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31 décembre 2010

2011, au coin du feu

par

Bon, quel bilan tirer de cette année pourrie ?

2010 aura au moins le mérite d'avoir révélé avec de moins en moins de détours (à condition bien sûr de décoller le nez de son Koh-Lanti et de son Voissa) la vraie nature des puissants, l'inkarcherisable dévotion de leurs laquais et la déconnexion satisfaite des deux avec leurs sujets. 

Pour cacher les désastres de sa politique antisociale, ses millions de chômeurs inconnus et ne pas extirper de leurs certitudes ouatées les « golden retraités » pour qui ce pays est pensé[1]le pouvoir aura poussé loin le flirt avec le pire du genre humain, consacrant ses efforts à transformer nos craintes sociales en une peur de notre prochain. La télé, trop souvent fenêtre unique d'ouverture sur le monde et la rue d'à côté, aura enrobé de son onctueuse information à sens unique le spectacle du chaos, virant à la notice pour scouts sur certains canaux. Souhaitons pour 2011 que tu te débarrasses enfin de ton poste à images (moi, grâce à la hausse de TVA,  c'est ce que je vais faire).

Des raisons de se satisfaire de 2010 ? Une principale, fragile. Malgré un bruit de fond médiatique parasitant la raison par 1001 polémiques à la con, 2010 marque également le retour (timide) de la lutte des classes dans les conversations à la machine à café et la réapparition de ce clivage que l’on croyait à jamais disparu sous la couverture plombée du consensus résigné : gauche et droite. Souhaitons pour 2011 que certaines têtes de gauche en prennent conscience. 

Autour ? Sans généraliser tout en restant optimiste (mes deux principales qualités avec la modestie) : ça vire au boudin. L’Europe dérape, la rigueur décape et les peuples dérouillent. Ils se divisent entre trois : ceux qui croient toujours, ceux qui tremblent encore, ceux qui gueulent, mais pas assez forts. Souhaitons pour 2011, qu'ils s'entendent enfin.

Tandis que La Chine impose sa way of lie, l’Europe navigue à la godille à proximité du gouffre en se raccrochant aux apparences flamboyantes du lustre ancien. Et si l'on doit retenir une date de cette année qui s'annonce fracassante, le 1er janvier 2011 en est une excellente. Demain, entrera officiellement dans notre épanouissante zone, son nouveau pays le plus pauvre : l'Estonie (et son mirifique salaire minimum de 278 euros qui fait triquer). Souhaitons pour 2011, ne pas devoir nous aligner sur les autres "qui ont compris la nature des efforts à faire pour s'en sortir"TM.

D'ailleurs, tant que peux t'acheter des voitures en morceaux, de la maison en traites et que tes mômes ont leurs tablettes graphiques, conçues en Amérique et fabriquées en Asie, déposées en triple au pied du sapin, tout ira bien. Merveilleux esprit de noël autorisant les ménages sans argent, corrompus par l'abondance à débit différé, à s'ébattre sans discrétion dans les crédits sans fond au moment où le gouvernement leur rabâche qu'un tel endettement, au niveau de l'Etat, c'est étouffant. Souhaitons pour 2011 que les nouvelles baffes fiscales te poussent enfin à réfléchir sur cet insatiable désir de consommer.

Heureusement pour tous, le mot magique de "crise" est là pour ton efficiente mise au pas. La criseTM n'est pas la raison de "la rigueur" mais le nouveau système d'exploitation pour t'aider à mieux vivre ton malheur. Pour toi la criseTM est un traitement, pour eux c'est une belle vague à surfer. Souhaitons pour 2011 que tu te débarrasses de ce mot destructeur.

Si les éditocrates continuent de servir la soupe aux puissants ainsi qu'à la population tampon de la bourgeoisie intermédiaire qui, à la différence de toi, vote tout le temps et tout le temps pareil[2], quelque chose en 2010, un truc quoi, s'est, pour la première fois depuis longtemps, grippé dans la machine à soumission collective (la montée en puissance d'un conflit que tout le monde pensait réglé avant la première lutte, le succès des pamphlets et l'écho croissant des appels à la révolte....).  Souhaitons pour l'année qui vient, l'affirmation "décomplexée" (pour reprendre le cri conquérant des rétrogrades) de cette tendance. 

2011 ? Année de transition entre le moins bien et le pire pour un peuple dans la nuit, paralysé par les phares aveuglants du bolide sans freins qui lui fonce dessus ? Comme on dit chez les laquais (1,25 euro le SMS + surcoût éventuel opérateur) : a vous de juger. Comme on le répète souvent ici : à nous de prendre un autre chemin.


Bonus : 
On me signale la tonalité sombre de cet ultime billet de l'année. Réparons la lacune. Certes ces voeux datent de 1978 mais... remplace Desproges par Pujadas, Le Luron par Le Parfait, Zitrone par Alain Duhamel, Jean Lefebvre par Frédéric, Philipe Castelli par François Fillon, Jean Carmet par Copé, Denise Fabre par Christine Lagarde, Le décor par Rama Yade et Michel Drucker par Michel Drucker et ils se révéleront d'une stupéfiante modernité.





[1] le temps de leur faire les poches.

[2] souhaitons à ce propos pour les élections de 2011 que tu te sois inscrit sur les listes électorales avant le 1er janvier.

13 mai 2010

Ils n'épargneront personne

par


- Alors Seb, ce sauvetage de l’euro ? C'était comment ?

