7 février 2011

La mauvaise réputation des blogueurs

par
Lu dans le numéro 3870 de Valeurs Actuelles du 27 janvier 2011, dans un article sur les effets secondaires  des pérégrinations touristico-dictatoriales de MAM, cyborg de la génération Nexus 8, générateur d’ultra gauchistes et accessoirement ministre des Affaires étrangères, qui va devoir se priver de jet privé et rester en Dordogne pour ses prochaines vacances pour cause d'insistance des peuplades maghrébines à vouloir s'émanciper du joug totalitaire en plein pendant sa croisière à Tozeur. Selon le magazine de droite décomplexée, l'offensive du PS demandant sa démission pour une succession de maladresses, d'approximations, de mépris, d'indécence et de conflits d'intérêt serait le résultat de l'influence des "blogueurs". Note la nébuleuse des guillemets, dans le même numéro Al-Qaïda n'en a pas. 

Ils n'ont pas lu cela ici. Ce blog est plus nuancé. Si l’on se met à demander la démission de chaque politique sur des critères de médiocrité, d’indécence ou de proximité avec les dictateurs, on n’a pas fini d’en virer.  Il faut en revanche très sérieusement s’interroger sur les mécanismes et les réseaux autorisant la présence répétée à ces postes de tels individus à l’évidence totalement dépassés par leurs fonctions, déconnectés des réalités sociales, nationales comme internationales, interloqués même que leurs propos et leurs habitudes puissent choquer. Là est le vrai scandale sur lequel Valeurs Actuelles devrait enquêter.


4 février 2011

Flat Tax, TVA sociale et sucettes pour tous

par

La dernière ressource du capitalisme, c'est de pomper les individus. Pour un pompage efficace, liquéfions préalablement les cerveaux. 

Le consentement et l'ardente défense par certains individus (humbles avec un raisonnement et tout) de dispositifs législatifs et fiscaux dont ils seraient inévitablement les premières victimes s'ils étaient un jour mis en place m'étonneront toujours.

Au palmarès des idées néolibérales pour niquer les blaireaux, remontent actuellement deux débats pas même défendus par un gouvernement qui n'en espère pas tant : 

La "flat tax" et la TVA sociale.

1 / La "flat tax"
C'est la réduction de tous les impôts à un seul, sur l'ensemble des revenus, à pourcentage unique pour tout le monde (15%). Là sur le papier, tu trouves ça chou et surtout d'une "moderne" simplicité sauf que 15% de 750 euros (ce que gagnent 25% des salariés de ce pays, le salaire moyen, lui, tournant dans les 1350 euros), ce n'est pas exactement pareil que 15% de 34.000.000 euros (rente mensuelle moyenne de Liliane B., Neuilly). Nous passons ici la question des loyers délirants et de l'inflation qui bouffent tout, voire plus que tout, pour une part croissante des Français. 

Nous pensons au contraire que, d'urgence, l’impôt doit être plus progressif et qu'au-delà d'un certain stade d'accumulation de pognon (et rien que pour que l'on arrête de nous rabâcher les oreilles avec cette p... de dette justifiant jusqu'à leur agonie le serrage de ceinture des petites gens), il n'y a aucun mal à prélever 90% des revenus des plus riches, Roosevelt style. Ne crois-tu pas que ce serait là une belle preuve d'attachement au pays de la part de ceux ne cessant de nous répéter avec une terreur communicative qu'il est menacé puisque NOUS ne sommes pas assez compétitifs ? Il faudrait en parler à ce gouvernement qui a supprimé l'impôt sur les successions et ambitionne d'en finir avec l’impôt sur la fortune (pour un coût annuel de 4 milliards).

"Il faudra explorer toutes les sources intelligentes, justes et attractives de substitution" déclarait à ce sujet Christine Lagarde en novembre dernier. Voilà qui m'amène à mon deuxième point. 

