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25 mars 2014

En route vers l'inertie

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Ah et oui, il y avait des élections. 

Il y a six ans, j'aurais fait du lol, et surement commenté une claque envers un pouvoir désavoué à la première élection intermédiaire. Je me serais moqué des réactions des ténors du parti de la majorité dépêchés sur les plateaux télévisés au soir du premier tour des municipales pour nous expliquer que "non, ce n'est pas un vote sanction"[1], "que les efforts n'ont pas encore porté leurs fruits", "que le chômage baisse", "que le second tour est décisif", "que la route est longue, la pente est raide, qu'il faut faire barrage au FN et que ma belle-sœur en a et que d'ailleurs on l'appelle tonton et qu'il est hors de question pour nous, socialistes, de changer une politique de droite qui gagne". Mais non, là je suis dans l'état d'esprit de notre Président, retranché dans mon palais coupé du monde et je n'en ai juste plus rien à secouer des Français, toisant de mon dédain dandy la déliquescence d'une société du repli, souhaitant presque Sarkozy se représente tant il est le seul à pouvoir remobiliser la gauche autour d'un joli projet commun, viscéral, mais porteur de tous les possibles : lui coller une seconde raclée.

Dimanche, mon dégoût d'une "information" hystérique le disputait à la lassitude d'une situation électorale classique (un mauvais résultat pour la majorité dans un scrutin à mi-mandat est aussi surprenant qu'un dimanche après-midi télévisé avec Drucker).  

Même la montée largement surexposée du FN dans une poignée de mairies ne me provoque rien tant elle fait partie du spectacle, du piment démocratique, de la nécessaire preuve par l'exemple (il faut en passer par là, et les expériences municipales passées du FN se sont toutes transformées en fiasco) et de la logique du moment : cette déconnexion au mieux, l'encouragement au pire, de nos gouvernants envers une société du travail totalement individualisée, aux divertissements médiocres, une société de la bouffe avariée et du mal-soin, sans mémoire à plus de trois jours, pathologiquement craintive de la différence, qui revendique son ignorance et sa part de barbarie, une société de l'impatience où l'esprit de consommation et la notion de rentabilité s'étendent à tous les pans de la vie quotidienne, sentimentale et familiale, bref une société de merde, technologiquement très connectée et paradoxalement plus que jamais divisée en ghettos sociaux générationnels et ethniques, ne peut à terme que générer une expression démocratique de merde. Enfin... pour ceux qui votent encore tant l’exercice, matérialisation même symbolique d'une vision collective, devient absurde dans cet océan de défiance, de pessimisme et de chacun pour sa gueule qu'est devenu La France (abandonnée à l'Europe elle-même abandonnée au marché).

Sans une véritable politique de gauche (et là, plus rien n'est lisible à gauche pour l'observateur lambda qui ne veut pas "se prendre la tête", au bas mot les deux tiers des inscrits), au sens collectif du terme avec rééquilibrage des injustices, d'une façon ou d'une autre, sous un nom ou un autre, le FN arrivera aux commandes du pays. Tout, du haut en bas de la pyramide des exploiteurs et des exploités, des cyniques aux abrutis, des incompétents surpayés aux chômeurs ignorés, des rentiers aux jeunes endettés, des libéraux winners aux salariés insultés à longueur de journée, tout converge pour que le pire se concrétise depuis l'isoloir de nos aigreurs. 

A chaque soir d'élection, les pleureuses sous spots à tungstène des hauts plateaux du savoir sanglotent en direct haute définition sur le record d'abstention. Totalement égoïstement, à mon tour, par défaut, je n'y vois pas la pire des nouvelles dans le désastre. 

C'est probablement cette abstention qui nous préserve d'un score de droite encore plus fort.

[1] Envoyer Moscovici pour faire le SAV des socialistes et mobiliser pour le second tour, peut-on pire opération de com' ? Le mec est une publicité ambulante pour un vote anti-PS

Illustration : Jefferson Airplaine, Bless its pointed little head

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14 mars 2014

La voiture, cet obscur objet du mourir

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Paris ce matin. Reprenons notre souffle et résumons...

Une brume ouatée s'installe à la journée dans les rues, une cloche à carbone d'un dégradé de jaune gris marron est plaquée sur la capitale, on ne voit plus la tour Montparnasse depuis le Trocadéro, les yeux piquent, les gamins toussent, ça éternue partout, mon chat a gerbé trois fois, les automobilistes seuls en berline stoppent toujours sur les passages piétons en bloquant les intersections.

5e jour de pic de pollution à Paris, dans la Région Nord et à Lyon. 

Au 3e jour, le Maire de Paris annonçait la gratuité des Vélib (pour les abonnés si j'ai bien compris, dans le genre annonce inutile, ça se pose là, d'autant que l'activité physique soutenue est déconseillée dans le même temps).
Au 4e jour, Airparif nous apprenait que l'air de Paris était plus pollué que celui de Pékin.
Au 5e jour, le ministre des Trucs écologiques consent enfin, en accord avec le président de la Région, à la gratuité des transports en commun pour le week-end. (On aurait pu y penser dans la veille du premier jour d'alerte en début de semaine et, peut-être s'économiser 5 jours à suffoquer aux premiers rayons de soleil suivant six mois de pluie, mais non : souffrance, cancer du poumon et recettes des PV pour défaut de présentation du titre de transport, y a que ça de vrai !).
Les écoles annulent les activités en plein air.
Les individus ayant des troubles respiratoires sont incités à rester chez eux, tandis que ceux qui pètent la forme en 4X4 peuvent continuer à rouler.
Nous allons bientôt recevoir des consignes de la préfecture de Police pour ne respirer que d'une narine et des contraventions pour avoir osé marcher dans la rue lors d'un pic de pollution...

Il parait qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Soyez assurés que, en matière de pollution, depuis des années l'on ne prévient rien et que l'on ne guérit que dalle. Soyez assurés que nous continuerons à passer par tous les stades de l'inutile et de l'absurde pour ne pas éradiquer le problème à la source de nos maux de tête, mais aussi des milliards de bénéfices défiscalisés de Total et de quelques décimales de croissance nationale : cette putain de bagnole individuelle !

J'apprends chez l'ami Politeeks qu'un projet de circulation alternée en cas de pics de pollution annoncé par le gouvernement il y a quelques mois est passé à la trappe.

J'apprends dans Le Monde que "le remplacement de tous les véhicules particuliers diesel par des véhicules essence (norme Euro) permettrait d'abaisser de 25 % à 35 % les émissions de particules fines et de 35 % les rejets d'oxyde d'azote en région parisienne.

