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8 mai 2012

Le gros chagrin d'Olivier Mazerolle

par
"J'ai envie de dire merci Nicolas Sarkozy pour cette journée" Olivier Mazerolle, journaliste objectif à BFM. 08.05.2012

Il faut bien que l'info continue. Après la journée consacrée au développement de la notice d'utilisation du nouveau président globalement considéré par l'éditocratie comme un accident de l'histoire[1], voici en ce 8 mai sur nos écrans de divertissement le nouvel épisode de l'info-feuilleton version politique: Pleurer Sarko. Ou, comment les larmes journalistiques sont parfaitement solubles dans la commémoration historique.

Avouons qu'à défaut d'avoir réussi sa campagne, Nicolas Sarkozy négocie parfaitement sa sortie. Après un discours rassembleur quelques minutes après la défaite (peut-être son meilleur depuis 5 ans), celui qui parait-il veut arrêter la politique entame avec le concours appuyé des chaines d'info[2] une séquence anesthésiante de ripolinage de son image. L'acmé lacrymale en sera incontestablement ce dépôt de gerbe ce 8 mai sous l'Arc de Triomphe en compagnie de son successeur, François Hollande. 

Sur les chaines de news TNT, ce jour de célébration de l'armistice de 1945 vire vite à l'hommage au président du passé, avant que ses sbires (Pecresse, Zadig et Voltaire), fidèles à la tradition, taclent à l'antenne le nouveau président à 10 mètres de la flamme. 

Terminées les consignes de campagne: avant de changer de cheval d'ici quelques jours, Mazerolle livre la météo de ses émotions et y va de son commentaire de poète-pouet dans ce qui tourne sur BFM à la cellule de soutien psychologique de sortie du sarkozysme. Et si la question politique du matin répétée par Jean-Michel Aphatie ou Ruth Elkrief (et surement par d'autres dans une journée ne fait que commencer) fut "A quoi pense-t-il ?", la leçon à retenir est que "Sarkozy est apaisé".  Super. On est content pour lui.
(Une autre claudette en larmes ne s'expliquant toujours pas l'électrocution de la popstar.)

Et les victimes de sa politique tombées au champ d'honneur de sa guerre anti peuple, à quoi pensent-elles exactement en ce moment ? Ouais, bah coco tu comprends: c'est pas avec ça qu'on va capter le spectateur et puis aujourd'hui c'est l'armistice. Priorité aux anciens opposants.

Partir sur l'image du rassemblement et de l'apaisement avec un commentaire dégoulinant de guimauve à la nostalgie alors que durant cinq ans le président n'a fait que diviser les Français et cliver le débat, et qu'il appelait à siffler les journalistes en meeting il y a encore quatre jours: il fallait le faire, ils l'ont fait.

Il est vrai qu'en ce jour médiatiquement silencieux du 10e anniversaire de l'attentat de Karachi voir Sarkozy sur la sortie se faire relooker façon ancien combattant sur la flamme du soldat inconnu par les experts en carton de l'info-feuilleton, oui, il y a de quoi pleurer.


[1] comme quoi, ils devraient plus souvent lire les blogs.

[2] N'y voyez aucun complot, on est dans le réflexe pur.

2 avril 2012

Faites la guerre, pas l'amour !

par

Dans la série les jeunes et leur avenir. Aujourd'hui: la guerre.

Curieux mélange qu'un meeting UMP "pour la jeunesse". On y retrouve côte à côte prépubères et postgériatrie à l'engouement variable selon l'âge et la médication. Pour donner un peu plus de dynamisme à la célébration scout quelques icônes pop sont parfois conviées: Bernadette Chirac, Michèle Alliot-Marie ou David Douillet. 

Passé l’inévitablement amusement provoqué par le "printemps des jeunes de la France forte" samedi dernier à la Porte de Versailles, thé dansant antihollande à la sauce pognon entre consanguins et fils-à-papa rehaussée de Marie-Chantal et autres croûtons déconnectés, nous fûmes intrigués par le discours du candidat-président à destination de la jeunesse.