2 / La TVA sociale (ou l'oxymoron fait loi).  
Son seul nom devrait les renseigner sur l'hérésie de la chose, mais il se trouve encore des "pauvres" pour la défendre. (NB : j'utilise cette catégorisation générique et abusive qui horripile les classes moyennes visées  mais qui a la mérite de montrer à quel camp elles se rattachent in fine, en comparaison avec l'hyper classe qui les piétine tous). La TVA sociale, remise sur le tapis par un Jean-François Copé dont la devise jusqu'en 2017 sera "chaque mois, une idée de merde pour faire parler de moi", c'est le transfert de cotisations de la part salariale vers la TVA (appliquée à tout ce que tu consommes, du superficiel à l'essentiel c'est bien ça le problème), pour résorber le déficit de la sécurité sociale, le tout au bénéfice supposé de "l'emploi" et même, parait-il, du "pouvoir d'achat aux salariés" qui seront, bien sûr, cela va de soi, c'est certain, vous reprendrez bien un peu de piment rouge avec votre planche à clous dans le cul, augmentés. Quant à ceux qui ne sont pas salariés (quelle idée) bah, ils avaient qu'à être riches dès le départ,  non mais [1]. 

S'il y a des neuneus pour croire une seule seconde que ce cadeau de 12 milliards aux entreprises (chiffre avancé par Copé) générera un seul emploi, que les entreprises récompensées baisseront leurs prix (cf la TVA à 5.5% dans la restauration de Novelli, le pote à Copé. Coût  : 2.5 Milliards, emplois crées : entre 0 et pas grand-chose, avantage client : rien), je leur conseille de s'encarter UMP (où y en des comme eux qui deviennent régulièrement ministres). La pâle croissance française étant mollement traînée par la consommation des ménages, une augmentation de tous les prix, parallèlement à la hausse des matières premières, est vraiment LE truc à défendre... pour la faire baisser encore plus.  Et... léger problème pratique : étant donné qu'on ne pourra lutter à court-terme contre la délocalisation depuis un pays où l'on ne produit rien, je t'annonce déjà l'étape post-TVA sociale où les mêmes réfléchiront sérieusement sur le bien-fondé de la baisse du salaire minimum. 

Ces propositions ne seront pas reprises en fanfare par la droite à l'approche des élections cantonales où elle risque la dégelée. En revanche, arrêtons de mâcher le travail de la grande régression par une discussion sur le "ah tiens pourquoi pas ?" à la suite des ballons sondes "pour une compétitivité plus compétitive" jetés dans l'opinion par les seconds couteaux néocons et autres prétendants au trône suprême ne connaissant du travail, au mieux, que les honoraires à deux smics de l'heure perçus lorsqu'ils étaient avocats d'affaires. Les réactionnaires ont le vent en poupe. Ces deux axes sont dangereux, car propices à une simplicité marketing extrême (cf le travailler pour gagner plus) avec beau blister bleu et forfait tout compris.

* * *

[1] Et que l'on arrête de me sortir l'exemple allemand : la TVA y partait de 16% pour atteindre 19% (soit moins que la nôtre) et sa croissance repose moins sur la consommation intérieure puisqu'elle exporte énormément. Quant au Danemark, il n'a pas réduit le chômage grâce à l’augmentation de la TVA mais en élaguant ses stats.

Illustration : Ad times by D

2 février 2011

En finir avec la folie foncière

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Ce n'est pas d'une France de propriétaires dont il faut rêver, mais d'une France d'habitants. Telle est la morale à tirer du seizième et accablant rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement, rendu hier.

L'état des lieux:

Si la montée du mal-logement est parallèle à celle des prix de l'immobilier, au lieu de stopper le mouvement les politiques récentes l'ont accéléré. 8.2 millions de personnes sont aujourd'hui mal logées, 3.6 millions le sont très mal (habitat insalubre, caravane, voiture, sans-abris...). Tendance qui s'affirme : la tranche basse des classes moyennes morfle, locataires comme propriétaires.

Le rapport souligne la mollesse de l'Etat, ou plutôt la focalisation de ses efforts sur la seule accession à la propriété (qui s'effectue en France à 85% par l'emprunt). Le chapitre "être propriétaire un statut qui protège ou un rêve qui piège ?"  relate ce que l'on déplore ici depuis un moment : la banalisation de l'endettement, l'augmentation de la durée des emprunts avec efforts en hausse pour rembourser des logements dont la localisation reculée accentue les frais annexes (dramatique en période de rigueur et de "mauvaise inflation", c'est à dire de hausse tous les prix sauf des salaires).

