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25 mars 2014

En route vers l'inertie

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Ah et oui, il y avait des élections. 

Il y a six ans, j'aurais fait du lol, et surement commenté une claque envers un pouvoir désavoué à la première élection intermédiaire. Je me serais moqué des réactions des ténors du parti de la majorité dépêchés sur les plateaux télévisés au soir du premier tour des municipales pour nous expliquer que "non, ce n'est pas un vote sanction"[1], "que les efforts n'ont pas encore porté leurs fruits", "que le chômage baisse", "que le second tour est décisif", "que la route est longue, la pente est raide, qu'il faut faire barrage au FN et que ma belle-sœur en a et que d'ailleurs on l'appelle tonton et qu'il est hors de question pour nous, socialistes, de changer une politique de droite qui gagne". Mais non, là je suis dans l'état d'esprit de notre Président, retranché dans mon palais coupé du monde et je n'en ai juste plus rien à secouer des Français, toisant de mon dédain dandy la déliquescence d'une société du repli, souhaitant presque Sarkozy se représente tant il est le seul à pouvoir remobiliser la gauche autour d'un joli projet commun, viscéral, mais porteur de tous les possibles : lui coller une seconde raclée.

Dimanche, mon dégoût d'une "information" hystérique le disputait à la lassitude d'une situation électorale classique (un mauvais résultat pour la majorité dans un scrutin à mi-mandat est aussi surprenant qu'un dimanche après-midi télévisé avec Drucker).  

Même la montée largement surexposée du FN dans une poignée de mairies ne me provoque rien tant elle fait partie du spectacle, du piment démocratique, de la nécessaire preuve par l'exemple (il faut en passer par là, et les expériences municipales passées du FN se sont toutes transformées en fiasco) et de la logique du moment : cette déconnexion au mieux, l'encouragement au pire, de nos gouvernants envers une société du travail totalement individualisée, aux divertissements médiocres, une société de la bouffe avariée et du mal-soin, sans mémoire à plus de trois jours, pathologiquement craintive de la différence, qui revendique son ignorance et sa part de barbarie, une société de l'impatience où l'esprit de consommation et la notion de rentabilité s'étendent à tous les pans de la vie quotidienne, sentimentale et familiale, bref une société de merde, technologiquement très connectée et paradoxalement plus que jamais divisée en ghettos sociaux générationnels et ethniques, ne peut à terme que générer une expression démocratique de merde. Enfin... pour ceux qui votent encore tant l’exercice, matérialisation même symbolique d'une vision collective, devient absurde dans cet océan de défiance, de pessimisme et de chacun pour sa gueule qu'est devenu La France (abandonnée à l'Europe elle-même abandonnée au marché).

Sans une véritable politique de gauche (et là, plus rien n'est lisible à gauche pour l'observateur lambda qui ne veut pas "se prendre la tête", au bas mot les deux tiers des inscrits), au sens collectif du terme avec rééquilibrage des injustices, d'une façon ou d'une autre, sous un nom ou un autre, le FN arrivera aux commandes du pays. Tout, du haut en bas de la pyramide des exploiteurs et des exploités, des cyniques aux abrutis, des incompétents surpayés aux chômeurs ignorés, des rentiers aux jeunes endettés, des libéraux winners aux salariés insultés à longueur de journée, tout converge pour que le pire se concrétise depuis l'isoloir de nos aigreurs. 

A chaque soir d'élection, les pleureuses sous spots à tungstène des hauts plateaux du savoir sanglotent en direct haute définition sur le record d'abstention. Totalement égoïstement, à mon tour, par défaut, je n'y vois pas la pire des nouvelles dans le désastre. 

C'est probablement cette abstention qui nous préserve d'un score de droite encore plus fort.

[1] Envoyer Moscovici pour faire le SAV des socialistes et mobiliser pour le second tour, peut-on pire opération de com' ? Le mec est une publicité ambulante pour un vote anti-PS

Illustration : Jefferson Airplaine, Bless its pointed little head

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13 mars 2014

La tragédie d'un homme ridicule

par

Me faire ça ! A moi !

