La séquence de
communication "L'assistanat est le cancer de la
société" lancée dimanche soir sur BFM par Laurent Wauquiez
aura duré une semaine. Elle introduit un axe de campagne à droite pour 2012. Et dire que l'on
m'accusait de caricaturer en 2008 lorsque j'évoquais la possibilité d’un délit
de pauvreté made in UMP.
Au fond chez les hommes du Monarque, faute de résultats et pour masquer les
inégalités de plus en plus criantes, on en revient toujours à désigner
un coupable, le plus faible et vulnérable possible. Quand on n'arrive
pas à supprimer la pauvreté, on criminalise le pauvre et hop: la
conséquence des désordres devient la cause des problèmes. Nous
constations le même procédé en août dernier avec les roms et la
sécurité, et annoncions les prochains bouc-émissaires marketing.
N'épiloguons pas sur
le cas Wauquiez et sa proposition aussi abjecte que débile de conditionner
le versement du RSA à une activité non rémunérée de 5 heures par semaine. D’autres
s’en chargent : par le démontage des mensonges de l'argumentation, de son impossibilité matérielle ou la
violence d'un témoignage.
Déjà le mois dernier, au nom de "la
justice sociale", un député UMP après sa déculottée aux
régionales proposait de conditionner les indemnités
des chômeurs de longue durée à un travail gratuit.
Cette course à l'échalote après le pactole
fantasmé du "vote populaire" a deux buts majeurs :
1 / Réussir
l'OPA médiatique sur le mot "social" (depuis que la
droite a découvert ce vocable à l'exotisme enivrant, elle l'assaisonne à
toutes les sauces : justice, droite, téléski, gode ceinture). L'UMP souhaite voler le mot au Parti SOCIAListe[1] avant
cette primaire qui n'en finit pas de ne pas arriver. Il s’agit de discréditer la gauche en court-circuitant la case intelligence pour
directement s’adresser aux plus vils instincts en mode comptoir et
contre-vérité: "oui l'autre, il a plus que moi qui travaille"
(ressentiment se jouant souvent à un détail stupide) et sa variante, "saloperie
d'immigrés qui nous coûtent trop cher". Combo
ultime : "bordel de bougnoules aux allocs qui touchent plus que moi (et volent des voitures) !". L'opération permet surtout de faire l'impasse sur
le fond du problème : la trop faible rémunération des
salariés. L’UMP poursuit sa stratégie de course après le FN pour en faire le premier parti
d’opposition, espérant reléguer ainsi le PS, comme tous les discours de gauche,
dans le camp de l'utopie ou de l'irresponsabilité. Où, comment, au nom de la
pérennité du monde des possédants et sous couvert d'un "y'en en a
marre du politiquement correct" omniprésent dans les
médias, faire de la solidarité un concept plus dégradant que le
racisme.
2 / Car,
il s'agit aussi de rassurer patronat et possédants dans cette période
de confusion des valeurs. Les complaintes bourgeoises au sujet de ce petit personnel qui "ne
veut plus assez travailler parce qu'il est trop assisté" tapissèrent mon enfance dans ce quartier votant à 83% à droite mais qui aujourd'hui est moins enthousiaste à reconduire le Monarque. Taper sur "l'assisté", ça ressoude autour de bonnes vrais valeurs bourgeoises de droite. Dans
le même esprit, la semaine passée, le garde des Sceaux, Michel Mercier, souhaitait que l'on "réfléchisse vite à
de nouvelles formes de travail" dans les prisons avec
création d'une sorte de Pôle Emploi carcéral pour fluidifier la sous-traitance
en cellule des call centers. Tarif ultra compétitif pour
travailleurs captifs sur le territoire : le rêve ultime du Medef.
La cacophonie
gouvernementale engendrée par les propos, réitérés, de celui s'autoproclamant porte-parole des classes
moyennes est une pure construction de type Lefebvrienne (version 2008-2009) où quelques ministres
décoratifs ont servi de naïfs offusqués. Le ballon-sonde destiné à occuper
l'opinion se conclut par un sondage Opinion-way-of-the-president (fort opportun) plébiscitant l'idée
de Wauquiez (comme à la belle époque du conflit des retraites où, à en croire le
quotidien de Marcel Dassault, 8 français sur 10 soutenaient Eric
Woerth).
Et de citer un
"indiscret" de L'express riche de sens :
"Si N.S n'a
finalement pas licencié son ministre à chaud, c'est "parce que
ce qu'a dit Wauquiez sur le fond n'est pas absurde", précise L'Élysée."
Et hop, le tour est joué. Le
voilà le bel axe de campagne, la version négative du TPPGP "travailler plus
pour gagner plus" : "les salauds gagnent plus en ne
travaillant pas".
(Cette semaine à la télé :Wauquiez et Le Monarque. Tu tires, je rectifie. Un buddy movie qui fait mouche)
Pourtant, pointer
aussi grossièrement du doigt les bénéficiaires de mécanismes de solidarité dans
une conjoncture aussi incertaine (la preuve : Dame Lagarde se remet à se vanter
d'une croissance à 1% sur un trimestre) où tout conduit l'individu à craindre
d'en dépendre prochainement est un calcul risqué à un an des
élections. À moins de considérer que le peuple est
stupide au point de se faire la guerre à lui-même au lieu de se plaindre de ceux qui
l'oppressent concrètement ? Hypothèse semblant être la ligne conseillée par Patrick Buisson à notre Monarque.
Mais, malgré tout,
L.Wauquiez souligne un problème majeur : dans notre pays, les
revenus ne sont plus avantageusement liés au travail. On gagne bien plus à hériter, à optimiser
fiscalement, à acheter et revendre de l'immobilier, à être
retraité parfois, qu'à "bosser" (oups, mais là je fais probablement
du "populisme"). Comment accuser les bénéficiaires d'un RSA à 43% du
SMIC (660 euros de différence) dans un pays où la
rente, constamment chouchoutée, rapporte plus que le travail ? Si
ce n'est du cynisme, c'est au moins la preuve d'un manque de connaissance du
terrain.
A ce sujet, quitte à
donner moi aussi dans les idées simples : pourquoi ne pas imposer un "service
social" aux ministres, conditionnant leur entrée au gouvernement
? Wauquiez, un mois dans la peau d'un mec au RSA, comptant ses pièces
dès le 10 du mois, aurait de la gueule non ? Un mois sans confortable paye ministérielle, ni voiture de
fonction, sans frais de bouche et de transport remboursés ni logement d'aisance... Alors
seulement, à prétention reposée, nous discuterions "cancer de
l'assistanat" avec ce moralisateur de plateaux télé, pour le moment au paroxysme de la déconnexion dès qu'il glousse de son empathie en papier mâché les mots "travail", "classe
moyenne" ou "pauvreté" .
* * *
[1] Selon un
récent rapport de Terra Nova qui fait débat,
le vote de la classe populaire serait désormais acquis à la droite. Acquis à la droite ? Si
la droite c'est la personne du Monarque, non. Si la droite, c'est la garantie
d'un caddie gratuit par mois chez Carrouf avec suppression des
radars et des coupons de reduc pour s'acheter un home-cinema, ça se
discute. Compliqué pour la gauche, toutes les gauches, de creuser un chemin tonifiant pour rallier l'homme-auto-entreprise au désir de collectif ou à la notion de
solidarité. Compliqué mais pas sans espoir. Sinon à quoi bon.
Cadeau : le pearltree "Wauquiez, cynisme et LSD" :
Illustration : The Sting de G.R Hill (1973), The hard way de J.Badham (1991)
