Du velours. Mais tu fais une erreur : on ne dit pas "sauvetage de l’Euro" mais "brand new shoot de dope pour banques". L'activité première de ces établissements de jeux étant d’endetter les états, considérons que l'opération "Bons baisés de Bruxelles" est un franc succès pour les bénéficiaires du cocufiage nocturne de populace à 750 milliards la passe. Leurs actions ont pris du 25% dans la journée de lundi à la bourse de Paris : youpi tralala, même que les médias ont appelé ça "l'euphorie". Compte-tenu de ta situation cacateuse, cette débauche d'allégresse limite lacrymale doit consoler ton petit cœur meurtri par la fraicheur du printemps gris.

Le plus beau : tout le monde y croit tellement fort que l'or et l'argent métal pètent tous les records à la hausse. C'est te dire si la confiance dans l'euro, c'est du béton !

Du banditisme de haute volée sans se salir les mains, en s'essuyant les mocassins sur les tronches confites de nos politiques fanfaronnant, le tout sous les applaudissements des médias. Un trip pareil tu n'as qu'une envie : recommencer !

(l'humble Une du Figaro.fr au matin du mega plan de sauvetage à 750 milliards.)

Et dire que tu te laisses piétiner les rouleaux à longueur d'editos pour quelques petits malheureux milliards de déficit du système de santé ou tes retraites. Heureusement : y a plus belle la vie et le mondial de ballon con, ça te fera tout oublier.

Seulement va falloir quadrupler le nombre d'épisodes chaque soir et mettre les bouchées double en terme de décervelage des masses, contrefeux, stigmatisations et faits-divers en vrac pour anesthésier les peuples d'Europe quand ils réaliseront la pertinence de cette haute science économique du bouchage de trou par le trou.

La dette va se régler à coups de taxes dans ta gueule, de suppressions de soins, de baisses de salaire et toutes ces choses qui ne sont pas et ne seront jamais, O grand jamais, de "la rigueur" mais qui généraliseront la misère aux premières couches de l'auto-proclamée classe moyenne.

- Donc les médias sont les ennemis c'est ça ?

Penses-tu. Pendant des semaines l’information grecque est quasiment ignorée, et paf, au lendemain de la restructuration à la trique du plan d'aide grec, elle est sur-médiatisée pour pointer des violences causées par des "jeunes anarchistes" sans prouver qu'ils sont 1 / anarchistes 2 / jeunes. Le calfeutrage lexical qui s’est instinctivement mis en place aux premiers signes de grabuge à Athènes achève de prouver de quel côté l'info-spectacle se range entre deux pages de réclames pour le banquier.

- Donc l’ennemi c’est la banque ?

Mets-toi bien ça dans la tête, rien ne les arrêtera : si nécessaire pour leur profit, elles te posteront des prospectus t'expliquant comment tu être un vrai winner si tu sautes par la fenêtre. Regarde ce que j’ai reçu le matin du "sauvetage" :

(avec un tract pareil pour ton auto-entreprise, tu finirais probablement en taule pour incitation à la pédophilie.)

- Donc l'ennemi ce sont les états au service des banques ?

C'est convenu : le politique a baissé son froc face à la finance. Allons plus loin : notre soumission intime aux banques est le premier étage du désastre. Ils nous exigent raisonnables, devenons-le. Boycottons ces crasseux carotteurs, refusons leurs produits, tout endettement, vidons systématiquement nos comptes...

(2010 l'année du cash. Photo de Gilderic sur flickr)

- Bon d'accord on la connait la chanson... mais L'Europe là-dedans ?


Cette union a tué l'Europe : Niant les peuples, les cultures, les langues, en imaginant que la monnaie commune et le rêve américain unique suffiraient à cadencer réalités et ambitions sous le signe d'une croissance sans fin. La croissance ? Il y en a pas et ils se sont torchés avec ce qui aurait du être la première étape : L'harmonisation salariale et fiscale.

Résultat des bourses :

- Une super Allemagne qui fait payer au reste de l'Europe son attitude depuis un demi-siècle.

- Des pays moyens qui, prisonniers de modèles politiques obsolètes et s'appauvrissant à l'œil nu, glissent dans l’extrémisme au fur et à mesure que le souvenir idéalisé d'un passé glorieux, tout en colonie, industrie et souveraineté, se heurtera à des réalités sociales, une démographie et une répartition des richesses bien différentes de celles de l'époque où fut dessinée l'utopie européenne.

- Des pays du tiers-monde salarial intégrés en dépit du bon sens qui, à défaut de relever leur niveau de vie accélèrent la chute des autres états.

L'Europe a voulu rivaliser avec les États-Unis mais a oublié sa principale qualité : se fédérer sur une idée commune qui lui soit propre. Aux États-Unis, chaque état est souverain dans la plupart de ses décisions. En revanche, une idée américaine - une croyance - culturelle et financière dont on pense ce que l'on veut, transcende chaque état.

Notre Europe, pardon la "zone euro", fait strictement l'inverse :

- restreignant les libertés dans chacun des pays, sans rien toucher aux inégalités fondamentales (fiscalité, coût du travail),

- ne générant aucune idée collective forte si ce n'est un vague nomadisme salarial qui a joué dans le sens du dumping (cf le fameux "modèle anglais" basée en partie sur la servitude moutonnière des déclassés européens),

- se laissant coloniser la tête par le mode de vie américain. (on a juste omis de préciser aux européens complexés que les fondations de ce mode de vie étaient en carton pâte, qu'il répondait à des semaines de 60 heures, avec endettement à 100% et une absence quasi totale de protection sociale pour les revenus moyens.)

La constitution de l'Europe rappelle celle de ces "start-up " de fin des années 90 quand le cash pleuvait, constituées sur cette simple idée : C'est tellement une bonne idée que ça va marcher. Problème : Une idée ne vaut rien. C'est son bilan d'exploitation qui a de la valeur (ou pas).