Les ménages "sur le fil" (mal salariés, petits retraités, commerçants, intermittents, auto-entrepreneurs, blogueurs...), ceux du monde caché des "15 millions de personnes dont les fins de mois se jouent à quelques dizaines d'euros près", ont de plus de en plus de difficultés à rentrer sur le marché du locatif ou à évoluer à l'intérieur de celui-ci. Face à la carence de logements sociaux, encouragés par des médias sponsorisés par le triptyque promoteur-banquier-LeroyMalin, ils sont poussés vers la propriété à crédit qui au lieu de les émanciper accroît leur pauvreté. Certains "heureux" propriétaires ne peuvent même plus chauffer ou entretenir leur bien.
Pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se tourner vers la propriété, reste la rue ou le logement alternatif.  Ne pas croire que la "droite sociale" les oublie. Grâce au 32 ter A de la LOPPSI 2, ils peuvent désormais être expulsés en 48 heures sur demande du préfet et voire leurs habitations détruites. A ce rythme-là, attends-toi bientôt à un délit de non-propriété. 

(Souvenir d'Egypte, au début de l'année.)

Les dégâts du dogme de la propriété:

La propriété à tout prix est au coeur de la matrice idéologique, patrimoniale, de notre gouvernement. Elle entre en violente contradiction avec son autre logique, libérale celle-ci, du travail à tout prix. Celui-ci manquant et comme, par respect de la logique, il est de plus en plus mal rétribué, on ne peut qu'aboutir à l'insolvabilité croissante des individus et un rapport pire l'année prochaine.

L'immobilier fonctionne un peu comme la côte des oeuvres d'art. S'il n'y avait pas 900.000 péquins pour attendre deux heures dans le froid histoire de voir les toiles de Claude Monet au Grand Palais, la côte du peintre mort perdrait des millions. Ce qui ne serait pas du goût des propriétaires : d'où la régularité de ces happenings sous chapiteaux estampillés "culture", uniquement là pour produire des images de file d'attente au JT et gonfler la bulle. Idem pour l'immo : afin de maintenir à la hausse la valeur des biens de ceux qui sont pleinement propriétaires ou multi propriétaires et qui en tirent des revenus, il faut toujours plus de croyants dans le parpaing et la pierre, donc d'acheteurs. Tant pis pour les fondements économiques, peu importe que l'édifice soit de papier, nous sommes ici dans la croyance. C'est la raison (avec son dégoût des pauvres et le fait que les banques se sucrent sévères au passage) pour laquelle la droite actuelle ne fera jamais rien de sérieux pour le logement social. Cela handicaperait un marché qui bénéficie d'abord à ses électeurs. L'accession à la propriété est de surcroît un vecteur qui, sous l'angle du "rêve", peut lui en procurer d'autres. "La France de propriétaires" n'est pas qu'un slogan mais une aspiration populaire (affectant même, 0 drame de la peur et de la paresse, massivement les jeunes).

(B.Apparu, secrétaire d'Etat au logement :  "- Je ne partage pas totalement l'analyse de la Fondation Abbé Pierre".)

En finir avec la folie foncière:

Le logement, comme l'alimentation, est un secteur trop important pour continuer d'être abandonné aux dealers de rêves, établissements financiers et autres petits chimistes du libéralisme. Dans cette catégorie, crédit aidant, le français moyen, les yeux pleins d'étoiles à la lecture du dernier "Capital : comment faire du blé  avec une chambre de bonne", peut vite basculer dans le camp des fumiers en voulant "exploiter la tendance" (cf illustration finale) : force et limite d'un système qui, pour se maintenir, doit distiller la corruption vers les maillons du dessous ...jusqu’à ce que la chaîne craque). Le rapport évoque l'urgence d'"un new deal" avec les bailleurs.  Il faut donc stopper cette mécanique et non l'encouragerEn finir avec cette logique du "placement" immobilier comme source de revenus ou garantie de sérénité qui a contaminé toutes les couches sociales, et convaincre des méfaits de "la propriété à tout prix" ceux qui n'ont à l'évidence pas les moyens de ce "rêve". 
J'entends déjà les spadassins du nerveux m'opposer que ce serait là "entraver la croissance". Laquelle ? Les sommes toujours plus conséquentes versées dans les loyers ou les traites sont autant de pognon n'allant pas dans la consommation ou l'investissement. Cet argent capté ne produit rien hormis de l'épargne pour ceux qui en ont déjà trop. 

(- "Bah...dans ton cul.")

