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10 mars 2025

La Troisième Guerre mondiale pour les nuls

par
Le JDD a titré sur la seule synthèse raisonnable à tirer des récentes sorties de Macron quant à son  prolongement souhaité du conflit ukrainien : La surenchère de la peur

Sur X, j’apprends par un communiqué que La Présidence de la République dément avoir employé les termes "faire peur" qui lui sont prêtés dans l’édition du jour du JDD et qu’il ne s’agit ni de son expression ni de son intention

Rassurez-vous, la « menace existentielle de la Russie » et tout le vocabulaire de l’angoisse et de la dramatisation ne sont pas employés par le Président dans le cadre d’un énième chantage à la peur. On reconnaît bien là les méthodes perverses déjà à l’œuvre dans la gestion du Covid et de ses suites vaccinales. Il faut être sous substance pour ne pas percevoir que le grand barnum guerrier annoncé par Macron, n’a que peu avoir avec le bien être des Ukrainiens (qui tournent à 1000 morts par jours depuis trois ans), mais répond avant tout à une triple ambition : 

- La reconquête de légitimité intérieure pour un président détesté,
- La tentative de redorer le blason de l’Union européenne mal aimée, 
- La mise en place d’un gigantesque hold-up financier, sous couvert d’unité nationale. 

Macron, l’opportunité d’une guerre :

Macron est le quatrième président le plus détesté des démocraties développées. Il a beau être déconnecté de la réalité, ce chiffre-là, il l’a bien en tête. Comment se refaire une crédibilité sur un tel lit de haine ? Trouver plus détestable que lui à l’étranger.  Et ça tombe plutôt bien. Depuis des années, Poutine et Trump sont traités comme des parias par l’ensemble des médias français et leurs journalistes de palais (dont la circonférence des couilles s’accroit magiquement à mesure qu’ils s’éloignent de la rue du Faubourg St Honoré). 

Si chaque Français peut percevoir au quotidien les effets désastreux de la politique de Macron, ils seront bien peu nombreux à aller vérifier sur place, aux États-Unis ou en Russie, la réalité du quotidien de ces peuples et leur degré de soutien à leur dirigeant respectif. (SPOILER : Trump et Poutine ont été confortablement réélus et sont bien plus appréciés chez eux que Macron ne l'est chez lui) 

Ici, les journalistes enchaînent les tribunes, sans le moindre recul historique ou social, pour insulter des chefs d’État élus. Ils ont ainsi contribué à ancrer dans l’inconscient collectif une vision binaire du monde, où toute nuance est reléguée à une marginalité suspecte, taxée de complotisme ou, maintenant, d’« intelligence avec l’ennemi ». 

Dénigrer Trump et Poutine étant une rente médiatique, Macron peut rafler à court terme la mise sur l’opinion publique : la cause (irrationnelle) semblant supérieure à sa propre détestation. 

L’UE en quête d’un second souffle :

L’UE a été construite sur le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, avec la promesse d’empêcher tout nouveau conflit sur le continent. Aujourd’hui, ce conclave de technocrates non élus en vient à engager la remilitarisation de l’Allemagne, pour traverser la Pologne et aller combattre les Russes. 

Le prétexte ?
  « Trump, c’est Hitler, il faut sauver la démocratie ». Mesure-t-on le délire ? 

L’UE, ce service de livraison de populations aux marchés, générateur de décisions absurdes et déconnectées, est au bout du rouleau. Pays après pays, elle peine à s’imposer comme l’évidence qu’elle prétendait être. Elle n’a plus d’autre justification que la poursuite acharnée de ses propres échecs. Cette guerre est sa carte joker. 

Dans le même temps, ces mêmes élites annulent les résultats électoraux qui ne leur plaisent pas (comme en Roumanie ce week-end ou comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne en cas de victoire de l’AfD). Elles ignorent les référendums et les votes (comme en France en 2005 ou encore l’an dernier) et applaudissent carrément l’annulation d’élections (comme en Ukraine, tiens, justement). 


Le hold-up sur le dos des peuples :

Nonobstant les pertes humaines (une broutille), le premier effet d’une guerre c'est de relancer une économie. Mais ici, avec le « Tous anti-Poutine », on est carrément dans le détournement de fonds. 

- Détourner l’argent public vers des entreprises privées (chaque euro injecté dans l’effort de guerre se fait au détriment du bon fonctionnement interne des pays.)

- Détourner l’épargne des particuliers vers l’État, qui redistribuera ensuite cet argent… à des entreprises privées. 

Pillage ultime de nos économies et de nos derniers acquis qui, au passage, permet d'excuser des dépassements de seuil d’endettement en totale contradiction avec les discours sur la dette publique culpabilisant les citoyens depuis des années. 

Sur ces trois caps, le contrôle du cadre médiatique est primordial. Il est plus probable que jamais qu’au nom de la lutte "contre la désinformation", toute publication déviant du narratif officiel soit minimisée, raillée et plus simplement interdite ou criminalisée. Au nom de la liberté bien sûr, comme au moment du Covid. 