A l'inverse des start-up qui finissaient un jour où l'autre par péricliter faute d'investisseurs, l'Europe, en dépit des désaveux des urnes, du mécontentement des peuples face à la hausse des prix, des disparités économiques internes, de la fragilité monétaire, n'arrête pas les frais. Sauvetage ou pas, faut être gavé au xanax pour imaginer une seconde que cela va tourner à la mélodie du bonheur si l'on persévère sur ces bases. L'Europe est une erreur mais ses maitres d'œuvre préféreront la guerre au déshonneur.

(ci-dessus : 2009, Londres, G20, garde rapprochée de la Royal Bank of Scotland, très généreuse en placements foireux auprès des collectivités locales. )

- La vache, c'est quoi alors la prochaine étape ?

Si une impulsion forte n'est pas donnée dans le sens opposé (suggestions au choix : taxation des mouvements financiers, bras d'honneur des états aux banques, nationalisation de celles-ci, subvention équitable des particuliers au lieu des établissements financiers...), la montée de la pauvreté (rigueur = récession) ira de pair avec celle de la violence qui favorisera le tout répressif. Ce dernier point ayant l'avantage :

1 / de contenir les dérives insurrectionnelles qui terrifient les pouvoirs (ils craignent plus que tout la propagation d'un état à un autre d'où ce sursaut après la grève générale grecque).

2 / de légitimer un discours sécuritaire à l'efficacité très relative (il s'agit dans ce domaine de protéger les riches et non les pauvres qui peuvent continuer à s'entretuer). Reste à savoir jusqu'où les forces de l'ordre, elles-mêmes frappées par les politiques d'austérité, défendront ceux qui les enfoncent.

Au moment où le cas grec est expédié sous la forme d'un "prêt salvateur" conditionné à des coupes drastiques dans les dépenses de l'état, sifflent ici les sermons de nos RP vipères du libéralisme en tube : des vertus "pour nos enfants" de la "réforme incontournable des retraites" à l'eugénisme gériatrique d'Alain Minc.

Les grandes manœuvres idéologiques se radicalisent. Elles sont destinées à tester puis façonner au mieux l'opinion sur cette idée fondamentale de "rentabilité commune" comme indispensable condition de la prospérité individuelle.

Après l'échec des politiques de "défense du pouvoir d'achat", les mêmes vont nous vendre du patriotisme de la dépense minimum.

Jusqu'au plus profond de l'égoïsme, il leur faut modeler chaque conscience à la logique rentable de la classe des dominants : Celui dont on ne tire pas un profit est une charge et toute charge doit disparaître. Les fondements même de l'économie mondialisée que l'Europe a plébiscité impliquent tôt ou tard un massacre humain.

Quand la richesse des uns répondait au produit de l'action concrète des autres, il y avait certes, de l'exploitation, mais une cohérence. Ce n'est plus le cas dans une économie spéculative où tu fais plus de profit en licenciant des gens qu'en les faisant produire, où le flux financier a pris le pas sur la manufacture, où l'art de gonfler et d'éclater les bulles, de parier sur les échecs d'une compagnie, d'un pays, d'une monnaie permet des coups de poker à 12 chiffres en une poignée de secondes.

L'Europe est en bout de cycle, au terme d'un mouvement économique qui l'a vidé de sa substance humaine.

(capture du film : "l'attaque de la moussaka géante". Thanx to nanarland.com)

Le marché ne table plus sur la consommation des européens. Les banques jouent joue à la baisse en misant, via les dettes d'état, sur leur taxation.

Chacun sera affecté en temps et en heure, suivant l'état de son emploi et de ses finances. Les victimes seront d'autant plus malheureuses qu'elles appliqueront jusqu'au bout la même grille de lecture que celle des dominants.

Dans ce laps de temps qui sépare l'abondance du dépouillement, marché et états concentrent leurs efforts dans le maintien d'un équilibre de la terreur où les peuples se conditionnent, se restreignent, voire s'éliminent d'eux-mêmes. Finalement, notre monarque avait annoncé la couleur avec son "passage au Karcher". Ses électeurs se sont trompés de cible : ils seront les lessivés.

- Donc en fait.... l'ennemi c'est nous.... Mince, t'y vas pas un peu fort ? C'est pas un peu de la science fiction ?

Le système de santé à deux vitesses, la nourriture discount pour pauvres, la ghettoïsation des riches en centre ville, l'éloignement géographique des classes populaires, la montée en puissance de l'état policier, les stages non rémunérés, la réforme de la carte scolaire, la privatisation rampante des crèches, la propagande sur le travail des seniors : Tout ça est en cours de réalisation par nos néo-conservateurs français.

La Grèce est le laboratoire européen. Nous savons de quoi les machines étatiques sont capables. Elles sont entrain d'observer avec la plus grande des attentions nos résistances citoyennes.

- Oh bah de toutes les façons ça va péter ! ....hein Seb ?

Pour retrouver du lustre, l’état, cul nul devant la finance, va concentrer son action sur le bridage quotidien, législatif et idéologique, des individus :

1 / pour d'évidentes raisons de contrôle (y en a marre de ces apéros géants) et de réaffirmation de son pouvoir.

2 / mais aussi pour fluidifier la grande taxation des masses.

L'état mixera une politique de rigueur qui ne dit pas son nom avec une politique de terreur qui ne le dira pas plus. C'est le subtil, irréversible pacifiquement, passage de la démocratie molle à la soft-dictature.