Dans la droite ligne d'un Jean-Paul II exhortant la jeunesse a "ne pas avoir peur"[1], on aura rarement entendu autant de fois l’occurrence "guerre" dans un discours à destination des jeunes et dont le fil rouge était d'une fracassante modernité: la France de 1940. 

Il ne fait pourtant mystère pour personne que le candidat-président mise sur la peur, seul article en magasin en période électoral à droite depuis 10 ans. Réélu, il continuerait à ne pas bouger le petit doigt face aux puissances de l’argent. Il sait ainsi que les 5 prochaines années de rigueur seront bien plus chahutées, à la sauce greco-ibère, que les cinq dernières. Il se prépare donc (au cas où), et nous prépare, à la guerre et c'est particulièrement flagrant dans ce discours vide de proposition[2].

Préparer la guerre à l’avance, c’est choisir les termes du conflit et l’ennemi. 

L’ennemi du moment, comme dans une bonne vieille série télé qui nous a fait tourner en rond 5 ans, ce sont, en creux, "les autres" (au choix: chômeurs, fonctionnaires ou musulmans). Les évènements récents permettent à notre Monarque de recalibrer sur l'Islam, ce qui a l'avantage de ne pas le faire  revenir sur "le chômeur" donc "le chômage" donc son échec, et de ne pas trop froisser les fonctionnaires qui ont une fâcheuse tendance à voter (il faudra un jour penser à leur interdire). 

Notre candidat-président tente encore une fois de recalibrer la colère (tout au moins l’incompréhension et l'impuissance) du peuple face aux mécanismes de domination (travail, pouvoir financier, précarisation des parcours, suprématies commerciales...) dont il paye la note au quotidien  sur une communauté, un ensemble culturel ou religieux censé 1 / être en partie responsable des désordres. 2 / l'attaquer sur le dernier sanctuaire restant: sa tradition, son histoire, bref le passé.

Les contours de la menace sont flous ? On s’en fout. Nous ne sommes pas dans le rationnel, mais  dans le monde de l'angoisse, avec sa part fantasme et ses ivresses suffisant à définir le flacon. Dans ce monde de la terreur, tiré à l'extrême, le citoyen est réductible a une communauté, la communauté à la religion, la religion à l'apparence. In fine, dans ce monde des peurs cultivées dans les discours et sur la TNT, tout converge vers une idée simple: il y’a eux et nous, le bien et le mal. 

Définir plus ou moins ouvertement l'ennemi. Provoquer du conflit pour pousser au clivage et forcer chacun à se positionner.  

Porte de Versailles, faute de bilan brillant, de programme et d'espoir, le candidat-président a préparé ses jeunes starship troopers à la guerre. Il aurait pu attaquer sur du concret, parler travail, éducation ou santé (secteurs qu’il s’active depuis 5 ans à atomiser, spécialement pour les jeunes générations et celles à venir). Non. Le candidat-président a souligné que ce pays avait "un besoin de civilisation". Ah. Pour la jeunesse et son taux de chômage à 23%, il se prononce pour "l’autonomie". En décodé: "démerdez-vous". 

Si l'on comprend que les rentiers, de moins en moins nombreux, s’apprêtent à revoter pour le candidat-président dans 3 semaines. Si l'on comprend que les travailleurs, de moins en moins nombreux également, s’apprêtent à ne pas le faire. On s'interroge encore sur ce vote de droite des "moins de 30 ans".  

N'ont-ils pas compris ces jeunes-là que la guerre néo-libérale nécessitera à la fin des fins qu'ils soient physiquement sacrifiés pour que les empires subsistent et que les rentes des planqués perdurent ? 

Dans un éclair de vérité, le candidat-président le leur a pourtant clairement avoué: "c’est la jeunesse qui meurt pour la liberté"

Il a juste omis de préciser qui seront les premiers à tirer profit de cette liberté

P.S: Toute ressemblance du titre avec un récent sondage expliquant qu'on baise à moins à droite qu'à gauche serait fortuite ou involontaire.

