poursuivent sur la ligne de l'autisme social. 

Le peuple, une fois de plus, se retrouve au banc des accusés. On fustige sa tendance au "populisme", son manque de culture politique, sans se pencher sur le coeur des rancoeurs: la vidange progressive chez nos dirigeants, devenant chefs comptables de succursales bancaires une fois au pouvoir, de leur part d’humanité. Derrière le "blocage", le message italien est clair : le sacrifice de peuple pour contenter des divinités énigmatiques, Bruxelles et les marchés, n'est pas une politique viable à long terme dans une démocratie.

Traitez les gens comme des chiens, ils finiront par vous mordre. Ce n’est qu’une question de temps. 

Illus : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, E.Petri (1970)

22 février 2013

La dette, péché originel pour peuples coupables

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Sur les ondes ou dans les éditoriaux des experts autorisés, on n'entend et ne lit que "réduction des déficits", "retour à la croissance" avec comme seul but de "rentrer dans les clous de Bruxelles" (ou plutôt que les clous de Bruxelles nous rentrent dedans). Pour 7 Français sur 10, la priorité serait la réduction des déficits publics. Tous les moyens sont bons pour la réduire cette ardoise maudite sans trop s'appesantir sur les raisons de son accumulation autres que celle d'un "Etat qui dépense trop".

Tous les moyens ? 

Freiner l’évasion fiscale ? (50 milliards / an) Taper dans les niches fiscales ? (120 milliards / an). Non. La priorité gouvernementale pour résorber notre dette publique de 1900 milliards, c’est bien sûr de fiscaliser les allocations familiales et ses 2,5 milliards de déficits (ou tout au moins de le faire croire, afin de sonder les esprits sur une austérité étendue à d'autres secteurs, école ou santé). 

Dans le même temps, les prêcheurs d'austerité insistent sans relâche de Cdansl'air au JT sur la compétitivité (donc le manque de compétitivité) du salarié français, comprendre qu'il doit travailler plus ou être moins payé. Ou les deux. Problème, il n'est pas assez payé et travaille déjà trop.

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Vu le niveau élevé de la productivité française (45,4 euros / heure travaillée) et la baisse continue de la part des salaires dans le PIB depuis 30 ans au profit du capital (- 9.3 % en 20 ans, soit 100 milliards passés de la main du travailleur à celle de l'actionnaire), si l'on voulait inverser la dynamique, remplir les caisses de l'état tout en redistribuant du pouvoir d'achat pour faire repartir la consommation, il s'agirait prioritairement de taxer plus fortement le capital, d'augmenter les salaires et de partager le temps de travail (les 35 heures sont un mythe, la moyenne d'un temps plein en France est à 41.2 heures). Bref, les trois pistes que l'on s'interdit "moralement", en persistant à prolonger la stratégie de l'échec.

Ces pistes interdites, blasphématoires, ne sont que rarement évoquées dans les multiples débats médiatiques sur le sujet, se réduisant au SAV des inclinaisons gouvernementales. En 80 minutes dans le dernier Mots croisés sur "le retour à la croissance" sur France2, un seul intervenant (Laurent Neumann de Marianne) à abordé la question de l'augmentation des salaires, pourtant préalable à tout débat sur ce sujet. 

Comment les apôtres de la croissance espèrent-ils la relancer sans consommation ? En misant sur des salariés mal payés uniquement voués à produire pour l'export ? Bref, en nous transformant d’un coup de baguette tragique en Allemagne conquérante (si confiante en son modèle qu'elle ne fait plus d'enfant). A ce petit jeu, nous finirons tous perdants. 