Moi, ex-président corrupteur, financé par un dictateur terroriste et une milliardaire aux fraises,
moi qui ai fidèlement arrosé d'argent public tous mes amis,
moi qui ai généreusement défiscalisé pour les nantis,
moi, pataquesseur né, me débrouillant pour être mêlé à une affaire louche par jour tout en l'étouffant (suffit de placer les bonnes personnes aux bons endroits, youpla !),
moi trompé par un abruti (Jean-François : se faire gauler pour 8 millions, c'est petit),
moi trahi par mon gourou depuis dix ans (Oui euh, ma campagne La France aux Français, c'est pas moi c'est lui),
moi qui voulais ficher les Français potentiellement déviants (tous quoi), appliquer la tolérance zéro pour les délinquants et vidéo-espionner toutes les rues du pays,
moi qui faisais espionner les journalistes ne me cirant pas les talonnettes,
moi qui voulais être Bobby De Niro chez Scorcese et ne serais jamais qu'un copycat de Joe Pesci chez Pécas,
moi qui ne suis qu'une victime du complot socialo-trostko-mediatico-reptilo-gay des bobos de St Germain contrariant, si peu, mon comeback triomphal (j'y pense en me rasant, j'essaye mes costumes et rode mon stand-up dans les salles paroissiales des stations balnéaires de droite où le récital de Carla cartonne chez les grabataires équipés d'Audika).

Moi, Nic... euh... Paul Bismuth, qui n'ai pourtant rien à me reprocher, me voilà traité comme un pauvre con de Français, malmené par la justice en sus. C'est ce félon de Buisson qui avait raison : actuellement les valeurs se perdent. Il est loin le temps où l'on respectait les délinquants nuisibles et incompétents pourvu qu'ils soient riches et élus.

Ça m'apprendra à vouloir mon bien autour de moi.

Parfois je me dis que c'est mon cruchon d'épouse qui a raison : trop bon trop con.

Paul B., sauveur éternel, crucifié en place de 'com.

C'est pas tout ça, je dois vous laisser bande de smicards : je vais rater ma séance de dédicaces. 


Illustration : Last temtptation of Christ, M.Scorcese (1988) + M.Monpontet, Twitter.

1 novembre 2013

Le Pen : La barbe, la "bourde" et le buzz

par

Hier matin sur l'antenne d'Europe 1Marine Le Pen, présidente du FN, a émis des réserves sur la récente libération de quatre otages français

En effet, après trois ans de captivité par AQMI, les ex-détenus ont eu l'idée (séditieuse entreprise pour le moins anti-patriotique) de descendre de l'avion à Villacoublay sans bouteille de Beaujolais  sous le bras, ni chapelets de saucisson autour du cou comme c'est l'usage en Gaule depuis la création des Hauts-de-Seine par Jeanne d'Arc (si si, je l'ai lu dans Valeurs Actuelles).

Pire encore. Certains des terrori, euh ex-otages, étaient affublés d'une barbe. Oui mesdames et messieurs, une barbe : comme l'auteur de ce blog, Carlos, le chanteur, et Dieu le père ! Pire, d'autres plus suspects portaient un chèche. Madame Le Pen apprécie peu ce laisser-aller vestimentaire quand on passe à la télé devant des millions de Français. D'ailleurs, question barbier, elle préfère quand c'est propre et net, et qu'il n'y a aucune équivoque possible. 


Il ne fallait pas plus que cette suggestion d'otages devenus musulmans (puisqu'il s'agit de cela en toile de fond) pour que les médias embrayent toute la journée sur, je cite, "la bourde" de Marine Le Pen. De la Une du Monde dans l'après-midi, le "dérapage" dérape jusqu'au JT de 20h du service public où il sera traité avant le cas des otages eux-mêmes. 

(commentaire du journaliste : 
""Elle casse le consensus". En vous remerciant.)

Keep calm et reprenons les choses dans l'ordre :

1 / Il n'y a pas plus de "dérapage" que de "bourde".
Sous-entendant qu'il y a islamisation des otages, Marine Le Pen, s'adresse d'abord à son électorat.
Qu'il s'agisse de l'électorat acquis :
- Le xénophobe de base, excédé par la "normalisation" du FN, qui a besoin que le parti lui redonne sa dose quotidienne de peur du mahométan.
- Le comploto-timbré, bercé un peu trop près de la télé, en sevrage depuis sur Facebook. 
Qu'il s'agisse de l'électorat potentiel :
- Scoop : une bonne partie de la droite n'aime quand même pas trop la barbe et les chèches.