Illustration: Starship troopers. Paul Verhoeven, (1997).

[1] on se rappelle du succès qu'avait eu la même formule utilisée par un Chirac face à la jeunesse à quelques semaines du référendum de 2005.

[2] Autre qu'une énième faribole marketing de "banque pour la jeunesse" qui tournera au mieux en crédit revolving pour financer tes études afin que tu partes dans la vie avec une dette carabinée.

1 octobre 2011

[video] L'ordre et la morale : rencontre avec Mathieu Kassovitz

par
"En ce printemps 1988, la République a perdu beaucoup de ses repères en Nouvelle-Calédonie."     D.Servenay, Rue89

Souviens-toi de ce temps quand j'avais 16 ans. Avril 1988. Sur l’île d'Ouvéa, l'assaut d'une gendarmerie par un groupe de jeunes indépendantistes Kanak tourne mal. 4 gendarmes sont tués, 30 sont séquestrés dans une grotte. 300 militaires sont envoyés de la métropole pour rétablir l'ordre face à ceux alors dessinés dans les médias comme des "barbares". Philippe Legorjus, chef du GIGN va tenter le dialogue avec Alphonse Dianou, progressivement nouer des liens, et est en passe de désamorcer pacifiquement la situation.

JT du 28/04/1988

Mais, nous sommes en cohabitation et le premier ministre Jacques Chirac, candidat face au tenant du titre dans une présidentielle qui a lieu dans quelques jours, a décidé de régler ça "à la Reagan". La prise d'otages devient un enjeu symbolique à liquider d'urgence avant le second tour. Malgré son processus de négociation avec des indépendantistes dépassés par leur propre action, sur ordre de la république, Legorjus trahira ses engagements envers Dianou et l'assaut fera 19 morts dont plusieurs exécutions sommaires de kanaks. Mitterrand est élu. L'enquête est bouclée en quelques jours. Le gouvernement Rocard passe une loi d'amnistie générale sur l'affaire. Remonteront plus tard les échos d'actes de tortures auprès de civils et qu'Alphonse Dianou a été abandonné agonisant. 

C'est le sujet du nouveau film de et avec Mathieu Kassovitz, l'ordre et la morale qui sort en salles le mois prochain. Après avoir suivi le journal vidéo du tournage sur internet et découvert le film cet été, j'ai rencontré le réalisateur avec quelques blogueurs pour une discussion autour du film, du cinéma et de la politique.


Même si dès les premières minutes du récit on sait que l'on s'achemine inéluctablement vers un final violent, ne pas s'attendre à un traitement pop-corn qui défouraille dans tous les sens au gré d'un montage épileptique. Ambitionnant de faire le film référence sur une sale affaire récente de la République en passe d'être oubliée (au double inconvénient médiatique d'avoir peu d'images et de se situer très loin de Paris), Kassovitz s'est abstenu de recourir aux effets alambiqués pour centrer sa mise en scène sur les acteurs, professionnels ou amateurs, et le suivi en immersion du chef Legorjus.

"Leur crainte [aux kanaks] était que l'on fasse un film qui réveille des cauchemars et fasse que les gens se remettent sur la gueule à la sortie du film. Au contraire, le but pour moi était que tous les gens puissent au moins se raccrocher à un objet qui leur raconte une vérité qui est la plus proche de la réalité. Puisque je l'ai fait avec toutes les parties de cette affaire, les gendarmes, les militaires, les kanaks..."

Le film réussit le tour de force d'être sans concession avec les indépendantistes dans sa première partie et de progressivement renverser la charge sur le politique (le méta preneur d'otage de la situation, délocalisant sa perte de crédibilité interne sur un terrain éloigné via un corps militaire par définition aux ordres). Au fond, le bad guy du film, c'est ce pouvoir de l'autre côté de la planète que l'on aperçoit furtivement sur un écran de télé lors du débat de l'entre deux tours avant l'assaut, un pouvoir représenté dans le film par le ministre d'outre-mer de l'époque, Bernard Pons (excellent Daniel Martin).

