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15 juin 2026

Jegoun est parti

par
Nicolas Jegou est mort. C’est par ce message lapidaire d’un ami commun que la semaine a commencé.  Il y a quelques jours j’ai vu qu’il m’avait laissé un message sur mon blog, pour me féliciter pour la vidéo que nous avions fait dans Jamais Trop Pas Assez sur le film L'abandon et je n’ai bêtement pas répondu car j’avais douze trucs à faire. 

C’est la différence entre moi et Nicolas, lui prenait le temps du lien. 

"Jegoun" était encore un des rares à faire perdurer les blogs de la grande époque. Les siens évidemment, Partageons mon avis ou au Bistro Geek, d’autres plus éphémères, mais aussi les blogs des autres. Nicolas Jegou est un des premiers à s’être intéressé à ce que j’écrivais dans mon coin il y a 17 ans sur ces pages. 

Il m’avait invité en 2009 à intégrer son fameux « Kremlin des Blogs » au bar de la Comète au Kremlin-Bicêtre. J’avais tout de suite été embarqué par sa sympathie, sa franchise et son ouverture aux autres, y compris ceux pas de son avis. Nicolas est une force de la nature. J’ai rarement vu quelqu’un boire et écrire autant, tout en remplissant un mot fléché et en terminant un jeu sur son smartphone. Il aura rédigé l’équivalent de cinquante ou cent livres en vingt ans de blog : sa vie, la vie d’un quartier, d’un bar et, plus fort encore, la vie politique d’un pays qu'il aura contribué à modifier à son échelle. Il m’aura fait rencontré la moitié de la blogosphère française, la meilleure moitié et, croyez-le ou non, à une époque, homme et femme politiques se battaient pour partager une discussion de comptoir avec lui.

Je suis d’autant plus peiné que récemment il semblait enfin se trouver un regain de passion pour autre chose que la politique en retapant l’ancienne maison de sa mère à Loudéac, en vue d’y passer sa retraite.
 
Sa mort n’est pas une surprise. Qui l’a connu de près sait que l’hygiène de vie de ce rabelaisien 2.0 n’était pas des plus healthy et cardio-responsable, mais tout de même cela reste un choc. C’est vraiment trop tôt et trop con. Il rejoint son ami le Coucou, son némésis Didier Goux et temps d’autres figures du Kremlin que je ne connaissais qu’à travers les épitaphes émues que rédigeait Nicolas au fil de leurs disparitions dans les pages de son blog, cette encyclopédie d’une époque qui part avec lui. 

Je suis triste aujourd’hui mais heureux à la fois de l’avoir connu et d’avoir toujours été en lien dans les colonnes de son blog malgré les intempéries et ma distance. C'était un honneur. 

6 janvier 2023

Petite histoire d'une disparition de Twitter

par
Cela fait deux mois qu'Elon Musk a pris les commandes du (vieux) réseau social Twitter. C’est l’occasion du faire un petit bilan. 

On appréciera d'abord l’excavation par le nouveau patron des pratiques merdeuses de l’ancienne équipe Twitter, gangrenée par le FBI et les démocrates américains pour réduire au silence toute pensée contrevenant à l'ordre progressiste. Pas un mot ou presque dans la presse française

Il faut dire que la vague de frayeur qui s’est emparée des journalistes, des politiques et d’une bonne partie de la gauche, à l’arrivée à la direction de Twitter du milliardaire (que la presse française qualifie systématiquement depuis de « fantasque ») en dit long sur le niveau de conformisme intellectuel qui règne sur ce réseau depuis un moment. Qu’a-t-on lu cet automne ? Appels émouvants au boycott et autres « Allons tous faire la révolution sur Mastodon ! » dictés à l'IA de leurs smartphones dernier cri. 

Ils ont raison les révoltés du réseau. Les choses ont bien changé en 15 ans sur Twitter ...et bien avant l'arrivée d'Elon.

Oeuvrant sur Twitter depuis 2008, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt du truc au début. Avant d'y voir un formidable agrégateur de news, et de démocratisation de la transmission de l'information. De 2008 à 2011 ce furent, sur la version française de Twitter tout au moins, de belles années, un peu bordéliques, assez grisantes. On pouvait y interpeller la poignée de politiques ou de journalistes qui s'y aventuraient alors. J'y ai fait de belles rencontres qui se sont transformées dans la vraie vie. Twitter, et internet en général, étaient alors mal vus par les médias classiques qui en faisaient régulièrement le procès

C'était avant que la machine s'emballe et que Twitter (et sa grande soeur l'info continue) donnent le ton à toutes les rédactions. Se peuplant de gens qui l'avait jadis boudé, de 2011 à 2015, puis de messages sponsorisés, le réseau a perdu de son intérêt, devenant une succursale des médias classiques : un truc mou et dominés par les CSP+ urbains.  Je me suis éloigné de Twitter à partir de 2015, n'y revenant que sporadiquement. Sans trop y écrire, j’atteignais alors une modeste réserve de 12000 abonnés, constamment en hausse.

C'est à l'approche de l'élection de 2017 que j'ai pu observer la mise en place de subtils processus  d'invisibilisation sur Twitter. Il y a même eu, à ma petite échelle, un avant et un après campagne Macron. Et précisément, un avant et un après 1er février 2017.  

Ce jour-là, je postais sur mon compte une affiche de campagne pour la secte macroniste "En Marche" réalisée par mes soins, plus vraie que nature. Des centaines de personnes ont réellement cru que c'était l'affiche officielle. Visiblement ça n'a pas plu. 

L'objet du délit : 

À partir de ce tweet, j'ai vu mes abonnés partir par paquet de 10 à 20 à chaque message que je postais. Même pour un "oui" ou un "non". Je constatais à la même époque plusieurs pertes sèches d’abonnés et de nombre de partages sur d’autres comptes visiblement étiquetés dangereux (ce qui recoupe les récentes révélations sur la labelisation des comptes et le "shadow banning" par l'ancienne équipe Twitter). Ces comptes avaient le point commun d'avoir été très actifs, chacun dans leur style, à la précédente campagne présidentielle de 2012. 

De 2017 à 2020, Twitter est devenu un cloaque pour journalistes et politiques. Les premiers se régalant des saillies des seconds. C'est alors le royaume de l’entre-soi de la pensée "progressiste" encore plus lisse et correcte qu’une chronique matinale de France Inter, qu’elle soit supposée économique ou humoristique (ce qui revient au même). J'ai laissé tomber ce réseau.

