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14 décembre 2015

Régionales 2015, round 2 : ne t'en fais pas, les meubles vont bien

par
"Rien ne sera plus jamais comme avant"... jusqu'à la prochaine fois.

Here we are folks. Après une campagne hors-sol, d'abord inexistante médiatiquement puis hystérique, totalement imbibée par la politique nationale, les résultats des régionales c'est l’école des fans. Ceux qui devaient gagner ont perdu, ceux qui pensaient tout perdre s’en sortent bien, les vainqueurs le sont grâce aux voix des perdants et la région la plus importante de France glisse des mains du candidat socialiste comme une savonnette au sauna de Solférino.

Détaillons en dix points :

1 / Parce que c’est ma région et que j'ai un peu la haine, je commence par là. En Ile-de-France, Claude Bartolone du PS échoue face à une figure de l’incompétentosphère de la bourgeoisie de droite. C’était imperdable bordel ! A moins de ne pas vouloir gagner. Le bon côté, c’est que Le Petit Journal a une ligne éditoriale assurée pour les six prochaines années, parce que des grosses pécrèsseries, je vous le signe ici : il va y en avoir par kilotonnes sur une base quotidienne.

2 / Les socialistes "sauvent les meubles". Il y a encore un mois, je leur donnais zéro région. (cf point 8)



3 / Après une non-campagne où il a été question de tout sauf de l’impact concret sur notre quotidien de l’action des conseils régionaux, c’est un succès apparent de la campagne de second tour sur le dos du FN. Le parti de Marine Le Pen se prend une tarte dans toutes les régions. MAIS…

4 / Jusqu’à quand cette politique du « front républicain » répondant dans l’urgence à l’inertie programmatique des partis de gouvernement ? Réponse : tant que ça n’échouera pas. Le piège est enclenché. Vous vouliez des idées et du renouveau pour 2017 ? Dommage, vous aurez une bataille des candidats pour arriver au second tour face à Marine Le Pen et, automatiquement, gagner. Attention. A force de "sauver les meubles", on va peut-être finir par légitimement avoir envie de les brûler.

5 / Le FN, la petite entreprise qui ne connait pas la crise. 350 nouveaux conseillers régionaux et un positionnement clair : ils sont l’opposition. Ils métastasent et se solidifient laborieusement dans le paysage.

6 / Ne jamais crier victoire avec un loustic pareil (hyper hermétique à l'humilité), mais on pourrait cette fois être débarrassé du teigneux de Neuilly. Ratage au premier tour, grattage des voix de gauche au second, tout en appelant piteusement au "ni-ni" : Sarkozy est le grand perdant des régionales.

7 / A l’inverse, en plus de sa victoire dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand a marqué des points dans son discours d’ouverture dimanche soir. Depuis deux ans quand je dis que ce type sera le prochain (ou le prochain prochain) président, on me lance des soupirs amusés d’intensité à peu près équivalente à ceux lancés en 2011 lorsque j’évoquais la possible victoire d’Hollande l’année suivante. Celui qui fait oublier qu’il a été ministre de Sarkozy s’est également démarqué des têtes de son parti qui ont utilisé cette soirée médiatique comme tremplin perso pour la campagne des primaires à droite.

8 / Le ras-le-bol de la politique gouvernementale ? Pas si sûr. Le meilleur score socialiste est obtenu par un ministre du gouvernement (qui n’a même pas fait campagne qui plus est). La droite appelle a accélérer les réformes, l’exécutif "n’entend pas changer de cap".

9 / Que les abstentionnistes d’Ile-De-France ne viennent pas pleurnicher dans les mois qui viennent. Lutter contre l’arrestation abusive de militants écolos (ce qui n’est pas du ressort de la région) en donnant les clés de la gestion des écoles, des routes à un conseil régional de droite (à dominante Manif pour tous), j’ai vu moins couillon (même dans l’équipe de Pécresse).

10 / Le « changement de logiciel » s’impose. Là au moins, nous serons tous d’accord. Ils l’ont tous répété hier soir. Il y a d’un côté la bataille des idées, mais aussi le casting. Celui-ci ne prend  pas en compte la diversité sociale et professionnelle de ce pays (FN compris) et ne se renouvelle pas (elle est sympa cette boîte où même quand tu es viré tu peux repointer sans cesse). De ce côté-là, rien n’arrivera en attendant les bras croisés. C’est le challenge du moment, d'autant qu'il y a un boulevard pour une opposition constructive. Nous sommes nombreux à avoir envie de voter "pour" et non plus "contre".

7 décembre 2015

Régionales 2015, round 1 : jusqu'ici tout allait bien

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La baffe des #Régionales2015 est pire que prévue. Le 6 décembre 2015 relègue le 21 avril 2002 au rayon d'accident de tir sur un stand d'animation folklorique pré-estival.

Le FN triomphe avec des candidats parachutés mais médiatiques. Le PS est sanctionné en local pour la politique nationale. LR perd le leadership de l'opposition et la défaite est cinglante pour Sarkozy qui non seulement ne capte plus le vote FN comme par le passé (c’était à peu près sa seule qualité) mais en plus divise ses troupes. La gauche, rongée par son archaïsme communicationnel et/ou ses batailles intestines, est inaudible. Les abstentionnistes sont fiers d'eux. Nord et Paca (entre autres) basculent à droite (avec un FN à 40% dans le Nord et un PS pulvérisé). La politique d’austérité du gouvernement (bien silencieux en ce dimanche de rouste) explique bien plus ce score (et la démobilisation qui va avec) que les récents attentats de Paris. Dans la capitale, le FN ne dépasse  pas les 10%. Pourtant, j'ai bien peur que la réponse soit la poursuite et l'accélération dans cette course à l'échec, avec un climat de guerre là-dessus pour unir le pays contre l'ennemi.

La France est à bout de souffle démocratique, au bout de ses scléroses, de ses non-renouvellements de personnels, d’idées et nous (qui par fatalisme, cynisme ou confort, avons également renoncé pour la plupart à nous investir) nous sombrons dans cette absurdité : nous sanctionnons le gouvernement pour sa politique de droite libérale par une forte vague de droite réac (notons d'ailleurs que, pour Les Républicains, une gauche même molle est pire qu'une droite dure). 

Si ce premier tour des régionales est l’échec de Valls et Sarkozy (pour avoir l’un et l’autre persisté dans leurs obsessions), il faut dépasser leur petits cas personnel (l'histoire va les digérer, et moi aussi j'ai envie de dire à l'unisson du pays : "C'est bien fait") : à partir du 13 décembre ce sont les gens en local qui vont trinquer. C’est le plus terrible dans ce délire national : des Français vont payer au quotidien pour les turpitudes d’une élite qu’ils dénoncent par ailleurs en installant une autre micro-élite, nullissime en gestion et pourrie idéologiquement. 


