14 mai 2011

Culpabilisons les pauvres (ça les occupera)

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La séquence de communication "L'assistanat est le cancer de la société" lancée dimanche soir sur BFM par Laurent Wauquiez aura duré une semaine. Elle introduit un axe de campagne à droite pour 2012. Et dire que l'on m'accusait de caricaturer en 2008 lorsque j'évoquais la possibilité d’un délit de pauvreté made in UMP. 

Au fond chez les hommes du Monarque, faute de résultats et pour masquer les inégalités de plus en plus criantes, on en revient toujours à désigner un coupable, le plus faible et vulnérable possible. Quand on n'arrive pas à supprimer la pauvreté, on criminalise le pauvre et hop: la conséquence des désordres devient la cause des problèmes. Nous constations le même procédé en août dernier avec les roms et la sécurité, et annoncions les prochains bouc-émissaires marketing.

N'épiloguons pas sur le cas Wauquiez et sa proposition aussi abjecte que débile de conditionner le versement du RSA à une activité non rémunérée de 5 heures par semaine. D’autres s’en chargent : par le démontage des mensonges de l'argumentation, de son impossibilité matérielle ou la violence d'un témoignage

Déjà le mois dernier, au nom de "la justice sociale", un député UMP après sa déculottée aux régionales proposait de conditionner les indemnités des chômeurs de longue durée à un travail gratuit

Cette course à l'échalote après le pactole fantasmé du "vote populaire" a deux buts majeurs : 

1 / Réussir l'OPA médiatique sur le mot "social(depuis que la droite a découvert ce vocable à l'exotisme enivrant, elle l'assaisonne à toutes les sauces : justice, droite, téléski, gode ceinture). L'UMP souhaite voler le mot au Parti SOCIAListe[1] avant cette primaire qui n'en finit pas de ne pas arriver. Il s’agit de discréditer la gauche en court-circuitant la case intelligence pour directement s’adresser aux plus vils instincts en mode comptoir et contre-vérité: "oui l'autre, il a plus que moi qui travaille" (ressentiment se jouant souvent à un détail stupide) et sa variante, "saloperie d'immigrés qui nous coûtent trop cher". Combo ultime : "bordel de bougnoules aux allocs qui touchent plus que moi (et volent des voitures) !". L'opération permet surtout de faire l'impasse sur le fond du problème  : la trop faible rémunération des salariés. L’UMP poursuit sa stratégie de course après le FN pour en faire le premier parti d’opposition, espérant reléguer ainsi le PS, comme tous les discours de gauche, dans le camp de l'utopie ou de l'irresponsabilité. Où, comment, au nom de la pérennité du monde des possédants et sous couvert d'un "y'en en a marre du politiquement correct" omniprésent dans les médias, faire de la solidarité un concept plus dégradant que le racisme.

2 / Car, il s'agit aussi de rassurer patronat et possédants dans cette période de confusion des valeurs.  Les complaintes bourgeoises au sujet de ce petit personnel qui "ne veut plus assez travailler parce qu'il est trop assisté" tapissèrent mon enfance dans ce quartier votant à 83% à droite mais qui aujourd'hui est moins enthousiaste à reconduire le Monarque. Taper sur "l'assisté", ça ressoude autour de bonnes vrais valeurs bourgeoises de droite. Dans le même esprit, la semaine passée, le garde des Sceaux, Michel Mercier, souhaitait que l'on "réfléchisse vite à de nouvelles formes de travail" dans les prisons avec création d'une sorte de Pôle Emploi carcéral pour fluidifier la sous-traitance en cellule des call centersTarif ultra compétitif pour travailleurs captifs sur le territoire : le rêve ultime du Medef. 

La cacophonie gouvernementale engendrée par les propos, réitérés, de celui s'autoproclamant porte-parole des classes moyennes est une pure construction de type Lefebvrienne (version 2008-2009) où quelques ministres décoratifs ont servi de naïfs offusqués. Le ballon-sonde destiné à occuper l'opinion se conclut par un sondage Opinion-way-of-the-president (fort opportun) plébiscitant l'idée de Wauquiez (comme à la belle époque du conflit des retraites où, à en croire le quotidien de Marcel Dassault, 8 français sur 10 soutenaient Eric Woerth).