J'ai renoué avec Twitter en 2020 au moment du confinement, constatant à l’occasion que l’environnement s’y était encore dégradé à travers un angélisme béat et aveugle, appelant à plus d'enfermement, de restrictions et de piqûres obligatoires, J'ai posté des messages sur le sujet, des liens vers mon blog, j'ai reperdu 2000 abonnés sur la période (alors que mes articles, eux, montaient en audience). Je suis d'ailleurs toujours sous ce régime depuis, avec des messages lus par moins de 0,5% de mes abonnés sur Twitter (une cinquantaine, quasi toujours les mêmes, je les salue chaleureusement au passage).

Je me suis à mon tour désabonné massivement de comptes "stars", de médias chambre d'écho du gouvernement ou de gens, des amis parfois, se proclamant de gôôôche, humanistes et anti racistes - qui, à l’image d’un président voulant "emmerder les non-vaccinés", se prononçaient sur Twitter, avec toute la bonne conscience du monde, pour la ségrégation d'une partie des Français. On les reconnait facilement aujourd’hui : sous leurs avatars, le drapeau ukrainien a remplacé les 3 emojis de seringues et, après avoir traité de fachos les Français qui manifestaient contre les mesures liberticides, ils acclament les Chinois qui manifestent pour les mêmes raisons. 

Mon écœurement a été atteint lorsque les journalistes français se sont réjouis de l’exclusion de Donald Trump du réseau en janvier 2021. Quelle courageuse prise de position à dix jours de la fin de son mandat, et quelle ingratitude de nos suce boules locaux ! Trump à lui seul à fait vivre 300 journalistes français avec la seule exégèse de ces coups de gueule quotidien sur le réseau ces six dernières années. 

Je me suis donc réjoui cet automne des soubresauts de l’aristocratie twiterienne, de la planète woke, des fact-checkeurs en carton, des cerbères de la doxa ainsi que de l’ensemble de la noblesse journalistique après le rachat de Twitter par Musk. Ceux qui s’émeuvent aujourd’hui pour la liberté de l’information ou les risques de manipulation idéologiques sont les mêmes qui célébraient la censure du compte d'un président démocratiquement élu, du "shadow ban" de tout commentaire non ouvertement pro-vaccination ou pro-Ukraine sur le réseau de "l’oiseau bleu" de mes couilles. 

Mais l'amusement est de courte durée. Musk se piège au quotidien et peut-il tenir longtemps sans se compromettre face aux forces en place et aux campagnes de dénigrement : presse, annonceurs, politique, états ?  On aimerait d'ailleurs voir autant de hargne de nos élites face aux autres milliardaires patrons de presse et TV ou aux pratiques sociales déconcertantes d'autres grandes entreprises. 

La suite au prochaine épisode mais déjà, peu à peu, on voit revenir de leur exil sur Mastodon les petits soldats du bien qui prêchent à nouveau la bonne parole sur Twitter comme si de rien n'était, en s'asseyant sur leurs jolis principes pré-mâchés. 

Comme on dit : si tu as aimé cet article, abonnes-toi ici -> https://www.twitter.com/sebmusset

10 décembre 2013

L'usure du net

par
" À la longue, l’addiction au web se révélait plus désastreuse que la télévision dont l’indigence des contenus avait au moins eu raison de ma patience. Si la télévision camouflait sa vacuité avec une pyrotechnie assourdissante, LéRézoSocio renouvelait sans cesse la vitrine : ce qui revenait au même. J’avais assisté, connecté et immobile, à la chute de dictatures, à l’anéantissement d’une région par un raz-de-marée en vidéo basse définition, à l’expulsion de familles menottées en roman-photo volé. J’avais rejoué le .GIF de l’adolescent perdant un œil sous le coup d’un flash-ball policier. J’avais vu un Boeing s’écraser en multi caméras avec doublage karaoké, lu des rumeurs en temps réel d’un présidentiable français se faisant arrêter à l’étranger. J’assistais à des décapitations au petit-déjeuner en trempant mon croissant dans la chicorée. Je participais aux cortèges virtuels des indignés par la peine de mort aux USA et m’offusquais en pétition des injures sexistes proférées par des élus de la République. Sur LéRézoSocio, je cassais les programmes radios et les réputations surfaites, accablais les journalistes forcément incompétents, pondais du LOL en me moquant du FAIL tout en faisant grimper les TT. Le temps long devenait caduc. En bloguant, j’avais réduit de moitié ma production littéraire. Depuis que je vagabondais sur LéRézoSocio, je réduisais à son tour de moitié l’écriture sur le blog. LéRézoSocio prolongeait la promotion de Paul Léotard. Chaque instant se vivait comme la possibilité d’un bon mot. Un bon mot se lisait cent fois plus que mon billet de blog le plus lu qui se lisait mille fois plus que mon livre le plus vendu. Je ne rédigeais plus que du piaillement sur l’actualité, c'est-à-dire rien ou pire, sa moitié instantanément publiée sous forme de minimessage ou de statut pour récolter du like et du RT. Pire, les aphorismes se répandaient jusque dans les rédactions. On retrouvait bientôt les citations sur l’écran de télévision, sur ces plateaux télés propulsant la parole internet comme la quintessence à bon marché de l’expression du terrain. Abeille ouvrière dans le mouvement perpétuel de l’information, petit producteur d’oubli moi aussi, je n’avais plus l’impérieuse nécessité d’écrire un récit. Je communiquais court et informatif et, à la longue, me mis à penser ainsi. "

Seb Musset, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.






P.S : Deux ou trois choses à régler et je reviens.

12 novembre 2013

[L'abondance] Bras tendu, l'idée pue

par
Dans l'Abondance (sortie le 11 oct) : 

"Les maîtres de l’image ayant une fondamentale aversion pour les silences, on chauffait le public une heure à l’avance. On le sélectionnait même. On le triait au tour de taille, au galbe du nichon dans l’axe de la caméra. On s’assurait de l’endurance de son rire gras et de l’automatisme de son clappement à la moindre flatulence orale. Étonnant en revanche que, dans cette émission connectée, personne en régie n’ait encore remarqué ce type au bras pointé vers le bas, deux rangs derrière l’animateur. Il mime pourtant, et en forçant le trait, le court slogan de la provocation antisémite tournant depuis cinq ans sur internet."

et hier soir, 11 novembre, dans Le petit journal de Yann Barthès sur C+ :



A lire aussi : 
Lâchez-nous la quenelle (Romain Blachier)
Confusionnisme et déviationnisme (socialisme critique)

Nouveau livre de Seb Musset, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.



