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30 avril 2011

Rencontre avec Alastair Campbell

par
[Message de service : Désolé pour cette interruption momentanée des programmes, mais mon organisme a pris quelques vacances sous la forme d'un virus ravageur me clouant au lit plusieurs jours.]

...and now for something completly different :
La semaine dernière, Terra Nova proposait à quelques blogueurs et journalistes de rencontrer Alastair Campbell, le "spin doctor" de Tony Blair de 1994 à 2003, l'homme clé d'une stratégie de campagne inspirée de celle de Bill Clinton, dont notre Monarque s'est en partie inspiré à son tour.  

Au programme : de l'influence des réseaux sociaux dans la campagne présidentielle en 2012 ? En gros, est-ce que l’opération Obama est possible en France ? Petit compte rendu d'une heure de discussion entre Alastair et les blogueurs.

1 / Internet, un espace inexploré pour une politique de proximité.

Décontracté et à l'écoute, Campbell regrette qu'en France et en Angleterre, hormis quelques rares exceptions[1], les politiques délaissent ce média populaire qu'est devenu internet (quand ils ne le considèrent tout simplement pas comme une menace).  

C'est d'autant plus fâcheux que, selon lui, le succès des réseaux sociaux est en partie dû à la défiance croissante envers les paroles politiques et médiatiques. Ne croyant plus en rien, nous croyons en nous-mêmes : famille, collègues, amis… et nous communiquons en réseaux plus ou moins fermés via facebook ou twitter. Les politiques ont du mal à entrer dans ces extensions de l'intime. Ils voient encore internet comme un moyen de communication classique, c'est à dire global. Les réseaux sociaux consistent à se "faire des amis", à dire ce que l’on fait, à réagir vite, à dire ce que l’on pense à brûle-pourpoint de tel ou tel sujet : c’est, paradoxalement, de la politique de proximité.
*
Twitter, qui permet de répondre tout de suite à la polémique, est encore considéré par le politique français comme l’objet de la communication et non comme un moyen d'expression. On l'a encore vu récemment avec l'opération de 'com de François Bayrou descendant de sa montagne pour offrir aux internautes une heure de parole divine sur le service de micro blogging, un jeudi à 15 heures. [2]

Pour Campbell, Internet donnera un moyen aux politiques d’être plus près des citoyens seulement s’ils comprennent qu'il s'agit d'un dialogue. Les politiques sont encore piégés dans les anciens schémas médiatiques. Il cite Bill Clinton : « le bruit des médias est si fort, que les politiques créent leur réalité selon ce bruit».

2 / « Les politiques confondent la stratégie et la tactique. »  

Même s'il précise que ce sont d'abord les chaînes télévisées d’information continue qui changèrent la donne, internet force les politiques à modifier leurs tactiques. La tactique c’est du court terme, elle se base sur la réaction. La stratégie de long terme reste primordiale, il faut qu'elle soit lisible par tous et que le candidat s'y tienne. Occuper l'espace médiatique est obligatoire : « si on ne fait pas la météo, le camp d'en face la fait ». En revanche, il faut que les actes coïncident avec les paroles. Selon lui, le politique doit toujours dire la même chose, mais d’une manière différente chaque jour.

Il prend l’exemple de la campagne Obama contre Mac Cain en 2008. D’un point de vue marketing, Mac Cain n’était pas un mauvais candidat. Sa stratégie reposait sur son expérience et le fait qu’il n’était pas comme George W.Bush. Pour contrer la "fraîcheur" de la campagne Obama et l’emballement sur le net, il a choisi dans la précipitation une jeune femme comme colistière, Sarah Palin. C’est précisément ce qui a marqué la fin de son aventure. Il rentrait en contradiction avec sa stratégie en choisissant dans l'urgence une potentielle vice-présidente sans expérience et encore plus à droite que Bush.

"Il faut toujours commencer avec la stratégie. Si l’objectif est facile : il faut gagner. La stratégie est plus difficile. Et pour comprendre la stratégie, il faut toujours regarder les slogans." Pour Bill Clinton, c’était "New Democrat". Pour Tony Blair, c’était "New Labour" (la modernisation du parti travailliste). Pour Barack Obama, c’était "Yes, We can" : l’optimisme, du peuple vers le peuple, avec la notion d’effort.

3 / L'implication des militants sur le net.