L’heure du dépôt de bilan approche 

Mais L'Histoire avance bien plus vite que Macron et que la vieille machinerie de l’UE. Tout cela sent l’heure du dépôt de bilan pour leurs vieux fantasmes. Il existe une science exacte qui remet toujours en place les discours pompeux, les fantasmes irrationnels et les postures excessives : La réalité. 

La classe médiatico-politique française en a perdu l’habitude. Régulièrement, cette réalité s’impose, et nos experts infatués, nos journalistes de cour et nos politiques médiocres viennent s’y écraser. Je donne  quelques mois pour que le soutien des Français à l’« effort de guerre », que nous vendent certains sondages, s’effondre. 

Pourquoi ? 

Parce qu’il n’y aura peut-être plus de guerre à mener.
 (Les affreux Hitler de Moscou et Washington ayant négocié la paix.) 

Parce que si guerre il y avait encore, vu l’état de nos armées, nous ne serions pas en mesure de la mener ni de la gagner avant… une bonne quinzaine d’années. 

Et que sera l’UE dans quinze ans ?

Un mauvais souvenir.




2 mars 2025

Trump, Zelensky et les dindons

par
Zelensky, c’est le genre de mec à ne pas inviter en soirée. Il arrive en survêtement, te vide le frigo, reste trois ans, les rangers sur la table, et finit par te traiter de « sale fils de pute » parce que tu ne lui remontes pas ses courses et que tu ne l'appelles plus « mon amour ». 

Vendredi dernier, comme à son habitude, le pique-assiette de Kiev est venu quémander encore quelques milliards à la Maison Blanche. Mais cette fois, le taulier a demandé des comptes : un petit retour sur investissement pour les brouettes de thune déversées depuis trois ans. Le ton est monté, des noms d’oiseaux ont fusé et Zelensky est reparti en slip de camouflage, remis à sa place (c'est pas en position de négocier) sous les caméras du monde entier par Trump et son vice-président, JD Vance (sur qui, au passage, je mets un billet pour la future présidence US en 2029). 

L'humiliation ! titre-t-on en Europe. Aussitôt branle-bas de combat à la tête de nos irréprochables démocraties du vieux continent pour prendre la tête de la contre-attaque des résistants (de la part de mecs qui ont imposé le pass sanitaire, annulent les élections quand les résultats ne leur plaisent pas, réduisent une à une toutes les libertés fondamentales, ça ne manque pas de paprika). Bref, opération câlino-thérapie expresse pour Volodymyr, dès sa descente d’avion à Londres, par nos parodies de leaders européens. 
Et on repart en fanfare sur les ondes comme il y a trois ans, sous les clameurs des journalistes de palais, dans un de ces vortex de débilité dont notre Europe à l’agonie, et sa cour consanguine d'élites autoproclamées de la pensée éclairé, ont le secret. Une partie du peuple n’est pas en reste : alors que le moindre soupçon de patriotisme français vous catalogue immédiatement à la droite radicale de l'extrême-droite, voilà qu’on ressort sur Facebook les drapeaux ukrainiens et que l’on se félicite à la TV des milliardaires (mais les gentils milliardaires hein, pas Bolloré) que la guerre puisse continuer encore un peu. Purée, on l'a échappé belle, avec Trump on n'est passé pas loin du cessez-le-feu dis donc ! L'Europe assure qu’elle ne laissera pas tomber « mon amour » face au méchant Poutine… Peu importe que ça coute des centaines de milliards, ces larves ataviques, aussi appelées « peuple », sont là pour payer.  

Bref, aucune leçon tirée des trois dernières années. 

Je ne vais prétendre à aucune analyse géopolitique autre que celle du pragmatisme le plus élémentaire. Ma position sur le soutien à l'Ukraine est rigoureusement la même qu’en février 2022 : soit on a les moyens de faire la guerre, soit on ne les a pas. Et là c'est simple on ne les a pas. L’Europe n’a pas d’armée, la France est couverte de dettes et ni l’un pas plus que l’autre ne sont foutus de sécuriser leurs propres frontières. Pourquoi diable irions-nous nous mêler de celles de l’Ukraine ?  

N’importe qui d’un peu sensé devrait tenir, en gros ou en raffiné, ce discours. 

Seulement voilà, en Europe, on a depuis longtemps quitté le terrain du rationnel. En France, c'est même devenu un mode de gouvernance, et d'opposition. Comprenez bien : en France, on n’a pas de pognon, mais on a des « valeurs » – quitte à ce qu’elles occultent totalement la réalité ou les mathématiques. Ici, on assurait fièrement au plus haut sommet de l'Etat en mars 2002 qu'on ferait « plier l’économie russe » en deux mois, comme on était certain en octobre dernier que Trump, l’autre grand méchant (attention Guignol : un nazi!), ne serait jamais réélu – alors que tout l’annonçait pour celui qui se donnait juste la peine de sortir de ses fantasmes et ses phobies pour observer les faits et écouter les gens. L’Europe a eu faux sur toute la ligne dans son soutien inconditionnel à l'Ukraine, mais (comme pour le Covid), son biais d’investissement est tel qu’elle passera désormais tout son temps, pour prouver qu'elle n'a pas eu tort, à poursuivre sa chimère mortifère de guerre au lieu de résoudre un problème dont la solution est aujourd’hui, comme hier : ce n’est pas notre putain de problème ! 