Le calendrier électoral est désastreux. A la différence des différentes mairies conquises par le passé et dont la gestion a tourné vinaigre, si le FN récupère des régions (et notamment le Nord-Pas-de-Calais pour sa présidente), le délai sera trop court avec la présidentielle pour que l’on puisse tirer l’an prochain un bilan négatif de son action.
 
Si maintenant vous n'avez pas compris que si vous ne vous mêlez pas de politique, elle finit par se mêler de vous, alors effectivement vous n'avez plus qu'a prendre un bol de popcorn et confortablement vous installer devant BFM pour les prochaines soirées électorales à dominante bleu marine.

25 septembre 2015

C'est pas moi c'est Macron !

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J'essaye de relativiser et parfois même je m'agace de la posture facile d'un Michel Onfray surfant sur le mécontentement général pour se réfugier dans un abstentionnisme dandy (phase 1 d'une campagne marketing vers sa candidature à la présidentielle), mais s'il y en a un qui cristallise mon mécontentement envers ce gouvernement c'est bien Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, de l'Industrie et du Numérique. Il a même réussi à éclipser Valls de ma hit list. A tel point que je me demande si celui qui n'est pas socialiste et encore moins citoyen lambda, qui vit clairement dans une bulle, où ne flotte que des "entrepreneurs" et "investisseurs", sans même avoir la légitimité d'un scrutin à son actif (ce qui, quel que soit le bord politique, demande un minimum de contact avec les gens) n'est pas là précisément pour ça.

Macron est à Hollande ce que Frédéric Lefebvre était à Sarkozy : un lanceur de trucs à ne pas dire (ou à ne pas avouer quand on est président) histoire de faire le buzz et de sonder le niveau de résignation de l'opinion. Soit il est "recadré", soit "il a le mérite de dire les choses" soit les deux, en attendant il occupe le temps d'antenne.

Vous vous souvenez de Frédéric Lefebvre ? Non. Normal. Et pourtant, il était un pilier du dispositif média de Sarkozy président. Pendant une bonne moitié du quinquennat, entre deux lectures de Zadig et Voltaire et avant de virer mystique, son rôle a été d'occuper les ondes chaque matin et de faire le débat pour le reste de la journée, voire de la semaine, zapping inclus,  voulant un jour faire travailler les malades et le lendemain redéfinissant l'internet à la sauce Neuilly... 

Macron est au moins utile à ça. Ne pas se fier à son look de gendre idéal, c'est l'interface RMC-GrandesGueules-GrossesTêtes du gouvernement. Mieux vaut taper sur les 35 heures plutôt de lutter  contre les abus des entreprises préférant jongler avec les "auto entrepreneurs" et les stagiaires  plutôt que d'embaucher pour de vrais postes normalement payés. Mieux vaut cracher sur les fonctionnaires que de reconnaitre avoir dilapidé des milliards en CICE pour les mêmes entreprises sans que cela se traduise par la moindre embauche (spécialement lors d'une énième publication désastreuse des chiffres du chômage). Rappelons d'ailleurs que selon Macron, s'il y a du chômage c'est la faute au salariat. Après on peut toujours dire, ou faire dire par son premier Ministre, sur le ton de la plaisanterie qu'on n'a pas dit ça et que les phrases sont sorties du contexte, à ce niveau de répétitions il ne s'agit pas d'accidents mais bien d'une mécanique. En comparaison, Frédéric Lefebvre était un petit joueur.

Macron révèle tout haut ce que construit progressivement ce gouvernement dans le prolongement économique du précédent : une société où chacun devra être le sous-traitant de l'autre et le donneur d'ordre d'un troisième. Une société où le commerce fait enfin loi au-dessus de tout. Une société  débarrassée du collectif (hors commémorations, tensions sécuritaires ou incantations pour un monde meilleur) visant l'individualisation de chacun ou plutôt son isolement définitif. Une société où les gouvernements enfin débarrassés du cambouis pourront enfin se consacrer pleinement à faire ce qu'ils font de mieux : des phrases en 140 caractères.

15 septembre 2015

2 ou 3 précisions sur l'entrevue avec DSK

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L’info a donc fini par fuiter (elle n'était pas secrète, il suffisait de suivre Twitter ce soir-là) :  Dominique Strauss-Khan a rencontré des blogueurs. Comme j'en étais, il convient de repréciser quelques points dans un article « exclusif » de France info qui dès la seconde ligne contient une erreur factuelle : Quand on n’est pas capable de différencier un PMU d’un restaurant on peut légitiment avoir des doutes sur l’exactitude des propos rapportés.

Flash back. La semaine dernière.

Je ne croyais pas qu’il pointerait son nez. L’invitation « confidentielle » ayant été envoyée par mail groupé trois semaines à l’avance, j’imaginais qu’il y aurait une fuite. Et non, personne n’en a rien su à part les intéressés. A ma grande surprise, et celle de Jegoun, maitre des lieux, l’ex-patron du FMI finit bel et bien par débarquer dans la Comète, fief kremlinois de nos réunions de blogueurs depuis… oui déjà.

Le truc est tellement improbable que la clientèle du soir, certes un peu éméchée, n’y prête pas attention. En une poignée de main, DSK efface en un instant toute l’appréhension que l’on pouvait avoir et le barnum médiatique dont il fut le propulseur quatre ans plus tôt. Dans l’arrière salle de La comète, nous sommes une bonne vingtaine de blogueurs de gauche du milieu et de gauche de gauche. Une demi-douzaine de fans Strauss-Khaniens amortissent de leurs louanges le décalage, vestimentaire soyons gentils, entre les blogueurs et l’ex-pas candidat à la présidence. D’ailleurs, pourquoi vient-il puisqu’il nous répète à plusieurs reprises qu’à moins de circonstances exceptionnelles il ne compte pas refaire de politique ? Ce que, personnellement, à l'issue de l'entretien je ne crois absolument pas. Lui se considère en marge du jeu, comptant bien exercer une influence (il utilise le mot « gourou ») mais plus par l’expertise, et via les réseaux sociaux (j'y reviendrai). Le Jack is back de l'été dernier sur Twitter était une étape de cette reconquête (réussie en audience).