C'est le terme du processus d'abandon démocratique par le citoyen-consommateur. Les utopies ont d'abord été systématiquement ignorées ou balayées d'un revers de main, dénaturées ou caricaturées, par la machine médiatique. Nous avons ensuite délaissé le collectif. Nous nous enfonçons maintenant dans un système binaire ou le bien s'opposera au mal, une sorte de guerre froide sauf que nous sommes la menace (enfin cette partie de nous "contre ce progrès que symbolise la réforme", qui "ne travaille pas assez", qui "éduque mal ses enfants" et j'en passe...).

Refusons cette dialectique.
Il faut s'opposer au quotidien dans son entourage, au boulot, dans les institutions, aux effets concrets de cette réduction du débat qui cache une régression bien plus profonde.

Il nous faut également reconquérir l'action associative et la politique locale, développer les alternatives à notre portée pour nous affranchir des dogmes monétaire, bancaire et hyper-marchand actuel. Au maximum de ses possibilités, chacun doit tendre à incarner le changement qu'il souhaite et arrêter avec la branlette des « gens qui vont bien finir par se réveiller ». Les gens c’est toi et il me semble que si tu es allé au bout de cette pipeau-conversation qui condense quelques questions que tu m'as envoyées, tu es totalement réveillé. Seul le courage manque.

La peur freine l'action, l'inaction favorise la peur. Si tu ne fais rien, rien ne se fera autour de toi. Tant que tu te reposes sur l’action hypothétique d'un voisin "collectif", rien n'évoluera dans ton sens. Nous avons toutes les raisons du monde d'être démotivés sauf une, en forme d'interrogation : A qui profite cette démotivation ?

L'indispensable redistribution verticale de ceux qui ont tout vers ceux qui ont moins doit être précédée d'un partage parmi ceux qui n'ont pas grand chose.

Ce sont nos consciences modelées par des années de domination culturelle, sémantique et idéologique de nos bourreaux[1] qu'il faut révolutionner.

Le reste suivra.

* * *

[1] voulant que seul le "meilleur gagne" alors qu'en réalité c'est toujours celui qui a qui obtient encore plus.

* * *

Bonus pour tes soirs de doute. Regarde en boucle ce discours du président de la banque centrale européenne et retrouve cette hargne constructive qui sommeille en toi.

21 février 2010

[video] Partage du travail, création monétaire, revenu de vie : vers le big-bang économique

par

En ces temps de pessimisme général, voici deux visions filmées de pistes économiques pour une sortie de crise "vers le haut" émanant de deux personnages croisés récemment...

Opposées, complémentaires, radicales, utopiques ? Elles ont ce point commun de sortir du prisme des analyses classiques.


1 / Pierre Larrouturou et la réduction du temps de travail.
Pour le définir, citons l'économiste aux killer-graphiques lors de la conférence sur la crise à laquelle j'assistais le 13 février :

"La France est encore le seul pays où un a un petit bonhomme qui, en période de chômage, nous dit qu'il faut travailler plus."

Il cite l'exemple du Kurzarbeit allemand : En 2009 de l'autre côté du Rhin, la récession de -5% a été deux fois plus importante qu'en France, et pourtant il n'y a "que" 220.000 chômeurs de plus alors que chez nous sur la même période de 18 mois nous en sommes à +800.000 chômeurs.

"Si nous avions fait la même chose, nous aurions 600.000 chômeurs de moins. Mais Madame Merkel, au lieu de citer Léon Blum et Guy Moquet, elle a mis 4 milliards sur la table !"

Bon... la réduction du temps de travail n'est pas l'analyse tendance du moment. N'empêche qu'elle inclut un paramètre systématiquement écarté des réflexions des économistes ayant pignon sur cerveau depuis 30 ans, une révolution technologique sous estimée par les gouvernements successifs et grâce à laquelle on pourrait, en théorie, enfin accéder à l'amélioration des conditions de travail et à la diminution de sa durée : La révolution de la productivité.

Bref, on a besoin de moins de monde pour produire plus, ce qui est plutôt cool.

Que les pourfendeurs acharnés des 35 heures sachent que ce partage s'opère déjà .... mais d'une manière déséquilibrée : A travers la précarité. Il y a aujourd'hui ceux qui ont les bons boulots (travaillant en moyenne 39 h), une bonne partie de chômeurs et ceux au milieu avec des contrats à temps partiel et de plus en plus rognés. Problème : Le politique ayant rendu les clés de l'économie à la finance mondialisée, continue à diriger en local avec 30 ans de retard pour les premiers (en voie d'extinction) tout en faisant rêver les autres à des meilleurs lendemains de sempiternelle croissance.

Celle-ci est compensée par la dette (des particuliers ou des états) jusqu'à l'écroulement de tous. La dette a cet avantage de rendre euphorique les marchés et les banques selon le principe désormais mondialement connu du : Youpi, Krach, Boum (dans ta gueule) !

Le retour de la croissance n'est donc pas l'unique parade pour contrer le chômage. Larrouturou propose de passer à la semaine de quatre jours.

Son interview en collaboration avec Reversus > 6 mns :



Pearltrees de Reversus : Pierre Larrouturou et la diminution du temps de travail

P.Larrouturou et la réduction du temps de travail

Pour faire tourner la machine, faut du pognon, donc faut le partager : C'est sur ce constat tout simple qu'arrive le second théoricien....


2 / Stéphane Laborde : la création monétaire et le revenu de vie.

«- A force de concentrer les richesses au sommet et d’appauvrir la base, tout va finir par s’écrouler et ça va pas prendre dix ans. »

Stéphane Laborde, ingénieur de formation, est entrepreneur, un odieux libéral en quelque sorte (d'ailleurs régulièrement confronté à Gérard Filoche dans de tonitruants twit-clash) mais il veut remettre l'homme au centre de l'économie (et pas seulement à coups de fouet).