En me bouchant le nez, j'entends d'une oreille les poujadistes du volant et autres "la voiture n'est pas responsable de toute la pollution". Je vis à Paris depuis un certain nombre d'années déjà, je fais très clairement la différence olfactive entre un jour avec voitures et un jour sans voitures (et c'est pire encore dans certains coins de banlieue). La conclusion, sans appel : ça pue.

Il s'agirait que ce gouvernement ait enfin le courage de passer un signe fort pour responsabiliser les citoyens sur les dégâts causés sur la santé publique par leurs voitures. A une autre époque, on l'a fait avec succès sur la sécurité individuelle (l'obligation du port de la ceinture de sécurité a à peine une quarantaine d'années et a drastiquement fait chuter le nombre de morts sur les routes). Une telle révolution des comportements individuels, un vrai bouleversement de société pour sortir du tout-voiture, ne peut s'accomplir que par la mise en oeuvre d'un bouquet de mesure incitatives mais aussi, obligatoirement, coercitives.

Que le gouvernement se moque de la santé des Français pour leur fourguer à crédit quelques voitures de plus passe encore, mais mon chat bordel !

Illustration : @meteo_cperson (BFM) Vue de Paris ce matin à 300 mètres de hauteur. Le ciel est pourtant bleu.

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4 février 2014

Sociétal-libéral, tu perds ton sang-froid

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Le social-démocrate est un gars sympa, un peu austère, un peu rigoureux, mais pas complètement foutu. On peut encore discuter. Il est juste obsédé par des impossibilités : le remboursement de la dette et la croissance. Un jour, peut-être, il comprendra (il lui faudra le temps) qu'on ne remboursera jamais la dette et que du boulot, il y en aura de moins en moins (et que ce n'est pas une mauvaise nouvelle à moins de repenser la société de fond en comble). D'ici là, tant qu'il peut faire carrière, il appliquera encore et toujours, les recettes d'hier à la situation d'aujourd'hui avec le même échec pour demain.

Quid du "social-libéral" ?

Bon là c'est plus grave. On est dans l'imposture intellectuelle à fort potentiel marketing. Rapport qu'il y a un mot de trop à la base, social (protéger le plus faible) étant l'oxymore économique du libéralisme (que le plus fort gagne). 

En fait, le vrai terme pour qualifier le gouvernement en place serait plutôt "sociétal-libéral". Là c'est plus cohérent : une politique économique orientée à droite enrobée de réformes sociétales fortement marquées à gauche (mais compatibles avec le libéralisme, chacune créant potentiellement de nouveaux marchés). Le mariage pour tous, le droit à l’euthanasie, l’égalité homme-femme, la dépénalisation du cannabis (si si vous verrez)… Autant de combats nobles, que je partage, parfois urgents, mais qui ne sont pas considérés comme prioritaires pour les Français et ne répondant pas à la mesure du pessimisme et de la détresse sociale rongeant ce pays : chômage, précarisation du salariat (en fait, ce libéralisme mal assumé accélérera ce mouvement au nom du principe de "compétitivité") et mal-logement (la fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel, une fois de plus accablant).

- Salut. TVA bien ?

Le combat sociétal, nécessaire, a aussi pour effet bénéfique de détourner l'attention et cristalliser la contestation autour de quelques allumés qui, au final, par leurs excès, discréditent  et fragmentent l’opposition. Méthode efficace, mais dangereuse : en coagulant les colères des réactionnaires, on leur donne un sentiment de toute puissance avec les risques inhérents (montée du racisme décomplexé, violence, drainage général du débat politique sous le niveau de la mer...). On l'a vu avec les manifs pour tous, on l’a revu avec les trépanés du jour de colère, on le revoit encore avec ce délire collectif autour d'un SMS prétendant qu'un complot socialo-maçonnico-gay masturbe gratis à l'école…  Pendant ce temps-là, la destruction du code du travail ou le démantèlement de la protection sociale se poursuivent au même rythme de croisière qu'avant dans une relative discrétion et une totale atonie de la contestation. Pour résumer : ça gueule moins que quand nous étions gouvernés par la droite alors qu'objectivement, sur le plan social, c'est pire.

C'est bien vu. Le combat sociétal, on peut difficilement être contre sous peine de passer pour ce que l'on est : un rétrograde (aussi bien pour l'union homosexuelle, que le droit de mourir dans la dignité ou même le cannabis, il s'agit le plus souvent d'aligner la législation sur la réalité de la société). Le temps d'antenne ainsi occupé ne l'est plus pour de réels reculs sociaux et économiques : l'ANI, le CICE...

Pourtant, on peut se demander ce qui passe par la tête du gouvernement sociétal-libéral lorsque, suite à un énième défilé aux pétards mouillés de frappés du caisson, il revient en arrière sur un projet de loi (ne contenant même pas ce que les brailleurs en croisade exigeaient de retirer : PMA et GPA).

Là, on touche les limites de l'exercice. Ce sera quoi après ? L'abolition de l'avortement ou le retour de la peine de mort ? (Dans la logique qui les caractérise, ce sont les mêmes qui réclament les deux). Chômeurs et licenciés savent désormais qu'il leur faudra enfiler une soutane et scander des slogans obscurantistes pour être entendus du pouvoir.

A la décharge du gouvernement, il est vrai que la bêtise des arguments de la Sainte-Alliance des absurdes est désarmante. C'est précisément pour cela qu'ils ont un avantage. Et l'actualité nous le prouve jour après jour.

Jusqu'où ?

Ne jamais, jamais, sous-estimer la connerie de l'adversaire. C'est une règle d'or.


Article connexes :
L'Abrutea-Party
Qui a peur du mariage pour tous ?
La dette, péché originel pour peuples coupables

Illustration : Abbés en quenelle. (source)

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29 octobre 2013

Écotaxe et Patafix

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Encore une fois, chapeau ! Cinquante énervés en bonnets rouges, télécommandés par le Medef et la FNSEA, encouragés par Christine Boutin, Marine Le Pen et l'UMP (à l'origine de la loi en question), ont fait reculer le gouvernement sur l'application de l'écotaxe

Que voilà un Premier Ministre bien fier de lui, mais qui comprend tout à l'envers :

Jean-Marc Ayrault cède par peur de la violence, et c'est précisément parce qu'il est faible que la violence continuera. Non content de ne pas savoir expliquer les lois ou défendre ses quelques convictions, le gouvernement capitule craignant la fronde. Ça devient une habitude (enfin sauf lorsqu'il s'agit de la destruction des acquis sociaux, où là, reconnaissons-le le gouvernement montre un certain courage à défendre les intérêts du patronat).