2 / Avec cette sortie matinale, la présidente du FN, évoluant avec agilité dans son biotope médiatique, sait qu'elle occupera les ondes durant 24 heures (voire 48 avec le jour férié). L'information continue n'est qu'un feuilleton dont flemme et pyrotechnie sont les deux piliers narratifs : Marine Le Pen fournit les épisodes. Au final, ses messages codés, ou pas, atterrissent invariablement en tête des JT (à deux doigts de lui organiser une cellule de soutien psychologique pour son "dérapage").

3 / Car, Madame Le Pen, s'offre également la possibilité d'une seconde séquence, dite du remords, où elle pourra s'expliquer, interpréter l'incomprise, dupée, forcément, par des médias "qui cherchent toujours la petite phrase" (qu'elle leur donne à chaque fois).

4 / Avec le pitch de Homeland lu le matin même dans TéléZ, la chef du FN, réussit donc à parasiter une actualité qui lui est totalement étrangère (la libération d'otages français après de longues négociations), coupant l'herbe sous le pied du Président (et oui, on ne parle plus que d'elle). Et le lendemain à la même heure, son bras droit remet le couvert.

Enfin, 

5 / Ce point curieux (il n'a pas été l'objet de l'ombre d'un début de remarque dans l'agitation du jour) : si c'était le cas, en quoi la conversion personnelle ou l'adoption d'une religion par un otage serait un problème pour la nation ? 


Illustration : The Barber, Coen Bros (2000)

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Articles connexes :
L'occupation des cerveaux
Les JT roulent-ils pour le FN ?
FN : Lutte des classes ou lutte des races ?

29 octobre 2013

Écotaxe et Patafix

par

Encore une fois, chapeau ! Cinquante énervés en bonnets rouges, télécommandés par le Medef et la FNSEA, encouragés par Christine Boutin, Marine Le Pen et l'UMP (à l'origine de la loi en question), ont fait reculer le gouvernement sur l'application de l'écotaxe

Que voilà un Premier Ministre bien fier de lui, mais qui comprend tout à l'envers :

Jean-Marc Ayrault cède par peur de la violence, et c'est précisément parce qu'il est faible que la violence continuera. Non content de ne pas savoir expliquer les lois ou défendre ses quelques convictions, le gouvernement capitule craignant la fronde. Ça devient une habitude (enfin sauf lorsqu'il s'agit de la destruction des acquis sociaux, où là, reconnaissons-le le gouvernement montre un certain courage à défendre les intérêts du patronat).

En réponse, le syndicat des patrons fait d'ailleurs part de sa déception :

Entre le ratage total de l'affaire Léonarda et la volte-face sur cette mesure verte (Je me demande encore comment des écologistes peuvent rester dans l'équipe ?), je n'ai plus de mot pour qualifier l’exécutif sur le blog. J'ai tout mis dans le bouquin et j'y ai d'ailleurs esquissé la suite des événements. Tout le monde va s'y mettre : "et il y a trop de radars, on ne paiera plus nos PV !", "et nous on paiera pas nos impôts !"... Un vrai festival de l'individualisme sous le grand signe du "ras le bol fiscal" qui sera, plus que l'insécurité ou la peur de l'immigré, le vrai point de ralliement des droites (voir ci-dessous), et dont l'histoire retiendra que l'on en doit la création marketing à un certain Pierre Moscovici, ministre socialiste de l'Économie et des Finances.

Ah oui tiens, au passage, cet abandon coûtera 800 millions au contribuable.

La seule (maigre) bonne nouvelle dans cette déconfiture du pouvoir, c'est qu'elle survienne aussi rapidement.

Ça nous laisse trois bonnes années pour remonter la pente.

20 octobre 2013

Le piège à compassion

par

Après soixante-douze heures de pataquès compassionnel (mon petit doigt me dit que cette mise en Une a un autre motif que la bonté), François Hollande finit par trancher dans l’affaire Léonarda pour trancher à moitié. 

La jeune fille est autorisée à revenir en France pour étudier, mais sans sa famille. Alors que son expulsion (à la source du merdier) a été motivée par souci de ne pas la séparer de sa famille, celle-ci arrivant au bout de cinq ans de recours légaux. 

François Hollande demi-rate donc encore un moment de com’.