« - Ils te vendent du libéralisme mais ils n’ont pas un échantillon sur eux. On ne peut pas dire aux chinois, on va jouer dans le même marché avec des différences de salaire pareilles. La vraie concurrence doit être libre et non faussée donc l’esclavagisme doit être interdit. »

Laborde est un think tank à lui tout seul.

« - Je ne sais pas ceux qu'ils foutent là-haut mais moi j’ai bossé […] Il faut changer de paradigme »

Pour le monomaniaque de la monnaie : tout est argent. Qui le crée qui le perçoit.

« - La masse monétaire est la question fondamentale dont découlent toutes les autres et personne n’en parle !"

Son crédo : "les banques ne peuvent pas vivre sans hommes, les hommes eux peuvent vivre sans banques." Son antienne : le revenu de vie ou dividende universel. Indexé sur la création monétaire dans la zone euro, le dividende universel serait mensuellement redistribué à part égale entre chaque citoyen de sa naissance à sa mort, qu’il travaille ou non.

« - Parce que vivre c’est une activité bordel ! »

Larrouturou, Laborde et moi-même (et même Filoche tiens) nous retrouvons probablement sur ce constat : Du fait de ce rapport faussé où le travailleur n'est perçu qu'en tant que "charge", il devient un troufion sur pressurisé jusqu'à épuisement par un management lui-même oppressé et hautement jetable. Ceux qui ne travaillent pas, vus comme du "passif", sont plus ou moins discrètement chassés des statistiques et du monde des vivants.

Pour comprendre le raisonnement "philosophiéconomique" ayant amené un libéral à proposer du pognon pour tous, il est nécessaire de visionner cette première partie, instructive, sur la création monétaire...

Part.1 : La création monétaire



et donc...

Part 2 : le revenu de vie (ou l'argent conçu comme un flux commun dont personne n'est jamais déconnecté) > 6 mns.


Pour représenter la mutation du monde en cours, Laborde file la métaphore spatiotemporelle.

L'économie actuelle serait "comme un trou noir" avec deux espaces temps : Le temps relatif de ceux qui sont très prés (riches, banques, spéculateurs et endettés…) et celui, plus rapide, de ceux qui sont éloignés du trou noir et de son pouvoir d'attraction (marginaux, hors système, économie de l'échange, non-endettés…). Ces deux temps sont deux économies, deux systèmes de valeur opposés. Le premier monde disparaît, attiré par le trou noir de la croissance. Le second se fortifiera en innovant et en recyclant la matière morte. La nouvelle économie est invisible pour l’ancienne économie qui, le nez dans son ancienne grille de lecture, n'arrive même pas à la concevoir.

Pearltrees d'Olivier Auber sur le revenu de vie
Revenu de vie

Malgré les interrogations qu'en joyeux pessimiste j'ai encore sur les effets secondaires indésirables que pourraient provoquer l'application unilatérale de l'une ou de l'autre des propositions, elles ont ce point commun, sans sombrer dans le délire, de dépasser l'incantatoire et illusoire "moralisation du capitalisme" et son pendant, la diabolisation, et de viser la redistribution et le partage.

- L'une sous l'angle du travail et d'une remise à plat des gains de productivité, couplée à une véritable fléxicurité.

- L'autre sous celui du partage de la masse monétaire, favorisant et tablant sur l'initiative personnelle. (Colossal Achtung : S'assurer que ce revenu de vie ne se substitue pas au reste, couverture santé, indemnisation chômage... )

Il y en a d'autres (gratuité des échanges, autogestion..) qui imposent souvent de dépasser "le vortex de la croissance infinie" et de regarder plus loin que les évidences assénées par les mêmes qui nous ensuquent dans leur logique pour nous maintenir, à leur seul bénéfice, dans le fatalisme.

* * *

- Site de Pierre Larrouturou. Ancien délégué national Europe du PS, il est tête de liste Europe Ecologie dans les Hauts-de-seine.

- Site de Stéphane Laborde. Sans étiquette, il votera pour le candidat qui se prononcera en faveur d'un revenu de vie.

Illustration : "les temps modernes" de Charles Chaplin 1936, MK2 diffusion, disponible ici.

1 janvier 2010

2010, l'odyssée continue

par

Je profite de cette période propice aux platitudes pour vous souhaiter une heureuse année et vous remercier pour celle passée sur ce blog.

Vous êtes de plus en plus nombreux à butiner par ici, à exprimer votre soutien dans les commentaire ou en privé, à me faire partager vos parcours et vos expériences. Sachez que le réconfort est à double sens.


C'est l'époque des vœux.
Formulons-en quelques-uns qui nécessitent plus de volonté que d'argent :



Qu'en 2010 on arrête de nous saouler à partir du 15 décembre avec les SDF tués par le froid et que soient réquisitionnés les deux millions de logements vides de ce pays.

Qu'en 2010 nos dirigeants arrêtent de taxer et taper les pauvres, cajoler et protéger les riches et inversent la tendance. Ils verront : ça fait du bien.

Qu'en 2010 la télé soit coupée plus souvent, que chacun cherche à se sensibiliser et s'instruire autrement.

Que 2010 apporte à chacun une occupation enrichissante et un quotidien décent.

Qu'en 2010, presse et blogueurs[1] arrêtent de se focaliser sur la petite personne du monarque et qu'ils se concentrent sur les dégâts concrets que lui permet d'accomplir un mandat confié par un peuple cocu.

Qu'à la fin de 2010 il y a ait encore une presse libre et plus de blogueurs politiques !

Qu'en 2010 chacun arrête de trembler et de culpabiliser à tout sujet.