Et de citer un "indiscret" de L'express riche de sens : 
"Si N.S n'a finalement pas licencié son ministre à chaud, c'est "parce que ce qu'a dit Wauquiez sur le fond n'est pas absurde", précise L'Élysée." Et hop, le tour est joué. Le voilà le bel axe de campagne, la version négative du TPPGP "travailler plus pour gagner plus" : "les salauds gagnent plus en ne travaillant pas".
(Cette semaine à la télé :Wauquiez et Le Monarque. Tu tires, je rectifie. Un buddy movie qui fait mouche)

Pourtant, pointer aussi grossièrement du doigt les bénéficiaires de mécanismes de solidarité dans une conjoncture aussi incertaine (la preuve : Dame Lagarde se remet à se vanter d'une croissance à 1% sur un trimestre) où tout conduit l'individu à craindre d'en dépendre prochainement est un calcul risqué à un an des élections.  À moins de considérer que le peuple est stupide au point de se faire la guerre à lui-même au lieu de se plaindre de ceux qui l'oppressent concrètement ? Hypothèse semblant être la ligne conseillée par Patrick Buisson à notre Monarque. 

Mais, malgré tout, L.Wauquiez souligne un problème majeur : dans notre pays, les revenus ne sont plus avantageusement liés au travailOn gagne bien plus à hériter, à optimiser fiscalement, à acheter et revendre de l'immobilier, à être retraité parfois, qu'à "bosser" (oups, mais là je fais probablement du "populisme"). Comment accuser les bénéficiaires d'un RSA à 43%  du SMIC (660 euros de différence) dans un pays où la rente, constamment chouchoutée, rapporte plus que le travail ? Si ce n'est du cynisme, c'est au moins la preuve d'un manque de connaissance du terrain. 

A ce sujet, quitte à donner moi aussi dans les idées simples : pourquoi ne pas imposer un "service social" aux ministres, conditionnant leur entrée au gouvernement ? Wauquiez, un mois dans la peau d'un mec au RSA, comptant ses pièces dès le 10 du mois, aurait de la gueule non ? Un mois sans confortable paye ministérielle, ni voiture de fonction, sans frais de bouche et de transport remboursés ni logement d'aisance... Alors seulement, à prétention reposée, nous discuterions "cancer de l'assistanat" avec ce moralisateur de plateaux télé, pour le moment au paroxysme de la déconnexion dès qu'il glousse de son empathie en papier mâché les mots "travail",  "classe moyenne" ou "pauvreté" .

* * *

[1] Selon un récent rapport de Terra Nova qui fait débat, le vote de la classe populaire serait désormais acquis à la droite. Acquis à la droite ? Si la droite c'est la personne du Monarque, non. Si la droite, c'est la garantie d'un caddie gratuit par mois chez Carrouf avec suppression des radars et des coupons de reduc pour s'acheter un home-cinema, ça se discute.  Compliqué pour la gauche, toutes les gauches, de creuser un chemin tonifiant pour rallier l'homme-auto-entreprise au désir de collectif ou à la notion de solidarité. Compliqué mais pas sans espoir. Sinon à quoi bon.
Illustration : The Sting de G.R Hill (1973), The hard way de J.Badham (1991)

9 mai 2011

NKM n'y connaît rien à l'immo

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Nos ministres ont-ils une quelconque compétence dans les secteurs qu’ils occupent ou bien sont-ce de parfaits cyniques ? J’avais déjà cette interrogation au sujet de Laurent Wauquiez. Son projet de culpabilisation des assistés me confirme qu’il répond bien de la seconde catégorie.

Évoquons le cas Kosciusko-Morizet. Dans une interview au journal Metro, la Ministre du logement  (enfin de l’immobilier) défend les prêts à taux zéro. Elle se réjouit de la perspective des 350.000 signatures avant la fin de l’année

Rappelons ce qu’est le PTZ+ : Dispositif marketing à visée individualiste et étiquette "sociale" financé sur fonds public. Il s’agit d’une aide d’état, sans condition de ressources, à destination de l’endetté  s’achetant son premier bien immobilier. Coût pour le contribuable : 2.6 Milliards par an (ça en ferait du HLM hein ?).

Probablement peu au fait de l’existence d’une crise des subprimes qui plongea le monde dans une merde noire, et accessoirement des millions d'américains à la rue, NKM reprend la litanie de la "France de propriétaires"

NKM
« Parce que c'est un désir des Français d'être propriétaire de leur logement. C'est normal, car posséder son toit est une forme d'assurance vie contre les aléas de l'existence. De plus, l'augmentation des loyers fait qu'on se dit qu'il vaut mieux acheter. »

Fournir un dangereux placebo et contribuer à fortifier le virus : le PTZ+ assurant, à la hauteur de son aide individualisée, la hausse des prix pour tous.
(mais son truc c'est pas l'immo.)

