13 septembre 2011

TNT : Extension taxée du domaine des cerveaux

par

"- Je pourrai dire à mes enfants, j'y étais !"

Jeune con ayant séché les cours pour assister au lancement de la TNT le 31 mars 2005 à 18h00 (Europe1). 

Télévision Numérique Terrestre, rappel des fondamentaux :

Première phase. Générer un business. Sous l'injonction de modernité, donner l'illusion de pluralité en favorisant la création de chaines contrôlées, ou rapidement contrôlées, par quelques groupes qui contrôlent déjà les autres. 

Seconde phase. Une fois les geeks équipés, fort d'un contenu émancipateur basé sur le consumérisme, l'info-feuilleton, la soumission, la moquerie et l'accoutumance à l'Etat policier : faire passer à la caisse ceux qui n'auraient pas encore succombé aux sirènes de la pipeau-profusion et obliger chacun à renouveler son installation (antenne et télévision).  Coût moyen : plusieurs centaines d'euros par foyer. Dans cette folie de l'écran plat pour programmes creux publiée au journal officiel, les gains se sont partagés entre l'Etat (TVA) et les grands distributeurs (marges sur les frais de transfert). Un basculement opéré en plusieurs époques opaques (Décodeurs externes[1], écrans hd-ready puis Full Hd) multipliant les opportunités d'arnaque

Bilan économique : si le barnum de la TNT a généré 17 emplois (dont 16 au CSA), ce sera bien le maximum. Les chaines en question tournent en effectifs serrés et La France ne fabrique pas un seul des 8 millions des flat-screens qui y sont vendus chaque année (et ce quand bien même nos industries détenaient les brevets). Vidanger l'épargne semble être le seul business-model national, à même de prolonger dans ses derniers râles une croissance à l'agonie : nous sommes trop coûteux pour produire, mais encore vaguement assez riches pour consommer.

Le grand passage à la TNT, avec sa promo pour trigolos, constituait d'abord un impôt indirect pour une fois réglé avec joie et crédit car "c'est tellement plus joli un bel écran plat dans le salon, hein chéri ?

Pour les pauvres et autres dangereux récalcitrants de l'image en tube, furent bricolés des dispositifs d'aide à la réception. Dans le pays des droits de l'homme riche et de liberté d'expression du plus fort, on châtie le chômeur en privant son enfant de cantine, mais on lui file du pognon pour qu'il continue à recevoir la bonne parole de Chazal. 

Taxe du contrôle des cerveaux déguisée en progrès, virant à l'attentat continu contre l'intelligence, offrant aux enfants une formation à la vie d'abruti sur Gulli tout en permettant à leurs parents de continuer à oublier leur vie de crétin sur TF1, cette calamiteuse TNT est une affaire qui roule

Mais plus assez... 

Troisième phase. Recommencer.

Au nom de l'amélioration des progrès et de la diversité, ce CSA qui t'as numériquement couillonné une première fois, préconise aujourd'hui de rééditer cet exploit ! Déposé lundi dernier, le rapport du président Michel Boyon recommande l'adoption d'une nouvelle norme (DVB-T2) pour un passage hertzien à 32 chaînes en haute-définition. Bel exemple d'obsolescence programmée[2] au niveau institutionnel, le rapport ne faisant que suivre les recommandations du gouvernement à Bruxelles : la norme est incompatible avec l'actuelle et impose de tout racheter.

Le rapport laisse un an aux constructeurs pour proposer de nouveaux appareils, confirmant ainsi qu'il crée une demande que tu financeras (après séduction publicitaire au sujet des qualités techniques à 120 millions de pixels dont l'assoiffé de standing, préférant Secret Story à Citizen Kane parce que y a du nichon 3D dans l'un et que l'autre est en noir et blanc, est friand).

En plus de l'urgence sociale que la nouvelle TNT constitue, l'enjeu culturel est prioritaire

Il faut enfin que chaque chômeur, stagiaire sous payé, salarié à temps flexible ou cadre en caravane puisse bénéficier d'épisodes supplémentaires des Ch'tis à Ibiza à toute heure de la journée, qu'il jouisse de plus longues soirées poulagas à base de 90 minutes exclusives au coeur de la Bac de Monderche-sur-la-tablebasse (Tarn et Garonne) et autres en quête d'action interdite au coeur des comoriens qui sont tous des violents[3]. Et puis puisque nous sommes dans un Etat de droits, il doit pouvoir enfin apprécier un suivi exhaustif de DSK au cabinet ! Il lui faut aussi au plus une multiplication des bulletins socio-philosophiques quotidiens (rediffusés l'été) d'un Morandini ou d'une Massenet  qui, au nom de la pluralité des neurones dans un dispositif s'annonçant aussi innovant et ouvert aux petits acteurs du secteur qu'il ne l'était en 2005 vu que ce sont les mêmes qui le chapeautent[4], vont bien réussir à se décrocher un canal rien que pour eux

Le progrès, c'est un peu dur la première fois. Mais après on ne peut plus s'en passer.