En réponse, le syndicat des patrons fait d'ailleurs part de sa déception :

Entre le ratage total de l'affaire Léonarda et la volte-face sur cette mesure verte (Je me demande encore comment des écologistes peuvent rester dans l'équipe ?), je n'ai plus de mot pour qualifier l’exécutif sur le blog. J'ai tout mis dans le bouquin et j'y ai d'ailleurs esquissé la suite des événements. Tout le monde va s'y mettre : "et il y a trop de radars, on ne paiera plus nos PV !", "et nous on paiera pas nos impôts !"... Un vrai festival de l'individualisme sous le grand signe du "ras le bol fiscal" qui sera, plus que l'insécurité ou la peur de l'immigré, le vrai point de ralliement des droites (voir ci-dessous), et dont l'histoire retiendra que l'on en doit la création marketing à un certain Pierre Moscovici, ministre socialiste de l'Économie et des Finances.

Ah oui tiens, au passage, cet abandon coûtera 800 millions au contribuable.

La seule (maigre) bonne nouvelle dans cette déconfiture du pouvoir, c'est qu'elle survienne aussi rapidement.

Ça nous laisse trois bonnes années pour remonter la pente.

20 octobre 2013

Le piège à compassion

par

Après soixante-douze heures de pataquès compassionnel (mon petit doigt me dit que cette mise en Une a un autre motif que la bonté), François Hollande finit par trancher dans l’affaire Léonarda pour trancher à moitié. 

La jeune fille est autorisée à revenir en France pour étudier, mais sans sa famille. Alors que son expulsion (à la source du merdier) a été motivée par souci de ne pas la séparer de sa famille, celle-ci arrivant au bout de cinq ans de recours légaux. 

François Hollande demi-rate donc encore un moment de com’.

Il paye trois prix :

1 / Une politique d’immigration non assumée. Et je le répète ici, il n'y a pas de honte à avoir un contrôle des flux, même si dans le cas d’une Europe ouverte, ça se complique sérieusement. Dans le cas de Léonarda, la situation était claire : seules les conditions d’expulsion ne l’étaient pas. L'immigration n'est pas une thématique essentielle. En n'assumant pas plus franchement son traitement, la gauche laisse croire que c'est un problème de taille et sert donc la droite.

2 / Vouloir satisfaire en permanence un électorat qui ne votera jamais pour lui, et trahir à répétition l’électorat qui a voté pour lui. Quel sera l’aboutissement électoral de cette équation ubuesque : une méga tarte aux élections intermédiaires. La gauche n’ira pas voter, la droite ira voter à droite ou l’extrême droite. Valls a beau être populaire, il ne générera aucun vote pour le PS.

3 / Il se laisse encore avoir par le rythme de l’info continue. Celle-ci a horreur du vide. Sarkozy et ses sbires dictaient l’agenda médiatique, Hollande et ses ministres le subissent, se retiennent et finissent par craquer. Pour faire n'importe quoi.

Ce feuilleton (car il y aura d'autres épisodes va savoir) ne changera rien pour les autres expulsions et tous les autres drames. Quant à l'indignation suscitée, qu'en restera-t-il dans deux semaines ? Y aurait-il eu un tel barouf si cette expulsion survenait durant les vacances ? Sur cela les indignés devraient s'interroger aussi.

On notera tout de même l’effort de certains médias pour démonter cette famille, puis donner la parole à Léonarda en direct open bar épidermique depuis le Kosovo (ce qui enfonce son cas encore un peu plus). 

Les mêmes ne donnent quasi jamais la parole aux Roms en France (en bas de leurs locaux). Les mêmes faisaient d’un bijoutier assassin un héros et hésitent à aller à Trappes quand il y deux cailloux lancés.

Et pour finir, ça n’arrivera pas souvent promis, permettez-moi de citer ceci :

« Il faut, par contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention des titres de séjour. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas aujourd’hui, que les règles soient interprétées de manières différentes selon les préfectures et aboutissent à la situation absurde du « ni expulsable, ni régularisable ».
Trop longtemps en matière d’immigration, la gauche s’est retrouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations. Il est grand temps qu’elle pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine ». 
Manuel Valls in l'énergie du changement (2011), cherche-midi editeur.

Article connexe :

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12 septembre 2013

#34plans "Le progrès n'est pas un astre mort"

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Mini exposition universelle 2.0, opération de com', démonstration de l’excellence française dans l'innovation technologique, mise en avant des axes prioritaires pour la reconquête des 750.000 emplois perdus dans l'industrie en dix ans de droite  : La nouvelle France industrielle, c'est un peu tout ça.

Arnaud Montebourg présentait "34 plans" (de bataille) à L’Elysée ce matin : 34 plans réunissant des projets novateurs 100% français dans des filières diverses regroupant des grands groupes, des ETI et des PME (on trouve aussi bien EADS qu'une boîte à 4 salariés).

Parmi les projets exposés  
- La "voiture pour tous" consommant moins de 2 litres au 100 km, 
- L’avion hybride électrique (Airbus pour 2030 et première étape dès cette année avec le lancement d'un avion-école biplace construit en Charentes : L'´E-Fan). 
- Les textiles techniques, intelligents ou connectés (aussi bien pour pour la veille santé des personnages âgées que la protection des ouvriers) en se basant sur la diversification des PME historiques.
 - Les batteries très longues durée (qui serviront pour les avions et voiture évoquées plus haut), 
- La réappropriation de la transformation du bois (la moitié de ce qui récolté en France, est transformé à l’étranger) dans les matériaux de construction, l'isolation et les biens de consommation....

On trouve tous les thèmes chez Politeeks et le dossier complet chez Melclalex.

Les projets sont retenus autour de trois critères : 
- Besoins ou services clairement identifiés.
- Technologies que l'on maîtrise chez nous.
- L’intégration de ces technologies dans un environnement industriel (en gros : formations, cursus universitaires, bassins d’emplois et proximité des sous-traitants)

Le clip (avec du Pompidou dedans pour donner un peu de bonheur à Valeurs Actuelles)

Chaque plan sera animé par un chef de projet pour favoriser les synergies, faciliter les financement (par la Banque public d’investissement, commissariat général à l'investissement, les opérateurs de l’Etat) selon un calendrier de dix ans évalué tous les 6 mois. Objectif : 480.000 emplois d'ici 2020 et la création de 45.5 milliards d'euros de valeur ajoutée dont 40% à l'export.

Il ne s'agit pas pour l'Etat de diriger mais d'orienter ("un état stratège et régulateur" dixit François Hollande qui conclue l'exposition et rajoute "Notre stratégie doit être offensive, pas nostalgique"). 