Entre deux séances pour Paris Match, notre ministre (l'immobilier est son troisième portefeuille en 4 ans) n’a probablement pas lu le récent rapport du conseil d’analyse stratégique (qui dépend pourtant de son gouvernement) sur l'évolution des prix du logement. Constat : en 25 ans, les loyers ont globalement augmenté de 30%, comme les salaires, tandis les prix à l’achat ont doublé (3 à 4 X plus vite que les salaires). Les prix à l'achat se déconnectent de la réalité salariale. Conclusion : La France est en pleine bulle immobilière. On a vu mieux comme "assurance vie"
Même un libéral se rendra compte de l’hérésie de l'interventionnisme d'état dans le secteur immobilier  favorisant in fine la rente. C’est comme si au sommet de la bulle internet début 2000, l’état subventionnait les petits épargnants pour qu’ils puissent continuer à acheter à crédit des titres survalorisés. D'autant que ce sont les ménages les plus aisés qui sont d'abord avantagés par le PTZ+
*
Alors que le revenu médian est bas, que les salaires stagnent, que le précariat (le salariat sans les avantages) s'impose peu à peu comme le mode dominant tandis que le surendettement part en flèche, des NKM et des Apparu, au mieux incompétents, de leur nonchalance aristocratique se parant de "social" mais masquant si mal ce manque de volonté à résoudre quoi que ce soit du mal-logement, se réjouissent encore à longueur de tribunes de souffler dans la bulle avec de l'argent public !
*
Rien ne change à droite. Une seule perspective pour le logement : chouchouter artificiellement ce rêve de propriété individuelle (lié le plus souvent à un endettement sur 30 ans), histoire de draper l'abandon des prérogatives collectives de l'état (santé, éducation...). Ça maintient la valeur des biens des riches à la hausse, soutient "le secteur" et, entre les travaux de décoration comme à la télé et la lecture de Metro sur le chemin du boulot, l'enrichissement par l'immobilier occupe les cerveaux... jusqu'au prochain krach qui, on s'en doute, n'atteindra pas NKM.


Merci à Pensez Bibi pour l'illustration.

8 mai 2011

La rose et la flèche

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Intolérable cruauté. Presse et télé devancent d'une semaine la date de célébration du trentenaire de l'élection de François Mitterrand, éclipsant ainsi les efforts démesurés de la garde rapprochée de notre Monarque pour fêter ses quatre ans à L'Elysée et défendre, à base de "ah bah Ségolène elle aurait fait pire" et "le peuple a mal compris", son calamiteux bilan antisocial[1] ne fédérant plus qu'un faible 17% de satisfaits. Même si la rancœur nationale s'amorçait dès le 7 mai 2007 au matin, pouvions-nous imaginer voir quatre ans plus tard sur I-télé un best-of de son mandat façon bêtisier avec la BO de Benny Hill en fond sonore ? (véridique) 

Ce n'est pas anodin. La mélancolie d'un moment d'espérance est privilégiée à la contemporaine médiocrité d'une gouvernance de caste, méprisante et sans patine. Pourtant les deux septennats de Mitterrand furent aussi émaillés de déceptions et le personnage cultivait bien plus d’ambiguïtés, collectionnant également de nombreux ennemis. 

On ne peut donc s'empêcher de savourer la jouissive différence du traitement média, et la question qu'il induit : fêterons-nous de la sorte l’accession au pouvoir du Monarque dans trente ans ? A ton avis ?
A propos du film "La conquête" (relatant la campagne 2006-2007 du Monarque, en salles le 18 mai), David Abiker demandait à Philippe Sollers en janvier dernier pourquoi, selon lui, à la différence des autres présidents, cette fiction se tournait en cours de règne ? François Mitterrand n’a pas eu cet honneur de son vivant[2]. C'est que notre Monarque du moment, avec son mouvement perpétuel vers nulle part gonflé à la bulle des incantations opportunes et contradictoires, est un accélérateur de particules. Avec lui, mardi c’est déjà vendredi.  Premier président à obsolescence programmée, un film dont il est le héros : c'était maintenant ou jamais. Après son mandat, l'opération serait un bide assuré. Son intérêt commercial se circonscrit d'abord à l'anomalie de son accession aux plus hautes responsabilités (et là-dessus, je partage les conclusions de Sollers[3]). 

Mais d'ici là...

