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22 janvier 2011

[video] Le revenu universel (selon Corinne Morel-Darleux)

par

Evoqué sur ce blog à la rubrique pistes et alternatives : le revenu universel (ou dividende universel ou revenu de base) serait une somme versée à chaque individu, sans critères d'éligibilité, chaque mois, de sa naissance à sa mort. L'idée fut développée en son temps par André Gorz. Les modalités et les calculs divergent suivant les approches [1]. Je m'y intéresse sur la base d'un constat simple :

1 / Pénurie organisée ou modernisation permettant de plus en plus souvent de s'en affranchir : le travail se raréfie depuis 30 ans. Dans le même temps a été distillée l'idée proprement stupide que celui ne travaillant pas (enfin... celui hors du salariat) est un bon à rien, un inactif donc un nuisible. 

2 / Parallèlement, les richesses s'accumulent pour une poignée d'individus (qui, et vous allez voir c'est ironique, le plus souvent ne travaillent pas. Comme si le manque, la culpabilité, la soumission des uns alimentaient l’opulence décomplexée des autres, fortifiant au passage leur moral(e)). 

Ajoutons à cela la masse de talents gâchés, s'entêtant à s'insérer dans ce rapport de force aussi idéologique qu'économique (vicié et à l'inefficacité croissante) : nous obtenons des populations appauvries, perpétuellement anxieuses et passant à côté de leur vie.  

Je retrouvais mardi dernier, le monomaniaque de la création monétaire, qui vit et respire revenu de vie, Stéphane Laborde, ravi qu’enfin, un parti de gauche, en l’occurrence le parti de gauche, réponde à son appel à la discussion [2] sur le revenu universel.


Corinne Morel-Darleux tempère l’enthousiasme de notre ingénieur. Bien qu'elle réfléchisse avec Baptiste Mylondo au sein du mouvement Utopia à une proposition de loi sur le revenu universel, la secrétaire nationale du PG en charge des questions écologiques (et conseillère régionale Rhône-Alpes) s’exprime en son nom, pas en celui de son parti où la question fait encore débat.[3]

Chamboulant les conditionnements mentaux, le changement de paradigme qu'implique une allocation universelle bouscule aussi bien la gauche (où l'évoquer permet de se faire traiter de libéral, puisqu'elle sous-entend de repenser les prestations sociales) que la droite (où en faire part, réenclenche le laïus sur "l'assistanat du tire-au-flanc").

Voici l'interview vidéo de Corinne Morel-Darleux en deux parties. L'entretien a débordé le cadre du revenu universel et de son application (fiscalité, échéance) pour aborder des thématiques jointes (La VIe république. L'instauration d'"une assemblée constituante" où des représentants du peuple rédigeraient une nouvelle constitution à l'image de ce qui se construit actuellement en Islande. La proposition de loi du PG sur le revenu maximum autoriséL'articulation à trouver entre un Etat fort qui édicte des règles-cadres et sanctuarise les services publics, et de l'autre, l'entrée des citoyens dans les décisions de gestion des biens communs au niveau local...)

Partie 1 :
Présentation / Concept du revenu universel / Quid des minimas sociaux ? / Modalités / Différence entre RSA et revenu universel / Le revenu universel et les mineurs.  12 minutes.


Partie 2 :
Revenu universel et Europe /  Articulation entre Etat fort et société décentralisée / Les monnaies complémentaires. 11 minutes.


"- Qualifier le gouvernement de libéral tout de même, vous y allez un peu fort… "
S.Laborde, 18.01.2011
* * *

[1] S.Laborde veut indexer cette somme sur la masse monétaire émise dans la zone euro. Il y a aujourd'hui 30.000 euros en circulation par individu dans la zone euro (et quelqu'un a visiblement piqué ma part).  Je vous renvoie au site de Stéphane qui a bossé la question (et, au passage, vient de sortir un livre sur la monnaie) ainsi qu'à la fiche Wikipedia.

[2] Les deux partis politiques à avoir répondu jusque-là à nos questions sur le sujet sont Alternative Libérale et le Parti Chrétien Démocrate.

[3] Interrogé sur la question en février 2010, J-L Mélenchon bottait en touche, ne se considérant pas  spécialiste sur ces questions et, craignant la dévalorisation du travail qu'entraînerait ce dispositif.

13 octobre 2009

La politique du bruit

par

J'abdique. L'UMP domine le pays... et son actualité.

Un ministre qui fait son shopping sexuel à Pattaya ?

Que les mâles thunés allant trois fois par an en Thaïlande pour l'architecture lèvent le doigt ! [1]

Un fils de monarque catapulté à des fonctions auxquelles n'importe quel autre type de son âge même bardé de diplômes ne pourrait prétendre ?
Pensiez-vous sincèrement qu'avec un papa, une belle-mère et une femme pareils, il allait décharger des palettes de veau congelé chez Maximo ?