"Obama, c’était une campagne moderne basée sur des principes anciens" constituée autour d’une très petite équipe. Il a donné à ses supporters sur internet, les outils, les messages, les idées, l’inspiration et il les a responsabilisés en leur faisant confiance (ce qui est loin d'être le cas en France, où les initiatives de terrain et les propositions de la base ont du mal à remonter). Les supporters ne faisaient plus seulement partie de la campagne, ils devenaient la campagne.[3] "Il a donné l’impression que c’était un grand acte d’émancipation de contribuer financièrement à sa campagne qui était pourtant la plus riche du monde."[4] La compréhension de cette interaction est essentielle pour saisir la dynamique Obama.
 
Pour finir sur une note nationale, Campbell trouve que la politique française est tournée vers le débat pour, au final, aboutir à peu de décisions. Il reconnait que Le Monarque a essayé de changer ça, mais qu’il a échoué. "La déception est plus intense quand l’on a le sentiment d’avoir investi dans une personne". Selon lui, c'est le cas avec notre Monarque comme avec Tony Blair mais, au fond, c’est l’histoire de tous les candidats du monde. Mis à part Lula qui obtint des indices de satisfaction très élevés en fin de mandat. 

Bon, nous n'avons pas parlé de l'implication de son pays dans la guerre en Irak qui est pour beaucoup dans la "déception" côté anglais, mais ce n'était pas le sujet de la rencontre ce matin-là. Il en sera question, ainsi que de la superficialité des sondages, dans cette interview vidéo sur France 24.



[1] Ils sont encore peu à vraiment s'atteler à un blog, moins d'une dizaine a réellement twitter eux-mêmes autre chose que leur emploi du temps et autres extases suite aux derniers propos du Monarque. 

[2] Qui considère Twitter comme un artifice supplémentaire de communication corporate, risque le FAIL

[3] Principale innovation de la campagne d'Obama : elle a généralisé à l'échelle d'un pays les campagnes de terrain de démocratie locale. Le porte-à-porte était effectué par les militants eux-mêmes dans leur  voisinage :  le lien de confiance est déjà établi. Cela implique de faire confiance aux militants, même si ces bénévoles donateurs sont encadrés par un staff salarié de 2700 organisateurs de terrain.  Ne pas oublier non plus le fichier de 13 millions de courriels, avec croisement des bases de données permettant un ciblage ultra précis. 

[4] Les deux tiers du financement de la campagne d'Obama proviennent de petits dons de moins de 200$ collectés en quelques clicks sur un site dédié - MyBO

5 novembre 2008

Vers un leadership funky !

par

J'ai honte : Je ne partage pas l'orgasme médiatique français (préliminaires des trois dernières semaines + coït de cette nuit) concernant l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Notons que pour les tv et radios françaises et si l'on s'en tient à la localisation de leurs principaux directs, l'Amérique se restreint à Manhattan et encore, entre le 42e et la 50e rue au niveau de la 7e avenue.

Les raisons de mon amertume ? Premièrement, j'étais malade (trop de Bud avec mes burgers et mes frites Mc Cain au Planet Hollywood) et, rien à faire, cette nuit blanche du 4 novembre gardera à jamais un arrière-gout de vomi.

Deuxièmement, malgré qu'Obama soit le premier président américain a écouter la même musique que moi et que je me réjouisse de l'avancée sociétale que son accession aux plus hautes responsabilités représente, cette success story à pépites de grand-mère cancéreuse que l’on nous rabâche depuis des mois, le tout sur fond de facebook et de SMS, avec un bouquet final sous la forme pré-totalitaire d'un infommercial de 26 minutes simultanément diffusé en prime-time sur les principaux networks, passe mal.

Barack Obama est le fabuleux cygne noir à l'apparence super-cool qui prouve que les États-Unis ne sont plus au bord mais bien au fond de la cuvette. Je précise que j'aurais voté pour lui, sans grande illusion, si j'avais été concerné par ce scrutin.

Communication, économie et guerre sont les trois rênes du règne américain. La guerre est un fiasco, l’économie ne va pas mieux, reste la com' : l’iconographie et ses symboles. Le nouveau président génère de l’image et suscite à nouveau du rêve là où il n’y avait pour beaucoup à travers le monde plus que rejet et haine.
Comme un Tony Blair en son temps, entreprenant une fructueuse campagne de marketing pour une Angleterre en crise, Obama fait encore mieux que Rocky IV et les spots Levis pour l'image de son pays à l'étranger. Il le dit lui même : Son élection doit restaurer la confiance dans le modèle américain, ce dont le marché a diablement besoin.