(Toi aussi légende cette photo dans les commentaires)

Certains projets présentés par des ingénieurs ou des chefs d'entreprise sont réalisés ou en cours de réalisation, d'autres sont à l'état de prototypes. Sur les 34 plans beaucoup échoueront, mais cette initiative a le mérite de rappeler que, malgré les déclinologues, on entreprend et on innove encore chez nous. 

Il est d'ailleurs surprenant (ou pas) que certains pourtant prompts à sur-défendre les patrons et les #geonpi ont, à peine la présentation commencée, voire avant, moqué sur Twitter les exposés des industriels, des ingénieurs et des créateurs désireux de coopérer pour développer leurs innovations sur le sol français. 

Bon allez, assez positivé, maintenant allons lire des billets déprimants.

Ci-dessous : un blogueur français audacieux et innovant au niveau du look.

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6 septembre 2013

Retraites : La stratégie du renoncement

par

Un sondage du Pèlerin révèle que 74% des Français sont opposés à la réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault. Bizarrement, c'est peu commenté.

Même les mesures sur les femmes et la pénibilité ne font pas passer la potion magique.

C'est vrai qu'en y regardant de près, c'est encore plus vicieux qu'une bonne grosse réforme de droite.

Les points pénibilité ne sont qu’un hochet. On ne pourra au mieux en cumuler que 2 ans (contre 15 ans de travail à risque), c'est-à-dire juste de quoi revenir à la situation de ...2013. Paye ton avancée sociale ! 

Les points pénibilité c’est aussi, et surtout, faire rentrer dans les consciences le concept de retraite à la carte (individualisée) dans un système mutualisé (pour tous). Bientôt, chacun pourra reprocher à l’autre d’avoir un métier moins dur que le sien et de toucher trop : là aussi un vrai progrès social, et un point d'argumentation prometteur pour de futures réformes. Nos dirigeants veulent que la pénibilité au travail soit reconnue ? Qu'ils augmentent les salaires. En règle générale et quel que soit le boulot, être payé 1000 euros pour 35 heures hebdomadaires, c’est plus que pénible : c’est être insulté chaque mois.

Sur le long terme, rien ne sera réglé avec cette réforme. On reste avec un déficit prévu de 17 milliards à l’horizon 2040, même si j’ai déjà précisé le ridicule de cette somme au moment où l’on vient d’en jeter 20 par la fenêtre en cadeau sans retour pour les entreprises (ponctionnés sur le pouvoir d’achat des Français, et notamment les plus pauvres vu qu'il s'agit d'une hausse de la TVA). Là aussi spéciale dédicace aux idées de gauche, trahies comme il faut.

Rassurez-vous. Dans son grand effort de soutien au pognon, le pouvoir épargnera les entreprises (et ce n'est qu'un début, parait qu'on n'est "pas assez compétitif"). Dans la pratique, les entreprises vont peu contribuer à l'effort de redressement des comptes. On leur baisse d’autres impôts (En plus de la baisse du "coût du travail", Moscovici leur a annoncé la baisse des cotisations familiales à l'UE du MEDEF) qui seront payés par (guess who ?) les travailleurs. 70% de l’effort portera sur les salariés d’ici 25 ans (3.2 Milliards pour les patrons contre 12.8 payés par les salariés). J'espère que d'ici là ils disposeront d'autant de relais dans la presse et à la télévision que patrons et actionnaires (180 Milliards versés aux actionnaires en 2011) pleurnichant depuis deux ans de plateaux TV en tribunes radio sur les "charges" les "asphyxiant".

On travaillera donc plus longtemps (Bien vu la gauche). Ou plutôt travailleront plus longtemps ceux qui auront un travail, la denrée se raréfiant. Scoop, le travail continuera à être de plus en plus rare, euh pardon, flexible. La France atteint un taux historique d’embauche en CDD (82.4%) au premier trimestre 2013. 

Chômage plus souvent + jobs précaires dans plein de secteur +  entrées de plus en plus tardives dans l’emploi et sorties de plus en plus précoces + multiples caisses de retraite (la réforme ne prévoyant étrangement aucune réduction dans le domaine) + hausse de la durée de cotisation = à terme des baisses de pensions pour tout le monde. Je ne sais pas si "on vivra plus longtemps". En revanche, second scoop : c’est bien parti pour que nous vivions pauvres plus longtemps.

Alors oui, certains (en mode Christine Lagarde) s'emballeront sur 0.3% de croissance (anticipé) par l’OCDE. On leur rappellera (mais ils le savent très bien) qu’il faut au minimum 3% de croissance pour commencer à créer des emplois sérieux (non je ne parle pas des jobs allemands à un euro, ou de cette myriade d’autoentrepreneurs bossant déjà autour de moi littéralement pour rien, et sans protection, pour le plus grand bonheur de patrons, pauvres martyrs décomplexés multipliant ainsi leur marge par 2 ou 3 tout en dumpant les salaires à la baisse).

Bien évidemment, il n’y aucun effort de lisibilité des retraites. Plus aucun salarié ne sait combien il touchera, ni s’il touchera quelque chose. Troisième scoop : c’est fait exprès. C’est l’ambition de fond de ces réformes ne résolvant rien se succédant de gauche à droite. Ou plutôt de droite avec caféine à droite sans sucre.

Il s’agit de décourager progressivement les gens, de la faire renoncer (et ça marche). 

Il faut leur sortir de la tête l’idée :

1 / de prendre une retraite tout court (tant qu'à faire si tu pouvais crever en travaillant, ça arrangerait notre dette : ce péché originel des peuples coupables selon le catéchisme dominant de ceux s'enrichissant sur leur dos). 

2 / de toucher quelque chose un jour en cotisant à travers le système par répartition aujourd’hui. (En omettant de l'équation notre démographie triomphante, l'augmentation du PIB, l'accaparement des richesses par les actionnaires ou l'ébauche de l'esquisse de l'hypothèse de payer un peu plus les salariés).

Ainsi peu à peu, par dépit et peur, les salariés sont incités à basculer dans la retraite par capitalisation, les assurances privées ou l’investissement immobilier, pour le plus grand bonheur des banques qui vont jouer tout ça en bourse pour 1 / produire de l'argent nocif 2 / générer de nouvelles crises financières (C'est marrant comme dans tous les coups pourris on les retrouve).

Ainsi, en une génération, tu démantèles en "douceur" un acquis social, sans toucher à certaines grosses retraites actuelles. Au lieu de défendre le système, de l'expliquer, on l'enterre progressivement, en le complexifiant, en l'éparpillant.

La solidarité intergénérationnelle, principe même de la retraite ? Penses-tu ? Explosée ! Au contraire, les instigateurs de cette réforme optent sciemment de jouer les vieux contre les jeunes. Ces derniers prendront (enfin continueront à prendre) tout dans la tronche.