Qu'en 2010 nous arrêtions de nous entasser aux caisses automatiques des magasins.

Qu'en 2010 vous compreniez que, non, le discount c'est pas moins cher.

Qu'en 2010, toi, me reprochant de ne pas avoir de propositions et me reprochant presque ta condition d'esclave, comprenne que 1 / je ne suis pas un homme politique 2 / s'il n'y a pas de fatalité, les jours meilleurs ne tombent pas du ciel comme un pack forfait Heil-phone dans un paquet cadeau au pied du sapin payé à crédit.

Qu'en 2010, chacun souhaitant tempérer l'égoïsme ambiant, les injustices et les désordres, comprenne que c'est prioritairement dans ses désordres intimes ou de proximité, son égoïsme à lui et les injustices de son quotidien qu'il doit opérer.

Qu'en 2010 les victimes du surendettement sortent de leurs dépendances et de l'isolement.

Qu'en 2010, tous, nous nous convainquions pour de bon qu'il n'y a de richesses que d'hommes.

Qu'en 2010 vous compreniez que les banques seraient en slip sans votre pognon.

Qu'en 2010 chacun sorte de sa chapelle.

Qu'en 2010 toutes les belles-sœurs des pavillons M6 comprennent qui possèdent leurs vies, qui sont les alliés et où jouit l'oppresseur.

Qu'en 2010 trolls et no-life se donnent la main et rejoignent la farandole du bonheur, ou bien qu'ils en viennent définitivement aux mains mais ailleurs.

Qu'enfin, en 2010, en ces heures où les forces médiatiques semblent déterminées à recréer de l'ennemi extérieur, les français connaissent les raisons exactes ayant conduit à la mort de 11 ouvriers de Cherbourg en 2002 à Karachi, Pakistan.

Bref,

Que 2010 vous apporte le meilleur et nous préserve du pire.


Bon... maintenant, ce blog va pouvoir retrouver une activité normale.

[1] Sauf Sarkofrance, lui il a le droit.

crédit photo : Affiche française détournée du film 2010 de Peter Hyams (1984) MGM studios

20 août 2009

Salarié, upgrade toi !

par

Vous êtes plusieurs à me demander par courriel s'il n'y a pas une contradiction à critiquer à la fois le salariat et l’auto-entreprise.

C'est le glissement de le société vers l’esclavagisme pur et simple au seul bénéfice d'une poignée au sommet qui me travaille. Sous cet angle, le salarié d'aujourd'hui et l'auto-entrepreneur de demain sont de la même famille, celle des dupés.

D'autres, salariés, me demandent si mes critiques de la casse salariale ne légitiment pas un salariat avec lequel "il faudrait en finir". Je leur retourne la question quant à la date de fin du salariat puisque ce sont eux les salariés et moi qui ne le suis plus depuis des années.


La dénonciation du salariat en tant que modèle unique n'est pas incompatible avec l'exposition des injustices faites aux salariés, au contraire. D'un côté, il y a les objecteurs de conscience du salariat (c'est moi) trouvant ou tentant de trouver leur équilibre spirituel ou financier ailleurs dans d'autres territoires et de l'autre il y a les salariés, ceux qui l'ont été ou qui veulent le devenir, tous s'accordant à dire qu'ils en prennent plein la gueule. Les uns et les autres ont le même intérêt : Tendre vers le bonheur.

Tout dans l'environnement nous conduit depuis des décennies à amalgamer travail avec salariat. C'est comme ça, ça a été autrement, ça changera probablement à force d'exemples et de symboles, un jour mais pas d'un coup.

Industrialisation, avènement de la société de consommation : Le salariat 1.0 était une solution, un kit arrangeant le plus grand nombre.

En contrepartie de son temps donné à un employeur, le salarié était rémunéré selon les termes d’un contrat. Ce dernier lui imposait des devoirs auxquels, grâce aux luttes sociales, le travailleur y a adjoint de plus en plus de droits et de protections.


Le salarié 1.0, espèce en voie d'extinction.
Même s’il semble avoir une prédisposition sinon à la souffrance au moins à la croyance aveugle en des solutions toutes prêtes quitte à souffrir, la mentalité du salarié 1.0 est à la traîne de l’économie mondialisée, passée du capitalisme à la papa au néolibéralisme débridé (a.k.a communisme des hyper riches) en 30 ans soit en un clin d'œil à l'échelle de l'histoire des peuples.

Dans son insatiable logique de rendement, la communauté des hyper riches doit sacrifier les salariés. Pour éviter d'avoir à déployer l'armée (ce qui serait coûteux, ferait des tâches et n'aurait pas l'air très démocratique) rien de tel que de les autosuggestionner à le faire.
A coup de baffes sociales et au nom de la modernité prônée par les entremetteurs (a.k.a présidents de république), simultanément à son aménagement sur le terrain, un salariat 2.0 est progressivement distillé dans les consciences. Le salarié 2.0 ne doit plus se considérer comme une force de travail dans un rapport simple patron / ouvrier mais telle une variable d'ajustement garantissant une marge exponentielle aux entités surnaturelles qui l'exploitent. Dans cette réorganisation à la hache, atténuée par les cabinets de communication et la cascade hiérarchique, le salarié 2.0 devra se penser comme un soldat sans revendication autre qu’allant dans le sens du progrès. Comprendre : Dans le sens de ce rentier qu'il ne connait pas et ne connaîtra jamais.

Le salarié 2.0 se devra d'être tout et son contraire pour un tarif défiant toute concurrence. Exécutant limité dans ses initiatives mais devant justifier ses erreurs, à la fois
athlète soumis à des objectifs inaccessibles et pion transférable sans sommation, il sera une donnée upgradable et corporate à donf' jusqu'à la minute précédant son éjection sur la planète des nigauds dans la lointaine galaxie des indigents sans boulot.