12 octobre 2013

L'abondance

par

Passé revisité ?
Présent parallèle ?
Futur redouté ?

L'abondance est le roman d'une nuit blanche en mai 2014. Paul L. traverse en taxi, à pied et en vélo, une capitale hyper-connectée, mais coupée du pays, alors qu'un pouvoir socialiste en déconfiture célèbre en catimini sa deuxième année aux commandes.

Il croisera des hommes et des femmes d'image, des attaché(e)s de presse libéraux, des consommateurs d'info à la concentration courte, des têtes de gondole nationalistes, des électeurs trahis et d'autres qui se radicalisent, des touristes qui flânent et des salariés qui flétrissent, du désastre foncier et un acteur qui défiscalise, des blogueurs qui doutent, un réseau social en surchauffe et bien plus encore... (et oui, c'est l'abondance).

Après Avatar et Perverse Road, L’abondance est le troisième et dernier volet d'Un enfant du siècle. Attention, la couverture est trompeuse : ce n'est pas si noir. Quelques traces résiduelles de lol sont détectables. Avec nos excuses.

L'abondance de Seb Musset, roman 252 pages
14.90 + TVA et livraison. 
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(conseil : choisir la livraison à 3.99, largement suffisant)

Ebook (format .epub)
8.90 + TVA.
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Les 19 titres de la play-list de L'abondance :


7 octobre 2013

L'Amazon anti-loi

par

Amazon c’est très bien toussa, y a beaucoup de références, c’est merveilleux, ça va sauver la lecture. 

Arrête ami libéral, tu vas en mettre partout.

Amazon ne sauve rien du tout. Amazon c’est de la grande distribution qui se contrefout de ce qu’elle vend (Condorcet, des couches-culottes et du cassoulet) et des conditions dans lesquelles elle le vend. Quand à la diversité des références, on va se calmer aussi. La compagnie commande comme ailleurs ce qu'elle n'a pas en stock. Et, à cette vitesse de destruction de la concurrence, Amazon risque de devenir le seul distributeur de livres en France, et là on en reparlera du "choix".

Amazon traite ses salariés comme de la volaille, contourne le fisc et se permet avec l'argent volé dans la poche du contribuable d'offrir les frais de port au consommateur. Celui-ci se fait avoir en applaudissant. En tant qu’auteur, le site me met en conflit avec moi-même, vendant parfois mes bouquins moins cher que l'éditeur, pour un retour opaque. 

L'avantage indéniable d'Amazon, c'est l’accès aux livres dans les coins isolés. Là, il ne faudrait peut-être pas oublier que La Poste (oui ce service public "offert dans le prix") est donc pour beaucoup dans le succès d'Amazon et qu'il est malhonnête de sa part d'en gommer le tarif. Précisons aussi qu'il y a d'autres sites 100% français.

Amazon cause un préjudice énorme aux petits libraires. Le métier est en danger et s'adapte. Il y a une carte à jouer en proposant au client tout ce qu’Amazon n'offrira jamais : du conseil, de la relation humaine, une sélection avec un point de vue, des spécialisations, des rencontres avec les auteurs et la commande par internet aussi. Après tout, les libraires ont accès à un catalogue aussi varié : à vous de demander. Passer un quart d’heure dans une vraie librairie ou passer un quart d’heure sur Amazon, et l'on retrouve cet écart séparant la dégustation de pâtes aux truffes entre potes avec une bonne bouteille et un repas à base de Nuggets à l'huile, arrosés d'un Coca sans bulle, seul au Mac Do.

Donc, contrairement à beaucoup, je trouve très bien ce vote de l'Assemblée nationale contraignant Amazon a ne plus cumuler les frais de port gratuits et la réduction de 5% sur le prix des livres. C'est de la concurrence déloyale. Certes, c'est une goutte d'eau dans l'océan de l'optimisation fiscale de cette compagnie (la solution serait une harmonisation européenne, faisons un rêve), mais c'est un début de rééquilibrage dans une gigantesque entreprise de dumping marchand sur le dos de la culture.

11 septembre 2013

[J-29] Résidents de la République

par
Sachez que je violente par SMS mon sweat-shop délocalisé de rédacteurs pour qu'ils terminent mon livre en temps et en heure. Ils m'ont déjà fourni une première liste de mots-clés :

#socialisme #promesses #abandon #blonde #victoire.

L'abondance sort dans 29 jours.

Abondant play list - sample #4
Alain Bashung - Résidents de la République 2009

5 septembre 2013

[J-36] Une certaine fébrilité

par
Bon c'est promis, au prochain morceau, on change de décennie. Vous allez finir par croire que l'histoire de mon prochain livre (qui sort dans 36 jours, vous l'ai-je dit ?) se passe dans les années 80, alors que pas du tout.

Mais l'on m'informe que ce "fight for your right (to party)" des Beastie Boys tient un rôle important au chapitre 11. Comme c'est également le morceau qu'écoute Bernard Guetta chaque matin après avoir livré sa chronique pro-bombardement sur France Inter, je me suis dit : "Seb, l'occasion est trop belle".  

Rappel. Bernard Guetta dédicacera son recueil de chroniques Comment j'ai fait la troisième guerre mondiale depuis mon tabouret, le 12 au Toy's R Us de Villacoublay.

Abondant play-list - sample #3
Beastie Boys - (You Gotta) Fight For Your Right (To Party) (1986)



3 septembre 2013

[J-38] Amour et trahison

par

Le pouvoir de gauche, saison 2. 

Résumé des derniers épisodes.

En quelques jours, nous avons assisté :

1 / Au baiser avec la langue du Ministre de l'Economie au patron des patrons à l’université d'été du MEDEF, 

2 / Aux rodomontades marketing d'un Ministre de l'Intérieur en mode Sarkozy Turbo-Pinpon (Note au PS : Même acclamé par la presse, Manuel Valls ne vous fera jamais gagner une seule voix aux Municipales avec un discours DE DROITE), 

3 / A la fière présentation par notre Premier Ministre d’une régression sociale, plus habile dans l'énoncé mais tout aussi violente que celle concoctée par Eric Woerth trois ans plus tôt : Une réforme des retraites et un rallongement de la durée de cotisation qui affecteront prioritairement les jeunes (Note aux électeurs. Les jeunes étaient "la priorité" de notre président en campagne). Réforme où chacun sera mis à contribution ...sauf les entreprises même si elles prétendent le contraire (d'où le bisou baveux susmentionné).