Pour contrer les situations d'urgence, avant de se réfugier dans la promesse de construire plus, réquisitionnons déjà par la loi les millions de mètres carrés inoccupés (au coeur des grandes villes et des zones d'activité) pour en faire du logement social. Encourageons-y la réhabilitation (y a de l'emploi à la clé) au lieu de souffler à fonds perdu dans la bulle avec un PTZ+ pire que nase [1]. Quant à ceux qui ont plusieurs logements et s'offrent le luxe de les laisser inoccupés la majeure partie de l'année, pas de quartier. Qu'ils s'acquittent d'une lourde taxe au mètre carré vacant. Qu'enfin le vide finance du plein.

 (Addendum: exemple type de courrier parisien, reçu ce mois-ci. Clique pour agrandir)

* * *

[1] PTZ+ : 480 millions d'euros d'argent public pour encourager l'endettement des primos-accedants les plus pauvres et faire au passage un cadeau de plus à ceux qui ont les moyens de payer.

Illustration : Claude Monet, Maison au bord du lac, E.Maudet, Jujusete, l'expansion, Mon ami L'AI. 

31 janvier 2011

D'une révolution l'autre

par

Le Monarque avait raison. 2011 sera une année utile. Janvier n'est pas fini et voilà déjà la seconde révolution près de chez nous. Après la Tunisie, la rue égyptienne est le théâtre de la passion populaire pour le catapultage artisanal de pouvoir autiste.

Avec toute cette agitation, tu trépignes et t'interroges : les mouvements auxquels nous assistons sur écran sont-ils exportables chez nous ?

Rappelons d'entrée que les révolutions en question ne sont ni de coton, ni de twits, ni de jasmin. Elles font des morts.

Ensuite.

Malgré nos constats accablés sur La France qui va mal, nombreux sont ceux aujourd'hui à vivre mieux  qu'il y a quatre ans. Bonne santé, bonne retraite, placements immobiliers, avec un petit héritage sans frais de succession là-dessus : ils ont des cheveux blancs, peur de l'autre et on les croise souvent en 4X4. Les situations de rentes sont plus florissantes pour la partie haute de la société (nous ne parlons pas ici des très riches) depuis l'élection du Monarque et sa cascade de cadeaux fiscaux (alibis pour passer la pilule des grosses défiscalisations pour les très riches). 

Nos bienheureux alimentent malgré eux le sentiment de "déclassement" chez leurs grands enfants (en gros de 30 à 50 ans) qui ragent en silence de ne pas pouvoir surconsommer avec la même insouciance, et  tempèrent cette colère par le crédit.

Le jeune insurgé, lui se fait rare. Pas le temps, il cherche un stage.

Quant à la priorité du type vraiment dans la galère : survivre. 

Hors des registres publicitaire ou commémoratif,  le mot "révolution" et le concept lié ont également mauvaise presse, méprisés par les politiques, conspués dans les tribunes "sans tabou" des insoumis du "politiquement incorrect" dont on se demande en quoi ils sont insoumis et incorrects dans la mesure où ils vont toujours dans le sens du pouvoir en l'encourageant à aller encore plus loin : la pensée réactionnaire remue du ressentiment populaire, appelle au respect du 14 juillet, mais surtout, surtout, détourne le citoyen de la contestation pour mieux le modeler aux doctrines libérales. Mais je m'emporte. Revenons à la question :

Pour contrer la funeste destinée que sa classe dirigeante lui bétonne, de telles mobilisations sont-elles possibles dans notre pays où les vieux dominent, où les jeunes ont des rêves de vieux, où politiques et médias entretiennent ce climat ? 

Oui.

Mais il faudrait...

1 / Une prise de conscience de tous les autres.
Préalable à tout mouvement, la "révolution" doit d'abord être intime. Dans la société du consentement, où la corruption se décline dans nos actes quotidiens, chacun peut, doit, agir à son niveau pour freiner, déjouer, ralentir ou carrément contrer la machine à opprimer.