Méfions-nous du candidat. Monsieur "j'la sens bien cette élection" est un féroce. Même s'il part de loin pour 2012, il a le mérite de partir. Blindé au lexomyl pour s'éviter les boulettes, il sillonne à haute altitude le pays du 13h (ces déplacements seront-ils déduits des frais de campagne ?), (re)produit des images avec de l'ouvrier en bleu de chauffe autour (même si son coeur de cible reste le rentier et le retraité[4]), sert son stand-up lacrymal sur le tarmac d'Orly, rechausse ses pantoufles en peau de journaliste et prend l'avantage symbolique avec sa pipeau prime des 1000 euros  (dans ce domaine même avec un programme charpenté, la gauche patine encore[5]). Avec un possible "heureux évènement" dans les bras et de la formule en chamallow à base de « changer pour rester nous-mêmes » pour émoustiller son bloc de fidèles à mononeurone : il est en mesure de faire 25% au premier tour. 

Comme Le Pen V2 est l'outsider chouchou des médias, que je n'ai qu'une croyance limitée dans d'éventuelles candidatures centristes et qu'à gauche on s'accorde d'abord sur la division : le pire du pire est envisageable. Face à une opposition désunie qui multiplie les prétendants, nous nous retrouverions au soir du premier tour avec un président impopulaire mais triomphant et un FN, sans possibilité d'accession au pouvoir, mais renforcé (un 86% ne se reproduira pas). 

De là à dire que la multitude des candidats à gauche est suicidaire... Ne pas oublier qu'à droite, imposture ou pas, le culte du chef se conjugue au présent.


[1] Son action ? Au hasard, ce que j'en retiens. Discrimination, détérioration des services publics pour les replacer à la découpe chez ses potes du privé, optimisation des transferts de l’argent vers l’argent et mise en  kit des acquis.  Le blog de SarkoFrance, qui fête aussi ses quatre ans, recense l'abécédaire des promesses non tenues.

[2] Du moins sous son vrai nom. C’est bien de lui dont il s’agit dans Le Bon Plaisir de Francis Girod (1983). 

[3] Lui et moi ne voyons qu'une explication : l'abrutissement généralisé.

[4] aka "le peuple du cancer colorectal"

[5] Elle est d’ailleurs globalement sans discours audible face à une telle mesure démago financé sur fonds publics. Elle doit obligatoirement investir ce champ de la symbolique sans tomber dans ce genre de mesure assimilable à un « ticket gagnant » qui va automatiquement créer des déçus. Mais c’est ainsi que va la droite : la société y est un monde de gagnants et de perdants où il s'agit de convaincre les pauvres de voter pour les riches, en leur faisant croire que les richesses ruisselleront.

Illustration : Rennes, 10 mai 1981. Affiche du film : La conquête.

6 mai 2011

1er mai : les JT roulent-ils pour le FN ?

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Dimanche soir pour la déconne, je m'enquillais les 3 JT : TF1, France 2 et M6 (qui à eux trois doivent réunir 15 millions de spectateurs).

Passons sur la béatification papale et un sujet d'information sur un MIRACLE en troisième minute de JT de F2. Passons sur "la semaine de l'emploi" de TF1 proposant aux jeunes chômeurs d'aller faire la guerre à Kadhafi et penchons-nous sur le traitement télévisuel des deux défilés du 1er mai à Paris : celui du FN et celui des travailleurs à l'appel des syndicats. 

Déjà des chiffres :
Le défilé du FN à Paris : 3200 manifestants selon la police, 20.000 selon les organisateurs. Le défilé des syndicats à Paris : 13.000 manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs. (77.000-120.000 au niveau national). Bonne édition pour l'un, "petite" édition pour l'autre pour cause de Dimanche. Notons juste que la fréquentation reste la même qu'en 2005 pour les deux défilés. Nous y reviendrons en fin de billet...

M6, 19h45 :

Intitulé "Démobilisation générale ?" (ouf, il reste le point d'interrogation), le sujet sur le défilé des syndicats est illustré par les cortèges parisiens et marseillais. Il dure 50 secondes. 3 interview rapides : JL Mélenchon, O.Besancenot et B.Hamon. Phrase finale : "3 fois moins de manifestants que l'année dernière [...] la fête du travail n'a pas vraiment mobilisé." 

Dans la foulée, le défilé "Jeanne d'Arc" du FN. 
La présentatrice lance le sujet avec une photo de M.Le Pen tout sourire accompagnée de la légende "Sur le front de l'image" : "Cette année Marine Le Pen en a banni tous les militants extrémistes et caricaturaux. Fort de sa popularité dans les sondages, la nouvelle présidente du FN souhaite donner une image moins sulfureuse de son parti pour séduire un maximum d’électeurs". Le schéma du JT étant souvent d' annoncer qu'il va pleuvoir, de montrer qu'il pleut avant de confirmer qu'il a plu, le reportage (sous titré façon Modes et travaux : "Le défile de Marine") va donc exposer la ligne souhaitée par le FN durant 2.10 minutes (ce qui rapporté au nombre de manifestants du premier sujet laisse songeur). 