Trump fait du business, l’Europe fait de la morale. Chacun son domaine de compétences. Maintenant que Trump a officialisé en live la rupture avec l’Ukraine, l’Europe va se retrouver seule en charge du boulet qui pille le frigo d'un côté et rempli les morgues de l'autre. Et un tel entêtement à désirer la guerre, sous les yeux de BRICS goguenards, ça peut vite tourner en grosse couillonnade, du genre de celles dont on met des décennies à se relever. On a déjà assez de problèmes chez nous : faillites d’entreprises, services publics à la ramasse, déserts médicaux, dette abyssale, sans parler des meurtres à chaque coin de rue … Quant à l’humanisme qu’on nous sommes d’avoir à grandes tartines de moraline : que nos politiques en pantoufles à 10K mensuels depuis la nuit des temps, et autres journalistes parisiens qui veulent cette guerre, la payent avec leurs petites économies. Qu’ils enfilent leurs treillis et, encore mieux : qu’ils envoient leurs enfants au front. 

On pourra commencer à parler de « nos valeurs ». 






26 février 2013

En quête d'un leader au-dessus de tout soupçon

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"L’incertitude politique gâche la joie des marchés". Voici ce que l’on peut lire dans l’Expansion au lendemain des élections italiennes. De ce que j’entends à la radio, les peuples ont encore mal voté. En Italie cette fois. 

Saloperie de peuple italien gâchant la bonne marche des marchés par son égoïsme et son manque flagrant de tolérance envers la politique d’austérité qui le frappe depuis deux ans. "Le comique" Beppe Grillo sème sa zone au Sénat avec un tel résultat (25%) qu’il provoquerait "une impossibilité de gouverner". On pourrait écrire que c’est le comeback invraisemblable de Silvio Berlusconi qui fout le brun ? Non. C’est son reflet médiatique inversé, Grillo, qui devient le diable. La montée de l’un et l’autre (et la claque des urnes pour Monti) n'est que la conséquence de l’application froide d'une de ces politiques de rigueur qui font l’impasse sur les peuples au nom de la sauvegarde de l’Europe et des "marchés". 

Les peuples d’Europe ont des "gestionnaires", ils veulent des leaders prêts à apporter si ce n’est du rêve, au moins le sentiment qu'ils sont écoutés. Oui, dans le cas de Berlusconi, c’est risible. Néanmoins, le blocage électoral italien (dont je ne doute absolument pas qu’il se résolve par l’émergence d’un gouvernement de cohésion de retour à la case départ) est révélateur 1 / de l’impasse européenne sur les bases actuelles. 2 / ce qui attend inéluctablement les autres pays si leurs dirigeants poursuivent sur la ligne de l'autisme social. 

Le peuple, une fois de plus, se retrouve au banc des accusés. On fustige sa tendance au "populisme", son manque de culture politique, sans se pencher sur le coeur des rancoeurs: la vidange progressive chez nos dirigeants, devenant chefs comptables de succursales bancaires une fois au pouvoir, de leur part d’humanité. Derrière le "blocage", le message italien est clair : le sacrifice de peuple pour contenter des divinités énigmatiques, Bruxelles et les marchés, n'est pas une politique viable à long terme dans une démocratie.

Traitez les gens comme des chiens, ils finiront par vous mordre. Ce n’est qu’une question de temps. 

Illus : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, E.Petri (1970)

30 avril 2011

Rencontre avec Alastair Campbell

par
[Message de service : Désolé pour cette interruption momentanée des programmes, mais mon organisme a pris quelques vacances sous la forme d'un virus ravageur me clouant au lit plusieurs jours.]

...and now for something completly different :
La semaine dernière, Terra Nova proposait à quelques blogueurs et journalistes de rencontrer Alastair Campbell, le "spin doctor" de Tony Blair de 1994 à 2003, l'homme clé d'une stratégie de campagne inspirée de celle de Bill Clinton, dont notre Monarque s'est en partie inspiré à son tour.  

Au programme : de l'influence des réseaux sociaux dans la campagne présidentielle en 2012 ? En gros, est-ce que l’opération Obama est possible en France ? Petit compte rendu d'une heure de discussion entre Alastair et les blogueurs.

1 / Internet, un espace inexploré pour une politique de proximité.

Décontracté et à l'écoute, Campbell regrette qu'en France et en Angleterre, hormis quelques rares exceptions[1], les politiques délaissent ce média populaire qu'est devenu internet (quand ils ne le considèrent tout simplement pas comme une menace).  