4 /  Et maintenant, cette lubie présidentielle de "punition" de la Syrie[1]. Tout de suite parce que là quand même c'est soudainement urgent, mais enfin bon on peut attendre un peu, hein ?

Soyons honnête, ce gouvernement est pour le moment plus qu’une déception. Il est déjà en partie une trahison. 

Heureusement, dans 38 jours sort un beau livre plein d'amour[2]. 

Abondant play-list - sample #2
Roxy Music. Love is the Drug (1982)



[1] dixit M.Sapin dans Tous Politiques sur F.Inter le 01/09/2013.
[2] et de trahison aussi.

23 mars 2013

Comment bloguer au gouvernement ?

par
L’usure de l’émotion et la routine du compromis tuent à petit feu la passion. 

Voilà comment quelques amis blogueurs de gauche, plumes pourtant les plus affûtées, acharnées et régulières du web politique, en arrivent à défendre un ministre du budget pris dans la tourmente d’une enquête qui sent pas bon, à critiquer un journal d’investigation qu’il y a 3 ans ils encensaient pour ses enquêtes ciblant le camp d'en face ou à justifier l’austérité parce que tu comprends la critique est facile, mais la gestion c'est compliqué.

Comme l'écrivait Spiderman dans son journal intime, avec l'audience vient la responsabilité. Continuer à se comporter comme un militant quand bien même certains actes et décisions vont à l’inverse de ce que l’on défendait lors de la campagne présidentielle finit par vous exposer au ridicule. Un ridicule amplifié ce matin-là sur les ondes d’Europe 1 où Guy Birenbaum reprenait dans sa chronique les perles enfilées contre Mediapart par quelques "blogueurs de gouvernement". Une blague qui a fini par être prise au premier degré tant elle n'avait plus l'air d'une blague. 

J'ai fait des remarques, celles que vous avez lues mais en plus violentes, qui ont attristé des amis blogueurs politiques. Je leur écris et je me l'écris aussi: ne soyons pas tristes, soyons énervés. Si l’on perd cette colère face à la corruption d’où qu’elle vienne ou à l’injustice sociale, si l’on n’a plus l'ardeur à défendre ses convictions et que l’on se satisfait d'un pouvoir du moindre mal, alors oui, il vaut mieux arrêter et partir sur une victoire tant que c'en est une.

Ironie. Au moment où nous nous engueulions entre blogueurs, Sarkozy était mis en examen pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt, sur la base de l'enquête de Mediapart. Même si je ne me fais guère d’illusion sur la suite, l’évènement dégomme le comeback prématuré de l’homme providentiel, saison 2017. Il nous gratifie au passage, après la bataille de la COCOE, d'une deuxième session de grotesque en quatre mois pour une UMP à la tête coupée[1].

Voyons-y la conclusion symbolique d'une époque de dénonciation et de pilonnage à laquelle nos blogs ont, car ce n'était pas rien, contribué. Faut-il que je rappelle ici quelle était la tonalité du paysage médiatique entre 2007 et 2010[2] quand, par exemple, nous étions quasiment les seuls à relayer ou écrire sur les articles de Mediapart à propos du Karachigate ?

Je me rappelle d’une chaîne qu’avait lancée Sarkofrance il y a quelques années au sujet de l’avenir de nos blogs après 2012. J’y répondais qu'il faudrait d’abord "que la gauche accède au pouvoir" et que "cette alternance ne soit pas le clone chloroformant de la clownerie réformatrice du moment". 

Tu vois, je n’avais aucune raison de m’inquiéter pour le futur des blogueurs politiques.

Ceux-ci remettront sans cesse leur ouvrage sur le métier. 


[1] Ce camp n'a toujours pas fait le deuil du pouvoir, n'a pas fait non plus le bilan du sarkozysme, et persiste dans un délire décomplexé où le racisme de classe, la certitude d'avoir le droit d'être au-dessus des lois, le dispute au complotisme et à la haine aveugle de tout ce qui est soupçonnable d'être de gauche. 
[2] Celle du pouvoir en place, as usual.

2 mars 2013

Qui a lu Le Monde ne le lira plus

par

Chaque année, entre ses couvertures sur l'immobilier, les francs-maçons et l'impératif d'austérité, dans son aristocratique bonté et en attendant l'argent de poche de Googlela presse daigne verser une larme de ses millions de subventions publiques pour annoncer la mort des blogs pour cette année. 

Cette fois, ça se passe sur le site du Monde (oui oui, le canard qui était à moins une de disparaître en 2011) et ça s’appelle "Qui blogua, ne bloguera plus". Le journaliste, Olivier Zilbertin, se demande "qui consacre du temps à leur lecture" et livre en quelques lignes sa réponse: personne. 

Bon en fait, le court article en dit moins sur les blogs que sur les journalistes : "Autant de questions qui fâchent, et qui seraient de nature à mettre le feu à la blogosphère". Celle-ci étant vue comme un truc homogène, un effet de mode (plus de 10 ans quand même) fortement incité à l'euthanasie, mais dont le journaliste peut, en trois paragraphes, réveiller les forces assoupies pour faire le buzz et ramener, à la saison creuse, un peu d'audience sur le site mère. 

On doit être, à la louche, quelque part entre 15 et 20 millions de blogs en France. En admettant que chacun ait juste un lecteur unique par jour, selon les chiffres de l'OJD, cela surpasse de 60X le nombre quotidien de lecteurs payants du Monde (325.295 en 2011).

O.Zilbertin, lui, appuie l'argumentation de sa chronique d'une mort annoncée sur la baisse de fréquentation d'un seul blog (par ailleurs arrêté durant des mois). Celui de Thierry Crouzet, un ami écrivain m’ayant confié par ailleurs qu’il pensait que c’était précisément depuis qu’il avait un discours critique sur internet - vu sous l'angle de l'addiction dans son livre j'ai débranché - qu'il intéressait plus largement les journalistes.

Vil blogueur, mon petit exemple en vaut bien un autre. La lecture moyenne par billet augmente ici  d'année en année. Si je veux être plus lu, il ne tient qu'à moi d'écrire plus. Ouaip, on n'est pas loin du travailler plus pour gagner plus, sauf que je ne gagne rien. Ce qui, ne le cachons pas, finit par peser à un moment ou à un autre sur la production. La gratuité, "liberté" du blogueur, est aussi son talon d'Achille, un élément non négligeable de cette "lassitude" souvent évoquée par les fossoyeurs de blogosphère (par les mêmes s'insurgeant qu'un blogueur soit rémunéré pour la reprise de son texte sur un site de presse). 