[1] A l'époque la publicité annonçait "Quatorze nouvelles chaînes supplémentaires gratuites" alors qu'il fallait acheter un décodeur et que les deux tiers des chaines existaient déjà et / ou ne diffusaient que des rediffusions de fond de catalogue de leurs chaînes actionnaires. 

[2] Il est vrai qu'au-delà des programmes de daube, le problème majeur de la TNT reste sa technologie de merde. Là où l'analogique permettait de recevoir tant bien que mal une image même dans de mauvaises conditions climatiques et géographiques, le numérique exige un signal parfait sinon c'est l'écran noir. Au fil de mes pérégrinations, j'ai rarement vu quelqu'un recevoir correctement l'ensemble de ses chaines TNT gratuites avec une simple antenne classique. Il aura recours à une réception par satellite ou internet, le plus souvent conditionné à un abonnement. (La TNT a cet avantage marchand non négligeable d'attirer l'objecteur d'abonnement dans le piège du péage).

[3] On attend avec impatience En quête d'action exclusive au coeur du Karachigate ou un 90 minutes action en immersion parmi les 737 "entités" qui contrôlent 80% des entreprises mondiales.

[4] A consulter, la bio de Michel Boyon, président du CSA et auteur du rapport, est fabuleuse. Privatisation de TF1, accompagnement du premier lancement de la TNT... Je suis en confiance : priorité au mieux disant culturel. 

11 septembre 2011

[video] Deux tours sinon rien

par
 
"Rappelez-vous cette promesse faite sur le toit de Solférino."
Ségolène Royal, Montreuil, 10.09.2011

Ségolène Royal va-t-elle déjouer les sondages au pifomètre des primaires socialistes ?[1] A contempler l'ambiance de feu des 1500 (2000?) supporters compactés ce samedi au Parc des expositions de Montreuil : on jurerait que oui. Pop-idol à veste rouge, la présidente de la région Poitou-Charentes soigne son entrée, fendant la foule en toute simplicité sous les crépitements de flash des photographes se piétinant les uns les autres, dopée par un bon vieux "Simply the best" de Tina Turner (tout de modestie contenue) qui lui vaudra dix minutes de standing ovation avant son discours [video complète ici].


Quatre points marquent d'emblée dans un meeting de Ségolène Royal :

- L'audience éclectique (à la différence d'autres meetings, de gauche comme de droite, relativement homogènes : il est impossible de définir le militant royaliste moyen. Du gamin à la grand-mère, du balayeur au fonctionnaire, en un mot : populaire).

- L'ambiance électrique (vu la puissance de feu d'un simple meeting, la fiesta finale d'une victoire présidentielle me fait limite peur).

- La présence de la nation. Drapeaux sur scène, vocabulaire : S.Royal reprend se réapproprie sans en faire des tonnes un champ thématique délaissé par les autres candidats de la primaire (sauf A.Montebourg par certains aspects avec la "Nouvelle France").

- Le ratio bla-bla / solutions est à l'avantage des secondes. Comme diraient les factotums UMP  : "la crise est passée par là". Du coup, l'argumentaire de la candidate à la primaire PS a gagné en pertinence, percutant dans le concret, devenant audible même pour ceux (et j'en connais) qui ne l'aiment pas. A ce sujet, si c'est du niveau de la mise en kit culte de Jean Boissonnat l'an dernier, son débat télévisé sera à regarder avec attention. Elle n'a même pas à appuyer sur le désastreux bilan de l'actuel président dont le nom est évité. La Red bull des primaires se place dans l'après (d'où le fameux désir d'avenir, you see ?) :

Blocage des prix sur 50 produits de première nécessité, mise au pas des banques et encadrement militaire des jeunes délinquants sont les trois mesures les plus acclamées. Bon, avouons qu'ici le hourra part vite. Royal demande d'ailleurs à l'arène de se calmer en fin de discours au moment "solennel" de présenter son "contrat avec la nation" (autour de 10 mesures simultanément distribuées dans la foule sur un parchemin couleur, à cocarde et grain épais, évoquant l'appel "à tous les français") :

Pèle-mêle : renforcement des pouvoirs de contrôle du parlement, mise en place du non-cumul des mandats, consultation du peuple par référendum à chaque fois que "l'intérêt supérieur du pays l’exigera", création d'un Conseil Supérieur du Pluralisme pour protéger l'indépendance des médias "à l'égard des pressions du pouvoir politique et des puissances de l'argent", engagement sans la nommer de l'application d'une règle d'or où sont rajoutées les promesses d'une non-augmentation des impôts et d'une contribution équitable du travail et du capital, engagement de la stabilité des règles sociales et fiscales durant le quiquennat dans le but de faire de La France "un pays d'entrepreneurs"...