C'est d'autant plus fâcheux que, selon lui, le succès des réseaux sociaux est en partie dû à la défiance croissante envers les paroles politiques et médiatiques. Ne croyant plus en rien, nous croyons en nous-mêmes : famille, collègues, amis… et nous communiquons en réseaux plus ou moins fermés via facebook ou twitter. Les politiques ont du mal à entrer dans ces extensions de l'intime. Ils voient encore internet comme un moyen de communication classique, c'est à dire global. Les réseaux sociaux consistent à se "faire des amis", à dire ce que l’on fait, à réagir vite, à dire ce que l’on pense à brûle-pourpoint de tel ou tel sujet : c’est, paradoxalement, de la politique de proximité.
*
Twitter, qui permet de répondre tout de suite à la polémique, est encore considéré par le politique français comme l’objet de la communication et non comme un moyen d'expression. On l'a encore vu récemment avec l'opération de 'com de François Bayrou descendant de sa montagne pour offrir aux internautes une heure de parole divine sur le service de micro blogging, un jeudi à 15 heures. [2]

Pour Campbell, Internet donnera un moyen aux politiques d’être plus près des citoyens seulement s’ils comprennent qu'il s'agit d'un dialogue. Les politiques sont encore piégés dans les anciens schémas médiatiques. Il cite Bill Clinton : « le bruit des médias est si fort, que les politiques créent leur réalité selon ce bruit».

2 / « Les politiques confondent la stratégie et la tactique. »  

Même s'il précise que ce sont d'abord les chaînes télévisées d’information continue qui changèrent la donne, internet force les politiques à modifier leurs tactiques. La tactique c’est du court terme, elle se base sur la réaction. La stratégie de long terme reste primordiale, il faut qu'elle soit lisible par tous et que le candidat s'y tienne. Occuper l'espace médiatique est obligatoire : « si on ne fait pas la météo, le camp d'en face la fait ». En revanche, il faut que les actes coïncident avec les paroles. Selon lui, le politique doit toujours dire la même chose, mais d’une manière différente chaque jour.

Il prend l’exemple de la campagne Obama contre Mac Cain en 2008. D’un point de vue marketing, Mac Cain n’était pas un mauvais candidat. Sa stratégie reposait sur son expérience et le fait qu’il n’était pas comme George W.Bush. Pour contrer la "fraîcheur" de la campagne Obama et l’emballement sur le net, il a choisi dans la précipitation une jeune femme comme colistière, Sarah Palin. C’est précisément ce qui a marqué la fin de son aventure. Il rentrait en contradiction avec sa stratégie en choisissant dans l'urgence une potentielle vice-présidente sans expérience et encore plus à droite que Bush.

"Il faut toujours commencer avec la stratégie. Si l’objectif est facile : il faut gagner. La stratégie est plus difficile. Et pour comprendre la stratégie, il faut toujours regarder les slogans." Pour Bill Clinton, c’était "New Democrat". Pour Tony Blair, c’était "New Labour" (la modernisation du parti travailliste). Pour Barack Obama, c’était "Yes, We can" : l’optimisme, du peuple vers le peuple, avec la notion d’effort.

3 / L'implication des militants sur le net.

"Obama, c’était une campagne moderne basée sur des principes anciens" constituée autour d’une très petite équipe. Il a donné à ses supporters sur internet, les outils, les messages, les idées, l’inspiration et il les a responsabilisés en leur faisant confiance (ce qui est loin d'être le cas en France, où les initiatives de terrain et les propositions de la base ont du mal à remonter). Les supporters ne faisaient plus seulement partie de la campagne, ils devenaient la campagne.[3] "Il a donné l’impression que c’était un grand acte d’émancipation de contribuer financièrement à sa campagne qui était pourtant la plus riche du monde."[4] La compréhension de cette interaction est essentielle pour saisir la dynamique Obama.
 
Pour finir sur une note nationale, Campbell trouve que la politique française est tournée vers le débat pour, au final, aboutir à peu de décisions. Il reconnait que Le Monarque a essayé de changer ça, mais qu’il a échoué. "La déception est plus intense quand l’on a le sentiment d’avoir investi dans une personne". Selon lui, c'est le cas avec notre Monarque comme avec Tony Blair mais, au fond, c’est l’histoire de tous les candidats du monde. Mis à part Lula qui obtint des indices de satisfaction très élevés en fin de mandat. 

Bon, nous n'avons pas parlé de l'implication de son pays dans la guerre en Irak qui est pour beaucoup dans la "déception" côté anglais, mais ce n'était pas le sujet de la rencontre ce matin-là. Il en sera question, ainsi que de la superficialité des sondages, dans cette interview vidéo sur France 24.



[1] Ils sont encore peu à vraiment s'atteler à un blog, moins d'une dizaine a réellement twitter eux-mêmes autre chose que leur emploi du temps et autres extases suite aux derniers propos du Monarque. 

[2] Qui considère Twitter comme un artifice supplémentaire de communication corporate, risque le FAIL

[3] Principale innovation de la campagne d'Obama : elle a généralisé à l'échelle d'un pays les campagnes de terrain de démocratie locale. Le porte-à-porte était effectué par les militants eux-mêmes dans leur  voisinage :  le lien de confiance est déjà établi. Cela implique de faire confiance aux militants, même si ces bénévoles donateurs sont encadrés par un staff salarié de 2700 organisateurs de terrain.  Ne pas oublier non plus le fichier de 13 millions de courriels, avec croisement des bases de données permettant un ciblage ultra précis. 