#1 Le travail avec les Kanaks / Le climat politique de l'époque (5.00) :

A propos de drames poisseux au coeur d'affaires politiques opaques, j'avais aperçu Matthieu l'an passé  au débat Mediapart sur le karachigate. Alors, après L'ordre et la morale et avec son intérêt pour gratter les histoires officielles (allez faire un tour sur sa page facebook), va-t-il s'orienter vers des films plus politiques ? Chaque projet est une aventure différente et, de cette heure d'entretien où nous avons finalement plus parlé de films que d'enjeux de société, il ressort que Kassovitz est d'abord un fondu de cinéma. Mais il n'exclut rien : "Avec ce qui se passe dans le monde, je serai toujours plus intéressant à faire des films politiques". Le problème étant toujours le financement.

#2 Vers des films plus politiques ? /
L'importance de consigner l'histoire et l'information dans un film (3.00) :

Interrogé sur les galères de tournage (genre tirer des tanks en bois et pousser des hélicoptères en carton), Mathieu déplore que l'armée française ait préféré collaborer à un film pro-interventionniste sur l'histoire d'une top-model enlevée par des talibans (Forces spéciales) plutôt que de collaborer au sien : "-  Je comprends. Mais ils sont cons. Parce qu'ils nous auraient filé un dixième de ce qu'ils ont filé à l'autre film, [...] j'aurais pu dire aux kanaks : vous voyez, le gouvernement français comprend la légitimité de votre combat et commence à assumer doucement ses responsabilités". Mais, le sourire en coin, évoquant les cascades d’imprévus et d'impératifs financiers obligeant à repenser la mise en scène chaque matin, le réalisateur reconnait que, cinématographiquement parlant, c'est de la contrainte technique et budgétaire que naît le plaisir (et accessoirement les bonnes idées).

#3 Les choix de mise en scène (2.00) :

Pour Mathieu, la question de la colonisation, sous-tendant son film, conditionne encore les rapports que la France entretient avec ses banlieues. Je lui demande alors si, avec le recul, il retournerait La Haine de la même manière en 2011 ? Il doute qu'un film pareil puisse être produit aujourd'hui : aucun exploitant ne prendrait le risque de le diffuser dans les salles par peur de débordements.

"- Si je refaisais la Haine aujourd'hui, je ferais quelque chose de plus violent encore, de plus dérangeant que ce petit moment de vie qui m'a été inspirée par une bavure policière terrible. [...] Je ferais "que se passe-t-il si un mec dans une émeute sort une kalachnikov ?" Parce que c'est ça qui va arriver. [...] Mais aujourd'hui il y'a des choses beaucoup plus graves qui justifient ces émeutes et c'est de ça dont il faut parler. [...] Il y a une brutalité gouvernementale que l'on subit tous les jours depuis 2001. On est passé à autre chose."

En fin d'entretien, nous abordons le climat politique et économique ambiant. Inutile de préciser qu'il est très, très pessimiste sur les mois à venir. Pour lui, la période de transformation du système que nous entamons tout juste sera entrecoupée d'éruptions de violence. Inquiet en tant que citoyen mais stimulé en tant que cinéaste : "2012 va être une année très intéressante pour des gens comme moi qui veulent trouver des sujets pour faire des films."
*
My two cents : De beaux moments et une poésie inattendue émanant de la confrontation d'un peuple proche de la nature (plans clairs en flottement) et d'une rigueur militaire (plans sombres et fixes), L'Ordre et la morale passe très près du très grand film. Le souffle du film de guerre (on est clairement dans ce registre-là) est parfois étouffé par son souci revendiqué de pondération et sa volonté d'exactitude (en même temps l'inverse lui aurait été reproché, c'est le piège de "l'histoire vraie" au cinéma). Mais l'important n'est pas là. C'est d'abord un des trop rares films français à se réapproprier l'histoire politique (quasi) contemporaine. L'ordre et la Morale est dans la lignée de ces films chocs des années 60-70 de Schoendoerffer père, Costa-Gavras ou Boisset. Des films à la cinématographie carrée, où le sujet est au centre de chaque plan et qui, Matthieu a raison, tiennent encore la route après 40 ans

L'ordre et la morale, en salles le 16 novembre. Merci à Mathieu et Raphael.