Ségolène Royal ne fait pas campagne pour la primaire (il en est à peine question et il faut  chercher attentivement le microscopique logo "PS" sur son pupitre "Royal 2012"), mais bien pour la présidentielle. Personne ne doute ici, à commencer par elle, de sa présence aux deux tours des deux échéances.

Najat Vallaud-Belkacem, adjointe au maire de Lyon et porte-parole de S.Royal précise : "Une région en guise de laboratoire, une présence sur le terrain inlassable depuis 5 ans, un travail sur le fond avec ses UPP [universités populaires participatives] et ses déplacements à l'international : Ségolène Royal est prête."

#Video No comment "let the sunshine..."


Un très fin observateur de la vie au PS, et soutien déclaré d'un autre candidat, me confiait l'autre soir : "Si Ségolène avait été à ce niveau en 2007, cela aurait été une autre histoire..." Pour ma part, dans le cadre de ces primaires inédites, je m'interroge sur la bonne côte de certains dans les sondages et le "taux de transformation" (avec déplacement physique et signature de déclaration d'adhésion aux valeurs de gauche) le dimanche du premier tour. Pour Ségolène Royal, j'ai peu de doutes : ceux qui l'aiment prendront le scrutin.


Retour à Montreuil. Fin de meeting. Entourée de son équipe, sous les acclamations, Ségolène Royal fredonne Laissez entrer le soleil ! J'en sens ici qui ont presque les larmes aux yeux. Meeting fini : des militants galvanisés continuent de tracter (sa "force citoyenne") devant la salle durant plus d'une heure. A la terrasse du bar, alors qu'avec quelques blogueurs nous évoquons les savoureuses conséquences solférinesques d'une victoire de Ségolène aux primaires, un type à la bourre me demande :

"- C'est bien ici que l'on peut voir Ségolène ?".

Je lui réponds :

"- Oui, mais c'est fini."

L'homme est désemparé.

Et là je pose la question : Quelle autre personnalité politique française peut mettre un citoyen dans un tel état de manque ? 
(ceci n'est pas Jegoun, ni l'affiche du prochain George Romero.)

[1] primaires socialistes : 9 et 16 octobre, tout le monde peut venir voter pour choisir le candidat socialiste pour la présidentielle.

8 septembre 2011

[video] François Hollande et les blogueurs

par

On lit de tout sur cette rencontre entre François Hollande et les blogueurs. Du dithyrambique,  de l'absent, du séduit et du sceptique

Nous sommes une vingtaine dans la petite pièce pour l'entrevue imprévue. Je l'ai appris la veille au soir. Tandis que j’installe la caméra, le candidat à la primaire socialiste fait le tour de la table et serre la main à strictement tout le monde. Il a l’air fatigué par les six heures de débat à l'assemblée sur le plan de rigueur gouvernemental (à ce sujet les taxes sur les mutuelles santé augmentent à 7%), mais de bonne humeur et nous consacre une heure

Les thèmes abordés : la dette grecque, l'immigration, la sécurité, #Botzaris36, la fiscalité du travail, le mariage et le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, la diminution du parc nucléaire et les conséquences sur la filière énergétique, la rumeur de fermeture de l'usine Peugeot à Aulnay, le second souffle à trouver pour l'Union pour la Méditerranée et le scandale Servier / Mediator... (liens en fin d'articles pour les divers comptes-rendus de mes collègues).

Avant de publier l'intégrale dans quelques jours, voici quatre passages :

#1 / Le logement (5.40)
Comment rééquilibrer « La France des propriétaires » et ceux qui veulent juste un logement ou mieux se loger sans avoir à s'endetter sur 30 ans ? Au passage, il répond à la question sur son positionnement "tout pour les jeunes" (problématique à un moment : rapport qu'entre les grands-parents qui votent et la "génération à venir" dont il parle dans son livre et sur laquelle il a encore insisté hier soir sur TF1, il y a des gens qui ont la double qualité d'être de mon âge et dans la mouise).