[4] Les deux tiers du financement de la campagne d'Obama proviennent de petits dons de moins de 200$ collectés en quelques clicks sur un site dédié - MyBO

13 mars 2011

Autour des insurrections arabes : rencontre avec Mansouria Mokhefi

par
En complément du billet de vendredi sur le retour précipité du cow-boy diplomatique, voici quelques notes prises lors de notre rencontre la semaine dernière avec Mansouria Mokhefi de l'Institut français des relations internationales[1]Nous avons échangé nos impressions de "blogueurs occidentaux" sur les mouvements tunisiens et égyptiens vus depuis twitter et facebook[2] et la responsable du programme Moyen-Orient / Maghreb à l’IFRI a répondu à nos questions.

1 / Les racines communes entre les récentes révoltes de Tunisie, d’Egypte et de Libye ?

En 2007, dans Le Rendez-vous des civilisations, Emmanuel Todd et Youssef Courbage envisageaient des  mutations arabes sur la base de trois critères : une démographie jeune dans plusieurs pays, couplée à un taux d’alphabétisation élevé et une baisse de l’endogamie. M.Mokhefi valide les deux premiers critères. Depuis un demi-siècle, les pays arabes indépendants ont dans leur majorité accordé beaucoup d'efforts à l'éducation des nouvelles générations, en les privant dans le même temps d'alternance politique. En plus de l’accès à l’information internationale, M.Mokhefi pointe le rôle essentiel de la chaîne Al-Jazeera  : « une chaîne pas paternaliste, non arrogante, qui s’adressait à eux et n’hésitait pas, de par son côté lointain (basée au Qatar), à critiquer des choses à l’intérieur des pays arabes. »

M.Mokhefi remet en perspective le prisme libéral réduisant l'insurrection tunisienne à un ras-le-bol des entraves quotidiennes, faites au commerce et à l’entreprise, qui se serait cristallisé sur le sacrifice de Mohamed Bouazizi. « On a peut-être pas fait une lecture exacte autour de ce jeune homme. Il n’était ni éduqué, ni diplômé. C’était un petit marchand qui subissait la tyrannie que tout le monde subit dans les régimes dictatoriaux : celle du petit chef. Il y a peut-être aussi des raisons personnelles. L’immolation par le feu, c’est interdit par l’islam. Peut-être que je me trompe, mais j’attache aussi  beaucoup d’importance au fait qu’il ait été giflé en public et par une fille policière. »   
Les femmes.  Elle insiste sur leur rôle déterminant en Tunisie et en Egypte, peu évoqué dans les médias occidentaux (qui se concentrés sur "la première révolution facebook") : « De tous les âges et toutes conditions, les femmes étaient en première ligne […]. Le travail souterrain au niveau de la société civile, a été très important pour maintenir un lien social, pour s’affirmer à travers des organisations de défense des droits de la femme, des associations de quartier, des écoles et des universités. En Egypte, il dépasse tout ce que l’on peut attendre ou espérer d’un pays arabe où l’on ne pense pas habituellement qu’une femme puisse jouer un rôle quelconque dans la société, encore moins une femme voilée. En Tunisie, ce rôle a été encore plus important à cause du code du statut personnel instauré en 1956 par Habib Bourguiba. […] "Je ne dresse pas un tableau évangélique. Je suis vigilante et même sceptique, je crains beaucoup de choses. Mais je crois qu’un point de non-retour a été atteint. Les femmes dans les pays arabes ne vont pas occuper demain des postes de ministres à parité, mais c’est le déblocage mental et psychologique qui nous importe ici. A partir de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, les rapports de la femme tunisienne et égyptienne avec son conjoint, son fils, son frère, son oncle et son père vont être complètement changés ».
Sur les revendications, M.Mokhefi nous avertit : « Il faut éviter de coller nos grilles d’analyses sur des pays que nous ne connaissons pas très bien. […] La dimension de la question sociale a été occultée dans l’information répercutée ici mais elle est centrale. Du travail, de meilleurs salaires, une égalité sociale ». Elle attire notre attention sur le fait que nous avons trop souvent omis ici les revendications de dignité largement portées à tous les âges, et toutes les conditions. « Dignité pour être reconnu dans un dialogue, ou une information nationale et dignité pour les femmes quand elles réclament l’égalité. […] Il faut aller dans les pays arabes pour savoir ce que représente l’Europe où on peut travailler, circuler, parler, où on ne sera pas giflée. ». 

Si notre style de vie, véhiculé par nos images, nos infos, par satellite ou internet, a influencé en amont les révoltes, comment sont alors perçus là-bas nos propos du moment, et spécialement la réduction  des mouvements d'émancipation des peuples au "spectre de l'islamisme" ou aux vagues migratoires ?