2 / Une jonction des mécontentements.
Pas de mouvement non plus sans un rapprochement entre la jeunesse, cherchant à s'insérer, et "les insérés", plus âgés et mal traités. Leur incapacité à se fédérer en classe réactive et l'entêtement d'une majorité à rester scotchés aux standards d'avant, sont les deux drames de l'époque parachevant tous les autres. A ce sujet, l'analyse du "déclassement" doit sortir de la seule thématique du "manque de pouvoir d'achat".[1]

3 / L'indispensable étincelle.
Les sermons des présidents européens, avocats zélés du néolibéralisme, sur l'inexorabilité des politiques de rigueur nous en rapprochent chaque jour un peu plus. Mais cela ne suffira pas. Le suivi médiatique (là, internet a un rôle à jouer) des conflits sociaux, des mouvements de contestations (comme, par exemple, cette grève de la faim des CRS contre les réductions d'effectifs !) est décisif. Là-dessus, une bonne grosse gaffe présidentielle peut foutre le feu (même que cette option est la plus probable de toutes).

Cumul des révolutions intimes, prise de conscience de nos intérêts communs, jonction  : ce jour-là, oui, les salariés du privé défileront aux côtés des fonctionnaires, les jeunes aux côtés des quinquas licenciés, les chômeurs avec les retraités aux petites pensions, pour renverser l'ordre "sans alternative" qui les malmène tous. Même que ça fera un carton sur internet ! Nous sommes le pouvoir, la force et le nombre. Par paresse et confort, nous l'avons juste oublié. Merci aux tunisiens et aux égyptiens de nous rafraîchir les idées. 

* * *

[1] Le déclassement c'est également : la casse continue des acquis sociaux, le piétinement des valeurs républicaines, la dégradation des conditions de travail, mais aussi la dégradation programmée des services publics pour les faire basculer dans le privé, l'alimentation au rabais, la prégnante rengaine de la résignation et la  contamination de nos consciences à la rentabilisation du moindre aspect de nos vies, aux mécaniques d’isolement et de défiance des uns envers les autres que nous propageons en pilote automatique. 

26 janvier 2011

Peut-on lutter contre la désindustrialisation ? #1

par

Il existe deux types d’hommes politiques. Ceux qui brassent de l'air et font des points presse sur "la politique industrielle" débutant par un énième engagement à voter une loi déjà votée sur les criminels sexuels multirécidivistes et ceux, de terrain, qui planchent pour lancer des pistes et tenter de corriger le désastre causé (entre autres) par cette absence totale de politique industrielle.

Ancien ouvrier chez Peugeot, ex-communiste, maire PS d’Audincourt dans le Doubs, toujours à la CGT, Martial Bourquin casse la représentation classique du sénateur

 « Je pense qu’il y a une telle différence entre le parti [socialiste] et ses élus, c’est un vrai problème. Comment se fait-il que le parti, au niveau national, ne représente pas plus ses militants et ses élus ? » Il a un début de réponse concédant une "certaine paresse intellectuelle" du politique.

Martin P, vogelsong et intox2007 et moi-même le rencontrons quelques jours avant la remise du rapport de la mission (8 février) qu'il préside sur la désindustrialisation des territoires. 


Pour Bourquin, l'action est laissée aux mains d'idéologues contre-productifs[0]. Il nous l'avoue d'entrée, il sent le FN "monter très fort" en région et selon lui le PS doit au plus vite « faire des propositions qui tiennent la route, pas du rêve… »

Voici 5 extraits audio [1]  : 

Extrait n1 : "Pourquoi on nous raconte des conneries ?"
Les aberrations de la logique gouvernementale et son argumentation classique de "la France qui ne travaille pas assez" car le travail y serait "trop couteux" par rapport à l'Allemagne. Chiffres à l'appui, après une enquête à Stuttgart, Bourquin le réfute. Au passage, il cartonne le patron de Renault et la baisse de TVA dans la restauration (2.5 milliards d'euros avec zéro contrepartie salariale et aucune amélioration pour le consommateur), symptomatique des méthodes à ne plus employer :


(NB : on doit le chantage marketing "entre l'euro et les 35 heures" à Gérard Longuet du team néo-con UMP Novelli-Copé-Longuet.)

Martin P. cite en exemple l'abandon des écrans plats dont les brevets étaient déjà détenus en Europe par Thomson au milieu des années 90. Faute d’usines, d’investissement, d'impulsion politique : la construction a filé en Asie qui, en retour, à inondé le marché mondial alors qu'il y avait là une énorme carte à jouer pour La France et l'Europe.[2]

Extrait n2 : l'impasse de la baisse du coût du travail.
Ne pas rentrer dans la course au bas coût, mais au contraire viser la qualité des produits, en y incluant l'intégralité du processus (l’infrastructure, l’enseignement supérieur, la formation gratifiante, les politiques urbaines). 