Je suis toujours méfiant (mais curieux) de ces réunions de blogueurs avec des personnalités politiques. Entre la timidité des interlocuteurs ne se dissipant au mieux qu’au moment de se dire au revoir, et le nombre des intervenants tuant tout autant l’impertinence que la pertinence, on ne joue quasiment jamais à armes égales avec des « stars » rodées à la communication qui vous emmènent généralement là où elles le veulent en vous donnant l’impression que c’est votre idée. Je n’ai qu’une poignée de contre exemples de rencontres politiques enrichissantes qui en apprennent plus sur le caractère de l’homme ou la femme politique, et éclairent sur son parcours et ses ambitions. Avec DSK je n’ai pas la sensation d’avoir en face de moi quelqu’un cachant son jeu. On le sent prudent, notamment sur ses mots choisis avec précision (de peur d’être enregistré surement) lorsqu’il évoque la politique présidentielle actuelle. En substance : Hollande aurait raté l’occasion historique de faire, sur le rejet populaire de Sarkozy, une campagne de vérité face aux Français. Elle lui aurait permis d’appliquer directement une politique sans trahison au lieu de louvoyer durant deux ans pour finir par faire les choix par défaut et se faire détester de tous. DSK est prudent aussi quand il évoque les relations avec ses anciens ou nouveaux amis d’un parti socialiste qui « n’existe plus » selon lui, bien qu’il reconnaisse qu’on ne peut encore rien faire électoralement sans une grosse formation derrière soi.

Alors que dans la salle résonne depuis un transistor le Time is on my side des Rolling Stones, au fil des questions de plus en plus saillantes DSK flingue doucement, au silencieux, et livre une analyse assez froide et pessimiste du paysage social et politique actuel. Il estime que tous les scénarios pour 2017 sont inquiétants. "La droite est sur une fin de vie difficile", les deux partis de gouvernement sont pro-austérité, et les identitaires surfent sur l’écœurement des Français face à une classe politique racontant n’importe quoi depuis trop longtemps spécialement lorsqu’elle est dans l’opposition. Ce cycle n’aboutit à ce qu’aucune politique viable ne puisse être menée. Ce à quoi j'ajoute à titre perso que les questions identitaires ou sécuritaires sont également mises en avant par l’opposition et le pouvoir pour escamoter leur manque d'imagination ou de résultat.

L’entretien dérive sur la Grèce (en résumé : les Allemands vont trop loin et nous avons un vrai problème « culturel » avec eux sur la question de la dette), les impôts (« une réponse politique à une question technique ») et le « problème de compétitivité française ». Sur ce dernier point il est dans les rails de Macron, enfermé dans la logique sans fin de « la capacité à mieux vendre le travail des français » face à la concurrence. Sur le revenu universel, il sort mot pour mot ce que Mélenchon nous avait répondu en 2010 (comme quoi) : « Je crois au travail ». Certes, pour lui nous allons travailler moins spécialement dans les tâches répétitives et c’est tant mieux, des métiers disparaitront mais d’autres s’inventent déjà. Il est d’ailleurs optimiste sur les potentiels de l’économie Française. Dans la dernière partie, nous évoquons le communautarisme et son expérience de Maire au milieu de communautés à Sarcelles (c’est rare de l’entendre sur le sujet, il est assez pragmatique sur la question quitte à faire du hors-piste républicain). Moment intéressant donc. Un seul regret nous n’avons pas répondu à l’objet de sa demande, car contrairement à ce que raconte France Info, l’invitation ne vient pas de nous mais de lui : Pourquoi bloguons-nous ? Pourquoi débattons-nous en ligne ? Pourquoi nous intéressons-nous encore à la chose politique ?

En ce moment, je suis bien incapable de lui répondre. 


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12 avril 2015

3X rien au sujet de la jeunesse

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78 fermetures de classes maternelles et primaires à Paris ...dont une dans l'école maternelle de ma fille (et ce contre toute logique démographique). Ma gamine aura ainsi le bonheur de passer de 25 à 32 enfants dans sa classe. Elle qui voulait faire "maîtresse" quand elle serait grande, elle se réorientera probablement vers "chef de camp de garde". J'imagine que tout ceci rentre dans l’effort pour l’accès à l'éducation dans les meilleures conditions cher à notre glorieux Président durant sa campagne, et l'égalité des chances pour les filles qui tenait tant à cœur à la ministre Najat Vallaud-Belkacem il y a encore deux ans

A moins que tout ceci ne soit juste qu'une formidable publicité pour l'école privée.

S'attaquer aux enfants pour compenser les milliards déversés aux entreprises qui n'embauchent pas. En plus de son incompétence, ce gouvernement est minable. 

Mais mon petit doigt me dit que parents et enseignants n'ont pas dit leur dernier mot.  Le printemps sera chaud.

Source de l'illustration : Sébastien Fontenelle

15 septembre 2014

Vers le ras-le-bol social ?

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On a trop malmené François Rebsamen. Et s’il avait, avec son ball-trap sur chômeurs capté l’humeur du pays ?, comme Moscovici l’année d’avant avec son ras-le-bol fiscal partagés même par des non-imposables.

De plus en plus, j'entends cette rengaine (hier encore au hasard de deux conversations avec des gens totalement dépolitisés, bref anti-socialistes) : "Les chômeurs sont trop payés et ça ne les incite pas à reprendre un boulot". Ça ne vient pas de patrons geignant pour que le gouvernement leur oigne encore le corps de quelques ors, mais bien de simples salariés qui ont souvent (mais quelle famille n'en a pas) des chômeurs dans leur entourage proche.

La connerie crasse serait-elle en train de triompher ?

Une récente étude du Crédoc tendrait à le prouver. 

Attention ça raye le cerveau :

- 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont pas fait d'effort pour s'en sortir. (25 % en 2009). (L'argument génétique n'est pas encore invoqué, mais c'est pour bientôt).

- 53 % considèrent que le RSA n'incite pas les gens à travailler (31 % en 2009). (Et là je proteste : 509 euros par mois, ça ne te permet même pas d'acheter une moitié d'Iphone6 te permettant d'accéder au statut d'être humain)

- 63% pensent que l'aide apporte aux familles très modestes est suffisante (31% en 2009).  (Et si on pouvait en lapider quelques-uns en place publique, ce serait bon pour le moral de la collectivité).

- 64 % pensent que, s'ils le voulaient, les chômeurs pourraient retrouver un emploi. (Et gagner au Millionnaire).

Avec des scores pareils, ce n'est plus seulement l'expression des riches. Au lieu de renforcer les solidarités, la baisse du niveau de vie renforcerait la haine de l'autre, et la recherche de boucs-émissaires. 

La-dessus le discours du Medef servi en trois-huit télévisé imbibe les esprits : la pauvreté, c'est la faute aux pauvres, comme le chômage est la faute des chômeurs, patron = dieu à qui faire quotidiennement des offrandes. Nous ne sommes même plus au niveau de la réduction des idées, mais du court-circuit de neurones via la boite de dérivation du sens critique TNT-TF1-CdansLair. 

