"Rien ne sera plus jamais comme avant"... jusqu'à la prochaine fois.
Here we are folks. Après une campagne hors-sol, d'abord inexistante médiatiquement puis hystérique, totalement imbibée par la politique nationale, les résultats des régionales c'est l’école des fans. Ceux qui devaient gagner ont perdu, ceux qui pensaient tout perdre s’en sortent bien, les vainqueurs le sont grâce aux voix des perdants et la région la plus importante de France glisse des mains du candidat socialiste comme une savonnette au sauna de Solférino.
Détaillons en dix points :
1 / Parce que c’est ma région et que j'ai un peu la haine, je commence par là. En Ile-de-France, Claude Bartolone du PS échoue face à une figure de l’incompétentosphère de la bourgeoisie de droite. C’était imperdable bordel ! A moins de ne pas vouloir gagner. Le bon côté, c’est que Le Petit Journal a une ligne éditoriale assurée pour les six prochaines années, parce que des grosses pécrèsseries, je vous le signe ici : il va y en avoir par kilotonnes sur une base quotidienne.
2 / Les socialistes "sauvent les meubles". Il y a encore un mois, je leur donnais zéro région. (cf point 8)
3 / Après une non-campagne où il a été question de tout sauf de l’impact concret sur notre quotidien de l’action des conseils régionaux, c’est un succès apparent de la campagne de second tour sur le dos du FN. Le parti de Marine Le Pen se prend une tarte dans toutes les régions. MAIS…
4 / Jusqu’à quand cette politique du « front républicain » répondant dans l’urgence à l’inertie programmatique des partis de gouvernement ? Réponse : tant que ça n’échouera pas. Le piège est enclenché. Vous vouliez des idées et du renouveau pour 2017 ? Dommage, vous aurez une bataille des candidats pour arriver au second tour face à Marine Le Pen et, automatiquement, gagner. Attention. A force de "sauver les meubles", on va peut-être finir par légitimement avoir envie de les brûler.
5 / Le FN, la petite entreprise qui ne connait pas la crise. 350 nouveaux conseillers régionaux et un positionnement clair : ils sont l’opposition. Ils métastasent et se solidifient laborieusement dans le paysage.
6 / Ne jamais crier victoire avec un loustic pareil (hyper hermétique à l'humilité), mais on pourrait cette fois être débarrassé du teigneux de Neuilly. Ratage au premier tour, grattage des voix de gauche au second, tout en appelant piteusement au "ni-ni" : Sarkozy est le grand perdant des régionales.
7 / A l’inverse, en plus de sa victoire dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand a marqué des points dans son discours d’ouverture dimanche soir. Depuis deux ans quand je dis que ce type sera le prochain (ou le prochain prochain) président, on me lance des soupirs amusés d’intensité à peu près équivalente à ceux lancés en 2011 lorsque j’évoquais la possible victoire d’Hollande l’année suivante. Celui qui fait oublier qu’il a été ministre de Sarkozy s’est également démarqué des têtes de son parti qui ont utilisé cette soirée médiatique comme tremplin perso pour la campagne des primaires à droite.
8 / Le ras-le-bol de la politique gouvernementale ? Pas si sûr. Le meilleur score socialiste est obtenu par un ministre du gouvernement (qui n’a même pas fait campagne qui plus est). La droite appelle a accélérer les réformes, l’exécutif "n’entend pas changer de cap".
9 / Que les abstentionnistes d’Ile-De-France ne viennent pas pleurnicher dans les mois qui viennent. Lutter contre l’arrestation abusive de militants écolos (ce qui n’est pas du ressort de la région) en donnant les clés de la gestion des écoles, des routes à un conseil régional de droite (à dominante Manif pour tous), j’ai vu moins couillon (même dans l’équipe de Pécresse).
10 / Le « changement de logiciel » s’impose. Là au moins, nous serons tous d’accord. Ils l’ont tous répété hier soir. Il y a d’un côté la bataille des idées, mais aussi le casting. Celui-ci ne prend pas en compte la diversité sociale et professionnelle de ce pays (FN compris) et ne se renouvelle pas (elle est sympa cette boîte où même quand tu es viré tu peux repointer sans cesse). De ce côté-là, rien n’arrivera en attendant les bras croisés. C’est le challenge du moment, d'autant qu'il y a un boulevard pour une opposition constructive. Nous sommes nombreux à avoir envie de voter "pour" et non plus "contre".
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14 décembre 2015
7 décembre 2015
par Seb Musset
12/07/2015
La baffe des #Régionales2015 est pire que prévue. Le 6 décembre 2015 relègue le 21 avril 2002 au rayon d'accident de tir sur un stand d'animation folklorique pré-estival.