Il paye trois prix :

1 / Une politique d’immigration non assumée. Et je le répète ici, il n'y a pas de honte à avoir un contrôle des flux, même si dans le cas d’une Europe ouverte, ça se complique sérieusement. Dans le cas de Léonarda, la situation était claire : seules les conditions d’expulsion ne l’étaient pas. L'immigration n'est pas une thématique essentielle. En n'assumant pas plus franchement son traitement, la gauche laisse croire que c'est un problème de taille et sert donc la droite.

2 / Vouloir satisfaire en permanence un électorat qui ne votera jamais pour lui, et trahir à répétition l’électorat qui a voté pour lui. Quel sera l’aboutissement électoral de cette équation ubuesque : une méga tarte aux élections intermédiaires. La gauche n’ira pas voter, la droite ira voter à droite ou l’extrême droite. Valls a beau être populaire, il ne générera aucun vote pour le PS.

3 / Il se laisse encore avoir par le rythme de l’info continue. Celle-ci a horreur du vide. Sarkozy et ses sbires dictaient l’agenda médiatique, Hollande et ses ministres le subissent, se retiennent et finissent par craquer. Pour faire n'importe quoi.

Ce feuilleton (car il y aura d'autres épisodes va savoir) ne changera rien pour les autres expulsions et tous les autres drames. Quant à l'indignation suscitée, qu'en restera-t-il dans deux semaines ? Y aurait-il eu un tel barouf si cette expulsion survenait durant les vacances ? Sur cela les indignés devraient s'interroger aussi.

On notera tout de même l’effort de certains médias pour démonter cette famille, puis donner la parole à Léonarda en direct open bar épidermique depuis le Kosovo (ce qui enfonce son cas encore un peu plus). 

Les mêmes ne donnent quasi jamais la parole aux Roms en France (en bas de leurs locaux). Les mêmes faisaient d’un bijoutier assassin un héros et hésitent à aller à Trappes quand il y deux cailloux lancés.

Et pour finir, ça n’arrivera pas souvent promis, permettez-moi de citer ceci :

« Il faut, par contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention des titres de séjour. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas aujourd’hui, que les règles soient interprétées de manières différentes selon les préfectures et aboutissent à la situation absurde du « ni expulsable, ni régularisable ».
Trop longtemps en matière d’immigration, la gauche s’est retrouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations. Il est grand temps qu’elle pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine ». 
Manuel Valls in l'énergie du changement (2011), cherche-midi editeur.

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18 octobre 2013

FN : lutte des races ou lutte des classes ?

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J'allais écrire un billet sur ce débat qui revient souvent : Faut-il stigmatiser les électeurs du FN ou chercher à les comprendre en y mettant les formes ? 

Et puis, je suis tombé sur le dernier numéro d'Envoyé Spécial sur les "nouveaux visages du FN". 

On y suit trois trentenaires candidats FN pour les municipales : son vice-président, Florian Philippot, un transfuge de l'UMP et une commerçante, novice en politique et propulsée candidate par le parti dans son village des Ardennes.

Au gré de sa campagne de terrain sous les caméras de France 2, cette jeune femme carbonise en quelques minutes les laborieuses tentatives de Marine Le Pen pour rendre cool, crédible et modéré le parti d'extrême droite. Après moult approximations et l'expression de diverses peurs, la commerçante finit par se lâcher totalement et comparer trankilou pépèrlito Christiane Taubira à un singe[1], en ajoutant qu'elle n'est pas raciste et a des amis noirs.

(je vous conseille de visionner le doc en entier sur Pluzz)

Réaction du FN : suspension de la candidate. Parfaite introduction pour le billet que je voulais faire depuis un petit moment :  1 / Le FN ne crée pas la bêtise, il la récupère et l'instrumentalise. Et dès fois, comme hier soir, ça lui pète à la tronche en prime-time. 2 / C'est loin d'être un parti aussi charpenté qu'il le prétend et qui reste bien embarrassée par la fougue de ses troupes (c'est un paradoxe pour un mouvement qui se veut démocratique).

La réaction du FN envers sa candidate est symbolique de ce rapport. La candidate du terrain  est envoyée au front, va trop loin devant les caméras, contrevenant avec la ligne marketing décidée à Paris, et se voit éjectée pour avoir (pour reprendre l'expression consacrée et entendue dans le reportage) dit tout haut ce que chacun penserait tout bas. 