"Hormis le relais des blogs, ce qui m’a frappé en Egypte et en Tunisie, c’est le désintérêt de la population par rapport à ce que les gouvernementaux, institutions journalistiques et intellectuels occidentaux pourraient dire, avoir à dire, exprimer, analyser ou commenter. Nos débats ne concernent que nous. Là-bas, il y a eu de gros slogans « laissez-nous tranquilles, on n’a pas besoin de vous »." 

L’occident reste néanmoins une vitrine avec des critères et des valeurs, une vie démocratique même imparfaite, auxquels les populations aspirent : "La démocratie va mettre du temps à arriver. Donc ce ne sont pas des gens à qui l’on peut dire « vous avez votre démocratie, restez chez vous »". Les évènements ont précipité dans le chômage les tunisiens déjà les plus en difficulté.  "Ce sont ces gens-là qui partent. La révolution c’est très bien mais cela ne me donne pas à manger. Et comme tout est un peu désorganisé, ils se trouvent là une voie de sortie."


2 / Sur le risque islamiste et la Libye.

Le mouvement tunisien était spontané : "Il a surpris tout le monde, les islamistes en premier. En Tunisie, ils étaient complément éradiqués du paysage national depuis Bourguiba. Ils ont été pris de vitesse, ils n’ont pas pu manipuler, ils n’ont pu intégrer, ils n’ont même pas accompagné."  En Egypte, foyer des frères musulmans, la chute a été aussi rapide "mais il y a eu une vigilance populaire. Ils savaient que les frères musulmans étaient présents et la société civile (jeunes blogueurs, les femmes de tous âges…) ont dit clairement « vous ne parlerez pas : c’est notre mouvement »."

Boostés par les évènements tunisiens et égyptiens, les insurgés libyens ont pensé que ce serait plus facile« Ils ont été confortés par le lâchage international de Kadhafi. Ils ont aussi pensé que l’armée basculerait facilement. » M.Mokhefi est maintenant inquiète de la situation. D'un côté le discours démagogue de Kadhafi est encore entendu et avec ses moyens financiers, elle craint qu’il ne reprenne la main. De l'autre, le pourrissement est favorable à une infiltration voire une récupération par des éléments radicaux : "Il y a des éléments extérieurs (mercenaires) à la fois appelés par Kadhafi et peut-être même sollicités par l’opposition. [...] On est dans une configuration favorable à ce qui fait peur à l’occident.» 
A la question d'un soutien français à la Libye (l'entrevue a lieu le jour de l'annonce du Monarque et de Cameron "inspirée" par BHL), elle voit difficilement sous quel prétexte une armée occidentale interviendrait dans un conflit intérieur arabe et pose même la question de l'intervenant.  Obama ne peut pas se dédire de son discours d'ouverture et adopter une politique militaire qui serait perçue comme celle de Bush. Alors qui ? 

« L’Europe n’est pas unie, n’a pas les moyens.[3] L’ONU ? Non. Aucune décision ne pourra être prise au conseil de sécurité. La Chine et La Russie n’accepteront jamais. L’Afrique ? […]. Désespéré par l’attitude des arabes pour se mettre à son niveau pour un discours d’unité, Kadhafi a concentré toute sa diplomatie sur l’Afrique. Et il a fait beaucoup de choses pour l’Afrique […] c’est l’acteur arabe le plus important sur le continent africain. Les pays africains ne feront jamais une unité contre lui."

A l'évocation de la Libye, la communauté internationale semble tétanisée.  Chacun tablait sur un soulèvement vite expédié dans la foulée du "jamais deux sans trois". Chaque jour qui passe fait craindre le contraire.

Au même moment, l'Arabie Saoudite connait ses premières manifestations.  

* * *
[1] Merci @nobr_ pour cette rencontre.

[2]  A l'image de la classe politique, nous sommes beaucoup à avoir d'abord sous-évalué les mouvements là-bas et, en général, à avoir un regard lointain sur cette zone. Comme nous continuons d'ailleurs pour la plupart à regarder de loin, une situation tout aussi dramatique, et bien plus dingue, en Côte d’Ivoire.

[3] Pourtant, 80% du pétrole libyen est exporté vers l'Europe. il y aurait peut-être là un levier de pression ?

11 mars 2011

Contretemps man

par
Après avoir survolé les révoltes arabes pour ne trouver au final qu'à brandir la crainte d'une immigration massive, Le Mini-Monarque, aka Super chrétien, a décidé que, flûte, y'en a assez maintenant de passer pour un nase de Tripoli à Washington en passant par le Puy-en-Velay. 

Chez notre culbuto, la politique l'internationale est dictée par l'intérieure. Celle-ci se résumant ces jours-ci à tenter de renouer à tout prix avec une crédibilité populaire qui lui fait défaut jusque dans ses rangs, il veut étendre son "savoir-faire". Rien de tel qu'un tapis de bombinettes pour sauver des gens chez eux (que l'on déclare vouloir refoutre à la mer chez nous, étrange non ?) et redorer son pin's de président dans deux secteurs de pointe de La France avec un grand N : la crainte du grand méchant arabe et rouler des mécaniques de l'autre côté de la Méditerranée. 