Face à cet océan de connerie due à un arrosage médiatique massif de la doxa libérale conduisant les  victimes à épouser la logique de leurs bourreaux, répétons quelques évidences :

1 / Ne sont indemnisés que les chômeurs qui ont assez cotisé (en langage libéral, on appelle ça une assurance). Ce qui nous en dégage une bonne moitié déjà.

2 / Les aides sociales perçues par les familles en difficulté sont, par définition, quasi intégralement reversées dans la consommation de survie (boire-manger-rester propre). A ce titre, on pourrait presque affirmer (allez on l'affirme) que des boites comme Carrefour ou Auchan vivent en grande partie grâce à ce transfert d'argent public via la poche des pauvres. (L'autre partie étant le fruit de leur  optimisation fiscale performante).

3 / Admettons même que certains chômeurs ne soient pas incités à retravailler. N’est-ce pas en raison des salaires de merde qui leur sont proposés ? (Quand il y en a un d’ailleurs, souvent il faut sortir de sa poche pour bosser, c'est sûr que suivant l'équation temps pour soi = richesse, ça calme sec). Le problème n'est pas celui de l’indemnisation trop haute (la supprimer accélérait la paupérisation française donc la chute de consommation, donc la chute de l’emploi, donc le chômage) mais la trop faible rémunération du travail ! (Rappel : ne pas confondre avec la rémunération du capital qui elle augmente). Note : Quand je sors cet argument face à un salarié "outré" par les chômeurs feignants, il m'oppose souvent un : « - Oh bah euh…mais…euh…mais c’est vrai t’as peut-être raison » alors que je perçois sur son visage sa difficulté à rechercher une réplique efficace parmi les milliers d'heures de programmes télés qu'il a bouffés. 

Ça devient (presque) comique quand, en grattant un peu, je découvre que ces salariés moralisateurs sont déprimés par un boulot qu'ils n'aiment pas, où leur salaire s'est transformé en remboursement de crédits, quand il ne sont pas harcelés. Certains chérissent le fantasme de se faire virer pour monter leur entreprise, partir en Angleterre ou en Australie (parce qu'ailleurs ils ont tout compris eux) ou encore de devenir fermier macrobio avec maison d'hôtes à la campagne (une fois leurs indemnités empochées bien sûr, 99% de moi-même pensant que ce scandaleux salaire, même faible, ne les incite pas à avoir le courage de quitter leur boulot).

Bien sur, on attendrait d'un gouvernement socialiste même et surtout impopulaire, qu'il profite au moins de cette défiance pour réaffirmer quelques principes de solidarité et œuvrer pour les plus démunis, et non surfer sur cette vague de rejet des solidarités. Ce ne serait même pas du courage, juste le respect de son programme.

Mais ceci est désormais une utopie.  


12 septembre 2014

#Socialimze : Tu seras un #SansDents mon fils

par

OK, le bouquin de l'autre pathétique a bien amusé la galerie fusillant la rentrée sociale et littéraire en une passe par occupation totale du temps d'antenne. Notre président a cru bon de rajouter un épisode à ces Feux de l'Amour de la République en précisant face à son hagiographe qu'il aimait quand mêmes les pauvres. Ouais +1 et pouce en l'air les gueux !

Le vrai problème de la polémique des "sans-dents" engendrée par les confessions de la Cosette névropathe de L'Elysée n'est pas de savoir si oui ou non Notre Président appelle les pauvres ainsi sur le ton de la blague, mais bien que la politique qu'il mène depuis quelques temps est diablement raccord avec ce mépris des moins favorisés. Une phrase pareille parait ainsi crédible, et c'est absolument tout sauf une blague pour ceux qui vivent au quotidien ce mépris dans leur chair.

Dernier épisode en date, diablement maladroit mais on n'est plus à ça près : l'annonce de la suppression immédiate, par la CNAM et l'Etat, du programme de prévention bucco-dentaire M'T DENTS, et ce dès aujourd'hui (malgré les centaines de milliers de courriers envoyés cette année).

Et là, comme dirait Valérie, je me sens un peu trahi et vénère.

Oui parce que je viens de recevoir le coupon pour ma fille.



Le programme M'T Dents offre, enfin offrait, une consultation chez le dentiste pour votre enfant aux âges à risque entre 6 et 18 ans. Objectif : dépistage et soins éventuels. 

L'UFSBD precise que "les politiques de santé bucco-dentaire à l’école inspirées par l’UFSBD ont permis de diviser par 3 le nombre de caries par enfant depuis 1987 puisque chez les 12 ans, il est passé de 4,2 à 1,2" lit-on sur Doctissimo. En résumé, ce genre d'opérations marche.

Et c'est un type qui a dû dépenser le prix de deux bagnoles en frais dentaires non remboursés qui vous le certifie : le suivi précoce de votre enfant peut lui sauver la mise, lui économisera de la douleur et beaucoup de pognon dans sa vie adulte. Une carie soignée à treize ans (60 euros, remboursé spresque intégralement) peut vous éviter l'implant à trente (entre 1000 et 3000 euros remboursés au tarif : ton cul en selfie sur la commode si t'as pas une mutuelle de nabab qatari).

Et je ne parle pas évidemment des la thune ainsi économisée pour la collectivité. Ah oui, mais on s'en brosse le dentier, l'Etat a d'abord des banquiers à rembourser et des patrons à arroser.

Gel des petites retraites, réduction du congé parental, caries pour tous : grattons encore quelques millions sur le dos des plus fragiles. Et que chacun se démerde. This is the new socialimze !

Illustration : The late Richard Kiel.

26 août 2014

Ceci n'est pas un exercice

par

Quelle rentrée de merde mes enfants !

Après un été pourri sur le front de l’info mondiale et de la météo locale (même la 25e saison de Fort Boyard est vraiment en-dessous de tout), voilà que notre gouvernement réussi à saper encore un peu plus le moral de ce pays. J’étais presque décidé à reprendre la rédaction de ce blog en cherchant à défendre dans l'action gouvernementale (si si, reste des trucs). Et patatras, le lundi même où j’allais m’y mettre, un flash de France Info me stoppe net.