Au-delà de "la lutte des races" qui, il suffit de gratter un peu, reste une base commune, le vote FN se divise  à mon sens en deux catégories principales :

D'un côté, la compote des colères (légitimes ou pas) provenant de gens qui n'ont juste aucune architecture politique ou instruction historique minimale. A leur décharge, à force de patauger dans la crasse de l'époque sans aucune autre grille d'analyse que celle des écrans, on finit par penser de la merde, et ce faisant, on renforce la crasse de l'époque. Et là, le boulot (colossal) est autant politique que culturel.

De l'autre côté, des gens qui savent très bien ce qu'ils font et pour qui ils votent. On aura tort de penser qu'il s'agit d'un vote de la misère (la thèse qui arrangerait tout le monde). On voit dans quel état de panique, la simple esquisse d'un demi-risque qu'il puisse y avoir une politique vaguement de gauche  a mis en transe le (large) monde de la rente dès le lendemain de l'élection de François Hollande. Ce monde-là préférera toujours n'importe quelle droite, à n'importe quelle gauche. Appelons ça l'identité fiscale. Et vu la farce qu'est devenue l'UMP, et dans quel état de porosité idéologique Nicolas Sarkozy a laissé ce parti, le pas se franchira vite (on l'a vu à Brignoles).

La seconde catégorie dupe et dupera la première. 

Pourquoi deux électorats à priori contradictoires (le type qui galère et celui qui veut protéger son capital des types qui galèrent) se retrouveraient-ils dans le vote FN ? Toujours pareil : la peur, l'individualisme et le toujours plus.

La peur.
Les uns ont peur qu'on leur vole une identité culturelle qu'entre deux tranches de Pizza au Coca devant Les Experts Las Vegas sur leur écran made in China, ils sont incapables de définir. Les autres ont peur de payer pour les autres. Les uns expriment leur peur de la mondialisation en pointant du doigt les "immigrés" ou les "musulmans" (notions vagues tant elles recoupent bien vite tout ce qui n'a pas la peau blanche). Les autres travestissent la peur Facile, pratique, pas cher, simple comme un forfait téléphonique et permettant d'éviter l'autocritique : l'autre est un type bien pratique.

L'individualisme.
Si le vote FN se veut un vote de rejet du "système" politique, il est en revanche un vote d'adhésion... à tout le reste. Sous l'angle du "tout pour ma gueule", c'est la continuation du système, mais débarrassé du vivre-ensemble. Sans les autres, le monde, euh pardon le pays, euh pardon ma salle à manger serait soudainement plus agréable à vivre. Peur et renfermement sur soi s'auto-alimentent.

Comme en son temps pour le vote Sarkozy, le vote FN n'est qu'une conséquence de la société du laid, avec sa consommation à outrance et son cortège de frustrations sur lesquelles des médias en quête de spectacle déversent des baquets d’angoisses et de tentations (passez une soirée sur les principales chaines de la TNT, et vous comprendrez de quoi je parle).

Le FN n'est qu'un récipient entre de mauvaises mains. Il se remplit des névroses, de l'individualisme bourgeois et de l'inculture de l'époque. C'est pour cela que le FN "newlook" est souvent un bon objet de télévision : ils ont la même logique pour capter l'audience. 

[1] cette comparaison tourne sur Facebook depuis un moment, bien au-delà du FN.

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6 octobre 2013

[fashion-week] Dis-lui zut au FN !

par
- Bon les gars, l'heure est grave. On va se prendre une ratatouille aux municipales avec les conneries du gouvernement. C'était une bonne idée de mettre le FN au centre du débat pour éviter de parler de l'ANI, de la réforme des retraites et de la hausse de la TVA, mais du coup bah... euh... faut trouver des idées

(Silence)

- Je sais ! On qu'à faire une politique de gauche !

- Du calme Gérard, t'es pas sur internet là. Je croyais que c'était clair pour tous : on a dit pas de populisme. Bon alors ? Pour les idées ? Personne ? Manuel ?

- On a qu'à dire que tout est de la faute des Roms.

- Manuel, on a dit "faire baisser le FN". Pas le faire monter.

(Silence)

- Bon. Et bien si c'est comme ça, on passe en procédure d'urgence. On sort l'artillerie lourde. On va dézinguer la blonde au canon scié, façon Machete Kills. Pas de pitié !