Commentaire : la chaîne du logement est encore plus courte qu'il ne le penseLes cadres "en carton" (on leur donne ce statut pour mieux les arnaquer) pullulent. Ils sont mal payés et ont également des difficultés à accéder au logement privé ou social. F.Hollande veut fluidifier le marché locatif privé et continuer à privilégier l'incitatif sur le dissuasif ? OK, mais les mesures incitatives sont déjà légion et n'ont rien fait baisser, bien au contraireLes niches fiscales pour les proprios sont comme les salaires de dingues pour les "grands" patrons : On sait à qui ça profite, mais on ne sait pas très bien à quoi ça sert. Les contrôles sont trop rares et la taxation des logements vacants reste dérisoire. Quant à la construction de logements HLM et des amendes plus sévères sur le non-respect de la loi SRU, j'entends la chanson depuis vingt ans... et je n'ai pas vingt ans de plus à attendre. S'il faut encourager la location, il faut surtout se prémunir de l'exploitation immobilière. L’heure n’est donc plus au cosmétique, mais aux mesures drastiques. 

#2 / Que pense-t-il de "La démondialisation" prônée par Arnaud Montebourg ? (extension sur les économistes le conseillant). (6.00)
La vidéo est explicite. Le rapprochement Montebourg / Hollande va être sportif.


#3 / Questions de @custinda sur les institutions et le fonctionnement de la République. (6.20)
F. Hollande veut réinstaurer une part de proportionnelle à l'Assemblée pour une meilleure représentation des partis minoritaires ("Je préfère une extrême droite à l'assemblée qu'une extrême droite présente au second tout de l'élection présidentielle") dont il veut par ailleurs limiter la participation aux élections présidentielles (en augmentant le nombre de signatures de maires nécessaires).


#4 / "...sois incisif, sois tranchant !" (2.45)
A propos du livre que Serge Raffy lui consacre, Martin P (docteur es-Jospin) l'interroge sur une altercation supposée entre lui et l'ancien Premier Ministre à 10 jours du 21 avril 2002. F.Hollande aurait poussé le candidat PS à la présidentielle à être plus "incisif et tranchant". Celui qui a fait de la séduction, de la normalité et du "cool" le moteur de son début de campagne, va-t-il s'appliquer ce conseil à lui-même ? 


Conclusion. Si j'entends ses propos sur les questions sociétales ou la fiscalité, c'est une autre tisane sur l'économie : pondéré et classique, disons timide. Un "bon gestionnaire" pour reprendre l'adoucissant lexique d'un Xavier Bertrand. J'expérimente donc un sentiment ambivalent envers François Hollande. Il est à la fois anormalement optimiste (ça change et c'est communicatif) mais on cherche le rêve, le souffle qui emporte. Pour l'instant, dans la course de fond, il privilégie l'endurance

Merci à lui et à son équipe, ainsi qu'à Romain pour cette rencontre.

Les blogueurs : 
Mrs Clooney - Cyril M - David Burlot - Piratages - Martin P - Custinda -
Mehdi - Jegoun - Intox2007 - Gularu Leila Polluxe - Romain P

5 septembre 2011

Décryptons le cri du libéral de l'immo

par
A la rubrique logement du site libéral Contrepoints, je repére la semaine passée un article croustifondant intitulé "l'euthanasie des classes-moyennes par l'impôt immobilier". La hausse de la fiscalité sur les plus-values immobilières (hors résidence principale) y passe au grill. Sans surprise, le billet est repris illico sur Atlantico à la rubrique moins-values. A quelques encablures des élections, ça nous fait toujours plaisir de voir un site de droite déplorer une décision de son  gouvernement adoré.

Son auteur, Ulrich Genisson, est passionné de "l'économie, du libéralisme et de l'individu au sens noble". Friedman et Hayek sont ses références et il considère que le grand apôtre de l'idéologie socialiste gangrenant ce pays s'appelle François Fillon. Ça vous cadre un caractère. Le titre du billet contient à lui seul trois contre-sens, l'auteur considérant que la baisse minime d'une "niche fiscale" constitue un "impôt" supplémentaire (étant entendu que l'impôt c'est le mal, nous sommes chez les libéraux) dont sont victimes "les propriétaires de la classe moyenne", alors qu'est d'abord ciblée par cette mesure la partie supérieure de celle-ci : les thunés qui peuvent se permettre d'avoir deux maisons ou plus et les spéculateurs locatifs. 

L'auteur, que je soupçonne d'avoir récemment fait quelques "investissements" dans le domaine, se base sur de poignants exemples populaires pour étayer le pourquoi de sa colère, euh... de son manque à gagner. Attention, sortez les mouchoirs.