Bonus : Un judoka à Pin's bientôt député du paradis des proprios de pavillons M6 Déco ?
Perso, je trouve qu'il n'y a aucune faute de goût.

Même si ces derniers épisodes ne sont pas de même nature, ils relèvent en revanche du même sentiment de supériorité qui suinte de cette élite n'ayant de droite que le nom. Dans le cas de mon ministre chez les thaïlandais l'histoire tranchera. Pour le judoka, ça s'appelle la démocratie. Quant aux éventuelles conséquences de la nomination du clone blond de son père à la tête d'un quartier d'affaires, un obscur reportage de Diktat 8 sur le ralentissement de la baisse la remontée de l'immobilier suivi d'un petit cadeau fiscal de derrière les fagots aura bien plus d'effet sur l'électorat du monarque que la multiplication des unes sur cette banale promotion interne en Banana Republic du 9-2 (paradis in-shore).

Une succession d'erreurs fatales ? Déontologiques oui, en terme de 'com pas plus que ça. Tandis que les surfeurs sur polémiques glissent sur la vague jusqu'à temps que le roulis se délite et qu'elle disparaisse dans trois jours recouverte par une autre tout aussi buzzable, le parti monarchique reste au centre du débat : Incontournable, omnipotent, toujours plus sûr de lui.

Dans un gouvernement publicitaire qui se sert de la démocratie comme marche-pied pour sanctuariser ses intérêts et fluidifier les business des potes, l'important n'est pas d'être bon ou mauvais (ces considérations sont valables pour les pov'cons {2]), mais d'être sur les ondes et dans les têtes, y compris et surtout celles des opposants.

Aussi destructeur soit-il à gérer ce pays, le petit monde mafieux du monarque bat la mesure du débat depuis deux ans.

Attention donc au syndrome de Stockholm des contestataires emportant leur souffle et leur force dans une hystérie virtuelle qui, au mieux, inspirera des chroniqueurs tv afin d'introduire un débat qu'un ministre godillot, un storm-trooper ou un blond bien né, bien maquillé et parfaitement média-trainé viendra conclure avec condescendance sur le plateau du 20h.

Occupant ainsi un temps de parole qu'il ne consacrera pas à approfondir d'autres sujets plus périlleux affectant concrètement le quotidien des français, l'intéressé nous expliquera, comme à chaque coup que lui, son gouvernement, ses amis sont les victimes de la horde haineuse d'opposants (gauche - extrême droite - meute internet) qu'il engouffrera dans le même sac.

Occuper le terrain et diaboliser l'ennemi. Ce gouvernement soudé fait face, fidèle au culte du roi, renvoyant avec toute la sérénité du monde les calomnies d'un revers de main méprisant ou d'un cliché tout sourire. Ces gens-là monsieur ne renonceront pas à leurs pratiques : elles les ont conduits là où ils sont.

Double peine : Déjà que nous devons subir le glissement progressif de l'information politique vers le tabloïd, nous devons également subir sa totale absence de conséquences. A la différence des pays anglo-saxons, en France mensonge, traîtrise et perversité ne sont pas synonymes de fin de carrière. Bien au contraire.

Je ne vais pas faire mon Thinkencroute de service (philosophie avarié ayant lui aussi compris les retombées marketing en terme de vente de livres de la haine et la mauvaise foi propagées au petit déjeuner) mais rien de positif (en terme d'alternance politique) ne ressortira de ces polémiques à répétition laissant le champ libre aux supputations, fantasmes, points Godwin et autres stériles engueulades jusqu'à épuisement des vannes twittées ou au troquet. Ce ne sont que les variantes d'un feuilleton à la gloire indirecte du roi.

Le pire reste ce paradoxe remontant du net jusqu'à la télévision : Dans le cas du dauphin de La Défense, ce buzz au pays de la real-tv (promulguant la notoriété comme seul certificat de réussite) contribuera à renforcer son exposition et donc... cette légitimité qui lui fait tant défaut.

Que le JT lance les hagiographies de l'ado blindé !

Ce pouvoir craint plus le boycott de son nom et de sa logique qu'une surexposition médiatique, même négative.

L'opposition n'a pas à se focaliser sur les errements du monarque et de sa clique, ils se bananeront tout seuls. Qu'elle s'occupe de faire passer des propositions dans les interstices médiatiques qui lui reste.

Pour ce qui est de l'influence du net, il est temps que le buzz bénéficie un peu plus aux anonymes et un peu moins à notre tête couronnée ainsi qu'à sa descendance dorée (dont il conviendra à la première faiblesse de se rappeler l'injure aux travailleurs et étudiants que représente cette promotion histoire de lui asséner une royale fessée cul nul en place publique).