- Ahem... mais comment va-t-on faire Harlem ? 

- Simple. Camarades socialistes, laissez-moi vous présenter le TX2014 !


- Véritable machine de guerre dialectique, issue de la plus pointue des manufactures taïwanaises, le TX2014 ne laissera aucun survivant sur le champ de bataille électoral. Avec son interface à épingle permettant l'accrochage à son veston ou sur son cartable, et son intégration du langage jeune (notez la finition de la bulle façon BD et sa touche de rouge qui n'est pas sans rappeler nos racines sociales), il saura communiquer efficacement aux peuplades périurbaines. Autant vous dire que là, les méchants vont passer un sale quart d'heure !

(Silence)

Articles connexes :
En finir avec le FN
Les vraies raisons du vote FN
Au grand bazar du vote FN

llustration : @LaFranceapeur

13 septembre 2013

Quand Marine Le Pen attaque un blogueur

par

J'apprends que Marine Le Pen, stigmatisant régulièrement le "politiquement correct", a déposé une plainte pour injure publique contre un ami blogueur (détails ici) pour le passage suivant (extrait d'un article d'avril 2013). Je cite :

"Hollande peut et doit rebondir. Sinon c’est la [...] lepeniste qui va en profiter: l’électeur va facilement céder au “tous pourris”, et autres discours simplistes de la droite moisie et du FN qui veut -sachez le- empêcher les juges de dénoncer les manquements dans la lutte contre la corruption et la fraude. Double langage donc de ces menteurs d’extrême droite ! Il importe de faire la pédagogie sur ce point, tout ça par les politiques non corrompus !"

L'analyse politique étant tout à fait pertinente, il semblerait que ce le mot "truie" pose problème. 

Certes, le mot est totalement déplacé et surtout inutile à la démonstration.

Toutefois.

Au pays, parait-il, du "saucisson pinard", où certains à droite et à peu près tous à l'extrême-droite se montrent tant attachés à la suprématie du cochon dans les cantines de nos enfants, il est étrange de considérer l'association avec cet animal, à la limite de l'emblème pour ses militants, comme une injure pour la chef du Front National.

On peut également considérer qu'il est tout aussi dégradant pour un Président d'être comparé à un dessert gélatineux à la sauce caramel sur les sites de droite et d'extrême-droite, voire dans les commentaires des sites de presse ayant légèrement plus de visibilité et de moyens que les blogueurs

On se dit également que l'avocat de Marine Le Pen aura du boulot avec les 47.000 occurrences "Marine Le Pen" + "truie" trouvées en une recherche Google (contre 953.000 pour "Marine Le Pen" + "raciste ou pas ?" ce qui en dit long sur la compote mentale ambiante).

Mais, me direz-vous, ce ne sont là que des points de détail. 

Ce petit épisode nous rappelle surtout quelle est la nature de la plaignante courant de plateau en plateau pour crier à la censure, rhabillée par certains médias complaisants en pasionaria des prolétaires alors qu'elle a grandi dans un domaine à St-Cloud à côté duquel Neuilly est un bidonville.

Comme je ne la sous-estime pas, bien au contraire, j'imagine qu'elle tente par cette action de se placer une fois de plus en martyre.

Ne t'en fais pas Politeeks, et permets-moi de conclure :

"Je ne vois pas comment un tribunal pourrait me condamner pour avoir tenu ces propos, même si en France on peut quand même s'inquiéter de la dérive consistant à tenter d'empêcher les prises de position lorsqu'elle ne répondent pas au politiquement correct.
Marine Le Pen, France Info 08/07/2013 >>> La vidéo ici

Illustration : Delicatessen de JP Jeunet (1992)

3 septembre 2013

[J-38] Amour et trahison

par

Le pouvoir de gauche, saison 2. 

Résumé des derniers épisodes.

En quelques jours, nous avons assisté :

1 / Au baiser avec la langue du Ministre de l'Economie au patron des patrons à l’université d'été du MEDEF, 

2 / Aux rodomontades marketing d'un Ministre de l'Intérieur en mode Sarkozy Turbo-Pinpon (Note au PS : Même acclamé par la presse, Manuel Valls ne vous fera jamais gagner une seule voix aux Municipales avec un discours DE DROITE), 

3 / A la fière présentation par notre Premier Ministre d’une régression sociale, plus habile dans l'énoncé mais tout aussi violente que celle concoctée par Eric Woerth trois ans plus tôt : Une réforme des retraites et un rallongement de la durée de cotisation qui affecteront prioritairement les jeunes (Note aux électeurs. Les jeunes étaient "la priorité" de notre président en campagne). Réforme où chacun sera mis à contribution ...sauf les entreprises même si elles prétendent le contraire (d'où le bisou baveux susmentionné).