Le pearltrees Ouvéa, l'ordre et la morale

21 septembre 2011

Aux armes et caetera

par
Jeune dans la galère ? L'UMP t'a trouvé la solution : faire la guerre.

Émoustillé par les sauts de son poulain très content de lui à Tripoli et pour en finir avec les 2 millions de mal-logés, les 5 millions de chômeurs et les 8 millions de français sous le seuil de pauvreté, Hervé Mariton, cador de la déconne dont le titre de député UMP interroge sur les facultés intellectuelles du corps électoral, sort de sa bible programmatique pour 2012 (la série des "Police Academy") une de ces pipeaux-propositions destinées à détourner le débat des valises de billets, des affaires qui schlinguent et des contre-performances économiques de son gouvernement. 

Martion veut que les jeunes Français fassent allégeance aux armes

Tu me diras quoi de plus normal que cette référence aux flingues dans un climat de guerre sociale entamée contre les peuples ? Après avoir soumis les salariés à la logique du bourreau, cela fait un moment que nous disons que la prochaine étape sera d'éradiquer les pauvres au champ de bataille avec leur consentement.  On peut toutefois s'étonner que ce sursaut de patriotisme militaire provienne de ceux-là mêmes qui ont démonté le service national pour fournir des contingents de stagiaires sous-payés au patronat.  On peut aussi être surpris par ces références américaines de la part de ceux qui veulent faire de nous de bons Français, et ce, au moment même où la suprématie de l'oncle Sam, générant dette et pauvreté comme jamais, a du plomb dans l'aile. 

Cette resucée de drapeau cache-misère est symptomatique d'une droite en boucle sur ses scories, submergée par le collapsus de son monde rêvé, et qui va se cramponner sur ses actions militaires à l'international (souviens-toi Bush en 2004).
 *
Du coup, Yann Savidan me pose la question : "seriez-vous prêts à mourir pour la patrie ?". 

(...attention, ça peut tacher un peu.)

Mourir est déjà bien assez désolant comme ça, alors mourir pour un bout de terre dont un rentier croulant me refuse systématiquement à la location une infime parcelle (mal entretenue) si je ne lui présente pas 4X le montant du loyer en revenus...  plutôt crever. Avant de de s'étriper pour la patrie, pensons déjà à vivre pour améliorer la société.

Récemment, je m'engueulais comme souvent avec un type me reprochant d'être de gauche. Mon principal grief : vouloir "changer le monde" (sic). Je lui répondais que non, connard, je veux juste en finir avec les situations d'injustices dans mon immédiate proximité. Il n'y a aucune idéologie là-dedans, vois-y, au pire, une simple recherche de mon bien-être personnel. 

Je lis souvent que gauche et droite sont identiques (test efficace pour identifier quelqu'un qui, au final, s'abstiendra ou échouera à droite). Il existe pourtant une vraie ligne de démarcation plus visible que jamais entre fatalisme et progressisme. Entre les indignés et les résignés. La grande force des gouvernements successifs est d'avoir rallié les victimes à la raison du bourreaux (en détruisant par touches plus ou moins nuancées, culture, mémoire, sens critique, sens du collectif au travail et solidarité au quotidien)

Etant entendu que le mode veille de ce système est le maintien d'un climat de peur, ceux qui tirent leurs marrons d'une époque de crise (pouvoir ou rente ou les deux) disposent de deux leviers pour ramener les peuples à défendre leur cause à l'approche de l'échéance électorale

- Quand ça ne va pas encore trop mal, ils promettent "plus d'argent" et plus d'invidualisme à l'individu.
- Lorsque ça sent le dépôt de bilan, ils désignent des boucs-émissaires et tentent de réunifier les déshérités sur une cause suprême liée à des figures ou des traditions qu'ils se réapproprient à moindres frais. 