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Le mécanique était pourtant bien huilée. La diminution de la part des salaires dans le PIB au profit du capital et les habitudes qu'elle a permis de démultiplier (cupidité maladive exponentielle, avec au milieu une crise financière favorisée par ce déséquilibre[1]) a généré une montagne de chômage, sacrifiant sur l'autel du méga profit pour club fermé non plus une, mais deux générations (les 30 piteuses sont maintenant les 40). Le chômage a permis à son tour de peser à la baisse sur les salaires (et au passage ratiboiser toute contestation dans l'entreprise). L'illusion de la croissance ne reposait plus que sur le pouvoir d'achat des baby-boomers et la stagnation salariale des autres se compensait par leur endettement et l'acquisition de produits d’importation à bas coût (chacun fermant les yeux sur les conditions de travail et les mécanismes fiscaux ou marketing mis en place aux mépris des lois et de l'éthique pour faire gonfler les tarifs: prix de transfert, marges arrières ou obsolescence programmée).

Nous sommes au bout de ce cycle (et comme toujours, l'immobilier en est un révélateur: c'est le gel des transactions). Chacun le sait au moins intuitivement, mais tout continue comme si nous désirions l'agonie la plus longue possible en braillant la dette ! la dette ! 

Du haut en bas de la société, nous ne nous autorisons plus à songer à d'autres pistes que l'austérité: par manque de courage et d'imagination de nos dirigeants[2], sous le poids d'une idéologie et de méthodes économiques dictées par les intérêts financiers d'une poignée ("les riches sont indispensables", "les 35 heures c'est mal", "il faut travailler plus"), parce que nous avons le nez dans le guidon d'une urgence quotidienne coupant toute réflexion et qu'il devient plus simple (et plus consensuel) d'affirmer que si La France a le nez par terre c'est la faute à Kader ou aux fonctionnaires mais pas à PPR ni aux multi-millionnaires. 

Le salariat implose, la flexibilité s’impose, le travail gratuit s’invite progressivement dans les consciences. Prochaine étape: payer, donc s'endetter, pour avoir un job.

Dans la meilleure des unions, l'augmentation des salaires et le partage du temps de travail (ce qui n'est pas de la flexibilité) évoqués plus haut devraient s'accompagner d'un alignement fiscal des pays européens, un contrôle plus scrupuleux des gains et des conditions de travail dans les entreprises, un encadrement des flux financiers et une taxation plus lourde du capital (tout en favorisant l'essor des PME). Oui je sais, il se passe exactement l'inverse. On préfère l'assurance du drame en misant sur des peuples soumis au courage de l'ambition en pariant sur des peuples éveillés. 

A ce jour, alternance ou pas, il y a bien plus de chances que l'on tape sur les allocations, les retraites, les collectivités locales, que l'on démantèle le service public pour le brader pièce par pièce en glissant sur la résignation progressive d'un peuple culpabilisé et mis en compétition, un peuple austérisé, délaissant peu à peu le principe d'universalité au nom de la dette. Ce nouveau péché originel rabâché à chaque messe par le clergé de la sainte-rigueur, écrasant toutes les causes et les responsabilités sur son passage. Cette dette sous le poids de laquelle le citoyen isolé se doit de tout considérer, avec en ligne de mire l'inévitable baisse de son salaire pour celui qui en a encore un.

La dette, cette arnaque fondamentale qui n'a pourtant pas vocation à être remboursée. Ses créanciers ayant bien plus d’intérêts à ce qu'elle ne le soit jamais.



[1] Passé un niveau d’accumulation, plus rien ne peut humainement ni être dépensé, ni "ruisseler" sur les peuples. Spécialement dans un contexte favorable à l’évasion fiscale. En résumé, l'accumulation de fortunes des uns ne fait pas l'enrichissement de ceux d'en-dessous. Pire, cet argent réinjecté dans des mécanismes de spéculation finit invariablement par les appauvrir encore plus.

[2] A lire: La gauche n'a plus le droit à l'erreur, P.Larrouturou et M.Rocard, ed.Flammarion 2012

Graphiques: Le Figaro, Le Monde Diplomatique

Articles connexes :
- Vers un surhomme autonome et défiscalisé
- La bonne éducation des endettés
- Qui a peur de la dette ? 