Alors faites ce que vous voulez. Même si je sais qu’il faudrait taper plus concret, plus fort, plus festif aussi, je serai le 10 dans la rue comme à l’époque où nos ennemis étaient au pouvoir. 

Oui exactement comme à cette époque.

Illustration : No country for old men, Coen bros. 2007

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Ce jour où la gauche a augmenté la TVA
Le choc de compétitivité dans ta gueule
A l'ombre des patrons en pleurs

4 septembre 2013

Réforme des rythmes scolaires : Crash-test sur enfants

par

"- Alors c'était bien ton activité périscolaire ma chérie ?"
" - Oui très. On a mangé des Carambars dans la cour pendant 2 heures"

C'est la rentrée et je vais donc, en tant que parent d'élève en maternelle, je vais m'autoriser quelque avis sur la réforme des rythmes scolaires imposée par le Ministre de l’Éducation Vincent Peillon et dont j'ai déjà pu, en ce jour de rentrée, apprécier en avant-première nationale le potentiel catastrophique. A Paris, comme on est mieux que les autres, tout a été décidé dans l'urgence (par opportunisme électoral ? Auquel cas c'est con[1]) et dans une belle confusion.

Bon. Je passe sur les activités que l'on m'a fait choisir en juin avec un beau formulaire bourré de fautes d'orthographe, tout cela pour m'entendre dire le 3 septembre au matin que, bah non, en fait je n'ai pas mon mot à dire sur les activités. Je passe sur le second planning à remplir le matin dans la précipitation et requérant un Bac+12 pour sa compréhension. Je passe sur le flagrant sous-effectif dans l'encadrement déjà constaté depuis un an pour les activités hors temps d'école (heure de goûter), plutôt limite en termes de sécurité. Selon le Ministère, 400 nouveaux emplois ont pour buts de développer la scolarisation des enfants de moins de 3 ans à l’école maternelle. Pour La France je trouve ça léger mais bon.

Alors oui, j’entends les "Bah dans mon école, ça c’est bien passé" et autre "faut le temps de se roder", ou encore les "on fera le point dans un an".

Bullshit.

Je vais clore tout de suite le débat. On parle d’enfants ici, pas de mannequins-test dont on va évaluer la disposition dans l'habitacle pour voir comment ils encaissent un choc frontal d'une école à l'autre.

Quant on propose une réforme engageant une telle machinerie avec de telles conséquences, et vu le budget du Ministère en question, cela doit être parfait partout le jour J. Sinon on ne fait rien, et surtout pas des belles phrases sur le bien-être des enfants qui sont visiblement ici la dernière roue du carrosse.

J'avais 3 craintes à l'annonce de cette réforme :

1 / Que le machin tourne à la garderie (avec hausse des accidents)

2 / Que le privé s'insinue dans le marché et qu'il y ait des activités à 2 vitesses, les "nobles" pour les riches et les pourries pour les fauchés. (Sois directement en interne dans l'école, soit via des offres périphériques auxquelles les parents seront bien obligés de recourir si c'est le bazar en interne)

3 / Que l'on allège les rythmes à l'année sans toucher aux 2 mois de vacances d'été (Une vraie galère pour l'ensemble de ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir 2 mois de vacances, dont on me souffle qu'ils sont beaucoup parmi les fauchés susmentionnés).

J'ai le sentiment que nous nous dirigeons à grandes enjambées vers les 3.

Et ce n'est pas faute d'avoir prévenu. Les réunions parents-profs en colère vs. La municipalité fière d'elle ont été particulièrement houleuses. Et visiblement, rien n'a été écouté.

Peillon veut une école plus humaine ? 

Qu'il augmente les effectifs d'encadrement aussi bien pour le périscolaire que dans les classes (avec la présence d'un second adulte pour l'encadrement et le soutien. Toujours selon Le Ministère de l’Éducation, plus de 1000 emplois seront consacrés au dispositif "plus de maîtres que de classes", qui a pour but de renforcer l’encadrement des élèves dans les zones les plus fragiles. Question : quelles zones ne sont pas fragiles ?).

Qu'il pense également à un réel plan avec un vrai programme pédagogique et des gens diplômés (tant qu'à faire) pour les heures "libres" ainsi récupérées (musique, sport...) au lieu de proposer cette usine à gaz à la carte qui sent le fiasco scolaire à plein-nez et va se résumer dans la moitié des cas (les plus pauvres) à mater Gulli à 60 dans le préau sous la supervision d'un stagiaire.


[1] Ne cherchez plus le principal ennemi d’Anne Hidalgo pour la campagne municipale en 2014. Il ne s’appelle pas NKM mais "réforme des rythmes scolaires".

Illustration: P.Torreton dans Ça commence aujourd'hui de B.Tavernier (1999)

3 septembre 2013

[J-38] Amour et trahison

par

Le pouvoir de gauche, saison 2. 

Résumé des derniers épisodes.

En quelques jours, nous avons assisté :

1 / Au baiser avec la langue du Ministre de l'Economie au patron des patrons à l’université d'été du MEDEF, 

2 / Aux rodomontades marketing d'un Ministre de l'Intérieur en mode Sarkozy Turbo-Pinpon (Note au PS : Même acclamé par la presse, Manuel Valls ne vous fera jamais gagner une seule voix aux Municipales avec un discours DE DROITE), 

3 / A la fière présentation par notre Premier Ministre d’une régression sociale, plus habile dans l'énoncé mais tout aussi violente que celle concoctée par Eric Woerth trois ans plus tôt : Une réforme des retraites et un rallongement de la durée de cotisation qui affecteront prioritairement les jeunes (Note aux électeurs. Les jeunes étaient "la priorité" de notre président en campagne). Réforme où chacun sera mis à contribution ...sauf les entreprises même si elles prétendent le contraire (d'où le bisou baveux susmentionné).

4 /  Et maintenant, cette lubie présidentielle de "punition" de la Syrie[1]. Tout de suite parce que là quand même c'est soudainement urgent, mais enfin bon on peut attendre un peu, hein ?

Soyons honnête, ce gouvernement est pour le moment plus qu’une déception. Il est déjà en partie une trahison. 

Heureusement, dans 38 jours sort un beau livre plein d'amour[2]. 

Abondant play-list - sample #2
Roxy Music. Love is the Drug (1982)



[1] dixit M.Sapin dans Tous Politiques sur F.Inter le 01/09/2013.
[2] et de trahison aussi.

28 août 2013

Le retour de l'attaque des retraites

par
Cotiser toute une vie pour ne jamais en profiter. N’est-ce pas là au fond la vision de la retraite parfaite (enfin pour le marché) ?