Problème technique à droite : comment brandir de l'unité et du drapeau pour faire oublier la pauvreté quand on a passé son quiquennat à vanter le consumérisme, le chacun pour soi et la perte de souveraineté  ?

Au moment où Mariton branle du patriote, le gouvernement augmente les tarifs des mutuelles de santé de 3.5% et cette Europe (imposée contre les peuples) allège son plan d'aide alimentaire de...75% (pour économiser quelques dizaines de millions d'euros sur un an alors qu'elle trouvait en une nuit quelques centaines de milliards pour renflouer les banques). Demandons donc au député s'il est prêt à sacrifier ses 5000 euros mensuels pour pondre des idées à la con afin que son prochain mange mieux et soit correctement soigné ?
*
Article connexe :
Un peu de volonté, que diable !

Sont également interrogés : NicolasDagrouikMelclalexRomain Blachier

20 mars 2011

La guerre S1E1

par
"Quand on ne croit plus à rien, rien de tel qu'une bonne guerre" disait ma grand-mère. Celle-ci est  télévisée entre Carré Viiip et Top Chef.  Elle a pour le moment la forme de discours ronflants. On y est bien à l'abri des bombes, on y joue le rôle des pacificateurs. 

Les entrées en guerre comme les victoires en foot me donnent de l'urticaire. Elles libèrent des radiations de chauvinisme dans l'air et mon compteur Gogol passe en Defcon 1. Avec le temps, j'ai appris à ne pas trop le crier sur les toits. Dans les périodes de morosité sociale et économique, il reste des domaines avec lesquels il ne faut pas déconner : drapeau, ballon rond et religion, en gros ce qui donne à l'occidental déboussolé, espoir et réconfort. 

J'ai donc éteint la télévision pour quelques jours, lassé par avance des déluges d'"offensive en Libye" avec infographies commentées par l'amiral Monzgègue et jingles anxiogènes entrecoupés de pubs pour des Seat à crédit et monte-escaliers pour seniors. 

Au lendemain du vote de la résolution de l'ONU, je restais dubitatif devant les réactions enthousiastes des anti-Monarque de la première heure. Cette euphorie patriotique au prétexte que notre président aurait impulsé quelque chose ? Fadaises. L'Amérique vise le pétrole et a laissé le troll, trop content, porter le chapeau de l'opé. Notre Monarque se soucie du sort des libyens comme de sa première Rolex : durant un laps de 20 secondes séparant le désir de l'acte d'achat. Il voit là l'opportunité d'un coup double : sortir les bijoux de famille (le porte-avions à 8 Milliards au nom du Général dont tout le monde se revendique et les Rafales français - pléonasme - du fils Dassault[1]) pour satisfaire un électorat chiffonné par son manque de carrure et les impôts qui augmentent, tout en passant pour le bon samaritain du monde arabe.

- Mais enfin t'es fou, il en va de la vie des insurgés libyens !

Comment s'y opposer ? J'entends bien. C'est là le piège de ces situations sans nuances, privilégiées par notre Monarque : "Soit t'es avec moi, soit t'es contre moi. Et moi, dans ce cas-là, malgré mon impopularité au top, je suis La France".  

Je n'oublie pas que la planète est un all-you-can-kill buffet permanent qui nous autoriserait tant d'autres "frappes ciblées" (aka patatages qui font des morts). Je n'oublie pas le pataquès afghan dans lequel nous sommes toujours embourbés. Je n'oublie pas ces JT d'enfance où l'on nous alertait déjà sur les dangers de l'odieux Kadhafi[2]. Pourtant, j'étais encore prêt à me rallier aux "forces du bien" 2.0 accordant une légitimité à cette intervention puisque des pays arabes (par ailleurs massacrant aussi de leur côté) y participaient. Seulement voilà, aux premiers bombardements, le soutien se lézarde.