O.Zilbertin évoque aussi le haut du classement des blogs Ebuzzing (ex-Wikio) où figurent de moins en moins de blogs. Olivier lirait les blogs avant d'écrire leur faire-part de décès  il y aurait appris que nous avons été une trentaine de blogueurs dans les 100 premiers du classement général à en claquer la porte à l’automne dernier pour les raisons qu'il évoque: ce classement de "blogs" mélangeait depuis quelque temps tout et n’importe quoi, du portail délocalisé à 60 contributeurs, à la déclinaison média jusqu'aux agrégateurs de news aspirant des contenus de blogueurs et bientôt Le Monde pourquoi pas ? Loin donc de l’esprit du "classement de blog" des origines.

O.Zilbertin pointe la "montée en puissance" des réseaux sociaux dans ce "processus" (la mort des blogs dans d’atroces souffrances, si t'as bien suivi). Tiens, en plus de comprendre les blogs de travers, il ne capte pas non plus Twitter.

1 / Twitter ou Facebook sont des variantes du blog[1]. Mieux vaut parfois un bon tweet qu’un article trop long (comme ce que je suis en train de faire). Tout le monde gagne du temps. 

2 / Parlons synergie : les lecteurs du blogs ne sont pas forcément sur Twitter, ceux de Twitter pas forcément sur Facebook etc… Les audiences ne se divisent pas, elles s'additionnent. 

Notons au passage que ce sont les journalistes (presse / tv / radio) les plus friands de tweets et qu'ils aspirent à profusion ces contenus ayant le triple avantage d'être courts, déjà écrits et pas par eux (c'est plus safe au niveau des opinions). Je suis parfois cité dans la presse, à la télé ou à la radio pour des tweets rédigés en trois secondes et, quasiment jamais, pour mes articles de blog m'ayant pris des heures[2]. Mais chut, O.Zilbertin va encore écrire que "le débat citoyen semble s'étioler sur internet" et Joffrin brailler que tout ça, c'est la faute au web réducteur de la pensée.

La vérité, c'est que beaucoup de journalistes méprisent les blogs (sauf lorsqu'il s'agit de faire leur promo ou de remplir leurs propres sites avec du contenu à prix cassé). Mieux que ça, sans que je m'explique rationnellement pourquoi, il les craignent et donc les souhaitent annoncent régulièrement morts. Je dis "blog", mais on peut étendre cette défiance aux réseaux sociaux et, pour les cas les plus désespérés, à internet dans son ensemble.

Les blogs vont et viennent, se régénèrent, meurent, naissent, se regroupent, au rythme des humeurs et de la vie de chacun, car ils sont "dans la vie". Qu'ils aient 1 ou 1 million de visiteurs. La  question la plus urgente à se poser pour un journaliste du Monde n'est pas celle de la date constamment repoussée des funérailles de cette concurrence qui n'en est même pas une, mais bien quel lecteur du Monde le lira encore demain?

Plus grand monde ne paye déjà plus pour ça, si j’en crois les impressionnantes pertes du journal ces dix dernières années.

10 avril 2012

La minute du mac

par
From: Jacques Paute
To: Seb Musset

Date: 8 avril 2012.

"Bonjour Seb Musset,

Nous sommes en train de préparer une émission en direct sur la politique et le numérique.

Cette émission réunira politiques, journalistes et internautes autour de mêmes sujets, de mêmes liens, de même lieu: internet.

Plus de 10 participants auront la parole dans ce débat, avec des représentants d'institutions, des personnages politiques, des acteurs sociaux, des plateformes de streaming... [bref, c'est pas de l'émission de nases. Y'a du pognon mon gars.]

Elle sera diffusée en direct sur une plateforme de streaming avec une nouveauté dans le monde de l'internet, un plateau interactif: reportages, titres, citations des invités, tweets des internautes, messages. Une vraie émission interactive !

[Seulement voilà: nous n’avons pas envie de dépenser un cachou pour faire des reportages alors que nous disposons d'une armée de réserve de contributeurs gratuits prêts à tuer père et mère pour faire le buzz. Bref, y'a pas de pognon pour toi mon gars.]

Nous cherchons à recueillir des vidéos d'internautes, comme vous [mais pas comme nous, parce que nous, nous sommes payés], à diffuser pendant l'émission en format reportage (avec une voix off etc... [effets-spéciaux et figurants également acceptés]) sur le thème que vous pouvez choisir [car nous sommes également trop 2.0]:

- Les médias sur le web (L'avenir de la presse, La presse numérique, La neutralité des médias sur le web...) [faut-il ou non payer les gens pour sauver les salaires des éditocrates, les dividendes des actionnaires et atténuer l’effort de nos sponsors désintéréssés ?]

- Le téléchargement (Hadopi, La licence globale, La mentalité des internautes et des diffuseurs : qui a tord? ...) [Bref, est-ce que téléchargement gratuitement, c’est mal ? Etant établi que faire bosser pour rien sur le net, c’est normal].

Votre profil [ainsi que celui des 5000 blogueurs à qui nous avons mail-bombé en catastrophe car l'émission c'est dans 3 jours] nous intéresse pour ce mini-reportage ["mini" pour "gratuit"] qui représentera les questions, avis et besoins d'internautes. [bref, tous les besoins hormis celui d’être rémunéré. Hey ho, on est sur internet ! Dans l'économie de l'info 2.0, c'est 2 pour moi et 0 pour toi.]

A vous de voir ce que vous voulez dire sur ces sujets... Vous êtes totalement libre! [et la liberté ça n’a pas de prix, hein ?] Une question que vous vous posez? Un avis personnel sur les sujets? Une problématique à lancer? Enregistrez une vidéo! [du moment que vous pouvez nous fournir du contenu reportage pour rien et sans possibilité d'intervenir en direct, on est preneur !]

Si vous souhaitez participer à ces reportages diffusés tout au long de l'émission, envoyez vos vidéos à cette adresse mail (contact@laminutedemac.ttc) dès que vous l'aurez enregistrée.

Cette vidéo sera ensuite montée [manipulée, noyée dans la masse, réduite à la caricaturale phrase et ce, sans contrôle de votre part sur une image qui ne vous appartiendra plus et au sujet de laquelle nous serions même en droit de réclamer des dommages et intérêts à un tiers pour sa reprise non autorisée] nous vous conseillons [euh, en fait c’est obligatoire, mais ça aurait fait trop "commande de sujet" de l'inscrire ouvertement] de ne pas dépasser 1 minute d'enregistrement par sujet. Préférez 3 vidéos d'1 minute sur des sujets différents pour assurer un passage à l'antenne. [Si vous pouviez avoir un son propre, faire l’habillage vous même, nous livrer le tout au bon format et par coursier avec une boite d’œufs de Pâques enroulée d'un ruban rose, vous auriez plus de chance de bénéficier de cette offre exceptionnelle de…passer sur internet.]