A terme le salarié 2.0 ne devra plus être un salarié.

La métamorphose des consciences étant la plus longue à opérer, le salarié occidental est encore coincé en mi-reformatage, au stade 1.5. Spécialement en France où, par tradition, cette totale mise au placard du cerveau au seul profit de l'internationale du marché est relativement nouvelle.

Cul entre deux mondes, le salarié 1.5 est tiraillé entre un statut plébiscité depuis un demi-siècle comme étant la condition de l'épanouissement (stabilité, enrichissement, socle d'une famille) et son quotidien qui contredit de plus en plus cette carte postale du passé à laquelle à coup de Casimir et de décoration compulsive de son deux pièces cuisine acheté sur 30 ans, il tente de se raccrocher.


Ceux encore épargnés par la misère, expérimentent déjà la précarité des espérances.

Le malaise actuel du salarié n’est pas la conséquence d'une prise de conscience soudaine de sa servitude mais le résultat d'un décalage de perception entre un idéal (sa récompense) où tout baigne, sa réalité où tout coince et un avenir où tout craint.

Le salarié 1.5 est dans l'impasse. Grâce à cette formidable invention à distiller le poison à domicile qu'est la télévision, il a progressivement renoncé à tout ce qui pouvait structurer son univers hors du quantifiable (culture, sens du collectif, sens de la gratuité) pour alternativement activer à coup d'émissions à la con ses désirs, sa dépendance et ses déceptions.

Début 2007, le monarque et ses conseillers ont parfaitement identifié la partie shopping de son malaise, l'indiscutable « manque de pouvoir d’achat » n’étant que la reprise marketing d’une demande de justice salariale habillement tournée pour bénéficier à terme à l’entreprise.

Deux ans après : On ne travaille pas plus mais plutôt plus mal ou plus du tout. Si quelqu’un y gagne plus ce n’est clairement pas le salarié dont la rancœur est renforcée.

Salarié 2.0 : Suggestion de présentation au marché.
La communauté des hyper-riches use donc de sa force de frappe (média et politique) pour promouvoir SON équilibre. Elle suscite alternativement chez un individu qu'elle souhaite de moins en moins éduqué, les peurs, les croyances et les carottes (crédits, propriété, consommation...) pour le pousser à se fondre docilement dans la peau flexible et protéiforme de ce salarié 2.0 pouvant être victime, bourreau, collaborateur, sous-traitant et commanditaire dans la même journée.

A ce titre, les jeux de télé-réalité sont des cours de formation accélérée. Occupant par addiction feuilletonesque le temps libre des plus jeunes, elle façonne leurs consciences aux futures réformes sociales sous l’angle de la stricte productivité : Acceptation de la remise en cause aléatoire et injustifiée des règles du jeu par la bien nommée "production", stratégies provisoires visant à nuire à ses partenaires d'hier, exclusion revendiquée du vilain petit canard pour la cohésion du groupe et expulsion du maillon faible comme condition d’obtention de gain. Gain lui-même unilatéralement remis en cause par "la production" si un comportement inapproprié est observé.

L'évangile y est : "Prends sur toi" ou "tu verras, ça vaut le coup de résister."


Salarié 1.5, tes états d'âme, la communauté des hyper-riches s'en fout ! Tu finiras bien par passer. Tes enfants sont plus intéressants.
Dressés à la télé-réalité, au temps partiel, au larbinage, aux emplois cumulés et à l'absence de protection sociale, ils auront moins de cas de conscience. Pour eux, pas de souvenirs des temps merveilleux des rires et des chants au pays de l'île aux enfants : Ce sera comme ça et pas autrement.

Ne crois pas t'en sortir avec un
"Oui mais moi avec mon boss c'est différent". A force de faire gaffe à rien, à la fin de ta fin, de compagnie il n'en restera qu'une et t'auras l'air bien malin avec ton anti-socialisme télécommandé.

Bigre c'est pas joyeux... Y aurait-il un salariat 3.0 qui pourrait être sympa ?
Dans un monde où par décret la cupidité de quelques uns ne battrait pas la mesure, salarié devrait être la position la plus enviable pour celui cherchant sécurité et tranquillité. Deal équitable, si quelques basiques étaient respectés pour le travailleur, entre autres :

> Le d
roit à une fonction utile et identifiable.
> Le droit de rester dans la même compagnie sans impératif de reconversion perpétuelle.
> Le droit de ne pas avoir à déménager à 1000 kilomètres de chez lui au moindre pet d’un actionnaire à 10.000 kilomètres de là.
> Le droit à un salaire décent. (Et oui, à moins de 3 x le loyer, les emplois seraient refusés !)
> Le droit à un temps libre conséquent et non éclaté.

Le salarié serait un être plus détendu, ne cherchant ni à mater la honte de insolvabilité chronique dans une course sans fin à l'achat ni à compléter ses revenus en cumulant 36 boulots loin de ses proches. Ce serait un mec certes canalisé mais à la cool, un gars pas angoissé dès le vendredi soir par sa rembauche du lundi matin. Bref, un type fréquentable.

Quant à celui qui ne serait pas fait pour être salarié, ainsi serait-il. Probablement bon pour quelque chose, l
a société gagnerait à terme à ne pas le stigmatiser. Elle lui laisserait l'opportunité d'exister et d'expérimenter, le considérant comme un humain et non comme une statistique escamotable.

On en est loin mais le pire pour toi, salarié 1.5, c'est que tu t'en éloignes à grandes enjambées !