Au-delà de l'espoir d'un "changement" (bon vieux classique électoral), Barack clôt en fanfare un épais chapitre : Celui de la suprématie de l’Amérique que nous et nos parents avons connu. Voila le vrai changement que peu de nos médias conservateurs et serviles ont évoqué.

Une chose est acquise : Les espérances sont hautes. Sa présidence se doit d'être aussi révolutionnaire que son élection et dans un bref délais. J'ai presque envie d'y croire.

Sur une note
franco-française, le fait qu’Obama soit le favori de mon président et de ses teckels à tee-shirts obamaniaques de type Frédéric Lefebvre me le rend, de fait, moins attachant. Et puis, il parait que l'homme a tout piqué à la communication sarkozienne.

Précisons pour calmer les esprits que la problématique immobilière aura surement plus compté que la couleur de peau du nouveau président américain :
Ici on a eu "La France de propriétaires", là-bas on a une Amérique qui veut le rester.

Précisons aussi que l'Amérique reste cette terre d'opportunités où tout est possible quand on dispose de montagnes de cash et du soutien de la majorité des médias.

On the bright side...

Comme vous je connais un peu La France et je reste convaincu que pour certains (bien plus que 7%) derrière l'emballement mimétique, cette élection est un bug-system.
En ce matin du 5 novembre 2008, j’imagine avec délice les têtes interdites de ces pépères au racisme honteux qui cimentent nos belles régions et qui sont toujours ponctuels aux bureaux de vote. Pour eux, bien qu'ils ne s'étendent pas trop sur le sujet, le noir est au choix, un génie du foot ou un apathique tout juste bon à nettoyer le carrelage à La Javel à condition qu’on lui hurle bien dessus, bref un ingrat qui ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir eu des aïeux colonisés par L'empire Français.

Je salive également d’avance en songeant au contraste que provoquera une visite du premier chef d’état noir de la plus grande puissance mondiale (où l’apartheid lynchait son plein il y a encore 50 ans) dans notre bonne vieille république des lumières blafardes avec des Brice Hortefeux comme gestionnaire des flux, une seule députée représentant "la diversité" dans l'hémicycle et pour unique variante de couleur gouvernementale sa Rama Yade d'agrément (non élue). Le siège éjectable de Rachida Dati est quant à lui déjà enclenché.

Je laisse donc aux autres le soin de gloser sur cette nuit du 4 novembre, d'autant que je sens que ma tasse de tilleul-menthe est actuellement en ballottage interne défavorable, et conclurai avec quelques extraits de cette bonne parole populaire française (qui à en croire RMC n'a pas connu une telle joie collective depuis la victoire à La coupe du Monde de football en 1998) entendus dans la bouche de deux adolescents à la sortie du bus 95 :

- Ouais super un président Ke-bla comme dans Deep Impact !

- Ouais c'est comme dans 24 heures !

It's all entertainment folks !

(Pour info dans 24 heures, le président meurt assassiné dans le premier épisode de la saison 5 et dans Deep Impact, les Etats-Unis terminent ravagés par un météorite géant.)


3 septembre 2008

Sarah Palin : L'arme fatale ?

par
Attention aux confortables erreurs d’analyses au sujet de la politique US à 4000 kilomètres de distance.
Rappelez-vous l’été 2004 après le plébiscite du Farenheit 911 de Michael Moore en France (scandaleuse palme d'or*) : Les médias français considéraient comme acquise l’élection de John Kerry, candidat démocrate devant nettoyer l’insulte George W.Bush et dont on a depuis oublié le nom et la tête.

Ayant séjourné cet été là dans un Michigan bien différent de celui repeint par Michael Moore, j’étais revenu en France avec la conviction que Bush serait réélu, ce dont mon entourage et les médias, prenant leur éthique personnelle pour une vérité générale, ne pouvaient pas concevoir.

Ce sont les mêmes qui prétendent aujourd’hui que le candidat républicain John Mac Cain a torpillé sa campagne présidentielle avec le choix de Sarah Palin, gouvernante débutante de l’Alaska et ultra-conservatrice, comme colistière de son ticket.