Sur la base d'une conversation autour d'un thé fin avec Bernard Henri Lévy, notre souverain propose à l'UE des frappes aériennes ciblées sur la Libye. C'est pas comme si on avait eu 40 ans pour liquider Kadhafi en toute discrétion. Là faut agir vite et bien visible !

Sûr que Mouamar s'accrochant (ah ces dirigeants et leur pouvoir !), la perspective d'avoir à re-retourner sa veste et de voir à nouveau se planter, un jour, dans les jardins de L'Elysée la Quechua Deluxe de l'ex-dictateur, ex-terroriste (1980-2001) puis ex-partenaire (2007) puis de nouveau ex-dictateur sanglant (la semaine dernière, 'tain c'est compliqué les affaires étrangères): ça la ficherait mal. 

Jouer au Bush de Franprix et montrer qui c'est Raoul juste pour gagner deux ou trois points dans les sondages : on le retrouve enfin notre ouinneur, expert en dentelle, à-propos et demi-mesure.  

Seulement badaboum, patatras : quand ça veut pas, ça veut pas ! Avant même qu'Angela Merkel ne se déclare "fondamentalement sceptique" (google translate : c'est plié), Dame nature s'y met et le jour du buzz programmé, c'est vers le Japon que les regards se tournent. 
PS : Une pensée pour Alain Juppé.

31 janvier 2011

D'une révolution l'autre

par

Le Monarque avait raison. 2011 sera une année utile. Janvier n'est pas fini et voilà déjà la seconde révolution près de chez nous. Après la Tunisie, la rue égyptienne est le théâtre de la passion populaire pour le catapultage artisanal de pouvoir autiste.

Avec toute cette agitation, tu trépignes et t'interroges : les mouvements auxquels nous assistons sur écran sont-ils exportables chez nous ?

Rappelons d'entrée que les révolutions en question ne sont ni de coton, ni de twits, ni de jasmin. Elles font des morts.

Ensuite.

Malgré nos constats accablés sur La France qui va mal, nombreux sont ceux aujourd'hui à vivre mieux  qu'il y a quatre ans. Bonne santé, bonne retraite, placements immobiliers, avec un petit héritage sans frais de succession là-dessus : ils ont des cheveux blancs, peur de l'autre et on les croise souvent en 4X4. Les situations de rentes sont plus florissantes pour la partie haute de la société (nous ne parlons pas ici des très riches) depuis l'élection du Monarque et sa cascade de cadeaux fiscaux (alibis pour passer la pilule des grosses défiscalisations pour les très riches). 

Nos bienheureux alimentent malgré eux le sentiment de "déclassement" chez leurs grands enfants (en gros de 30 à 50 ans) qui ragent en silence de ne pas pouvoir surconsommer avec la même insouciance, et  tempèrent cette colère par le crédit.

Le jeune insurgé, lui se fait rare. Pas le temps, il cherche un stage.

Quant à la priorité du type vraiment dans la galère : survivre. 

Hors des registres publicitaire ou commémoratif,  le mot "révolution" et le concept lié ont également mauvaise presse, méprisés par les politiques, conspués dans les tribunes "sans tabou" des insoumis du "politiquement incorrect" dont on se demande en quoi ils sont insoumis et incorrects dans la mesure où ils vont toujours dans le sens du pouvoir en l'encourageant à aller encore plus loin : la pensée réactionnaire remue du ressentiment populaire, appelle au respect du 14 juillet, mais surtout, surtout, détourne le citoyen de la contestation pour mieux le modeler aux doctrines libérales. Mais je m'emporte. Revenons à la question :

Pour contrer la funeste destinée que sa classe dirigeante lui bétonne, de telles mobilisations sont-elles possibles dans notre pays où les vieux dominent, où les jeunes ont des rêves de vieux, où politiques et médias entretiennent ce climat ? 

Oui.

Mais il faudrait...

1 / Une prise de conscience de tous les autres.
Préalable à tout mouvement, la "révolution" doit d'abord être intime. Dans la société du consentement, où la corruption se décline dans nos actes quotidiens, chacun peut, doit, agir à son niveau pour freiner, déjouer, ralentir ou carrément contrer la machine à opprimer.

2 / Une jonction des mécontentements.
Pas de mouvement non plus sans un rapprochement entre la jeunesse, cherchant à s'insérer, et "les insérés", plus âgés et mal traités. Leur incapacité à se fédérer en classe réactive et l'entêtement d'une majorité à rester scotchés aux standards d'avant, sont les deux drames de l'époque parachevant tous les autres. A ce sujet, l'analyse du "déclassement" doit sortir de la seule thématique du "manque de pouvoir d'achat".[1]

3 / L'indispensable étincelle.
Les sermons des présidents européens, avocats zélés du néolibéralisme, sur l'inexorabilité des politiques de rigueur nous en rapprochent chaque jour un peu plus. Mais cela ne suffira pas. Le suivi médiatique (là, internet a un rôle à jouer) des conflits sociaux, des mouvements de contestations (comme, par exemple, cette grève de la faim des CRS contre les réductions d'effectifs !) est décisif. Là-dessus, une bonne grosse gaffe présidentielle peut foutre le feu (même que cette option est la plus probable de toutes).

