"Je demande un peu de sérieux"
Frédéric Lefebvre, clown légendaire de l'UMP, Itélé 21.11.2012.
Après ceux, pourtant déjà costauds, de dimanche et lundi, le
3e épisode dans la guerre pour la présidence de l'UMP est
le plus décapant. Après la pitoyable organisation du vote de dimanche, les soupçons de fraude,
les annonces anticipées de victoire de Jean-François Copé puis François Fillon, le décompte douteux des votes (toujours cachés à l'heure où j'écris), la commission à la noix qui proclame Copé vainqueur avec une avance de 98 voix sur 175.000 et, sur les chaines d'info continue, le grand déballage des lieutenants zélés,
l'ancien premier ministre conteste depuis hier la victoire de son rival et menace, avec ses soutiens, de
faire scission et de porter le barnum au tribunal. Les départements d'outre-mer n'auraient pas été comptés et, en fait,
il l'emporterait de 26 voix.

Après l'échec de Sarkozy, j'imaginais que le processus de destruction de l'UMP prendrait deux ou trois ans. Non, il aura juste fallu à ses cadors un semestre dans le rôle inhabituel d'opposants, sans pouvoir dépasser le stade de la colère d'avoir perdu, plus quelques jours d'un exercice inédit de démocratie interne, pour perdre leur sang froid et exploser sous nos yeux ébahis.
Voir désormais des Benoist Apparu, Frédéric Lefebvre ou Christian Estrosi passer pour des modérés dans ce
crêpage de chignon continu entre camarades jadis unis par le culte du chef en dit long sur
la déliquescence du premier parti de France.
Qu'écrire ?
Le spectacle est fascinant. Sous les yeux du blogueur interdit et conscient que toute tentative de caricature des impétrants serait ridiculisée par l'original, l'UMP qui, il y a encore six mois était à la tête du pays, part en torche dans le bûcher de ses vanités contradictoires.
Soyons honnête: c'est beau. Je verse ma larme, regardant cette télénovela de l'apocalypse politique où l'expression des militants est piétinée de bon coeur. Je suis aussi à la peine. Ce sont six années de blog qui, quelque part, s'achèvent. Car, tout autant que Sarkozy, ses sbires, ses "
stormtroopers" qui étaient dans une logique d'occupation de l'agenda médiatique (dont ils ont du mal à se désintoxiquer) furent autant de sujets d'
une indignation quotidiennement renouvelée.

Passé le divorce à l'italienne, chacun sent que le paysage politique risque d'être bouleversé. Je me mets à la place des militants UMP, déjà ce qui s'est passé dimanche était consternant, après le rebondissement de mercredi, ils vont y réfléchir à deux fois avant de renouveler la cotisation.
Mais vraiment, qui récupérera les morceaux de cette boucherie?
En se basant sur les résultats de dimanche qui sont les révélateurs de la fracture divisant ce parti, (fracture pourtant bien visible depuis l'été 2010 et le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, et en partie
cause de son échec à la présidentielle),
on peut songer à plusieurs hypothèses:
La motion de la droite forte (pourtant pilotée par deux incapables qui feraient passer Benjamin Lancar pour un prix Nobel) étant arrivée en tête, on peut imaginer
comme Gael Brustier que le grand gagnant serait la ligne identitaire, donc par ricochet, le FN.
Est-ce suffisant pour que des électeurs de l'UMP filent au FN ? C'est moins évident qu'il n'y parait. Le FN et l'UMP, malgré un tronc commun d'
islamophobie et de
chasse aux assistés, ont des
divergences profondes sur l'économie. Avec sa victoire sur le fil, Copé fait la démonstration avancée de ce dont je suis convaincu depuis longtemps:
il a les qualités requises pour dynamiter ce parti de l'intérieur et l'envoyer vers des scores électoraux à un chiffre. Encore plus de "
pain au chocolat" et de radicalité, ferait donc théoriquement fuir une bonne moitié des électeurs UMP vers le centre.
Et aller toujours plus loin, Copé n'a que ça en magasin.
Peut-on alors espérer voir la résurgence d'une force au centre qui prenne le relais ? Probable. Mais ce sera compliqué pour elle d'exister avec un gouvernement lui-même recentré. Reste alors l'hypothèse d'un retour de Sarkozy. Trop tôt pour le dire, mais je n'y crois pas non plus: Il est l'origine de tous les désastres.
La seule piste pour l'UMP est de renouveler ses têtes, de faire un bon score aux municipales et de préparer sérieusement ses primaires dans trois ou quatre ans. Ne jamais oublier que
l'électeur de droite ne votera jamais à gauche, et que les forces de droite aussi disparates soient-elles, sont finalement
perméables les unes aux autres.
Seul un leader d'union peut réussir, ce qui passerait désormais pour un exploit, à les réconcilier. Pour l'instant, ce type ou cette fille je ne le ou la vois pas. Même Fillon qui avait vaguement cette aptitude parait carbonisé pour un moment. Note qu'à gauche on ne voyait pas plus de candidat d'union, il y a encore deux ans.
En attendant à droite, on s'oriente vers la continuité en pire: soit deux partis d’extrême droite incompatibles (pour le moment, les alliances aux municipales seront à scruter avec attention), et deux partis de centre qui se détestent. Car, s'il y a mouvement des foules UMP vers l'UDI, soyons assurés que Bayrou, qui doit actuellement se mordre les doigts jusqu'au pied, ne lâchera pas sa baraque à frites. Ajoutons à cela un Nicolas Dupont-Aignan dont aucun des quatre ne veut entendre parler.
Le vainqueur immédiat du carnage n'est donc pas Marine Le Pen, ni Nicolas Sarkozy (
entendu ce jour par la justice), mais bien
François Hollande, lauréat de primaires ouvertes dont chacun a salué l'avancée démocratique qu'elles constituaient, le sérieux des débats et l'organisation, un François Hollande encore accusé d'amateurisme hier. Mais c'était hier.
Les critères du sérieux politique viennent d'être durablement redéfinis. Et c'est la plus grande leçon de la semaine.
Illustrations : Stephen J. / Salam93 / Seb Musset