Le FN triomphe avec des candidats parachutés mais médiatiques. Le PS est sanctionné en local pour la politique nationale. LR perd le leadership de l'opposition et la défaite est cinglante pour Sarkozy qui non seulement ne capte plus le vote FN comme par le passé (c’était à peu près sa seule qualité) mais en plus divise ses troupes. La gauche, rongée par son archaïsme communicationnel et/ou ses batailles intestines, est inaudible. Les abstentionnistes sont fiers d'eux. Nord et Paca (entre autres) basculent à droite (avec un FN à 40% dans le Nord et un PS pulvérisé). La politique d’austérité du gouvernement (bien silencieux en ce dimanche de rouste) explique bien plus ce score (et la démobilisation qui va avec) que les récents attentats de Paris. Dans la capitale, le FN ne dépasse pas les 10%. Pourtant, j'ai bien peur que la réponse soit la poursuite et l'accélération dans cette course à l'échec, avec un climat de guerre là-dessus pour unir le pays contre l'ennemi.
La France est à bout de souffle démocratique, au bout de ses scléroses, de ses non-renouvellements de personnels, d’idées et nous (qui par fatalisme, cynisme ou confort, avons également renoncé pour la plupart à nous investir) nous sombrons dans cette absurdité : nous sanctionnons le gouvernement pour sa politique de droite libérale par une forte vague de droite réac (notons d'ailleurs que, pour Les Républicains, une gauche même molle est pire qu'une droite dure).
Si ce premier tour des régionales est l’échec de Valls et Sarkozy (pour avoir l’un et l’autre persisté dans leurs obsessions), il faut dépasser leur petits cas personnel (l'histoire va les digérer, et moi aussi j'ai envie de dire à l'unisson du pays : "C'est bien fait") : à partir du 13 décembre ce sont les gens en local qui vont trinquer. C’est le plus terrible dans ce délire national : des Français vont payer au quotidien pour les turpitudes d’une élite qu’ils dénoncent par ailleurs en installant une autre micro-élite, nullissime en gestion et pourrie idéologiquement.
Le calendrier électoral est désastreux. A la différence des différentes mairies conquises par le passé et dont la gestion a tourné vinaigre, si le FN récupère des régions (et notamment le Nord-Pas-de-Calais pour sa présidente), le délai sera trop court avec la présidentielle pour que l’on puisse tirer l’an prochain un bilan négatif de son action.
Si maintenant vous n'avez pas compris que si vous ne vous mêlez pas de politique, elle finit par se mêler de vous, alors effectivement vous n'avez plus qu'a prendre un bol de popcorn et confortablement vous installer devant BFM pour les prochaines soirées électorales à dominante bleu marine.
13 décembre 2010
par Seb Musset
12/13/2010
A l'approche des fêtes, alors que les analystes politiques accaparés par la réservation de leur chambre d'hôtel à l'Ile Maurice ne peuvent livrer le plein potentiel de leur servitude de plateau, voici une bonne vieille recette de Mamie Bestoffe.Idéal pour fourrer le cerveau du gueux au ventre vide, ce plat traditionnel, certes un peu lourd, contera également le politique ne voulant trop s'attarder sur le terrain du programme :
le soufflé médiatique aux pépites de point Godwin
(servi avec son coulis de consensus)
(servi avec son coulis de consensus)
1 / Prendre un « bon client ». Candidat d’un parti extrême, médiatiquement payant, avec un nom qui parle à l’inconscient populaire.
2 / Au prétexte d’une forte popularité dans les sondages de l'institut Moncusurlakomod, attendre que le bon client dérape. Si possible sur le plateau d’une émission politique prévue pour : histoire de capter l'audience. Sinon, suivre la suivre sur le terrain et attendre quelques heures que la phrase (évoquant la seconde guerre mondiale, obligé) tombe toute seule de l'arbre (ce qui, en période de campagne interne dans le parti, ne devrait pas prendre plus de 26 secondes).
3 / En faire la une de l'actualité. Répéter, remuer, laisser cuire à feu doux tout le week-end, que tout le monde entende bien ce qui ne doit plus l'être. Faire réagir gauche et droite unanimes à condamner. Permettre aux communicants de l’UMP (le gouvernement quoi), ayant passé les trois dernières années à branler de la xénophobie à des fins électoralistes, de jouer le rôle des modérés. Permettre au Parti Socialiste d'enfin parler d'une seule voix.
4 / Par défaut, avec tout ce temps promotionnel accordé au bon client, contribuer à amalgamer chez ceux qui s'intéressent peu au débat politique (et qu'on appelle électeurs) tout discours d'opposition pour l'expédier à la rubrique "c'est le mal" et ainsi réduire au plus fin le spectre des possibilités électorales.