Cumul des révolutions intimes, prise de conscience de nos intérêts communs, jonction  : ce jour-là, oui, les salariés du privé défileront aux côtés des fonctionnaires, les jeunes aux côtés des quinquas licenciés, les chômeurs avec les retraités aux petites pensions, pour renverser l'ordre "sans alternative" qui les malmène tous. Même que ça fera un carton sur internet ! Nous sommes le pouvoir, la force et le nombre. Par paresse et confort, nous l'avons juste oublié. Merci aux tunisiens et aux égyptiens de nous rafraîchir les idées. 

* * *

[1] Le déclassement c'est également : la casse continue des acquis sociaux, le piétinement des valeurs républicaines, la dégradation des conditions de travail, mais aussi la dégradation programmée des services publics pour les faire basculer dans le privé, l'alimentation au rabais, la prégnante rengaine de la résignation et la  contamination de nos consciences à la rentabilisation du moindre aspect de nos vies, aux mécaniques d’isolement et de défiance des uns envers les autres que nous propageons en pilote automatique. 

15 janvier 2011

La révolution n'a pas été télévisée

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Ben Ali s’est barré de Tunisie. Chassé par la rue moins de 24 heures après son allocution télévisée de la dernière chance. Bravo aux Tunisiens pour cette leçon de courage et de détermination, et au passage, une hallucinante soirée sur twitter où nous avons pu constater, par défaut, le côté 56k de l'info télé française.[1] 


La situation est aléatoire et je me garde de pronostiquer quoi que ce soit ou de comparer les évènements de là-bas avec la montée de la contestation dans les pays d’Europe confrontés aux politiques de rigueur, mais je ne peux m’empêcher de tirer quelques constats à chaud : 

-  Le point de départ. C'est un jeune vendeur à la sauvette, diplômé et chômeur, dont la police confisque les biens, qui, se sacrifiant, aura raison moins d'un mois plus tard d'un chef d'état en place depuis 23 ans.

- Le facteur décisif de la montée des prix des denrées alimentaires. A noter que cette année, avec la montée du prix du blé - nouveau terrain de jeu des spéculateurs -, la montée du tarif du paquet de nouilles  est timidement annoncée chez nous.

- La tiédeur des deux grands partis français à condamner la répression sanglante (90 morts) à une heure d'avion, voire le soutien appuyé d’une Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires Etrangères, allant jusqu’à proposer notre « savoir faire » policier à Ben Ali dans sa gestion des troubles, il y a quatre jours, il y a un siècle. Et, bien sûr, son corollaire : le retournement de veste qui gagnera en ampleur dès lundi chez ses ex-amis. 

- A noter et ce n'est pas rien que la première "cyber revolution" vient du monde du monde arabe (dans un pays aux médias pourtant verrouillés) et que l'islam n'a rien à voir dedans. Voilà qui calmera - pas bien longtemps je le crains - les promoteurs de clichés poussiéreux. 

- Contrairement aux apologistes de l’a-quoi-bonisme, l’exemple tunisien nous rappelle l’efficacité de ce mode de revendication nommé "manifestation massive et prolongée". Ce dernier point ne manquera pas de mettre mal à l’aise les divers régimes plus ou moins absolument pas démocratiques des pays du secteur, mais pas seulement. Les braises du ressentiment chauffent de plus en plus en Europe et dans sa périphérie. Les peuples rechignent à se laisser imposer un destin prémâché à la saveur souffrance (notamment grâce au niveau d’éducation et de l’accélération de l’accès à une information) : on saisit alors mieux l’ardeur, ici ou ailleurs, de nos élites à conspuer un "populisme" "qui joue avec le feu" au moindre mal, social, économique ou éthique (les trois vont souvent ensemble) mis en avant dans le discours public. (Mais aussi à faire peur, brider l'internet et à dégrader le secteur de l'éducation. Apeurer un peuple bête et désinformé est la garantie d'un exercice peinard du pouvoir.)

Cette double attitude de nos élites (molle dénonciation des dérives sanguinaires d’un pouvoir autocratique et virulence à condamner ou mépriser l'expression du désarroi et de la colère populaire) cache de plus en plus mal, soit leur déconnexion totale avec le peuple, soit leur terreur de celui-ci, soit, et c'est le plus probable, les deux à la fois.


[1] Nous avons ainsi apprécié hier soir des portraits des relations franco-tunisiennes sur TF1 et France 2 multipliant les images de Chirac, Mitterrand ou Chevènement mais se gardant bien d'en intercaler une seule de notre Monarque à nous en plein french-kiss avec Ben Ali, et pourtant il y en a de belles et récentes en HD. Je vous conseille à ce sujet, le site de l'Elysée à la rubrique "Tunisie".

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