Pas la peine de reprendre mes billets de 2010 sur la réforme des retraites de l’UMP de changer les noms et de republier, ce tweet de Jean-Marc Ayrault datant du 10 septembre 2010 en pleine mobilisation contre la réforme suffira pour saisir l'ampleur de la déception et de la colère.


L’annonce de cette énième réforme des retraites par le Premier Ministre est évidemment une arnaque pour le travailleur dans la droite ligne des précédentes.

Arnaque. 43 ans de cotisations lorsqu'on décroche un premier véritable emploi à 26 ans en moyenne, ça nous conduit à 69 ans pour obtenir une retraite à taux plein, à la condition de ne pas avoir connu de période de chômage (Hi-Hi) et de ne pas être dégagé à 56 ans du "marché" (âge moyen aujourd'hui constaté). Cotiser plus longtemps parce que, parait-il, nous vivrons plus longtemps (oui Marty, je l’ai vu avec ma Delorean !), veut tout simplement dire, chers lecteurs, que beaucoup d’entre vous, spécialement les moins de 30 ans, ne toucheront jamais de vraie retraite comme vos parents (oui les mêmes qui gardent leur abattement de 10% sur l'IR). 

Arnaque. L’espérance de vie avancée comme argument magique est le résultat de gains passés (notamment de la diminution du temps de travail, la généralisation des soins remboursés), et ne peut en aucun faire l’objet de projection sérieuse. Spécialement dans un contexte ou de plus en plus de Français rechignent à se faire soigner faute de budget, et ou l’on peut attendre 5 ou 6 heures aux urgences pour se faire recoudre sa tête ouverte (vu cet été). De plus, on ferait mieux de parler d'espérance de vie en bonne santé. Et là, les chiffres font mal, surtout pour les ouvriers (dont la santé défaille en moyenne à 59 ans). 

Arnaque. Puisque les meilleures années avant d’être perclus de rhumatismes sont précisément entre 60 et 67 ans, et que ce sont également les plus pénibles pour travailler.

Arnaque. Prétendre régler le problème des retraites en 2035, le jour où l'on annonce une nouvelle hausse de la baisse de la hausse du chômage, c’est moyen pour la crédibilité.

Arnaque. Le "coût du travail" (qui n'est que de la richesse décalée pour l'entreprise) n’est pour rien dans cette histoire. Ou plutôt, le problème est pris à l'envers. Augmentons les salaires et les cotisations suivront (Et en attendant on vivra mieux). D'après l’INSEE, en 30 ans les salariés récoltent 9.3% en moins de toutes les richesses produites en France, soit 100 milliards d’euros allant par an dans la poche des actionnaires. Il y a peut-être un début de piste là non (enfin je veux dire pour un gouvernement socialiste) ?

Arnaque. Nous parlons d’un déficit d'environ 20 Milliards d'euros en 2020. Oui, 20 milliards. Précisément le montant de la  somme que le Ministre des Finances, criant aujourd’hui au « ras-le-bol fiscal », à donné aux entreprises via le Crédit d’impôt Compétitivité Emploi en le ponctionnant sur le pouvoir d'achat des français. Oui. Au nom de la "compétitivité" alors que certaines entreprises bénéficiaires du cadeau ne sont même pas soumises à la concurrence, et que l'on appris cet été dans le Journal Officiel qu’il n’y aura aucun contrôle de l’utilisation des fonds. Oui parce qu'au départ c’était pour créer des emplois.

C’est bon de rire parfois.

Bon. C’est pas tout ça, mais on se retrouve dans la rue le 10 septembre prochain (oui comme la date du tweet du Premier Ministre).

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12 juillet 2013

De la difficulté à répartir les tâches et changer les couches

par
 
J'avais le choix pour ce petit coucou au cœur de mon absence du blog (pour de bonnes raisons croyez-moi) : évoquer le retour de Nicolas Sarkozy ou le caca. 

J'ai choisi le caca.

Ces jours-ci une micro polémique est née sur au sujet du projet de loi sur l’égalité homme / femmes de Najat Vallaud-Belkacem. Le texte propose entre autres une réforme du congé parental (actuellement il peut s'étendre pour la femme jusqu'à la troisième année de l'enfant, dès le premier enfant). La ministre des droits de femmes réaménagerait ce congé avec 6 mois supplémentaires pour l'homme. Il n'en fallait pas plus pour provoquer le courroux beauf du patriarcat hexagonal terrorisé par toute brèche dans l'empire du chibre (et s'occuper de son enfant c'est quand même pas un boulot de mec, où va s'arrêter après ? On va quand même pas faire le ménage non plus !). 

Le classieux polémiste Eric Zemmour lui conseille ainsi de "s'occuper de ses fesses" en rappelant que le rôle de père doit se circonscrire à un rapport éducatif viril à base de baffes dans la gueule entre 16 et 16 ans et demi. Plus étonnant, la secrétaire générale déléguée de l'UMP (enfin l'une des 30, après on s'étonne que le parti soit en faillite), Valérie Pécresse, considère que l'homme à mieux à faire que changer les couches de son enfant. 

En témoigne ce petit échange entre l'ex ministre et votre rédacteur, recordman 17 secondes 2 dixièmes au changement de couches les yeux bandés au Pampers beach masters de Pampelonne. 

(En fait, Valérie Pécresse propose tellement de développer le congé parental des pères, qu'elle veut l'interdire pour le père et la mère au premier enfant.)

C'est bien parce que cette proposition de loi heurte une résistance culturelle dure (en langage technique, le couillotropismeque la droite la résume aux couches souillées. Elle balaye en fait bien plus largement la question du rapport du travail et de la vie familiale, ainsi que de la répartition des tâches domestiques à la maison (équivalant souvent pour les femmes à un travail à temps partiel en + de leur emploi avec en moyenne 4 heures par jour, soit 1h45 de + que leurs conjoints). Ceci expliquant peut-être que la Ministre devient le punching-ball tranquille de la droite dans son ensemble (et même de la gauche parfois). 

NVB, le 11 juillet 2013. 

Comme souvent, le buzz évacue le contenu du texte de loi. J'en rappelle les grandes lignes en fin de billet. 

Sur le congé parental, le constat est implacable:

- En moyenne, les femmes qui ont un enfant voient leur rémunération décrocher de 10% par rapport à celle des hommes

- 96% des bénéficiaires actuels de la prestation qui finance le congé parental (CLCA) sont des femmes. 

- Les hommes ont renoncé à 30% à prendre un congé parental par peur d'un effet défavorable sur leur travail ou leur carrière (même l’aménagement d'un temps partiel est encore mal vu dans les entreprises, et très compliqué dans les TPE). 

- Les mères sont plus souvent freinées par l'aspect financier (39%). 