4 / Avec tout ce temps d'information accordé au bon client et aux réactions qu'il génère, étouffer encore un peu plus les autres thématiques (crise sociale, chômage, spéculation immobilière, licenciements, précarisation des classes-moyennes, décrochage des générations, privatisation des services publics…) affectant bien plus les français que quelques musulmans priant dans la rue à Paris[1]. Ce qui est effectivement dérangeant... rapporté au nombre d'églises vides dans cette ville.Ne pas répondre à la thématique abordée. Se contenter de stigmatiser le bon client avec quelques attaques personnelles qui renforceront son name-branding. Bon client qui ne demande que cette publicité et qui, O surprise, O indignation, recommencera la semaine prochaine.
5 / Constater régulièrement dans les médias que « Oh bah mince, le bon client "monte encore". C’est pas notre faute, nous on ne fait que de l'information. On est obligé d'en parler" .
6 / Recommander la procédure jusqu'aux élections.
6 / En appeler alors à l’union sacrée parce que "- merdalor" notre bon client accède au second tour en avril 2012.
7 / Suivant la couleur politique du cuistot en chef : rafler la mise avec 70% sans avoir avancé un programme tranché d'alternance ou amorcé une once d'autocritique sur l'échec de cinq années au pouvoir.
8 / Faire un gouvernement d’"ouverture" mais sans le bon client. "- Tu déconnes ou quoi, avec un tel monstre dans l'opposition, on a plus besoin de se casser la tête à avoir des propositions !"9 / Récupérer le jus (pour saucer mauvaises nouvelles et réformes, ça peut toujours servir), séparer les grumeaux de Godwin à réintégrer dans la salade d'internet et son cake aux journalistes d'investigation, congeler la bête et resservir dans cinq ans.
[1] alors que tout le monde sait que le vrai problème de Paris : c'est la neige (et, mais alors juste un peu, la pénurie de logements sociaux et l'exploitation immobilière).
8 octobre 2010
par Seb Musset
10/08/2010

A l'initiative du blog Reversus, publiant ce mois-ci un dossier sur l'extrême-droite, nous avons rencontré le sociologue Erwan Lecoeur qui travaille depuis des années sur le sujet[1].
Tu l'auras remarqué. Tandis que la gauche de gouvernement peine à regarder sur sa gauche, la droite aux commandes, histoire de faire passer la pilule des désastres du néo-libéralisme qu'elle contribue allègrement à propager, penche, elle, fortement sur sa droite.
Pour E. Lecoeur, cela n'est pas étonnant. Il n y a pas de frontières infranchissables entre les partis de gouvernement et leurs extrêmes. Certaines périodes sont plus propices que d'autres au passage et à la récupération des idées. Nous entrons dans une époque où les démocraties occidentales, aux certitudes battues en brèche, seront inévitablement confrontées à un choix entre la société des "gardiens" (avec repli autoritaire sur la communauté, au nom d'un âge d'or fantasmé) et une vision plus progressiste qui, actuellement, peine à s'imposer.
Voici la dernière partie d'un entretien plutôt riche (version longue en fin de billet) où je demande au sociologue son analyse de la montée de la droite dure en Europe. E.Lecoeur précise que la montée de cette droite, aux mouvances hétéroclites, survient d'abord dans les pays riches de l'Union[2] et répond, en partie, à la fin de l'état Providence :
(Durée 12 mns : avec détours par la première guerre mondiale, ces mouvements extrêmes comme retour au "religieux", le libéralisme et le capitalisme mafieux orchestré par notre Monarque.)
(Durée 12 mns : avec détours par la première guerre mondiale, ces mouvements extrêmes comme retour au "religieux", le libéralisme et le capitalisme mafieux orchestré par notre Monarque.)
En résumé, la droite "décomplexée" se sert du discours de la droite extrême pour feindre d'apporter des "solutions" aux maux qu'elle a causés.
Étant donné que nous avons au pouvoir un individu ayant programmé la destruction des protections sociales, qu'il est entouré de tenants de la "Nouvelle Droite" des années 70/80, dont Lecoeur précise que certains ont toujours l'idéologie bien tranchée, le tout sur fond d'un chômage (réel, non pas le chiffre à la Cendrillon) explosant tous les records: tu peux légitiment, être pris de vertige face au gouffre dans lequel s'est démocratiquement jeté ce pays en 2007.
Vu sous cet angle, les violentes politiques de rigueur mises en place un peu partout en Europe, qui accentueront le climat d'insécurité sociale, nous promettent de sombres lendemains.
Articles associés :
- Piratages : Extrême-droite, entre croyance et politique#1
- Reversus : à paraître. en + d'un dossier sur le FN déjà publié.
Lire également :
- Pourquoi l'Europe s'enracine à droite ? LeMonde.fr
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