Illustrations du défilé parisien + interview de M.Le Pen condensant (elle est de plus en plus calée en 'com) ce qui a été précédemment annoncé. Commentaire : "...Galvanisée par un récent sondage qui la crédite à 36% d'intentions de vote chez les ouvriers Marine Le Pen se pose maintenant en défenseur des classes populaires et des libertés." Le parti des ouvriers ? C'est comme tout en marketing : suffit de le dire et de le répéter. Rappelons encore ici que le premier vote ouvrier est l'abstention et que les sondages se font par téléphone via QCM.  Suit un extrait d'une phrase du discours à la tribune où la leader appelle le peuple à "briser [ses] chaines". Puis, 3 interviews de militants (ouvriers ?) : 
Phrase finale : "Le défilé a rassemblé plus de manifestants que l'année dernière".

TF1, 20h14 :

Après une annonce mortuaire de C.Chazal, le sujet sur le défilé des syndicats est expédié en une minute (après quatorze sur le pape !). Premières images du défilé parisien par TF1 : des sans papiers tunisiens rejoignent le cortège (vous avez dit symbole ?).
 
6 interviews (oui, oui en 60 secondes) : La remplaçante d'un B.Thibault lumbagoïsé, F.Cherèque, JL Mélenchon,  F.Hollande, une enseignante et quelqu'un (au sujet duquel aucun titre n'est indiqué). Phrase finale : "faible mobilisation pour un défilé clairsemé".

Pour le défilé du FN, le lancement chazalien, plus enjoué, reprend le pitch du dossier de presse du défilé new-look pour un sujet de 1.50 minutes. Extrait du commentaire : "Dans le cortège ni treillis, ni rangers : des consignes ont été données"

(évidemment, ça change de Chérèque)

4 interviews : une jeune "toutes les vieilles questions ont été évacuées", un militant plus âgé "c'est des camarades plus jeunes", JM Le Pen qui appuie lui aussi sur le côté "plus jeune" et sa fille : "les grands thèmes du Front National sont toujours là" (ah bah merdalors, on m'a dit l'inverse y a trois phrases).  TF1 extrait du discours de M.Le Pen sa phrase sur son désir de créer "des syndicats vraiment libres". Pfiouh... heureusement que la chaîne a entrecoupé les deux sujets du 1er mai avec une respiration sur le prix du brin de muguet, ça aurait encore fait des histoires !
TF1 s'est fendue d'une envoyée spéciale concluant ainsi le sujet : "Marine Le Pen qui recherche bien sûr l'onction populaire. En surfant sans doute sur les sondages qui la donnent en tête du vote ouvrier notamment". Ce règne télévisuel de la conclusion aussi vide que mal écrite m'épatera toujours.

 France 2, service public, 20h08 :


(folklore vs. jeunesse)

Timing des deux sujets à peu près similaire : 1.50 pour les syndicats, 1.56 pour le FN.  Le reportage sur les défilés syndicaux (à Paris et en Province) souligne leur caractère festif mais faiblement mobilisateur. Parole est donné à F.Chéreque puis à 4 manifestants. A la différence des autres chaînes, il est enfin question des revendications : (nécessité de se faire encore entendre sur les retraites, volonté de donner plus de moyens à l'éducation nationale et aux hôpitaux, question du pouvoir d'achat). De même, il est fait référence à deux reprises au Monarque (ce grand absent de la contestation version chaînes privées) qui "n'entend pas le monde du travail".  Phrase finale : "Dans toute la France des cortèges clairsemés. Il manquait sans doute un mot d'ordre fédérateur".

L.Delahousse lance le sujet sur le FN avec une pointe d'ironie sur les intentions de M.Le Pen qui relèvent du "travail d'équilibriste". Pour le reste, hormis l'absence d'une interview de M.Le Pen au profit de son père, le reportage est proche de celui de TF1 et d'M6.  Les images de foule compacte sur un espace plus réduit contrastent avec les illustrations de défilés "aérés" sur le parcours dix fois plus étendu (Répu-Nation) du sujet d'avant. Du choix des images... Commentaire : "Ce défile, Marine Le Pen l'a voulu bon enfant", "aucun skin head visible à l'horizon, le FN veut afficher une image respectable" (Le Petit Journal  - à 7.00 sur ce lien - montrera le lendemain que ce n'est pas tout à fait exact) et deux interviews de jeunes bien briéffés : "on n'est pas un parti xénophobe, on n'est pas un parti fasciste. On est un parti populaire, patriote et social".  Deux extraits du discours sont présentés dont l'un est précédé d'un "Marine Le Pen veut s'afficher en avocate des classes populaires", l'autre concerne la sortie de l'euro.