Passée ma fausse joie en entendant sur les ondes nationales et dans la même phrase les mots Valls et démission, je réalisai pas même blasé que le Président suivait en fait à la lettre son Manuel du parfait ratage sociétal-libéral[1], chapitre chantage, en tançant l'intégralité de son gouvernement pour les récents propos de Montebourg contre la ligne politique décidée par le Président. Il faut croire que François Hollande n'avait donc, jusqu'ici, jamais écouté son ministre de l'Economie, et que Montebourg ignorait tout de l'action du gouvernement auquel il participait. Le Président ne supporte plus de traverser en solitaire la tempête des mots de travers et, à défaut de pouvoir faire le beau temps et le beau temps, montre qui est le patron (après Pierre Gattaz bien sûr). Quand les cadres dirigeants s'ennuient, virer quelques subalternes ça détend toujours un peu, ça amuse la galerie et ça ne porte pas préjudice à l'activité.

Il n’en fallait pas plus pour alimenter le grand feuilleton de la rentrée [Mode conspiracy on/l'annonce de la démission collective du gouvernement arrivant le matin même de la rentrée de la majorité des médias/Mode conspiracy off]. Beaucoup de bruit pour rien, de la parlote pas chère, du suspens en balsa avec des jingles à la Gozilla marche sur Hollywood plus une cascade de directs satellites à 1000 boules la minute sur des perrons vides : les chaines d’info adorent les remaniements gouvernementaux. Et Pourquoi Jean-Michel Baylet a mis son costume du dimanche ? Et Bernard Tapie va-t-il revenir ? Selon ses informations Michael Darmon serait ministre de l'Information, est-ce crédible ? Et pourquoi Valls fait sa loi dans le triangle de Matignon-St-Honoré-Beauvau alors qu’il a fait un score minablissime à la primaire socialiste ? [2]. Alors Christophe Barbier, est-ce une crise de régime ? Une crise politique ? Des Chrysanthèmes ? Vous reprendrez bien un Krisproll Christophe ?

J’ai assez critiqué la pratique du sitcom permanent sous Sarkozy pour retomber dedans. Chacun se contre-branle copieusement du remaniement, encore plus aujourd'hui avec un pessimisme social au plus haut et une déflation qui se profile [3]. Et cet énième jeu de chaises musicales (avec de moins en moins de participants) ne va pas arranger ce sentiment de lassitude. Même Montebourg se carbonise au grand jeu du quel ministre ou ex ministre, potentiellement présidentiable, fera le plus de buzz à la rentrée ? alors qu'il était porteur d'une vraie parole (seul domaine où il excelle encore).

Comme vous, tout ceci me fatigue, m’exaspère. De la pitoyable danse du ventre au patronat, aux promesses non tenues en passant par ces personnalités pleines de promesses se fracassant avec plus ou moins de panache sur le mur de leur ego, je n’ai absolument plus envie de commenter l’actualité de ce quinquennat ressemblant dans les grandes lignes économiques, mais en version téléfilm moldave, à celui d’avant. Si je ne les regrette absolument pas, les années Sarko avaient au moins le mérite de recréer de la mobilisation et un vague désir de gauche. Ici, tout est désespérant du sol au plafond. En prime, le socialisme est flingué pour vingt ans. A la sclérose idéologique de ce pouvoir ensuqué dans des recettes économiques d'un autre siècle qui ne marcheront jamais (couvrir de de milliards les grosses entreprises en espérant des millions d'embauche n'est pas une ligne économique viable), va s'ajouter désormais le feuilleton de la prochaine présidentielle. Et le pouvoir là dedans ? L'action politique ? L'amélioration sociale ? L’intérêt collectif ?

Rien. Une petite gueulante de temps en temps et puis c'est marre. Une privatisation rampante de tout. Au mieux, une préparation mentale (avec moins d'hystérie que sous Sarkozy) au grand "démerdez-vous" qui s'installe année après année dans ce pays à force de travail au noir, de petits boulots, de salariat low-cost et de stages gratuits, d'indécences patronales et de self-exploitations auto-entrepreunariales.

Allons, ce n'est rien. Juste le blues de la rentrée. Juste un mauvais moment à passer.

Continuons la lutte camarades. 


[1] sobrement intitulé Comment trahir ses électeurs, tout en faisant une politique ringarde et sans souffle, pour faire l’unanimité contre soi jusque dans ses propres rangs et fièrement gagner 0.2 % de croissance en 5 ans de sacrifices ?  Fiasco éditeurs, 2012. (Réédition actualisée de 2007 et 2002)

[2] Au temps pour moi, celle-ci n’est pas posée.

[3] Rappel. L'inflation à la française, c'est l'augmentation de tout sauf des salaires.
La déflation à la française, c'est la baisse de quelques trucs comme les pastèques, les capotes et les salaires.

Illustration : source

15 avril 2014

Va plus à gauche, tu vas doubler par la droite !

par
Donc voilà...

J'annonçais hier sur les réseaux sociaux, avec cette causticité me caractérisant, qu'à ce point de trahison envers les classes populaires le pouvoir n'avait plus qu'à supprimer les forts coûteux bas salaires (après tout, ça simplifierait vraiment la rédaction manuscrite des fiches de paie pour ces martyrs d'un monde pas assez libéral que sont les chefs d'entreprise à 4X4 climatisé). Et ce midi :


Non rien, c'est nerveux. Je vais de ce pas acheter une grille de loto. Soyons fou, faisons sauter un tabou : nous aussi, les sans le sou, pouvons rêver d'une rémunération. Je me sens en veine. Trop de souffrance, pas assez d'espérance, je tente ma chance ! (parce que vivre correctement grâce à son travail, ça semble foutu).

(source)

9 avril 2014

Hey mec ! Où est mon gouvernement de gauche ?

par

Reconnaissons que depuis qu'avoir Euro RSCG au gouvernement, ça a quand même une autre gueule, celle du loup. Fini les atermoiements, les fausses pudeurs et les propos contradictoires Maintenant, avec le gouvernement de com' back ça file droit, enfin droite.

Je ne m’attarderai pas sur le discours de politique générale de notre premier ministre Manuel Valls hier devant les députés laissant le soin à ma gamine de 5 ans de vous le résumer. Voyant Valls sur l'écran lors d'un sujet introduit par le dithyrambique trio Barbier / Thréard / Calvi, la précieuse s'écria :

"- Oh, Nicolas Sarkozy !"

Perso, j'ai décroché au "La reprise économique est là" du chef du gouvernement. Cela me confirmait la crédibilité analytique du gars. 