4 /  Et maintenant, cette lubie présidentielle de "punition" de la Syrie[1]. Tout de suite parce que là quand même c'est soudainement urgent, mais enfin bon on peut attendre un peu, hein ?

Soyons honnête, ce gouvernement est pour le moment plus qu’une déception. Il est déjà en partie une trahison. 

Heureusement, dans 38 jours sort un beau livre plein d'amour[2]. 

Abondant play-list - sample #2
Roxy Music. Love is the Drug (1982)



[1] dixit M.Sapin dans Tous Politiques sur F.Inter le 01/09/2013.
[2] et de trahison aussi.

19 juin 2013

[Exclusif] Les vraies raisons du vote FN

par

Il faudra d’abord retenir du premier tour de la législative partielle à Villeneuve-sur-Lot qu’un type de 23 ans sans l'once d'un début de programme peut désormais faire 26% au premier tour sur la seule base de son étiquette FN.

Ou, quand le clash de kikoolols s'applique à la démocratie.

Alors oui, je sais, il n'est pas raisonnable de faire de projection sur les prochains scrutins nationaux à partir d'un scrutin local, et le FN ne gagne ici qu'un millier de voix en un an, là ou le PS (dont c'est la huitième torgnole électorale en un an) en perd 14.790. Et puis c'était la circo de Cahuzac, et puis il a fait beau aussi...

Toutefois avançons quelques craintes de voir ce type de résultats se reproduire aux prochaines élections si le gouvernement n'obtient pas des résultats significatifs sur l'emploi très rapidement, et en usant d'un langage intelligible si possible (sans répéter Allemagne et compétitivité quatre fois par phrase).

Quelles sont les raisons qui pousseraient en 2014 (et après) ce peuple de France avec un profond sens de l'Histoire et une grande mémoire à voter pour un FN qui, malgré ses efforts de ripolinage, suinte à 300 bornes à la ronde le racisme et l'incompétence ?

Elles sont plus complexes qu'il n'y parait, et au nombre de 712[1] car la force d'un bon marchand de glaces c'est la diversité des parfums proposés :