Phrase finale : "Marine Le Pen a fait de ce 1er mai une nouvelle démonstration de sa volonté de faire du FN un parti comme les autres."

Bilan à heure de grande écoute : 
L'opération de com' carrée est un succès. Sujets identiques et reprise à l'unisson de la "story" (angle, images, éléments de langage). Le FN a pu passer son message sur un parti jeune et sans excès, proche du travailleur, sans l'ombre d'un commentaire critique sur les trois médias qui lui ont tous consacré un temps d'antenne supérieur aux défiles syndicaux pourtant bien bien plus fournis. Les médias roulent-ils pour le FN ? C'est plus affligeant que ça. Il s'agit ici avant tout de mimétisme, de paresse et d'alimenter un feuilleton en vue des présidentielles. En revanche, à la lumière des traitements comparés, on constate une fois encore pour qui ils ne roulent pas.

Comme promis, grâce au site 365motsles tableaux de fréquentation des deux défilés sur 10 ans :

Syndicats (je peux déjà t'annoncer que la prochaine édition va cartonner) :

FN (idem, suivant les résultats du premier tour) :

Où l'on constate que les deux éditions de 2005 sont similaires en fréquentation à celles de 2011. Je suis donc allé consulter le JT de France 2 du 1er mai 2005 sur le site de L'INA. Le défilé des syndicats fait la Une et celui du FN en quatrième minute "n'a pas fait le plein" (sic) :


(avec en prime une passionnante interview du futur Monarque à 15.30, confiant dans le "Oui" au référendum [c'était le feuilleton orienté de l'époque], et qui inaugure son "travailler plus pour gagner plus").

5 mai 2011

Les aventuriers du Salam alaykoum maudit

par

Dans la série : "Mais c'est horrible, ils se zemmourisent aussi !". Retrouvons Titeub et Chipoune, nos trentenaires parisiens récemment largués, au jardin d'enfants du dimanche après-midi où ils accompagnent leurs bambins dont ils ont la garde alternée.

Entre les cavalcades, tandis que les enfants s'activent au bac à sable à la construction d'un F4 norme BBC, les jeunes divorcés encore intoxiqués par les codes de la vie conjugale en quadrilatère (boulot, IkeaM6, belle-mère) se laissent porter sur les flots sécurisés des conversations cotées au Chiantex (indice des confondantes préoccupations)  : le dernier spectacle du prince de la vanne lisse vu chez Dechavanne, les innovations en matière de fixation murale à meuble pour Blu-Ray et Pippa  Middleton. 

Serrant son nouvel obs spécial "dans le secret de la sexualité des hommes" auquel son père l'a abonné de force pour la montre gratuite, Titeub, suant en sweat nid d'abeille (29.90 euros chez Celiaube -10% avec ta carte "Power mâle" si tu viens un jour impair entre 12 et 13h), informe Chipoune en temps réel des derniers rebondissements de sa vie post-mariage avec Christina. Il se remet douloureusement de la scène virtuelle d' ex-ménage de ce matin débutant avec "T trop a penC ka ta gueule, okup toi de Mateo encore 2main" sur facebook pour se terminer, avant relance des hostilités, avec un "Va chié Konar d'Egoist" par SMS avec icone en colère. La haine ne résolvant rien au problème initial quant à savoir kiki nourrit Matéo ce soir et le conduit à l'école demain matin. 

Le mari abandonné déprime. Pour compenser, le célibattant dépense en rageant sur la vie chère. Après le sweat, le smart-phone et la machine à pressenesso, il a "craqué" pour une beauté mécanique flambant neuve.

TITEUB
"- On me livre ma Citroën dans deux semaines. Je l'ai pris beige métal, on m'a fait un prix."

CHIPOUNE
" - Mais une voiture à Paris ? Pour quoi faire ?"

Titeub n’ose pas avouer qu’il espère ainsi sauver son couple en amadouant à la Citroën sa femme enfuie et lâche en second choix un pudique "je ne sais pas trop" . Puis, association d'idées faisant, telle une Sabine Hérold post-coïtant sur twitter après le déballage de son Heil-Pad 2, il se plaint de devoir régler son satané tiers provisionnel.

Titeub poursuit sa méditation mélancolico-consumériste en épiant derrière ses Ray-Ban contrefaites les jeunes mères de famille désespérées qui vont et viennent du banc au bac en bounçant du butt. Il s’interrompt et précise à son compagnon de Meetic qu’il a payé 16 euros ces belles sandales sertissant ses pieds, stipulant dans la foulée qu'il négocia en sus à tarif privilégié, sur le site spécialisé dans la godasse, une place pour le spectacle du super comique sans tripes adoubé chez Ruquier.