Je ne garde que les deux lignes fortes d'un discours qui comble, pour au moins douze secondes, toutes les attentes du MEDEF :

1 / La suppression des cotisations patronales (charges en langue de droite) sur les salaires au SMIC au 1er janvier 2015, et la baisse des cotisations familiales sur  les salaires jusqu’à 3 fois et demie le SMIC. L'inévitable effet sera pour la seconde mesure de baisser les prestations familiales, et pour la première de cantonner encore plus de travailleurs au SMIC, c'est-à-dire plus assez pour vivre, et donc consommer, et donc... enfin vous m'avez compris. Abaisser le "coût du travail" est une priorité gouvernementale pour "rassurer les marchés" en période de "crise". Comprendre : quand il y a contraction économique, ceux qui ont le pognon veulent à tout prix continuer à préserver leurs rentes quitte à sacrifier les plus ou moins faibles (on les appelle aussi salariés) que l'on calme à coup de com' et de trémolos patriotiques à la TV en leur faisant miroiter avec punch et gomina une hausse de cinq cents euros annuelle (on en reparle l'année prochaine, rien n’empêchant les entreprises d'empocher la différence). Bien évidemment, dans la manœuvre, on évitera de s'attarder précisément sur les restrictions budgétaires et les reculs sociaux qui vont s’enchaîner derrière.

2 / L'acharnement à rembourser une dette que l'on ne remboursera jamais via un plan de 50 milliards d'économies en 3 ans (là aussi on en reparle l'année prochaine), et ce alors que le même gouvernement se prive de 60 milliards (80 voire 100, suivant les désirs de Monsieur Gattaz) préalablement offerts au patronat via le flou, confus et totalement raté Crédit d'Impôt pour la Compétitivité des Entreprises et le pipeau Pacte de Responsabilité (l'objectif responsable de cette mascarade est toujours fixé ce jour à zéro emploi). Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes : ce ne sera jamais assez pour le patronat. Une fois qu'ils seront débarrassés des cotisations sur les salaires, ils demanderont plus de flexibilité, puis le droit de licencier en dix minutes et sans frais, voire aux frais du licencié... Ça ne s’arrêtera jamais, surtout dans un tel rapport de soumission gouvernementale. Ils ont le vent dans le dos comme rarement depuis trente ans, ils ne vont pas s’arrêter en si bon chemin.

Tenez, moi personnellement, vu la météo des subventions, j'attends le pacte de rentabilité avec offre promotionnelle 10 smicards pour le prix de 2 pour lancer ma boite de formation en consulting d'optimisation fiscale, c'est juré.

Bref, il s'agit de poursuivre (en communiquant mieux, donc en se faisant aimer) une politique absurde d’assèchement des services publics, de stagnation des revenus et, conséquemment, de baisse de pouvoir d'achat. Pas un seul instant, Valls n'évoquera un gouvernement de combat pour rapatrier les centaines de milliards d'euros (des entreprises et des particuliers) échappant au fisc chaque année et, à portée de contrôleurs (si seulement ils étaient embauchés), des 80 milliards (estimation moyenne) de fraude fiscale pourtant récupérable en peu de temps pour combler les trous. Que voulez-vous... Cette mesure en plus d'être efficace, rapide et indolore pour les plus pauvres, est probablement trop à gauche. Ça fait désormais désordre dans un gouvernement socialiste, euh pardon : de com'back.

1 avril 2014

Le pouvoir de la farce

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Et donc ce quinquennat tourne au burlesque.

Entendons-nous, à la différence d'autres à gauche, je n'ai rien contre l'homme Manuel Valls. C'est un ballon de baudruche qui présente bien, un arriviste un peu trop vite arrivé, un produit du marché qui, il y a trois ans tout juste, déclarait vouloir en finir avec les 35 heures (ça lui a porté chance, il a fini 6% aux primaires du PS). Je suis sceptique et non pas haineux envers l'ex ministre de l'Intérieur nommé Premier Ministre en catastrophe. Je le sens tout à fait apte à précipiter l'avènement de la droite dure aux plus hautes responsabilités. 

Il fait presque l'unanimité contre lui à gauche et personne à droite ne l'aime (non les sondages d'opinion, ce n'est pas de l'adhésion : c'est juste que Valls est l'homme de "gauche" le moins détesté à droite, nuance. Cette attitude n'a jamais généré un seul vote). 

En revanche, je suis comme d'autres, écoeuré. Au lendemain d'une tarte électorale pour le gouvernement (dont on pouvait totalement avoir une autre lecture qu'une demande de droite) sa nomination à Matignon entérine que le changement ce sera ni maintenant ni jamais. On n'arrête pas une politique économique qui merde de la cave au grenier.

Cette vision éculée agitant les lunes poussiéreuses de l'indépassable croissance salvatrice et du "coût du travail" responsable de tous nos maux réussit l'exploit d'être un ratage tant sur le fond (prévu depuis un moment tant la méthode employée est la même que d'habitude) que sur la forme (la communication du pouvoir est un massacre depuis deux ans, la compilation de tout ce qu'il ne faut pas faire).

Derrière la farce, tout ceci est on ne peut plus logique (pour une fois) : Valls est l'homme parfait pour persévérer, et s'acharner dans l'erreur.

Ce pouvoir va donc enfin accomplir quelque chose de cohérent : une vraie politique de droite. Libérale et sécuritaire, pro-patronat et austère. Bref, de la vraie violence avec perdu au milieu un "volet social", comme une jolie rose isolée dans un champ de mines.

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25 mars 2014

En route vers l'inertie

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Ah et oui, il y avait des élections. 

Il y a six ans, j'aurais fait du lol, et surement commenté une claque envers un pouvoir désavoué à la première élection intermédiaire. Je me serais moqué des réactions des ténors du parti de la majorité dépêchés sur les plateaux télévisés au soir du premier tour des municipales pour nous expliquer que "non, ce n'est pas un vote sanction"[1], "que les efforts n'ont pas encore porté leurs fruits", "que le chômage baisse", "que le second tour est décisif", "que la route est longue, la pente est raide, qu'il faut faire barrage au FN et que ma belle-sœur en a et que d'ailleurs on l'appelle tonton et qu'il est hors de question pour nous, socialistes, de changer une politique de droite qui gagne". Mais non, là je suis dans l'état d'esprit de notre Président, retranché dans mon palais coupé du monde et je n'en ai juste plus rien à secouer des Français, toisant de mon dédain dandy la déliquescence d'une société du repli, souhaitant presque Sarkozy se représente tant il est le seul à pouvoir remobiliser la gauche autour d'un joli projet commun, viscéral, mais porteur de tous les possibles : lui coller une seconde raclée.

Dimanche, mon dégoût d'une "information" hystérique le disputait à la lassitude d'une situation électorale classique (un mauvais résultat pour la majorité dans un scrutin à mi-mandat est aussi surprenant qu'un dimanche après-midi télévisé avec Drucker).  