Enter Jean-Pierre. "L'ouvrier" est proprio d'une résidence secondaire [déjà ça, ça vaut son pesant de cacahuètes] en Creuse "qu'il a achetée 300.000 francs [45.000 euros] en 1990. Il l'a restaurée de ses mains [il a du mérite d'autant que c'était avant qu'M6 ne lui répète chaque soir à 20h45 qu'il resterait à jamais un plouc s'il ne le faisait pas] et y passe quelques semaines par an. Sa femme décédée récemment [moi j'aurais ajouté : d'un long et douloureux cancer de la plèvre], il n'a plus le goût d'y aller.  Il veut donc la vendre 160.000 euros [soit 3.5 X plus cher que son prix d'achat, l'ouvrier est petit joueur. Même dans l'arrière-pays, nous constatons des culbutes bien plus pépères]. S'il l'avait vendue le 23/08/2011, il aurait payé O euros. S'il la vend le 26/08/2011, il paiera 29.977 Euros sur la plus-value et s'il la vend fin septembre il paiera 31.222 euros d'impôts... [Je fais confiance à Ulrich pour les chiffres, ça a l'air d'être son truc] Manifestement, Jean-Pierre est un gros capitaliste et l'Etat a bien raison de l'assommer. Surtout que Jean-Pierre avait l'intention, avec le fruit de cette vente, d'installer sa fille qui vient de se marier [et qui est amputée des deux jambes suite au déraillement d'un Transilien provoqué par la négligence d'un conducteur syndicaliste surpayé à cuver son whisky-coca avec une call-girl ukrainienne dans sa cabine climatisée]. Et bien Julie, devra se passer de 30.000 euros."

L'enquête imaginaire n'indique malheureusement pas qui a réglé les sept années en fac de médecine de la fille du col bleu d'Atlantico, succédant à douze années d'un brillant parcours scolaire à l'Ecole de la République. Nous ne sommes pas plus renseignés sur le nom de celui qui a réglé les analyses, le suivi, la médication, le traitement, les scanners, le personnel rassemblés pour prolonger de plusieurs années dans les meilleures conditions possibles la vie de son épouse.

 (working class heroes by Atlantico.)

Second exemple. Marie-France, secrétaire de direction à Lille de 38 ans est contrainte de suivre son entreprise. Chez Atlantico, une délocalisation, ça ne se discute pas. Elle l'avait acheté 190.000, elle le  revend le double, après l'avoir mis en location un an, le temps de la réflexion nécessaire pour savoir si vraiment elle voulait s'en séparer : tu vois la fucking urgence. 90.000 euros empochés en se croisant les bras,  misère c'est sur les pauvres gens que tu t'acharnes obstinément ! Elle devra maintenant payer 21.845 euros d’impôts au lieu de 16.779 parce qu'à Toulouse, les prix y font rien qu'augmenter. Décidément, quel monde de chiasse. Pour Ulrich, "L'Etat lui a donc amputé une partie de son pouvoir d'achat". ¨Pour acheter une nouvelle maison, elle va même devoir emprunter les 5000 euros que ce bourreau sanguinaire d'Etat "va lui prendre". Elle qui n'avait, c'est certain, rien emprunté à sa banque pour s'acheter son pavillon à 190.000 euros à tout juste 30 ans sur la base d'un seul salaire à 1000 euros (prix constaté en vitrine néo-libérale pour un début de carrière). 

Tu auras remarqué que les héros imaginaires de l'article sont des actifs. Qu'à cela ne tienne, Ulrich nous pond un retraité. Mais attention, pas un de ces botoxés croquant la vie à pleins implants dès 61 ans sur la Riviera en encaissant les loyers de leurs studettes avec chiottes sur le pallier achetées pour le prix d'une boite de Viagra il y a quinze ans, désormais lâchées pour un SMIC chacune à du jeune esclave précaire (fortuitement exclu de cette galerie de portraits). Non, Marcel l'agriculteur de 84 ans est propriétaire de la maison "qui l'a vu naître" et ne touche que 500 euros de pension. Il ne possède qu'une maison "délabrée" et a hérité il y a 50 ans d'un "petit jardin" constructible de 950m² [chienne de vie, cré'vindiou] qui valait "500 anciens francs" et qui est estimé aujourd'hui 100.000 euros. Idem. Si Marcel avait vendu son terrain avant la date fatidique d’août, il échappait aux foudres de la pieuvre fiscale. Oui les poulpes crachent des éclairs, ça te défrise ? Aujourd'hui, il va scandaleusement payer 30.000 euros sur un bien qui ne lui a rien coûté. Ulrich, qui a ses heures perdues organise des battues de fonctionnaires dans les forêts domaniales, propose une combine légale et bien de chez nous pour échapper au fisc : Que Marcel donne son terrain à son fils sans droit de succession. Ce dernier pourra le revendre sans payer le moindre impôt [Ouf, peu de choses mais ça soulage !]. "Et Marcel pourra aller en maison de retraite que la collectivité paiera pour lui [la vieillesse et la mort passent encore, mais la collectivité quelle connerie !], car Marcel n'a qu'une petite retraite". Sur ce point, nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'auteur : la retraite de Marcel n'est pas assez élevée, mais ceci est un autre problème sur lequel, rappelons-le, les libéraux ont tranché : La retraite ? Plutôt crever[1]. Néanmoins, l'instance à mettre en avant le mérite des "actifs" se concrétisant au travers d'un patrimoine immobilier avant, un paragraphe plus tard, de trouver normal que leurs enfants (n'ayant que le mérite relatif de partager les mêmes gènes) obtiennent un cadeau foncier de 100.000 euros sans rien faire, nous questionne sur la cohérence du monsieur (et de la droite en général).