* * *

[1] idem pour les femmes avec les séjours répétés en Tunisie. Pour éviter tout scandale : Je suis plus fauché que jamais, ne suis pas allé plus à l'est qu'Innsbruck et le Plateforme de Houellebecq m'est tombé des mains dès la page 4.

[2] Sur la base de ce que nous pouvons observer de ce gouvernement depuis quelques années.

13 mai 2009

la ripaille graduée

par

France, mai 2011. Tu es jeune et c'est samedi soir. Tu ne vas quand même pas rester chez toi à te taper le bêtisier de la première compagnie spécial Parti Socialiste ?

Direction le dancing : Le puta's fever sortie RN 16, zone co' d'Olivennes, 2eme à droite après Le bon périmeur (La nouvelle chaine en vogue de destockage de légumes avariés transgéniques).

Le Puta's est blindé de monde mais on te laisse rentrer. Pas de discrimination à la porte. Depuis le décret du ministre de l'intérieur, de la musique et des bonnes manières Philippe Val, l'accès aux boites de pauvres garanti pour tous les fauchés est inscrit dans la charte des droits de l'homme.

Certes, tu n'es pas autorisé à y fumer (6 mois de prison avec sursis), d'y dire des gros mots (12 mois fermes), ni boire d'alcool (déportation en camp de fonctionnaires) mais tu es libre d'y consommer quelques godets de Karoutchi lime light ou de Red Bull Morano en te dandinant sur le dance-floor au beat des meilleurs titres proposés par DJ Banel.


Ce soir c'est la démence. Vise plutôt : Une spéciale latex et Leforestier en 320 bpm.

Grâce à loi Hadopi 4.0 dite de sécurisation de la chanson étendue aux bandes, votée fin 2010 à l'initiative du Ministre de la jeunesse et des sports Benjamin Lancar pour permettre l'accès à la musique à tous les petits budgets dans ton genre, le ticket d'entrée des discothèques et thés-dansant a baissé. C'est une révolution qualifiée de grand pas pour l'humanité de l'homme humain par ton président à la tribune de l'Unesco. Grâce à elle, décrochera t-il enfin son Nobel de la paix ?

Certes, vous autres les jeunes, êtes tous un peu boudinés avec ces tas de pièces jaunes stockées dans vos falsards. C'est l'effet indésirable du décret. Ici désormais c'est comme dans les concerts, faut amener sa petite monnaie. Le consommateur paye à la chanson et d'avance, la maison ne fait pas crédit. C'est 99 centimes d'euro le morceau, 69 pour le fond de catalogue. Et encore, la Sacem y perdrait s'il n'y avait pas un soutien du Pôle emploi (oui, même toi ça te laisse sceptique cette fusion entre le service public, Dexia, Bernard Tapie, Universal et PPR) et les subventions du fonds Pascal Nègre pour le développement des lieux de convivialité musicaux en zone rurale.

C'est que malgré la première loi Hadopi de 2009 et ses 600 suspensions de connexion, les deuxième et troisième lois l'année suivante et leurs 170.000 interpellations (provoquant une chute spectaculaire du taux de réussite au bac pour cause d'emprisonnement d'un mineur sur trois), l'industrie des artistes.fr n'a jamais vraiment renoué avec ces fastueuses années. Deux décennies maintenant que le business du disque joue de malchance et stagne dans la crise. En même temps, c'est un peu normal : Plus personne n'a de platine pour passer leurs cd.

Retour sur la piste. L'un dans l'autre,
ce soir si tu veux pécho (vu que les réseaux sociaux sur internet sont apparentés au terrorisme), tu vas de voir raquer double. Ca va te coûter bonbon. C'est qu'avec les mégamix et les enchainements furieux de DJ Banel, une demi-heure de LeForestier pour deux ça va vite chercher dans les 120 euros.

T'as beau être jeune, tu te souviens encore de ces concerts dans les bars et de ces soirées dans les boîtes d'avant où tu n'avais qu'à payer un forfait à l'entrée. Il couvrait toutes les charges musicales, parfois même un verre gratuit. C'était les années magiques de la licence globale. Parait que c'était pas rentable. C'était le bon temps mais tu n'en avais pas conscience. Tout a une fin, sauf peut-être les grandes compagnies, et c'est plus raisonnable ainsi : Il fallait bien protéger les majors des criminels dans ton genre.


Estime-toi heureux. Consommateur mais pas recèleur, tu ne joues pas d'un instrument. Tu n'auras donc pas à t'acquitter du permis annuel de musicien non-professionnel qui vient d'augmenter de 30%.


Seb Musset est l'auteur de
Avatar et Perverse Road disponibles ici.

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