Même la montée largement surexposée du FN dans une poignée de mairies ne me provoque rien tant elle fait partie du spectacle, du piment démocratique, de la nécessaire preuve par l'exemple (il faut en passer par là, et les expériences municipales passées du FN se sont toutes transformées en fiasco) et de la logique du moment : cette déconnexion au mieux, l'encouragement au pire, de nos gouvernants envers une société du travail totalement individualisée, aux divertissements médiocres, une société de la bouffe avariée et du mal-soin, sans mémoire à plus de trois jours, pathologiquement craintive de la différence, qui revendique son ignorance et sa part de barbarie, une société de l'impatience où l'esprit de consommation et la notion de rentabilité s'étendent à tous les pans de la vie quotidienne, sentimentale et familiale, bref une société de merde, technologiquement très connectée et paradoxalement plus que jamais divisée en ghettos sociaux générationnels et ethniques, ne peut à terme que générer une expression démocratique de merde. Enfin... pour ceux qui votent encore tant l’exercice, matérialisation même symbolique d'une vision collective, devient absurde dans cet océan de défiance, de pessimisme et de chacun pour sa gueule qu'est devenu La France (abandonnée à l'Europe elle-même abandonnée au marché).

Sans une véritable politique de gauche (et là, plus rien n'est lisible à gauche pour l'observateur lambda qui ne veut pas "se prendre la tête", au bas mot les deux tiers des inscrits), au sens collectif du terme avec rééquilibrage des injustices, d'une façon ou d'une autre, sous un nom ou un autre, le FN arrivera aux commandes du pays. Tout, du haut en bas de la pyramide des exploiteurs et des exploités, des cyniques aux abrutis, des incompétents surpayés aux chômeurs ignorés, des rentiers aux jeunes endettés, des libéraux winners aux salariés insultés à longueur de journée, tout converge pour que le pire se concrétise depuis l'isoloir de nos aigreurs. 

A chaque soir d'élection, les pleureuses sous spots à tungstène des hauts plateaux du savoir sanglotent en direct haute définition sur le record d'abstention. Totalement égoïstement, à mon tour, par défaut, je n'y vois pas la pire des nouvelles dans le désastre. 

C'est probablement cette abstention qui nous préserve d'un score de droite encore plus fort.

[1] Envoyer Moscovici pour faire le SAV des socialistes et mobiliser pour le second tour, peut-on pire opération de com' ? Le mec est une publicité ambulante pour un vote anti-PS

Illustration : Jefferson Airplaine, Bless its pointed little head

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4 février 2014

Sociétal-libéral, tu perds ton sang-froid

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Le social-démocrate est un gars sympa, un peu austère, un peu rigoureux, mais pas complètement foutu. On peut encore discuter. Il est juste obsédé par des impossibilités : le remboursement de la dette et la croissance. Un jour, peut-être, il comprendra (il lui faudra le temps) qu'on ne remboursera jamais la dette et que du boulot, il y en aura de moins en moins (et que ce n'est pas une mauvaise nouvelle à moins de repenser la société de fond en comble). D'ici là, tant qu'il peut faire carrière, il appliquera encore et toujours, les recettes d'hier à la situation d'aujourd'hui avec le même échec pour demain.

Quid du "social-libéral" ?

Bon là c'est plus grave. On est dans l'imposture intellectuelle à fort potentiel marketing. Rapport qu'il y a un mot de trop à la base, social (protéger le plus faible) étant l'oxymore économique du libéralisme (que le plus fort gagne). 

En fait, le vrai terme pour qualifier le gouvernement en place serait plutôt "sociétal-libéral". Là c'est plus cohérent : une politique économique orientée à droite enrobée de réformes sociétales fortement marquées à gauche (mais compatibles avec le libéralisme, chacune créant potentiellement de nouveaux marchés). Le mariage pour tous, le droit à l’euthanasie, l’égalité homme-femme, la dépénalisation du cannabis (si si vous verrez)… Autant de combats nobles, que je partage, parfois urgents, mais qui ne sont pas considérés comme prioritaires pour les Français et ne répondant pas à la mesure du pessimisme et de la détresse sociale rongeant ce pays : chômage, précarisation du salariat (en fait, ce libéralisme mal assumé accélérera ce mouvement au nom du principe de "compétitivité") et mal-logement (la fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel, une fois de plus accablant).

- Salut. TVA bien ?

Le combat sociétal, nécessaire, a aussi pour effet bénéfique de détourner l'attention et cristalliser la contestation autour de quelques allumés qui, au final, par leurs excès, discréditent  et fragmentent l’opposition. Méthode efficace, mais dangereuse : en coagulant les colères des réactionnaires, on leur donne un sentiment de toute puissance avec les risques inhérents (montée du racisme décomplexé, violence, drainage général du débat politique sous le niveau de la mer...). On l'a vu avec les manifs pour tous, on l’a revu avec les trépanés du jour de colère, on le revoit encore avec ce délire collectif autour d'un SMS prétendant qu'un complot socialo-maçonnico-gay masturbe gratis à l'école…  Pendant ce temps-là, la destruction du code du travail ou le démantèlement de la protection sociale se poursuivent au même rythme de croisière qu'avant dans une relative discrétion et une totale atonie de la contestation. Pour résumer : ça gueule moins que quand nous étions gouvernés par la droite alors qu'objectivement, sur le plan social, c'est pire.

C'est bien vu. Le combat sociétal, on peut difficilement être contre sous peine de passer pour ce que l'on est : un rétrograde (aussi bien pour l'union homosexuelle, que le droit de mourir dans la dignité ou même le cannabis, il s'agit le plus souvent d'aligner la législation sur la réalité de la société). Le temps d'antenne ainsi occupé ne l'est plus pour de réels reculs sociaux et économiques : l'ANI, le CICE...

Pourtant, on peut se demander ce qui passe par la tête du gouvernement sociétal-libéral lorsque, suite à un énième défilé aux pétards mouillés de frappés du caisson, il revient en arrière sur un projet de loi (ne contenant même pas ce que les brailleurs en croisade exigeaient de retirer : PMA et GPA).

Là, on touche les limites de l'exercice. Ce sera quoi après ? L'abolition de l'avortement ou le retour de la peine de mort ? (Dans la logique qui les caractérise, ce sont les mêmes qui réclament les deux). Chômeurs et licenciés savent désormais qu'il leur faudra enfiler une soutane et scander des slogans obscurantistes pour être entendus du pouvoir.

A la décharge du gouvernement, il est vrai que la bêtise des arguments de la Sainte-Alliance des absurdes est désarmante. C'est précisément pour cela qu'ils ont un avantage. Et l'actualité nous le prouve jour après jour.

Jusqu'où ?

Ne jamais, jamais, sous-estimer la connerie de l'adversaire. C'est une règle d'or.