N.B : à propos d'investissement public et d'allègement des coûts pour les entreprises, voici un petit graphique emprunté au site de Paul Jorion, sur le trend de l'imposition des sociétés depuis l'arrivée en poste de notre équipe de winners  :
"Cette baisse de l'impôt sur les sociétés correspond à lui seul à 70% de la diminution des recettes fiscales (42.5 milliards d'euros entre 2008 et 2009)" et pour quel résultat.

Extrait n3 : l'impasse de la baisse du coût du travail#2 



Bourquin veut mettre à bas le global sourcing. Pour résumer, une voiture française est majoritairement  composée de pièces de sous-traitants. L'assembleur met les enseignes en compétition (au niveau planétaire). La chasse aux coûts conduit à la disparition des sous-traitants locaux, à la baisse de la qualité des pièces détachées, risque même de bloquer la production (ex : élément indispensable fabriqué à 12.000 kms de la chaîne de montage alors  qu'un volcan islandais paralyse le trafic aérien). Problème : si l'on gagne sur le transport, le sous-traitant local a besoin de se moderniser technologiquement. Ce qui nous ramène à la question des priorités, des stratégies communes de financement et de son accès au crédit

Extrait n4 : la droite néolibérale prisonnière de son idéologie.
Retour sur l'action économique d'une droite coincée dans sa croyance en "la main invisible" du marché régulant "à terme" tout pour le mieux (comme tu peux le constater sur ta fiche de paye). 



Plutôt qu'une suppression sans discussion de la taxe professionnelle, il aurait été judicieux selon lui de  mettre en place un système de bonus suivant les embauches. (warning : mal cadrée, cette mesure peut favoriser une fois de plus les grosses entreprises qui se goinfrent déjà 9/10e des aides, alors qu'elles ne génèrent que 15% de l'emploi). Il évoque aussi la possibilité de défiscalisation de l'outil de travail (pas du travail, nuance).

Extrait n5 : l'industrie face à la financiarisation mondiale (question de vogelsong).
....et l'éventuelle remontée de cette thématique dans le discours du prochain candidat PS pour l'élection de 2012...

Résumons cette heure de discussion et les pistes qui s'en dégagent (en avant-première du rapport du 8)  :
- Infléchir la fiscalité bénéficiant à la rente.

- Ne pas viser la course aux coûts salariaux mais miser sur l'innovation et la qualité de la production.
- Développer un système de bonus / malus (bonus à l'embauche et malus sur les licenciements boursiers. Là-dessus, j'attends le rapport détaillé).

- Ne plus aider sans garantie de contreparties d'embauches immédiates ou différées.

- Investir (avec incitation de la mise à contribution de l'épargne des français) dans la recherche et le développement, l’innovation, selon des stratégies entre Etat, régions et entreprises, en incitant à mutualiser les efforts des PME.

Intéressant, sous réserve de garanties et d'un contrôle régulier (des aides et de leurs contreparties) et que le salarié n'ait pas à sacrifier quoi que ce soit en échange. Maintenant que j'y pense, nous n'avons pas évoqué la question des salaires et du partage de la valeur ajoutée au désavantage du travailleur, du fait que 87% des entreprises créées cette année n'ont généré aucun emploi. La robotisation et l'autogestion n'ont pas non plus été abordées.

Autre interrogation : les thématiques de la désindustrialisation et des délocalisations pèsent sur l'économie d'un pays et sur son moral, pour autant parlent-elles encore aux Français et au futur(e)  candidat(e) socialiste pour les présidentielles ?  

* * *

[0] un gouvernement dont la ligne d'action se situe dans une zone trouble entre Gala et la note de synthèse mal photocopiée des mémoires de Milton Friedman.

[1] Autres thèmes abordés : l’économie verte désormais ouvertement piétiné par l'UMP ou encore le protectionnisme "à la Todd" que Bourquin voit comme une arme anti délocalisation efficace au niveau européen (ce qui a mon sens a ses limites tant que l’harmonie fiscale et salariale n’est pas assurée. Le dumping provenant aussi de l'intérieur de la zone).

[2] Le  "pessimisme français" est lié à ce double sentiment de déclassement social et de décrochage international, vérifiable à la moindre ballade en hypermarché. A part les voitures, qu'achetons nous vraiment comme production industrielle française ?