Bien cordialement [et en espérant faire une culbute à la Instagram],

Jacques Paute pour la minute du mac."


Billet publié sur le huffingpouf

16 février 2012

[video] Dépôt de bilan

par
Esquiver le bilan pour se concentrer sur les valeurs moisies et ne pas brusquer la France des rentiers : voilà le projet, même pas déguisé, du Monarque pour 2012. Pour l'occasion, ses pubards fatigués vont jusqu’à piquer le slogan de VGE en 1981, la France forte, posé sur une affiche à potentiel parodique quasi illimité

Ayant un Kremlin des blogs avec des amis, je n'ai pas regardé son show de lancement[1]. Ce qui tombe bien: question "bilan de Sarko", ce sont encore ceux qui le subissent qui en parlent le mieux.

Retrouvons donc nos blogueurs et twittos de gauche et de droite (Marco, Intox2007, Vlad, Olivier, Jegoun, Menilmuche, El Camino, Gildan, @ThibaultDM et votre rédacteur), pour un petit témoignage à chaud sur ce qu'ils retiennent, en une phrase ou presque, de ces 5 années en Sarkozie.

Il parait que notre Monarque est un nouvel adepte des rencontres de bistrot. Il va être servi.

[1] Rentré tard, j'ai finalement visionné la chose. L’offensive relativement sent une nouvelle fois le pétard mouillé. Il est apparu mal à l’aise, bafouillant à plusieurs reprises. Passéés sa soudaine passion lubie pour les référendums et la surexploitation du sauvetage de Lejaby par un ami (comme quoi, quand on veut on peut),  l'arbre censé cacher la forêt décimée, c'est vite aussi jubilatoire qu’un Vandamme de seconde partie de soirée sur RTL9.

Il pointe le manque d’idées dans l’opposition et passe paradoxalement la moitié de son temps d’antenne à les commenter sans, pour sa part, en avancer une autre que : les chômeurs sont des parasites sans valeur (puisque, notre homme générant 1000 chômeurs par jour depuis son arrivée nous réaffirme que la « valeur » travail surpasse toutes les autres).

Le travail n'a qu'une valeur, indispensable avant d'aborder le reste: sa rémunération.

Mon monarque, tu veux que le travail retrouve de la valeur ? Permets-lui d'être rétribué d'une façon juste : c’est-à-dire bien plus (et sans cette augmentation de la TVA qui ne fera que reprendre d'une main, ce que tu n'auras même pas donné de l'autre).

Le bilan du soir: A l’évidence, Le monarque ne croît plus ce qu’il dit, mais pense que les Français sont assez stupides pour

Aura-t-il raison ? A vous du juger.

5 février 2012

Devenir un blogueur influent et révolutionnaire avec InfoPower

par
Bonjour Seb Musset,

Dans le cadre des élections présidentielles, nous souhaiterions diffuser le contenu de votre blog dans notre application smartphone et tablette InfoPower3000.

Notre société, SuperInfoFree, édite InfoPower3000, une application qui diffuse l’actualité politique en temps réel.

Nous générons environ 50 millions de pages vues par mois et nous avons une audience d’environ 500 000 visiteurs uniques (les mauvais jours).

Nous sommes dans le top des applications d’actualité politique en France pour tablette à guique.

Si nous nous adressons à vous, c’est que nous pensons qu’en tant que blogueur frustré, et donc journaliste raté, vous nous serez pas insensible à l’orgasme que provoquera dans votre misérable existence la vision de votre avatar sur notre appli Heil-phone entre deux publicités Groupon pour Costa croisières.

Bien sûr, nous savons que vous recevez dix sollicitations similaires par semaine dans votre boite mail. Mais, InfoPower3000 se propose de vous emmener plus loin que la concurrence.

Un site classique de l'info, au business modèle Be-Mettout-Be, ou un magazine d'actu et publicités pour montres et 4X4, qui veut se la raconter "j’ai tout compris au net et ça va me coûter deux balles", se contenterait de simplement pomper vos articles de blog en vous rémunérant à la gloire d’être volé par des marques aussi réputées pour leurs dossiers "immobilier, comment se gaver ?" ou "francs-maçons, dans le secret de leurs bons plans restos" que leurs abonnements avec réveil-matin et imitation Rolex incorporés. Grâce à notre audience digne de Facebook, nous vous offrons de directement vidanger la votre.

En effet, grâce à notre application fédératrice (grâce à laquelle nous avons, en quelques minutes de calcul, levé quelques centaines de milliers d’euros auprès d’investisseurs crédules), une fois qu’ils vous liront chez nous : Ils ne s’emmerderont plus à venir vous lire ou commenter sur votre blog. 

C’en est fini avec la désobligeance à domicile d’un lectorat curieux et identifiable. Désormais vous ferez partie intégrante et anonyme d’un collectif de contributeurs dépersonnalisés sur notre portail de l’info robotisée produite à bas coût dans nos divers ateliers semi-clandestins de confection de billets. La convergence c'est le progrès. 

Vos articles finement ciselés trouveront la place qui est la leur parmi les google Ad pour Viagra et autres VOD de films de boules pour No-life dans votre genre.

A ce sujet, nous nous démarquons aussi en vous proposant de partager avec vous les revenus publicitaires générés sur vos pages, après déduction de nos frais de fonctionnement.

Bien sûr, nous ne pouvons garantir à ce jour la teneur exacte de nos frais de fonctionnement (c'est la crise, la vie ne fait rien qu'augmenter et la Porsche du patron a une consommation aléatoire) ni à quelle date nous vous enverrons une estimation personnalisée de la (minime autant vous prévenir) part de trafic que vous aurez généré sur nos 50 millions (J’ai dit 50 ? Pardon, c’est 500) de visites

Bien sûr, vous comprendrez qu’il faut que vous vous structuriez en entreprise ou en auto-entrepreneur, et que vous rédigiez un minimum de 7 billets par jour, pour commencer à toucher, éventuellement un jour, le premier centime

Comprenez, nous parlons heil-tech et révolution de l’information. Nous exigeons donc un haut niveau de professionnalisme de la part de nos contributeurs.

En attente de votre réponse rapide. L’offre est limitée. Seuls les 1000 premiers blogueurs seront publiés.