La bombe-party va-t-elle tourner au feuilleton sans fin avec d'embêtantes conséquences (morts de soldats, de civils, d'enfants, retour du terrorisme) ? D'autant qu'instrumentalisées à souhait, elles peuvent bien faire l'affaire de notre Monarque. J'ai quelques craintes vu les références occidentales dans le domaine.

Enfin je peux me tromper, et je le souhaite.

En attendant, je m'en retourne aux sages paroles des anciens, en l’occurrence ma grand-mère, toujours elle. La brave disait :  "C'est plus facile de faire sortir le dentifrice du tube, que de le faire rentrer dedans."

Et puis, elle interrompait la conversation, reprenait sa télé-commande pour regarder son feuilleton. Elle se régalerait aujourd'hui avec cette TNT qui porte si bien son nom : du patriotisme en barre avec de la guerre "en live", et en HD, à commenter toute la journée.

* * *

[1] que son Papa appelait "l'idiot". in "Histoire secrète du patronat" de B.Collombat, D.Servenay  Ed.de la découverte. 

[2] Faut croire qu'on lui a trouvé des qualités pour le laisser au pouvoir 42 ans, malgré son body count. 

8 février 2011

La belle du "vrai visage de la guerre"

par
En 2011, le média télévision perd de sa superbe et de ses parts de marché, odieusement attaqué sur le front de l'info par des fuites wikileaks, des warlogs et autres séquences-choc de youtube filmées par des amateurs au coeur des révolutions. Sa messe du soir devait réagir avec ce qu'elle sait faire de mieux.
- De l'information ?
- Nan, de l'image. 
Ce 7 février 2011, pour les presque 10 ans de la chute des tours du World trade center, Laurence Ferrari promet à ses fidèles[1] de leur montrer "le vrai visage de la guerre" en Afghanistan
LAURENCE FERRARI
"- Attention certaines images peuvent choquer les plus sensibles d'entre NOUS" (sic).
(N.B : la version internet est précédée d'un spot pour un jeu sur console PSP et de la bande-annonce du film Largo Winch 2 avec Sharon Stone.)

Acte 1 : sur le terrain.
Reportage au coeur du conflit afghan. Malgré les 4000 soldats français qui y sont impliqués (pour rien), les deux journalistes vont s'"embedded" avec des soldats américains. Ils ont le sens du spectacle ces gens-là.
La vie sous les tentes US dans l'erg afghan. Voix-off monocorde (ça sent la drame). Le journaliste nous invite à suivre le quotidien d'une unité de GI faisant face à "la sale guerre" que lui oppose "l'ennemi taliban" a.k.a "les insurgés" sur la base de "deux techniques réprouvées par les lois de la guerre", attentats suicide et mines antipersonnel.
-  Salut moi c'est Michel, journaliste.
- Salut moi c'est Allen, sergent, 32 ans, père de deux enfants qui vivent à 10.000 kms de là.    
L'opé' du jour : patrouille d'observation d'un village. Pas de bol : les insurgés ont généralement le soutien des populations locales. Ce qui, au bout de dix ans de présence sur leur sol est pour notre coalition, au minimum et attendant pire, un échec total. Mais pas le temps de faire la psycho de comptoir, y a une bataille à gagner...
Le sens de l'image j'vous dis, ils embarquent même des caméras sur eux comme dans Call of Duty.
Truc à savoir : L'armée américaine est à cheval sur la com'. Si la notion d'"embedded" prête à confusion (on flirte avec le film publicitaire), ne pas être "embedded" expose le journaliste à prendre une balle dans la tête de la part des alliés. Deux confrères français sont retenus en otage depuis 400 jours dans la région, ce qui doit faciliter l'option "embedded".
Suivent deux minutes de progression en tranchées et d'observation depuis un talus. Bon. Il ne se passe rien. Et pourquoi donc La première compagnie fait-elle des sujets de plus de 6 minutes maintenant ? Et sans Le Monarque en plus ?
Krapaboum ! Le sergent Allen saute sur une mine, pile dans l'axe de la caméra. Hurlements. Panique et confusion. Zoom avant. Zoom arrière. A terre, le soldat hurle dans un nuage de poussière. On entend des "freakin'" et des "fuck". Place à la VO sous-tirée en plan séquence. Le reportage prend une autre dimension et trouve enfin sa justification : l'image brute d'un militaire aux membres arrachés (on ne distingue rien) dont le commentaire souligne qu'au milieu de l'attroupement, il continue à donner des ordres à son unité.
 