Article connexes :
L'Abrutea-Party
Qui a peur du mariage pour tous ?
La dette, péché originel pour peuples coupables

Illustration : Abbés en quenelle. (source)

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21 janvier 2014

François Hollande et le Medef : plaisir d'offrir, joie de décevoir

par
Une fois n'est pas coutume, joignons-nous à l'élogieux concert éditorial envers notre président enfin responsable, et reprenons sur notre blog une infographie officielle de L'Elysée relative au très sérieux pacte de responsabilité. Si si. Des gens compétents y croient cette fois. Au même moment, des médias toujours à l'avant-garde découvrent, alors qu'il bascule clairement social-libéral[1], que François Hollande serait social-démocrate (ce qu'il a toujours été, et ce n'est pas insulte dans ma bouche).


Constatons d'abord sur le flyer de la MEDEF-Party que la syntaxe patronale est copieusement reprise : coût du travail, alléger les charges... 

Face à la suppression des cotisations familiales (le nouveau cadeau désormais annuel aux entreprises après le fiasco - pourtant annoncé - des 20 milliards du CICE financés par la hausse de la TVA), on parle d'objectifs chiffrés d'embauches, mais... sans aucun chiffre. Pourquoi donc ? C'est simple. Il est malheureusement à craindre que d'embauches, je veux dire de véritables embauches avec un salaire décent et une visibilité à plus de six mois, il n'y ait pas

A défaut d'objectifs chiffrés pour demain, allons donc chercher les résultats déjà atteints hier avec ce type de méthodes dite de la nouvelle win. On trouve ça sur le site Babordages. On y voit, en deux courbes superposées, le taux de chômage fluctuant entre 9 et 11% depuis 30 ans et le taux de contributions patronales et sociales (charges et coût du travail en langage de droite) fondant de 20% dans le même temps. 


Zutalor. Dés que le patronat bénéficie d'un allègement de cotisations, il ne se répercute ni sur les salaires (ça, vous avez dû le remarquer), ni sur les embauches. C'est une constante depuis des décennies (dans le même temps, la part des revenus allant au capital n'a de cesse d'augmenter). Dès lors, l'observatoire des contreparties pourra observer d'ici quelques années que ce cadeau de 30 milliards n'a pas fonctionné comme nous l'espérions (je rappelle pour mémoire qu'il y a entre 50 et 100 milliards, on ne sait plus trop ma brave dame, d'évasion fiscale par an)

En décodé, travailleurs et chômeurs se seront encore bien faits baiser. 


Quelle sera alors la prochaine cartouche pour relancer notre compétitivité ? Je vous la donne en exclusivité : nantis de smicards, vous coûtez trop cher ! Bande de boulets empêchant les entreprises de bien tourner, il faut réduire vos salaires ! C'est vrai quoi, le SMIC est juste quelques euros au-dessus du seuil de pauvreté. Au nom de la simplification des normes, pourquoi ne pas uniformiser tout ça ! Enfin, on fera ça dans les formes, avec de la ouate et du feuilleton, entre deux Unes de Closer et des débats économiques télévisés à intervenants redondants nous conjurant à enfin choisir entre une politique de droite et une politique de droite. Car tu comprends mon con, il n'y a pas d'autre alternative que de faire et refaire les mêmes erreurs.

Je me jette à l'eau en prévision de l'appel d'offre marketing à venir. On appellera ça le contrat gagnant-gagnant-gagnant ou la garantie capital-pipe ou encore le pacte de précarité salariale

Ne me remerciez pas monsieur Gattaz, c'est cadeau. 

[1] Je vous renvoie à cet article à l'issue d'une autre conférence de presse du Président en novembre 2012 que je pourrais signer à l'identique aujourd'hui.

Seb Musset, L'abondance. 
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20 octobre 2013

Le piège à compassion

par

Après soixante-douze heures de pataquès compassionnel (mon petit doigt me dit que cette mise en Une a un autre motif que la bonté), François Hollande finit par trancher dans l’affaire Léonarda pour trancher à moitié. 

La jeune fille est autorisée à revenir en France pour étudier, mais sans sa famille. Alors que son expulsion (à la source du merdier) a été motivée par souci de ne pas la séparer de sa famille, celle-ci arrivant au bout de cinq ans de recours légaux. 

François Hollande demi-rate donc encore un moment de com’.

Il paye trois prix :

1 / Une politique d’immigration non assumée. Et je le répète ici, il n'y a pas de honte à avoir un contrôle des flux, même si dans le cas d’une Europe ouverte, ça se complique sérieusement. Dans le cas de Léonarda, la situation était claire : seules les conditions d’expulsion ne l’étaient pas. L'immigration n'est pas une thématique essentielle. En n'assumant pas plus franchement son traitement, la gauche laisse croire que c'est un problème de taille et sert donc la droite.

2 / Vouloir satisfaire en permanence un électorat qui ne votera jamais pour lui, et trahir à répétition l’électorat qui a voté pour lui. Quel sera l’aboutissement électoral de cette équation ubuesque : une méga tarte aux élections intermédiaires. La gauche n’ira pas voter, la droite ira voter à droite ou l’extrême droite. Valls a beau être populaire, il ne générera aucun vote pour le PS.

3 / Il se laisse encore avoir par le rythme de l’info continue. Celle-ci a horreur du vide. Sarkozy et ses sbires dictaient l’agenda médiatique, Hollande et ses ministres le subissent, se retiennent et finissent par craquer. Pour faire n'importe quoi.

Ce feuilleton (car il y aura d'autres épisodes va savoir) ne changera rien pour les autres expulsions et tous les autres drames. Quant à l'indignation suscitée, qu'en restera-t-il dans deux semaines ? Y aurait-il eu un tel barouf si cette expulsion survenait durant les vacances ? Sur cela les indignés devraient s'interroger aussi.

On notera tout de même l’effort de certains médias pour démonter cette famille, puis donner la parole à Léonarda en direct open bar épidermique depuis le Kosovo (ce qui enfonce son cas encore un peu plus). 

Les mêmes ne donnent quasi jamais la parole aux Roms en France (en bas de leurs locaux). Les mêmes faisaient d’un bijoutier assassin un héros et hésitent à aller à Trappes quand il y deux cailloux lancés.

Et pour finir, ça n’arrivera pas souvent promis, permettez-moi de citer ceci :

« Il faut, par contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention des titres de séjour. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas aujourd’hui, que les règles soient interprétées de manières différentes selon les préfectures et aboutissent à la situation absurde du « ni expulsable, ni régularisable ».
Trop longtemps en matière d’immigration, la gauche s’est retrouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations. Il est grand temps qu’elle pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine ». 
Manuel Valls in l'énergie du changement (2011), cherche-midi editeur.

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