- C'est souvent le salaire le plus bas du couple qui s'arrête de travailler et comme la cascade des inégalités est cohérente (la rémunération des femmes est en moyenne inférieure de 27% à celle des hommes), c'est la femme qui s'y colle (et cotisera moins pour sa retraite du coup, et paf double peine !). 

- Après la naissance d'un enfant, une mère sur deux arrête son activité professionnelle contre un père sur neuf. Toujours selon l'INSEE (n1454, juin 2013), la moitié des pères (et trois quarts des mères) qui n'ont pas pris le congé disent qu'ils auraient pu être intéressés. 

Rééquilibrer progressivement le partage du temps et des responsabilités entre l'homme et la femme va évidemment dans le bon sens. A noter qu'un congé parental peut se prendre à temps partiel. En plus, il s'articule ici d'une création nette de 100.000 places de crèches (lé congé s'est développé face au déficit de places) et 75.000 solutions d'accueil supplémentaires à l'école maternelle (275.000 en trois ans). Il y a le contenu de la loi d'un côté, et aussi le message contribuant à changer les représentations figées que l'on se fait du rôle de chacun. Ce message est clair : n'ayez pas peur d'être un père impliqué dès le départ, ne sacrifiez pas votre vie professionnelle en étant mère, rééquilibrons le job au sein du couple.

Dans ce domaine, malgré la loi de Najat Vallaud-Belkacem (dont on pourra évaluer les premiers effets sur le congé parental masculin d'ici un an ou deux), il restera encore de la marge. Que Zemmour, seigneur du domaine conjugal, prince de la torgnole et tuteur de mes couilles, soit rassuré !


Les grandes lignes du projet de loi (à la rentrée au Sénat). Texte à consulter ici.
- Réforme du congés parental (avec aménagement pour les collaborateurs-trices libéraux)
- Interdiction de soumissionner aux marchés publics pour les entreprises qui ne pourront justifier du respect de leurs obligations légales en matière d’égalité. (Ca, ça va faire mal).
- Garantie contre les impayés de pensions alimentaires. (40% des pensions alimentaires ne sont pas ou mal versées, et cela touche 9 fois 10 des femmes). En plus de la prestation la CAF se retournera contre le débiteur avec des moyens coercitifs qu'une femme isolée n'a pas.
- Renforcement de la protection des femmes contre les violences conjugales, avec notamment la généralisation du téléphone grand danger.
- Renforcement de la parité : doublement des amendes pour les partis politiques hors la loi, extension de la représentation équilibrée à tous les établissements publics.

Articles connexes :
- Passe ton bac d'abord

Illus : Seb Musset

7 juin 2013

Pierre Mauroy et la retraite à 60 ans

par
Pierre Mauroy, premier ministre socialiste de 1981 à 1984, vient de décéder. Sous son mandat : la fin de la peine de mort, la cinquième semaine de congés payés et...la retraite à 60 ans .

A l'heure où l'on nous prépare gentiment à une nouvelle régression dans le domaine, (ré)écoutez une de ces dernières interventions au Sénat face à Eric Woerth lors de la bataille perdue d'octobre 2010. 

Espérons que ceux lui rendant hommage ce jour sauront s'en souvenir dans les semaines et mois à venir. (durée 7 mns)


Merci au blog de Claudine Lepage (j'ai eu du mal à retrouver ce discours)

3 juin 2013

La politique familiale de justesse

par

Le gouvernement vient d'annoncer la baisse du plafond du quotient familial de 2000 à 1500 euros dans un cadre de mesures visant à "rétablir l'équilibre de la branche famille de la sécurité sociale". 

C'était pas gagné, mais nous échappons à la fin du principe d'universalité des allocations familiales. Un moment évoquée, elle aurait ouvert la boite de pandore des "paliers" négociables à l'envi et applicables à d'autres secteurs.

J'entends déjà gronder la colère de ceux s'insurgeant d'ordinaire que l’Etat se mêle de mariage et d'enfants, traditionnellement enclins à gueuler sur les "assistés". Ils s'épancheront surement dans de longues tribunes télévisées qu'on leur subventionne un chouilla moins leurs mioches et qu'on leur "augmente les impôts", à eux, toujours à eux, eux les damnés de la femme de ménage qui arrive toujours avec dix minutes de retard.

Tu noteras que le travailleur est constamment sommé de faire des efforts, de bosser plus, ou pour moins cher, ou les deux, qu'il doit cotiser plus longtemps pour sa retraite et que surtout, NOUS devons faire des économies. Le NOUS n'incluant pas la partie supérieure des revenus, prenant pour sa part généralement très mal que l'on touche à ses remises fiscales personnalisées.

Car, non, il ne s'agit pas d'une hausse d’impôt, mais bien d'une baisse de niche fiscale. Et pour bénéficier une niche, il faut déjà avoir assez de revenus pour payer un impôt dessus. Ce qui n'est pas le cas d'une bonne moitié des français.

La conséquence de la baisse du QF reste TRÈS modeste. Le supplément moyen pour les familles concernés est de 68 euros. Soit à peine le prix d'un billet TGV pour venir défiler à la Manif pour tous. Il y en a eu 3 rien qu'en un semestre. A multiplier par 7, pour Marie-Eugénie et les six merveilles. 

Elle ne concerne que 15% des familles aux plus hauts revenus. Ex: pour 2 enfants, seules les familles au dessus de 5800 euros de revenus sont concernées. Si elle vous affecte, je sais ça fait du mal à entendre, c'est douloureux, à défaut du salaire je partage votre peine, mais vous faites partie des privilégiés. DEAL WITH IT.

Elle va essentiellement affecter les familles très nombreusesC'est expliqué ici.

 Elle est aussi assortie de la création de 100.000 places en crèche, 75.000 en maternelle et de 275.000 solutions d'accueil. Même si ce n'est pas assez (et que cela reste à être vérifié sur le terrain), ça va dans le bon sens, enfin je veux dire pour ceux qui n'ont pas spécialement de thunes.

La famille française n'est absolument pas "en danger".  Ça ne change rien pour les plus modestes (au contraire, voir plus haut), et pas grand-chose pour les hauts revenus

Quant à ceux qui s'estiment "moyens" (mais qui ne le sont pas) et qui gueuleront encore sur l'Etat "étranglés" qu'ils sont par  cette nouvelle et intolérable atteinte à leur "pouvoir d'achat", nous leur rappelons d'avance qu'il n'était moralement et financièrement pas très sain de tabler sur la part déductible des enfants dans le plan de remboursement du pavillon.