Effet de la panique qui envahit le camp républicain après le succès de la convention démocrate, point extatique de l’Obamamania, le tir de barrage « Sarah Palin » de l’ancien militaire Mac Cain n’est, d’un point de vue tactique, pas la suprême bêtise que l’on peut lire ici et ou encore .

D’abord, et vous l’aurez noté : C’est une femme. Mac Cain ose donc ce que les démocrates n’ont pas fait.

Le passé de Miss qui dévalue Sarah Palin dans les médias français est positivement connoté dans la conscience populaire américaine. Une Miss américaine n’est pas Valérie Bégue. On a beau voir la miss en bikini dans le magazine du flingue, son bikini reste un drapeau américain et on ne verra jamais sa sex-tape dans News of the World. La différence est ténue mais là-bas, un bout de nichon c’est sacré.

La Miss fait partie de la tradition américaine comme le premier amendement et le pop-corn au cinoche du samedi soir. Cette ascension sociale via une promotion qui n’est pas seulement esthétique mais inclut des valeurs morales et religieuse, est hautement considérée outre-atlantique. C’est du spectacle, certes, mais qu’est-ce qui ne l’est pas aux Etats-Unis ? Cette dimension n’est pas à prendre à la légère pour un peuple qui a consacré à deux reprises un acteur de série B à sa présidence et un boby-builder autrichien venu réussir son rêve américain, à la tête du gouvernement de Californie.

Ensuite, Sarah Palin gouverne l’Alaska, ce qui pour l’américain moyen est un peu la dernière frontière bref, un synonyme d’ouverture sur le monde. Pour faire court, ça nettoie l’accusation d’un vote trop poussiéreux. Le républicain moyen qui votera pour une colistière d’Alaska aura le sentiment d’avoir accompli un geste aussi révolutionnaire que s’il avait voté pour un candidat noir - mais avec le noir en moins -. Car, croyez-moi là-dessus, on sous-estime en Europe le racisme anti-black qui est toujours une constituante américaine.

Sarah est créationniste ? Pro-arme ? Anti-avortement ? So what ? Sarah est à l’image de nombre de ses compatriotes. L'histoire de la grossesse de sa fille mineure ? Tout cela va rentrer dans l'ordre par un mariage et, au contraire, finira par rajouter du crédit à son discours célébrant la vie à tout prix et attendrira l'audience (spéciale dédicace à Rachida).
Ne pas oublier le dicton "God, Guns and Guts made America Great". Sarah Palin réunit les trois mieux que personne !

Sarah Palin gêne l’élite des côtes ouest - c’est à dire l’intelligentsia européanisée de New-York, Boston et Los Angeles - et la majorité des européens soit, respectivement, 7 % et 0% de la population américaine. Le vote ne se passe pas là.

Son inexpérience et son côté populaire ? Dans des démocraties occidentales qui plébiscitent les candidats de Big Brother ou de la Star Academy et font de ces jeux la seule possibilité de progression sociale, je prétends que ça la rapproche plutôt des ambitions moyennes de ses électeurs.
Ajoutons qu’il y a un bon paquet des soutiens d’Hillary Clinton qui ne se reporteront jamais sur Obama.
Ajoutons qu''il y a aussi un paquet de noirs américains qui considèrent Barack trop blanc.
Ajoutons que les hispaniques sur la base d’une jalousie communautaire n’encaissent pas Obama et qu’ils représentent un autre gros paquet d’électeurs et que ça commence à faire beaucoup de paquets...
Ajoutons que « Démocrate » et « Républicain » ne signifient pas « gauche » et « droite » mais que chacun de ces deux partis regroupe des gens de gauche et de droite (quoique dans le cas des républicains c'est plutôt de "droite" et d'"extrême-droite").
Je reste donc, pour l’instant, réservé sur le soi-disant suicide politique de Mac Cain.
Au contraire, on a jamais autant parlé de lui depuis 72 heures.

N’est-ce pas le plus important quand on vend un produit ?
* L'attribution de la palme d'or à ce documentaire de piètre qualité n'est peut être pas étrangère au fait que, cette année là, le président du Jury, Quentin Tarantino, préparait la sortie de son film "Kill Bill" produit et distribué par la même compagnie que celle aux commandes du film de Michael Moore. Simple supposition...

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