Illustrations : 

22 janvier 2011

[video] Le revenu universel (selon Corinne Morel-Darleux)

par

Evoqué sur ce blog à la rubrique pistes et alternatives : le revenu universel (ou dividende universel ou revenu de base) serait une somme versée à chaque individu, sans critères d'éligibilité, chaque mois, de sa naissance à sa mort. L'idée fut développée en son temps par André Gorz. Les modalités et les calculs divergent suivant les approches [1]. Je m'y intéresse sur la base d'un constat simple :

1 / Pénurie organisée ou modernisation permettant de plus en plus souvent de s'en affranchir : le travail se raréfie depuis 30 ans. Dans le même temps a été distillée l'idée proprement stupide que celui ne travaillant pas (enfin... celui hors du salariat) est un bon à rien, un inactif donc un nuisible. 

2 / Parallèlement, les richesses s'accumulent pour une poignée d'individus (qui, et vous allez voir c'est ironique, le plus souvent ne travaillent pas. Comme si le manque, la culpabilité, la soumission des uns alimentaient l’opulence décomplexée des autres, fortifiant au passage leur moral(e)). 

Ajoutons à cela la masse de talents gâchés, s'entêtant à s'insérer dans ce rapport de force aussi idéologique qu'économique (vicié et à l'inefficacité croissante) : nous obtenons des populations appauvries, perpétuellement anxieuses et passant à côté de leur vie.  

Je retrouvais mardi dernier, le monomaniaque de la création monétaire, qui vit et respire revenu de vie, Stéphane Laborde, ravi qu’enfin, un parti de gauche, en l’occurrence le parti de gauche, réponde à son appel à la discussion [2] sur le revenu universel.


Corinne Morel-Darleux tempère l’enthousiasme de notre ingénieur. Bien qu'elle réfléchisse avec Baptiste Mylondo au sein du mouvement Utopia à une proposition de loi sur le revenu universel, la secrétaire nationale du PG en charge des questions écologiques (et conseillère régionale Rhône-Alpes) s’exprime en son nom, pas en celui de son parti où la question fait encore débat.[3]

Chamboulant les conditionnements mentaux, le changement de paradigme qu'implique une allocation universelle bouscule aussi bien la gauche (où l'évoquer permet de se faire traiter de libéral, puisqu'elle sous-entend de repenser les prestations sociales) que la droite (où en faire part, réenclenche le laïus sur "l'assistanat du tire-au-flanc").

Voici l'interview vidéo de Corinne Morel-Darleux en deux parties. L'entretien a débordé le cadre du revenu universel et de son application (fiscalité, échéance) pour aborder des thématiques jointes (La VIe république. L'instauration d'"une assemblée constituante" où des représentants du peuple rédigeraient une nouvelle constitution à l'image de ce qui se construit actuellement en Islande. La proposition de loi du PG sur le revenu maximum autoriséL'articulation à trouver entre un Etat fort qui édicte des règles-cadres et sanctuarise les services publics, et de l'autre, l'entrée des citoyens dans les décisions de gestion des biens communs au niveau local...)

Partie 1 :
Présentation / Concept du revenu universel / Quid des minimas sociaux ? / Modalités / Différence entre RSA et revenu universel / Le revenu universel et les mineurs.  12 minutes.


Partie 2 :
Revenu universel et Europe /  Articulation entre Etat fort et société décentralisée / Les monnaies complémentaires. 11 minutes.


"- Qualifier le gouvernement de libéral tout de même, vous y allez un peu fort… "
S.Laborde, 18.01.2011
* * *

[1] S.Laborde veut indexer cette somme sur la masse monétaire émise dans la zone euro. Il y a aujourd'hui 30.000 euros en circulation par individu dans la zone euro (et quelqu'un a visiblement piqué ma part).  Je vous renvoie au site de Stéphane qui a bossé la question (et, au passage, vient de sortir un livre sur la monnaie) ainsi qu'à la fiche Wikipedia.

[2] Les deux partis politiques à avoir répondu jusque-là à nos questions sur le sujet sont Alternative Libérale et le Parti Chrétien Démocrate.

[3] Interrogé sur la question en février 2010, J-L Mélenchon bottait en touche, ne se considérant pas  spécialiste sur ces questions et, craignant la dévalorisation du travail qu'entraînerait ce dispositif.

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