Illus : Bugsy Malone, A.Parker (1980)

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Allocation piège à con
La droite défend d'abord ses valeurs fiscales
Revaloriser l'impot

2 juin 2013

Hollande et l'équation impossible

par
Quelques jours après l'hommage d'Hollande à Schroeder et ses réformes "courageuses", l’émission CQFD sur Itele publie un sondage BVA sur les français et le merveilleux "modèle allemand"[1] dont nous devrions parait-il nous inspirer.

On y apprend que 74.% des sympathisants de gauche en ont une mauvaise opinion.

(cliquez pour agrandir)

Le score global des sceptiques remonte à 53% grâce... aux sympathisants de droite qui en ont TRES majoritairement une bonne opinion. Oui, oui, les mêmes gens qui réclament la tête de Hollande depuis six mois dans la rue, le carré Hermés dans une main le pavé dans l'autre, en hurlant "Dictaturesocialissaaaan !". 

Seulement, les sympathisants de droite ne sont plus que 16% à penser que le président appliquera par chez nous le fameux "modèle allemand". (contre 37% à gauche) Et ce même si nous sommes déjà en chemin.

(cliquez pour agrandir)

Au-delà de l’impossibilité à satisfaire ceux qui ont voté pour la gauche en 2012 en appliquant une politique sociale-libérale, on capte avec ces chiffres que, même s'il continue sur cette ligne, François Hollande ne contentera jamais les sympathisants de droite.

Pourquoi donc poursuivre une politique à destination de ceux qui n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche ?

[1] Sans salaire minimum, composé d'esclaves à 1 euro de l'heure et / ou à flexibilité totale, ou le précaire est culpabilisé alors que paradoxalement c'est le pays de l'union où le taux de travailleur pauvres a le plus augmenté : 15% et leur espérance de vie a reculé de 2 ans en 10 ans. Modèle par ailleurs inapplicable, nos démographies et l'historique économique étant radicalement différents.

Illustrations : Itele.

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6 avril 2013

Vivre et penser comme la droite : le paradoxe Cahuzac

par

"La lutte des classes. Vous, vous y croyez toujours. Moi, je n'y ai jamais cru. Jamais."
Jérôme Cahuzac, 07/01/2013. Mots croisés, France 2

Promis, c'est le dernier billet sur le sujet. Mais, il n'est pas tant question de Cahuzac ici que du rapport de la droite aux agissements de l'ancien ministre du budget.

En effet, la droite est confrontée à un paradoxe. Elle aura beau critiquer le mensonge et par delà la complicité éventuelle d'une partie du gouvernement et d'un manque de morale, dans la pratique, Cahuzac n'a fait que concrétiser la ligne antiimpôts défendue par une large partie de la droite, et bien remise au centre du débat public depuis la rentrée. La ligne est pitchée à la perfection par le député UMP, Jean-Michel Fourgous, jeudi dernier dans le Grand Soir 3:

"S'il y a des paradis fiscaux, c'est que La France est un enfer fiscal". 

Après les leçons de patriotisme et d'identité nationale du dernier quinquennat, on se souvient des récents soutiens appuyés d'une bonne partie de l'UMP à l'exil fiscal de Depardieu (l'acteur à 10 patates le navet devenu l'icône du bagne fiscal hexagonal) ou d'un Bernard Arnault (Le Rémi sans famille des multimilliardaires)... Comment la droite peut-elle attaquer l'ex-ministre du Budget sur son manque de moralité et le fait qu'il ait soustrait de l'argent au fisc ? C'est simple, elle ne le peut pas : Cahuzac a eu un comportement de droite. Donc, elle attaque sur le reste.


Quelques jours avant l'aveu de Jérôme Cahuzac, des députés UMP déposaient à l'Assemblée nationale une proposition de loi, d'inspiration Berlusconienne, visant à amnistier fiscalement le rapatriement des capitaux placés à l'étranger. La droite confirme ainsi que ceux que nous considérons comme des coupables, elle les considère comme des victimes (et vice versa).

J'aime bien écouter BFM Business, on y pèche à toute heure de la journée, sans filtre de bienséance, un concentré rapide du délire libéral décomplexé ne tirant des leçons de rien. L'autre soir, on y entendait de la bouche d'un animateur maison que l'affaire Cahuzac n'était pas si grave, car au fond il n'avait pas abusé d'une petite vieille (et je pense qu'il n'était même pas fait allusion à l'affaire Sarkozy / Bettencourt). Comment mieux résumer, l'esprit de droite?[1]. La délinquance n'est qu'une affaire de violence physique locale, ne concernant donc que les pauvres et les ghéttoisés, dont l'avis compte peu puisqu'ils gagnent peu mais avec qui il faudra faire preuve de la plus grande fermeté. La classe supérieure qui a le bon goût d'avoir trop pognon, elle, a le droit d'être délinquante à l'international puisque cela reste sans arme, ni haine, ni violence et que, quelque part, oui monsieur, grâce aux bienfaits internationalement reconnus de la mondialisation, c'est bon pour l'économie[2].

Tout cela est bien sur faux. L'argent de l'exil fiscal, en plus du manque à gagner local,  on l'a vu dans l'histoire de Chypre, finit invariablement par jouer contre les peuples de chaque pays, d'abord les pauvres puis les classes intermédiaires. Les coups et blessures sont bien plus violents, bien plus étendus, plus prolongés dans le temps. Des coups indirects et cachés derrière l'anonymat de banques, de comptes offshore, de fonds de pension, ne permettant pas de pointer du doigt un individu responsable : 30.000 milliards de dollars sont dissimulés dans les paradis fiscaux, l'équivalent de 3/4 de la dette mondiale. Les "victimes" vous remercient.

Ne nous trompas pas de cible, Cahuzac n'est pas coupable parce qu'il est politique, c'est juste une circonstance aggravante elle-même aggravée par la période (L'aurait-on autant accablé avec un chômage en baisse et 2% de croissance ? Pas sur). Combien de Cahuzac œuvrent toujours dans l'ombre, sans aucune responsabilité politique ? C'est contre cela qu'il convient de lutter avec fermeté[3]. 

Si l'affaire Cahuzac peut également faire comprendre au pouvoir socialiste que c'est avant tout ce laisser-aller de droite qu'il convient de rectifier dans ses rangs, on aura avancé.


[1] On reconnait souvent cet esprit à ce qu'il se défend d'être ni de droite ni de gauche (mais surtout pas de gauche).

[2] La ruse de la classe supérieure étant, grâce à ses relais médiatiques, de persuader les classes intermédiaires de se rallier à sa cause en s'appuyant sur le dégoût pour la pauvreté, l’accès au crédit et la stimulation continue du désir de richesse.

[3] Ci-joint la pétition contre la lutte fiscale à destination du gouvernement initiée par Politeeks 

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