- Les affaires,
- La dogme de l’Europe à tout prix (quitte à un peu chier sur les peuples),
- La fraude fiscale des élites,
- Les élites,
- La corruption réelle,
- La corruption fantasmée,
- La politique sociale-libérale du gouvernement,
- Les reniements des promesses du même gouvernement,
- La complaisance des médias en quête de spectacle et les efforts répétés de l'éditocratie pour dédiaboliser le parti,
- Le Hollande-bashing,
- L'Hollandisme béat,
- Les déclinologues qui prospèrent en pérorant sur l'effondrement de la France depuis un demi siècle à la télé avec un ton toujours plus alarmiste,
- Les journalistes qui les relaient encore et toujours,
- Les émissions de télé à la con à toute heure de la journée qui avilissent ou terrorisent,
- Les fonctionnaires parce qu'il y en a trop,
- Les fonctionnaires parce qu'il y en a pas assez dans mon village et que je dois faire cinquante bornes pour remplir un papier,
- Les radars automatiques et l'essence trop chère,
- La relégation loin des centres d'activité à cause de l'immobilier trop cher,
- L'intransigeance à mon égard, le laxisme envers les autres,
- La TNT gratuite,
- La publicité,
- Toutes ces choses que je ne peux pas acheter, 
- Les Grandes gueules d'RMC
- La mobylette qui passe dans la rue,
- L'insécurité (y en a partout. Oui bon pas chez moi, mais j'en ai vu à la télé),
- Ceux qui gagnent plus que moi alors qu'ils en font moins,
- Les assistés en Mercedes,
- Les Rroms qui n'ont pas payé pour leur terrain alors que nous ça nous a coûté 20 ans de crédit,
- Les étrangers. Parce que faut pas déconner on n'est plus chez nous avec tous ces gens à cartes d'identité française (mais attention je ne suis pas raciste, c'est dépassé tout ça, Marine c'est pas son père),
- Les bobos (Fiente parisienne dont j'achète les marques favorites sur le bon coin et écoute les musiques avec six mois de retard),
- Nos traditions qui se perdent, (Jeanne d'Arc, De Gaulle et euh... putain j'ai oublié le troisième, vous voyez ça commence !),
- Le mariage des pédés, 
- Le fait qu'on parle trop du mariage des pédés,
- La censure envers les anti mariage pédés,
- La persécution envers le politiquement incorrect dans ce pays c'trop intolérable,
- Allez osons l'avouer, ils n'auront pas notre liberté de penser : la dictature socialiste.
- Les impôts ouais y en a beaucoup trop (Personnellement j'en paye pas, mais ça bloque le pays),
- Mon chef (en plus il n'a pas un nom très catholique),
- La chef de mon chef, (oui, parce qu'en plus c'est une femme qui dirige le service, elles nous dévirilisent j'vous dis !),
- Le voisin qui fait encore des travaux chez lui (putain mais avec quel argent ?),
- Ceux qui me traitent de "gros con" parce que je dis que dès fois Marine n'a pas tort,
- Ceux qui tentent de comprendre et d'excuser mon vote. Je les aime bien ils me rendent intelligent, 
- L'extrémisme de l'extrême-gauche qui provoque les skins dans la rue alors qu'ils allaient tranquillement acheter un bouquet de fleurs pour la fête des mères,
- La faiblesse des mots de la gauche,
- La rhétorique de l'UMP,
- La perdition de l'UMP,
- L'explosion de l'UMP,
- Sarkozy qui a ouvert la voie, trahi, échoué et qui va se représenter, trahir, échouer.
- La cécité d'une partie du PS,
- Le retour du religieux,
- La théorie du genre (hein ? Oui, je sais pas ce que ça veut dire, mais y a le mot théorie dedans ça me donne un genre),
- Le soutien discret de la bourgeoisie (mais qui, ça ne fait pas un pli, en cas de duel préféra toujours l'extrême-droite à la gauche même tiède),
- L'appui des libéraux qui la rejoindront en remuant la queue impatients d'en foutre plein la gueule aux feignants aux 35 heures alors qu'ils pourraient facile en faire 90 comme les enfants chinois,
- Le chômage évidemment,
- Le travail mal payé aussi,
- Le travail pas payé, surtout,
- Le travail que tue l'espoir d'une vie meilleure,
- Le travail que je ne trouve jamais plus de deux mois d’affilé et jamais avec des horaires décents ou un salaire correct mais dont on me répète qu'il va falloir que je m'y colle jusqu'à la fin parce que je vis plus longtemps et que c'est une évidence SCIEN-TI-FI-QUE alors que je n'ai même plus de quoi me soigner mes hémorroïdes,
- Ma colère,
- Ma tristesse,
- Mes hémorroïdes, 
- Ceux qui disent que le vote FN va inexorablement monter,
- Ceux qui le sous estiment,
- Quand Marine parle,
- Quand Marine se tait (car finalement avec tout ça, elle n'a plus grand-chose à dire pour engranger).

Et bien sûr, last but not least :

- Et puis quoi, où est le mal ? On n'a jamais essayé le FN. On peut bien essayer ? 
(NDLR: marche aussi avec le saut à l’élastique sans élastique)

Nos conclusions sont formelles. A ce jour, TOUT strictement TOUT profite au vote d'adhésion au FN. Car, et je suis d'accord sur ce point avec Florian Philippot, n°2 du parti, qui affirmait dimanche soir: "le FN est aujourd'hui un vote d’adhésion". Oui, on ne peut faire l'impasse sur la nature profonde, morale et économique, de ce vote de merde. Et l'électeur doit faire face à ses responsabilités. Le vote FN, libéral un jour, populaire le lendemain, xénophobe toujours, est le plus simple pour ne surtout pas se remettre en cause personnellement. D'un coup de baguette magique : changer les autres sans avoir à se changer soi. 

En cela, c'est un vote profondément dans l'air du temps et promis à un bel avenir.

[1] liste non exhaustive que nous vous invitons à compléter en prospectant dans votre entourage. Vous verrez, en tapotant un peu, ça tombe tout seul de l'arbre.

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