(Jeunes dans la galère.)

Dernier exemple de l'article. Le plus poignant d'injustice. "Gérard. De profession libérale, il détient une belle maison, un appartement à la mer, et 4 appartements dans une résidence qu'il a achetés, il y a 20 ans, pour préparer sa retraite qui, il le sait, sera maigre [Décidément quelle plaie cette retraite, si à ce stade-ci le lecteur d'Atlantico n'est pas convaincu qu'il faut la supprimer, Ulrich aura mal fait son boulot]. Gérard souhaite mettre à la vente ses 4 appartements, achetés chacun 600.000 francs [90.000 euros] en 1991 à 300.000 euros l'unité. S'il vend le 26/08/2011, Gérard va payer 219.673 euros, mais que Gérard se dépêche, car sinon fin septembre ce sera 228.891 euros." [Bigre, payer 9000 euros de plus sur 840.000 euros de gains, pour ne garder que deux propriétés, dont une qui claque sa race avec la Merco de monsieur et le Q5 de madame garés devant le portail vidéo-surveillé : voilà un bel exemple de ce communisme totalitaire sous le joug duquel le monde libre étouffe !]. Ulrich menace : Si c'est comme ça, Gérard va partir en Espagne ou en Italie (ou autre grand pays sachant gérer sa dette), là où sa plus-value ne sera plus taxée qu'à hauteur de 133.402 euros. Si Gérard est assez con pour passer sa retraite dans un pays où il ne connait personne et dont il ne parle pas la langue, juste pour économiser 130.000 euros et bien... qu'il se casse. Mais qu'il n'ose pas revenir en France se faire soigner sa tumeur à la prostate parce que "c'est mieux remboursé".

Euh... une bonne connaissance des "Gérard" me permet d'ores et déjà d'affirmer qu'il osera

L'auteur ne semble pas avoir compris qu'il ne traite pas ici de la simple taxation de la revente sur Ebay de sa collection de cartes Pokémon "Ecole de Chicago", mais de logements, et donc de pénurie de logements. A-t-il saisi que cette clémence fiscale, aujourd'hui rabotée de façon cosmétique et seulement sur les résidences SECONDAIRES, a en partie contribué à la flambée de l'immobilier ?

(Littérature cochonne du libéral.)

Ulrich juge prévoit que cette hausse de taxation des plus-values immobilières pour quelques-uns (qu'il appelle "petits" et que nous appelons "multipropriétaires") sera inefficace puisqu'elle contribuera juste à rembourser à hauteur de 2.2 milliards d'euros (tiens c'est aussi le coût du PTZ+) la colossale dette publique. Dette utilisée en toute autre occasion par la même presse libérale pour justifier les coupes de crédit sur la santé ou l'éducation. L'auteur prophétise que ce relèvement de taxe provoquera une hausse de la fraude, des prix, voire un exode massif. 

Une hausse de la fraude ? Le système initial est une évasion fiscale institutionnalisée bénéficiant à ceux ayant de l'argent (logique) mais pire, à ceux qui n'en ont pas et s'en font prêter par les banques.

Une hausse des prix ? Possible. Mais, je pose la question : qu'est-ce qui ne fait pas monter l'immobilier ? Peur du lendemain, perte de confiance dans le collectif, chaque prout de la conjoncture est l'occasion pour le français fou du foncier de foncer plus fort dans le mur jusqu'au fracas final. Le degré d'ouverture du crédit et la solvabilité des ménages sont des facteurs pesant autrement plus qu'une micro-taxe sur les ventes immobilières des tranches les plus aisées. 

L'exode massif des Français ? Il est surtout vivace dans les prophéties apocalyptiques des enfants des illuminés qui annonçaient l'entrée des chars russes sur la place de la Bastille le soir du 10 mai 1981. 

L'opportun porte-parole d'une classe moyenne d'élites se plaint ensuite que "les petits"ne puissent pas bénéficier des montages financiers dont jouissent les grands pour échapper à l'impôt. Il aurait dû rajouter "comme c'était prévu sur la brochure", l'auteur évoquant à demi-mot au détour d'une dénonciation de la fiscalité locale supposée reposer sur le maintien d'un foncier élevé (on n'est plus à un raccourci prés : Neuilly-sur-Seine ou Lamotte-Beuvron, même combat) que c'est pas du jeu de reprendre d'une main ce qu'on a donné de l'autre avec les Scellier, Borloo, Robien, Bouvard et autres placements défiscalisés.