TITEUB
" - Ce one-man show était vraiment bien, il ne m'a coûté que 13 euros."

Même si elles lui permettent de se tenir à jour des prix de vente des objets de manufacture asiatique,   références quasi-systématiques de ses dithyrambes, ces redondantes précisions tarifaires consternent Chipoune. Il date le début de cette dérive à la fin des jours heureux de la vie du couple, lorsque, agacé par ses excursions en supermarché aux achats de plus en plus souvent contrariés, sa croyance dans le "travailler plus pour gagner plus" s'est tassée. "Triste constat dépressif maintes fois observé dans mon entourage aux valeurs lyophilisées à la seule valeur financière des choses" se dit Chipoune. Il voit là le début d'une névrose basée sur l’angoisse de perdre. Lui même s'y laisse prendre parfois. Mais, depuis son célibat retrouvé (enfin presque, faute de budget, il partage son appartement avec quatre colocataires) aidé par la bière et la relecture de sa collection de Fluide Glacial, Chipoune amortit le choc, s'autorisant même la philosophie :

CHIPOUNE
" - Je m’y suis fait. Non pas que je roule sur l’or, mais si certains travaillent avec l’ambition de consommer plus, j’ai opté dès le départ pour une basse consommation m’autorisant à bosser moins. C'est ce qui embêtait Séverine. Elle voulait toujours plus, alors que j'étais pour la décroissance de couple. Un concept voué à l'échec."

TITEUB
" - Moi, Christina a vendu tous mes Fluide Glacial sur leboncoin.fr pour s'acheter un épilateur wifi  Totale Retaille."

CHIPOUNE
" - Pov'vieux."

(back in ze good'ole days)

Fin d'après-midi. Alors que nos-body-non-buildés de Baywatch en shorts Uberconbeauf veillent de leur banc à ce que nulle plèbe enfantine ne perturbe leurs gamins tout en débattant sur la déchéance du modèle scolaire français, Titeub l'avoue :

TITEUB
" - Depuis que Matéo est scolarisé chez sa mère en banlieue, ça craint. Il sait dire "Merci" en arabe. Putain, ça fait réfléchir."

Le ton, emprunt d’une vive inquiétude, trouble Chipoune. Ces quelques rudiments syntaxiques du sud  tourneboulent son papa pourtant sympa mais qui, soumis à de trop fortes radiations télévisées, associe le mot "arabe" à "attaque de mon moi".

CHIPOUNE
" - Mais dis donc Titeub, Matéo ne parle-t-il pas parfaitement la langue de Molière ?"

TITEUB
"- Ah oui mais quand même fait chier bordel c'est chiant."

"La langue est un marqueur social et l'enfant l'ultime extension du domaine de la lutte des apparences" Houellebecquise Chipoune. Depuis un moment dans son entourage dont on ne peut affirmer que diplômes et études prolongées les épanouissent tant, Chipoune observe ce stress parental : les progénitures seraient en péril pour cause d'éducation dégradée"Est-ce pour cela que le nouveau souci des parents est de rendre leurs enfants bilingues avant même l'accession au CP ?"  Et il se remémore, dans le nid douillet de son ami lorsqu’il filait le parfait amour avec Christina sur les rivages du crédit à la conso, disposée sur la table à bibelots bien à la vue des convives lors de leurs soirées "un dîner presque parfait", cette brochure en papier glacé pour séjours linguistiques dispendieux.

On y trouvait, pour deux mois de salaire, des séjours d'une semaine en Nouvelle-Zélande ou en Argentine avec trois jours de voyage pour "se familiariser" avec l'anglais et l'espagnol, langues officielles de pays pourtant accessibles à moins de trois heures de Paris. Chipoune n'osait alors suggérer à Titeub et Christina, pour commencer, de "switcher" en mode "anglais" les fonctionnalités de la console de jeu et autres dialogues des DVD des Harry Potter ou Transformers que leur gamin s’enfilait à longueur de journée. Mais cela ne se dit pas entre amis.

"C’est ainsi", se dit Chipoune, "l'hystérie règne dans la moindre de nos décisions. Il faut que l'enfant avant même de parler un français correct parle une seconde langue. Mais pas n'importe laquelle. Dès que le gamin apprend à l’école trois mots d’arabe, même gratuit, le plan orsec "rapatriement vers l’école privée" s’enclenche aussi sec."

TITEUB
" - De toutes les façons, va falloir que je le mette dans un environnement protégé. T'as vu le bordel avec l'éducation nationale ?"