Cordialement. Dylan Latouche, Web-expert pour InfoPower3000.

Pour vous désinscrire de l’option « recevoir ce mail trois fois par jour » auquel vous être affilié d’office en tant que pondeur de contenu, cliquez ici.

* * *

> Courrier initialement publié sur le HuffingPouf. Le pure-player garanti à 100% en auto-exploitation.

23 janvier 2012

L'Elysée se félicite de la fermeture du #HuffingtonPost

par
Émoi dans la communauté des éditorialistes et des rentiers de la presse en ligne. Quelques heures à peine après par la fermeture par le FBI de la déclinaison française du site d'information en ligne Huffington Post le jour même de son lancement, Le président a salué dans un communiqué l'action de la justice américaine:

Communiqué de L'Elysée:

"Le Président tient à saluer l'opération de grande envergure lancée par la justice fédérale des Etats-Unis à l'encontre du site de publication de contenus non rémunérés HuffingtonPost.fr. La mise à disposition illégale, selon le code du travail français, par ce service, d'œuvres protégées par le droit d'auteur, allait permettre à ses promoteurs de réaliser des profits criminels sous la forme de recettes publicitaires sans parler des retombées en terme d'image de marque. La république a fait du combat contre le travail au noir et l'exploitation salariale la clé de voûte de son action. De plus, cela constitue une fraude fiscale (non paiement des cotisations et absence de TVA) intolérable en cette période où l'on demande des efforts à chacun pour en finir de notre déficit.

Le Président de la République rappelle que la lutte contre les sites de la nouvelle économie qui fondent leur modèle commercial sur l'exploitation pure et simple des blogueurs "payés" en "visibilité", constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création. C'est le financement des industries culturelles et le pouvoir d'achat des blogueurs et des journalistes dans leur ensemble qui sont mis en cause par ce type d'opérateurs.

Le président invite donc les blogueurs et journalistes exploités à intensifier leur utilisation des procédures judiciaires d'ores et déjà existantes dans notre droit et, dans un premier temps, à ne pas se rendre complices de leurs activités criminelles.

De plus à titre personnel, le Président s'insurge devant l'indigence des éditorialistes du site en question. Si les blogueurs ne sont pas payés, les pavés éditoriaux d'Anne Sinclair et Arianna Huffington (plusieurs centaines de millions d'euros à elles deux) ne valent, eux, guère plus de 30 centimes. En effet écrire que "les missions risquées des troupes françaises en Afghanistan masquent la fierté tricolore d'avoir Jean Dujardin, favori aux Oscars" ou encore que "Le Huffington Post a de "grandes ambitions" mais des "moyens limités au début" alors que végètent sur le marché de l'écrit des journalistes et des blogueurs de qualité au RSA, constitue un détournement de valeur ajoutée se doublant d'une insulte.

Continuons à lutter contre la gangrène idéologique qui tente de justifier le piratage (officialisé). Continuons à lutter contre cette menace pesant sur nos auteurs et notre patrimoine culturel, quelles que soient les technologies utilisées: pure-player du travail gratuit "financé" par un milliardaire, direct-download de textes par journalistes fatigués ou collaborations régulières non payées pour des rédactions soucieuses d'être présentes sur le net mais méprisant profondément ce support.

Vive la République, vive La France et, surtout, que vivent décemment les auteurs !"

P.S: Pour ceux en manque, ou outrés par cette odieuse censure, est immédiatement mis en place par nos services un pure-player certifié 100% crevards, le HuffingPouf. Merci pour vos dons.

Articles connexes:
- Les blogueurs sont-ils des cons ?
- Chère Anne Sinclair
- De la servitude du blogueur et de ceux sachant le flatter

12 janvier 2012

La vie unplugged mode d'emploi

par
Il a osé. Le blogueur Thierry Crouzet, théoricien du réseau et"auteur expert de rien", a débranché. Il s’est confronté à lui-même pour un Dukan d'octets en s'excluant d’internet 6 mois. Ni courriel ni tweet, pas un billet de blog, plus un seul poke sur facebook, rien. Il en a tiré un récit: j’ai débranché où il décrit ses retrouvailles sans scrolling, klout, ni interface avec les siens.

En toxico standard du "je" et du réseau, bien que je parte de moins loin que Thierry, il m'a été impossible de lire son aventure intérieure sans la ramener à la mienne. Certaines pages de son récit résonneront comme un écho pour ceux qui s'autoflagellent au quotidien pour ce temps volé par l'écran et non redistribué à leurs proches. C'est la première dimension de l'addiction de Crouzet, celle qui parlera au plus grand nombre (et que, les mélomanes s'en souviennent, France Gall avait déjà parfaitement identifié en 1984 dans son orwellien "Débranche"). 

Les premières semaines du sevrage, passant d’une angoisse à l’autre, Thierry touche le fond du problème et donc le début de la solution. Le problème n’est pas le Net, mais lui. Il doit réapprendre à vivre avec les autres. Et le récit passe de la théorie à la dissection naturaliste d'un quotidien de plus en plus agréable où l'adulte redevient enfant, où l'enfant jouit de la nature (presque) sans les comparer aux meilleures descriptions que l'on pourrait en trouver grâce au "flux".

« Je ne peux pas accuser le réseau d’être la cause de mes maux. Il présente certes un caractère aggravant, mais guère plus que les douze plants de tomates que je dois semer avant la nuit. »

Le Net n’est qu’une nouvelle composante de la seconde atmosphère: la non vitale (mais avec peu d'espoir de pouvoir s'en passer un jour donc faisons avec). La roue a changé la production humaine, les cartes ont changé notre relation à la géographie, la voiture l'a accélérée, le téléphone l’a dématérialisée, le crédit a perverti notre rapport à la propriété, Internet a brassé tout ça dans un grand shaker en moins d'une génération

L'overdose de Crouzet questionne d'abord ceux qui, par leur âge, ont encore en eux la marque de l'Ancien Monde off line. Trouver une information, un disque pouvait prendre des semaines, communiquer coûtait cher et le journal intime n'avait qu'une finalité: être intime (bref, la zone)

Le Net partout, tout le temps sur tous les supports, l'idée même d'un Net étaient alors à peine concevables pour le plus grand nombre. 

Il parait qu’aux balbutiements de la voiture, les Dominique Wolton de l'époque affirmaient que personne ne pourrait voyager au-delà de 10km/h à cause des effets stroboscopiques qu'entraînerait sur nos organismes le défilement des arbres au bord des routes.  Nos enfants font de la voiture dès la sortie de la maternité. Ils savent surfer sur internet avant même de savoir écrire. 