Et Ulrich, ulcéré par cette overdose d'Etat, de livrer une vibrante plaidoirie pour que l'Etat laisse les choses en l'état, tel que l'Etat les avait pensées.

Nous aussi allons nous prévaloir de ce fameux "bon sens" dont nous assomment les libéraux à la moindre discussion : nous ne voyons pas très bien en quoi les multipropriétaires devraient échapper à une hausse de taxes à la revente de leur patrimoine spécialement lorsque celui a augmenté bien plus  que l'inflation. Ils ont alimenté une flambée des prix dont ils bénéficient à la revente, que locataires et exclus du logement subissent eux depuis vingt ans.

C'est toujours mignon tout plein d'écouter se plaindre de l'action gouvernementale ceux qui bénéficiaient jusqu'à présent de ses largesses et qui continueront à en bénéficier (nous parlons ici d'une hausse minime sur de l'immobilier de confort et/ou de placement, la France des propriétaires n'est pas en péril). Ils en bénéficieront tant qu'il n'y aura pas de véritable redéfinition des priorités nationales dans le domaine du logement : privilégier enfin le droit d'habiter sur celui de posséder.


[1] enfin surtout les autres.

[update : 05/09/2011 - 09.30 : Respirons  ! Le cri d'Ulrich a été entendu.]

2 septembre 2011

L'arnaque tranquille

par
Il parait qu'il faut faire des économies pour se désendetter... Regardons un peu ce qui se fait depuis 2002 sur le front de la défiscalisation immobilière.

2003. Puisqu'un électeur un minimum friqué perdant l'espoir de l’être encore un peu plus devient un électeur qui vote mauvais, la Loi Robien est votée. Il s’agit de s'enrichir grâce à un investissement immobilier locatif défiscalisé. Évidemment, cette bonne grosse ristourne des impôts de 25% sur le montant d’un bien acheté à crédit sans aucun apport est le parfait appeau à classes moyennes sup ne pensant pas plus loin que le bout du porte-monnaie. On les reconnaît à ces sempiternelles plaintes sur le niveau toujours trop élevé de leurs impôts, leur tripotage de nouille dominical à l'enrichissante lecture d'un énième Nouvel Obs spécial « immobilier : faut-il acheter ou faut-il acheter ? » et leur peupeur pour la retraite parce que vraiment :

"- Il n'y pas d'autre alternative que de réformer, chouchou. Le système n'a plus les moyens, c'est Elkabbach qui l'a dit".

" - Oui mon choubichou. Branche internet et prépare le chéquier. On a juste besoin d’un gogo à qui louer pour 9 ans ! C’est l’Etat qui l'a fait, c’est du sérieux. "

Malheureusement pour nos soldats endoctrinés, un gogo peut en cacher un autre.

(la rentrée des magazines. Attention, le magazine avec le plus de rouge sur la couverture n'est pas forcément le plus orienté à gauche).

Et, quelques années de traites après, nous retrouvons nos « Robien de la colère » désemparés sur le parking de la bâtisse immonde au milieu de nulle part dans laquelle ils achetèrent les yeux fermés, sans même s’y rendre, une parcelle surpayée et décrépie que personne n’habite. Nos bourgeois lésés implorent alors de leurs sanglots gras que cet État protecteur, qu’ils voulaient sciemment escroquer trois ans plus tôt, leur viennent en aide. Que ces méchants promoteurs et odieux banquiers qui n’eurent pourtant pas à insister des masses pour leur vendre de la fortune facile soient condamnés !

2008. Le mot Robien sent le soufre, mais il faut continuer à faire tourner la boutique des amis (bâtiment, banque, promoteurs) sur fonds publics. Le législateur amende le Robien en Scellier et l’emballe dans du bio (c’est alors en vogue pour faire passer sans douleur taxes ou équipements obligatoires). Rebelote.  Le Scellier représente jusqu'à 60% des ventes des grands promoteurs en 2010. Une partie de ces sommes aurait pu être collecté via l’impôt pour financer des logements sociaux pour les millions de mal-logés qui se sont multipliés depuis. Mais non, nous en sommes en Sarkozie : il est pompé avec intérêts par les banquiers pour réaliser des programmes vides, pseudo bio, au milieu de régions désertiques, ce qui est modérément écolo.
2010. Le mot Scellier commence aussi à fouetter le pâté, mais il faut bien continuer à stimuler une croissance dans un pays où industrie, emploi et pouvoir d’achat des travailleurs périclitent violent. Le législateur amende le Scellier en Bouvard, "l’étendant à la majorité des acteurs du logement neuf". Comprendre : d’autres trépignent de croquer du gâteau. Le Bouvard concerne entre autres les résidences de tourisme (loger les vacanciers, THE grosse priorité), les résidences d’étudiants (toujours important d’avoir du stagiaire et de la main d’œuvre pas chère et fléxible en centre-ville, mais il faut un minimum la loger à proximité) et de services pour les personnes âgées (c’est là que se trouve le pognon pour encore 10 ou 15 ans, et puis cela permet en partie à l’État de se désengager du secteur). -20% sur les impôts + retour de la TVA (ça en fait des litres de Coca, et des tickets de parc d’attractions) : le tout peut monter jusqu’à 40% de remboursement du prix d’achat.
(Promesse d'un revenu garanti, argument de la "protection familiale", mise en avant de l'arnaque fiscale pour se financer sa retraite : cette pub d'un "grand acteur" a au moins le mérite de la clarté. "Louer meublé" = un clic-clac Ikea et un frigo.)