Nos deux gars regardent les enfants, les embardées, les jeux d'eaux et les châteaux de sable. "- Regarde ça, nous sommes passés d'ados à vieux cons." se dit Chipoune. "Nous devenons cette France renfermée qui nous a toujours dégoûtés : propriété, consommation, épargne individuelle, mépris du service public et peur de l’autre. Nous sommes ce que nous détestions. Tout n'est plus que recettes et dépenses, surconsommation transgressive, échéanciers de crédit et traque des rabais. L’accumulation d’objets meuble les conversations. Le standing et la crainte de le perdre comblent nos temps vides et cristallisent peurs. Sans confiance dans l'après, pestant en silence contre ce présent auquel on n'a pas le courage de dire non, on s'accroche à un passé plus que parfait, persuadés que nous y aurions eu plus de sens." 

Un lourd nuage d'orage brouille de gris la fin d'après-midi.  Le vent se lève. Parents ramassent pelles et seaux. Les gamins reviennent en courant vers les leurs.

MATTIS ET MATEO
" - Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?"

Titeube et Chipoune se regardent, pâles et paniqués par la perspective d'un dimanche soir au frigo vide.
*
TITEUB
" - Pff, j'ai la grosse flemme. Bon bah on a qu'a bouffer un Kebab."


Illustrations : Max_Trudo, Flickr - Tronchet

4 mai 2011

DSK : le contenant, le contenu et la boîte à gens

par
Certes il y a d'autres sujets d'indignation, mais ce "buzz" suite à la publication d'une photo du probable candidat à la primaire socialiste à proximité d'un bolide à 100.000 $ (qui n'est pas le sien) nous promet un niveau d'analyse de haute tenue pour les présidentielles. 

Quoi ! DSK ne roule pas en Datsun d'occasion (pléonasme) ?

Cet ostracisme automobile est paradoxal. Il faudrait voir dans la voiture une volonté d'afficher un standing individuel qui est pour moi, très éloignée, des priorités à avoir à gauche. Tu peux me filer du pognon (si, si j'insiste), la dernière chose que je ferai c'est d'acheter une Porsche (tout ce que je veux c'est des trains à l'heure, pour tous et à bon prix). Donc, je ne jalouserai pas cette auto, ni aucune autre auto d'ailleurs ayant plutôt tendance à plaindre leurs conducteurs (et à m'en plaindre parfois aussi). 
Si la droite est gênée par le candidat DSK au point de l'attaquer, via Brice Hortefeux fidèle cerbère du Monarque, sur des signes extérieurs de richesse (euh... dois-je rappeler qui est président et s'est fait construire un Airbus perso ?), c'est qu'elle craint de se faire damer la popularité sur ce terrain aussi. Je m'explique : un candidat roulant en bicyclette, et automatiquement raillé par les médias, peut-il générer une seule voix (à droite et au centre j'entends[1]) ?  Allons plus loin. Dans une société qui a fait du pognon la référence de toute chose, où changer tous les deux ans de voiture "pour pas qu'elle fasse vieille, parce que c'est trop la honte" est un sport national, où chacun aime exhiber son GPS portatif en se vantant d'avoir "la clim", où le retrait des points de permis pour excès de vitesse est la plus atroce des injustices, où l'on craint le "déclassement" en famille sur le chemin de la séance de "Fast and Furious 5",  l'image de l’opulence à jantes chromées et du tableau de bord en ronce de noyer, bref d'une "belle bagnole qui en en jette", est-elle vraiment si dévastatrice ? C'est triste, à écouter les conversations et subir les publicités, j'ai bien peur que ce soit l'inverse. 
Il y a bien d'autres angles pour contrer DSK. Celui-ci, en plus de niveler le débat, est contre-productif. Le problème n'est pas que certains roulent en Porsche, mais que d'autres vivent dans la misère (on a raison de s'énerver si l'un est corrélé à l'autre). Autre problème de l'époque : entre les deux, on persévère (en se cassant les dents) à épouser, dans le respect des marques, les valeurs des plus riches[2].

Concluons avec la morale de cette récente réclame télévisée pour une voiture du peuple. On y voit un travailleur (de nuit) collant une affiche publicitaire. Il appelle son patron (qu'il tutoie je crois bien) pour lui demander s'il n'y a pas une erreur sur l'annonce. 12970 euros pour une Golf : pas assez cher !

* * *

[1] oui parce qu'à gauche, c'est entendu. Logique oblige, si DSK est choisi, on ira voter à droite.

[2] cf les serviettes de bain estampillées Porsche ou Ferrari qui ornent les plages de France chaque été!

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