Le seul vrai danger immédiat auquel nous confronte le réseau (après Nadine Morano), c'est l'éparpillement: ce syndrome du multitâche, la version 2.0 du "toujours plus" dans lequel certains, comme votre rédacteur pourtant au fait de ces déviances, se laissent embarquer. Cette pathologie où tout est fait, su, lu, écrit, mais à moitié bien, est en pleine expansion. Depuis dix ans, on plesbiscite sans le questionner l'humain multi-tâches comme "un progrès" histoire de mieux lui vendre la quincaillerie assortie: téléphone et tablette. 

Certains prétendent que nos cerveaux vont se modifier au fil des années. Peut-être. Mais combien de migraines d'ici là ?

La seconde dimension de l'addiction de Crouzet est plus paradoxale et personnelle: Comment vivre sans le personnage que l'on s'est créé aux yeux des autres sur internet durant des années? La substance, toxique et stimulante, c'est le réseau: la récompense c'est l'existence améliorée, voire la notoriété.

« Avant de lancer mon blog, jamais je n’écrivais à des inconnus. J’avais peur de les importuner. Il ne me venait pas à l’idée de serrer la main d’un auteur lors d’une dédicace pour lui confesser mon admiration. Je n’effectuais jamais le premier pas. J’étais un infirme social. Internet m’a ouvert aux autres »

Vraiment ? Plus tard, Isa, sa compagne, lui lance :

« - Toi timide ? C’est n’importe quoi. En vérité, les gens t’emmerdent. Tu es un misanthrope. Tu es devenu accro au Net parce que tu ne savais pas quoi faire de ta vie. [Et pan !]

Pourquoi se lance t-on dans la construction de cet appartement-témoin du personnel nommé blog? Une haute estime de soi? L'étroitesse du quotidien? Le maladroit social se révèle dans le virtuel (ou plutôt cette dimension du réel appelée "virtuel"). Aux premières réponses des lecteurs vient l'euphorie. Vite s'invite le (redoutable erreur) sentiment d'obligation envers son audience. Trop tard, on déplore les effets chronophages des déclinaisons dématérialisées de son avatar. S'insinue alors l'envie quasi quotidienne de tout plaquer. On revient vite à la raison: M'enfin je ne peux pas, ce type sur internet c’est moi. 

« Je prends conscience que mon blog aura été ma maison immatérielle : il m’a donné de la force, un point d’appui et de retour. Les réseaux sociaux n’en étaient qu’une extension. »

Du coup, s'il veut rester alerte et créatif (genre se concentrer sur un support écrit de 300 pages disponible en librairie) le blogueur doit rompre ce champ énergétique l'aimantant au réseau et prendre sur lui. Et c'est ainsi que votre rédacteur suivra prochainement les judicieux conseils de Thierry. 

Enfin bon... on a d'abord une présidentielle à faire perdre à gagner.

J'ai débranché, Thierry Crouzet
Le 11 Janvier aux éditions Fayard, 324 pages.

15 novembre 2011

Le bonheur néolibéral, c'est pour quand ?

par
Jour de douleur dans la galaxie libérale. C'est aujourd'hui le cinquième anniversaire de la mort de Milton Friedman, fondateur de l'école de Chicago. A cette occasion, et alors que dirigeants et journalistes (si, si un peu quand même) n'ont plus en tête que de "rassurer les marchés" (ces innocentes entités) quitte à broyer les peuples (ces empêcheurs d'empocher plus) en nous jouant à domicile un remake péteux de la "stratégie du choc", nous avons décidé à plusieurs blogueurs de poser une question aux gourous, chefs de réseau, lieutenants et attachés de presse du tout marché...

A l'attention de: Jean-Michel Aphatie, Jacques Attali, Christophe Barbier, Eric Brunet, Yves Calvi, Monique Canto-Sperber, Jean-François Copé, Arnaud Dassier, Sophie De Menthon, Michel Godet, Eric Le Boucher, Alain Madelin, Alain Minc, Hervé Novelli, Catherine Ney, Laurence Parisot, Jean Quatremer, Pascal Salin, Hugues Serraf, Guy Sorman, Jean-Marc Sylvestre, Pierre-André Taguieff, Yves Thréard, Agnès Verdier-Molinié, Laurent Wauquiez. 

"Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.

Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…

Disons le net : nous sommes sceptiques.

Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :

Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?

Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.

Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.

Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?

Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées."

CSP, SeeMee, ValerieCG, vogelsong, sebmusset, dadavidov, intox2007, MipMip, Jegoun, Ohoceane, AlterOueb, monolectedrclehmann, Gael et chaque lecteur, blogueur se sentant concerné.
+
D'ailleurs... 
+
P.S personnel : Nous comptons sur le lecteur pour faire tourner, avec nous, cette lettre et inonder avec les courriels et formulaires des émissions de télés et de radios toute la semaine.  En vous remerciant.
+
hashtag : #bonheur_neoliberal
Illustrations : La mélodie du bonheur, R.Wise / RobotMonster A.Minc

9 novembre 2011

Concours : L'ordre et la morale

par

"Dans le film de Mathieu Kassovitz, on observe médusé la névrose française à l’œuvre. On observe la fabrication de l'ennemi, la construction de la situation de guerre, car pour adopter une solution militaire, il faut créer une situation de guerre. On observe la construction des faits, avec les fantasmes coloniaux comme matière première, et on parvient, enfin, au recours névrotique à la force."
Alexis Jenni, auteur de L'art français de la guerre, au sujet de L'ordre et la morale.
*
Évoqué ici en septembre, censuré depuis à Nouméa, vilipendé par l'ancien ministre d'outre mer Bernard Pons (même si l'on se demande comment il a pu se procurer une copie du film ?), prêt à être démonté par les sbires de droite, le nouveau film de Mathieu Kassovitz sur la prise d'otage d'Ouvea entre les deux tours de la présidentielle de 1988 sort en salles mercredi 16 novembre.

J'ai quelques places à offrir aux premiers cinéphiles...
      ...à me citer trois films de guerre français (ou autour d'un conflit, ou avec beaucoup de militaires) à cette adresse : sebmusset@hotmail.fr (sujet : concours).

[update 18h25 // Concours clos. Merci pour vos nombreuses réponses (ça va de Avoir 20 ans dans les aurès à La 7e compagnie en passant par La Grande Illusion). Les gagnants ont été prévenus et recevront leurs places par courrier.]

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