Petit alinéa de bas de page : pour bénéficier des avantages, il faut établir un bail commercial avec le gestionnaire (parfois la filiale du promoteur). Il n’y a pas de rapport entre le propriétaire et le locataire (c’est même vendu comme un avantage sur la publicité). Une fois les protagonistes isolés, la combine est simple. D'un côté, un promoteur-gestionnaire avec son étude de marché vite faite : acheter un terrain pas cher et trouver rapide du pigeon pour vendre du béton mal torché. De l'autre, un con qui veut payer moins d'impôt. Et au milieu roule un intermédiaire. Sur la plaquette il te fera rêver avec du penthouse Place des Vosges pour te réorienter rapide, dans les limites de ton budget, sur un T3 sans fenêtre à Cassôsses-sur-Bois. Le T3 sera loué, s’il est loué, au tiers du prix prévu par le promoteur-gestionnaire qui aura, fort malheureusement c’est pas de bol alors, une chance sur deux de mettre la clé sous la porte après avoir encaissé la thune. Ne soyons pas pessimiste, une autre option est envisageable : le gestionnaire, avec lequel tu es enchaîné, te fait exploser les frais en cours de bail (les services ça coûte cher). Bref, voilà une belle usine à chimères qui fonctionne le plus légalement du monde grâce au bio-carburant le plus compétitif : la cupidité.
Nous n’aurons bien sûr aucune pitié pour ceusses qui tombent encore dans le panneau. Ils sont les complices d’une vaste escroquerie servie sur un plateau par la droite

De deux choses l’une. Soit l’opération est "un succès" ponctionnant lourdement les recettes de l'Etat (jusqu’à 75.000 euros par bien et on peut la réitérer à hauteur de 300.000 euros chaque année). Soit l’opération est un échec et le propriétaire, voyant son bien requalifié en "piège à dettes", se retrouve coincé et appauvriIl est pour l'instant prévu de "réduire de 2%" l'avantage du Scellier, mais pas de l'annuler.

Quant au locataire, il est ignoré à chaque stade du montage... euh de l’arnaque. Il aura au passage vu les prix des petites surfaces en centre-ville régulièrement augmenter à cause de ces aménagements successifs de niches fiscales

Mais le souci de l’habitant n'est pas la priorité de ce gouvernement.  

Illustration : campagne officielle contre la fraude fiscale.

1 septembre 2011

[video] Arnaud Montebourg et les blogueurs

par
En attendant les débats de septembre, voici la vidéo de la rencontre entre Arnaud Montebourg et les blogueurs, improvisée entre une réunion et un direct, lors de l'Université d'été du PS à La Rochelle.

Economie / Ses mesures prioritaires dans le cadre de la démondialisation ? Que répond-il à ceux qui classent le protectionnisme au rayon débilité ou le taxent d'extrémisme ? Jegoun pose la question des marges de manoeuvre pour limiter la spéculation boursière. Intox2007 se demande "comment, concrètement, démondialiser (son) jean ?"

Vidéo #1 (8.19)

SantéMel, étudiante en médecine, interroge le député de Saône-et-Loire sur ses mesures concernant la santé et, plus précisément, pour contrer la désertification des médecins en zones rurales ? 

Vidéo #2 (6.00)

Le PSMelclalex et Nico93 le questionnent sur l'université, son optimisme quant à la participation à la primaire (il envisage une participation à 10% du corps électoral, soit près de 4 Millions d'électeurs) et  sur son bilan à la rénovation du PS dont il était en charge. 

Vidéo #3 (2.20)

La caméra dans le fond est celle de WebsternPS : un web-doc participatif sur les primaires en partenariat avec Rue89 et LCP (qui diffusera la version TV finale). Vous pouvez poster vos tribunes, vidéos et réactions sur son compte dailymotion.

Merci à @descoursdenis et @faber33.

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