12 décembre 2012

Vers la baisse des salaires ?

par
"Un salaire minimum modéré fait probablement plus de bien que de mal."
in The Economist, 24.11.2012 (relevé par Laurent Pinsolle)

Il va falloir vous le rentrer dans le crâne. Si le second semestre 2012 a été celui du bombardement idéologique sur notre "manque de compétitivité" quasi exclusivement focalisé sur le "coût du travail" et aboutissant à un cadeau fiscal supplémentaire de 20 milliards aux entreprises financé par une augmentation de la TVA, 2013 sera l'année des salaires trop chers.

Mais pas ceux des patrons du Cac 40 dont on apprend la hausse de 4% en 2011 à une moyenne de 240 smics annuel (pour des résultats en baisse). Non, les autres, les nôtres, à commencer par le minimum garanti.

Mediapart nous apprend qu'un groupe d'experts, pour le moins orientés, chargés d'éclairer le gouvernement avant les mesures de revalorisation du SMIC au 1er janvier, préconise dans un récent rapport (à lire ici) de revoir le Smic à la baisse, pour commencer, puis de le dynamiter en se dirigeant vers un Smic à la carte. 

Principales recommandations du rapport:
- Fin de la revalorisation automatique du SMIC sur la croissance du PIB. 
(C'est bien la peine de tout miser sur des lendemains ne pouvant chanter qu'au seul refrain d'un retour de la croissance pour stipuler en bas de page qu'elle ne doit pas rentrer dans le calcul du salaire minimum. Bref, la récession est une bonne excuse pour subventionner les patrons en pleurs. La croissance ne doit pas en être une pour augmenter les travailleurs).

- Fin de prise en compte du facteur de l'inflation dans le calcul du Smic avec orientation vers des "coups de pouce" (à l'image de ce qui a été fait par Hollande à son arrivée) plus conforme "à l’intérêt conjoint des salariés et des entreprises qui les emploient". 
(Rappel des bases: l'intérêt du salarié c'est de toucher un salaire, l'intérêt de l'entreprise c'est d'économiser sur ce salaire).

- Régionalisation d'un "smic jeune", ouvrant un dumping à l'intérieur même de nos frontières. Un vieux désir du patronat.

En décodé, ce rapport dessine la fin du salaire minimum et invite l'Etat à se désengager de son contrôle sur le Code du travail, pour qu'il se cantonne à la seule gestion de la casse sociale ainsi provoquée. Guérir en surface au lieu de prévenir les blessures.


Reconnaissons au gouvernement Ayrault qu'il n'esquive ni la question de la pauvreté ni celle du chômage. A la différence des premières années du quinquennat Sarkozy où les chiffres étaient systématiquement biaisés, adoucis, omettaient des catégories dans ses calculs. Maintenant, tout est vu de face dans la globalité et l'on n'hésite plus à parler de 5 millions de chômeurs, à assumer des perspectives négatives dans le domaine pour au moins toute l'année 2013. En revanche, la question des salaires est systématiquement piétinée, classée à la rubrique "toujours plus d'effort et c'est pas possible de faire autrement". Peur, manque d'imagination, paresse idéologique, influence d'une expertise économique unilatérale ? Le cocktail des quatre probablement[1].

Toujours est-il que, vu le poids argumentaire dont est porteur le chômage de masse pour presser toujours plus le travailleur sur son emploi du temps et sa non-augmentation, on s'interrogera sur l'innocence de cette exposition gouvernementale "sans tabou" du chômage et de la précarité au moment même où, dans l'ombre, lui est remis un rapport d'un ultralibéralisme décomplexé qui aggravera la situation sur ces deux fronts.

[1] reste ce mystère des mystères: comment des gens sensés peuvent-ils se persuader qu'il est possible de relancer la croissance en diminuant les salaires ? 

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