Tu culpabilises de ne pas avoir de boulot quand tu ne fais rien, tu as peur de mal faire ou de le perdre lorsque tu en as un. Stressé, déprimé par ton organisation, suicidaire, tu finiras rongé par ton inévitable inactivité.


Éloignement géographique, heures supplémentaires, mutations arbitraires, temps de transport de plus en plus long : A force de te le rabâcher, tu t'es fait à cette absurde idée que c’est à toi, l’humain de chair et de sentiments, de t’adapter à l’entreprise et non l'inverse.
Les plus atteints d'entre-toi s’identifient même à ce truc qu’ils peinent à détailler et qu'ils appellent job où ils sont pourtant remplaçables et non regrettés dix minutes après avoir été remplacés.

I
l y a bien des casual fridays, le CE, les tickets-restos et les bons points du sous-dirlo de secteur mais ton univers professionnel se rigidifie autour d'une concept fort : Ta lente déshumanisation.

Rappelle-toi, les films dans ton enfance te promettaient une société de robots au XXIe siècle. Pour cause de budget, c'est finalement toi qui aura le premier rôle.

Comme je ne risque pas d'être viré (si mon mode de vie a ses contraintes, il a cet avantage), je peux souligner une partie des nombreuses iniquités qui te malmènent mais tu restes le seul a pouvoir presser sur le bouton arrêt d'un processus en train de te broyer.

Si le salariat n'est pas une fatalité, il ne doit pas non plus être synonyme de misère psychique et financière pour ceux qui s'y collent.

Dois-tu en finir avec le salariat, l'accepter tel qu'il se transforme ou l'améliorer en te replaçant au centre ?

A toi de prendre la direction.


Illustration : Capture d'écran du film "I robot" d'Alex Proyas, 2004, 20th century fox

14 août 2009

Vois-tu les lumières ?

par
Bonne nouvelle de l'été : Vous vous êtes rués dans les salles de cinéma en juillet. Un cru exceptionnel il paraît.

Tempérons tambours et trompettes :

Le haut de la liste ressemble à la tête de gondole d’un magasin de jouets. Peu de films français et beaucoup de gros budgets américains.

Bien sur, nous autres crédules spectateurs incapables de citer plus de 3 longs-métrages français sur les 200 produits cette année pour lesquels nous aurions acheté un billet, restons confiants dans les commentaires dithyrambiques des ministres de la culture successifs nous affirmant que le cinéma français ne s'est jamais aussi bien porté.

La majorité des films français ne sont pas rentables en salle. Selon la logique du moment et le vocabulaire d'usage, ce secteur devrait être nécessairement réformé pour devenir moderne et compétitif. Comprendre : Lessivé et entièrement soumis à la loi du marché.

Notre cinéma a t-il vraiment de quoi se réjouir d'un box-office faisant la part belle au cinéma ricain ?

Dans un de ces paradoxes à la française, oui.


Explications.

Précisons que le cinéma français est très réglementé et largement subventionné par l'état via le CNC (centre national de la cinématographie). Les chaînes de télévision ont ainsi l'obligation de contribuer massivement au financement des films. Ensuite, le cinéma est un business sinon lucratif, au moins pérenne, pour la filière locale. Une fois que le producteur a dit au CNC et aux télés "le film va me coûter 100" et que les deux incontournables organismes de financement lui ont filé 75, son boulot commence : Il va tourner le film à son vrai prix : 50.

En retour, pour bénéficier de la batterie d'aides, le producteur a l'obligation de reverser de l'argent dans son seul secteur d'activité, selon un calendrier précis, et donc de régulièrement embaucher. Pas question d’empocher tous les bénéfices pour aller spéculer sur le Nasdaq ou dans l’immobilier à St-Barth. No way. C'est une des raisons du volume considérable de films français produits chaque année.

Est également prélevée sur chaque entrée en salle une taxe pour le financement de nos futurs films.

Une surtaxe est spécifiquement ponctionnée sur les films américains. Ce qui nous amène à la petite contradiction annuelle camouflée par nos ministres de la culture successifs : Une baisse de la fréquentation des films américains profitant aux films français n'est pas une excellente nouvelle. D’un point de vue comptable, c'est du manque à gagner. Encore plus lorsque la performance tricolore s’explique par 2 ou 3 hits (type Bienvenue chez les ch’tis) cachant la forêt des films affichant 15 entrées payantes.

Inversement. Nombreux sont les réalisateurs qui ont pu tourner leur premier film grâce aux entrées de Titanic.

De là à dire que tout ce petit monde aurait tendance à favoriser l'invasion massive sur nos écrans des bouzaces US au lieu de se casser la tête à faire des bons films, c'est un autre débat.

La dynamique des salles est simple mais personne dans le métier ne s’en vante : Pour que le cinéma français continue à bien se porter, il ne faut pas qu’il marche trop bien.

J’ai longtemps ragé contre ce système dont, pour cause de Natural Born fuck you attitude, je n'ai jamais bénéficié mais je constate qu’il fait travailler des techniciens et des comédiens, qu’il permet à des producteurs passionnés de maintenir leur activité, à des jeunes réalisateurs de se lancer,d'expérimenter, aux chaînes d’avoir des programmes en stock et de faire du talk-show via la promo. Bref, il génère de l'activité et, cerise sur le gâteau, peu importe le gouvernement, il rend toujours fier son ministre en charge.

Donc, je m'interroge. Si la profession semble satisfaite de cet équilibre pas vraiment néo-libéral encadré par des lois d'état très strictes, pourquoi ne pas étendre ce type de politique à d'autres secteurs économiques ?

Éducation, santé, logement, industrie, banque : C'est le film à l'inverse qui est actuellement joué.

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