- Merde Michel, t'as tout raté ! Heureusement, c'est dans la boîte. 
- C'était qui ?
- Allen, le mec de 32 ans père de deux enfants à 10.000 kilomètres de là.
- Quelle connerie la guerre... 
- Tu l'as dit man, mais on a encore le temps de s'improviser une petite mise en situation avec ma tronche pour un épilogue à la Ushuaia.
- Tu te rends compte, on est passé à ça de la mort...
- Ouais, c'était extrême dude !
- Tu crois que la prochaine fois, ils nous laisseront filmer des victimes afghanes ?
Conclusion crépusculaire sur du Jean-Jacques Goldman  :
 " - Depuis le début de l'année, 30 soldats de la coalition ont été tués. 25 l'ont été par IED."[2]

Acte 2 : en plateau, la cellule psychologique.
Apologie de l'engagement militaire ? Soutien de l'action de la coalition ? Prélude à l'intervention télévisée du Monarque qui dans trois jours reviendra sur le sujet ? Le débrief des journalistes nous éclaire...
 LAURENCE FERRARI 
"- Comment expliquez-vous que vous ayez réussi à tourner, à continuer de faire votre métier..."
Et les journalistes de détailler le making-of... Il ne s'agissait ni d'un soutien, ni d'une condamnation du conflit mais bien, par cameraman kamikaze interposé, d'une opé' marketing sur le renouveau de l'information sur Tf1, la seule chaîne qui vous livre le "vrai visage de la guerre" (qui serait probablement resté dans les cartons s'il n'y avait pas eu un boum au bout). Si, au bout de dix minutes, j'ai bien compris que le chasseur d'image est un type courageux, force est de constater que je n'en sais pas beaucoup plus sur le pourquoi de notre présence en Afghanistan...

Laurence s'enquiert de l'état du sergent aux jambes emportées dans le flux des images. Là, suivant que tu regardes la séquence à la télé ou sur internet, tu auras deux bilans de santé : 

- La version soft diffusée au JT où M.Scott répond qu'Allen a pu "garder son bras droit" et a été "amputé très haut" à 24.30 sur ce lien.
- La version clinique (version longue de l'interview sur le site TF1news) où M.Scott répond qu'Allen "a été amputé des deux jambes très haut" à 7.00 sur ce lien.

Ce n'est pas un montage, la réponse a bien été tournée deux fois. Comme quoi, la télé-réalité ne l'est pas toujours tout à fait. 

* * *

[1] Ils étaient pas loin de 10.000.000 (soit l'équivalent de la population tunisienne) à regarder la bouse de Sophie Marceau, coupée à deux reprises par la publicité, dimanche soir sur la même chaîne.

[2] IED = mines. Il y a eu "environ" 1000 soldats américains et 7000 civils afghans tués.

Illustrations : TF1.fr , wat tv

1 mars 2009

Quand le roi foire

par

Bientôt deux ans de règne du héros réformateur de la modern politic qui allait sauver La France prise en otage par l'héritage de 68. Résultat : Une croissance négative, une hausse record du chômage, une classe moyenne défoncée, des milliards dilapidés pour sauver les amis banquiers... Et la sale histoire n'en est qu'à son début.

Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes:
Ce beau matin de mai 1993, je découvre les images (déjà sur la première compagnie) du jeune maire de
Neuilly-sur-Seine sauvant un enfant des griffes d'un Human Bomb à qui il a promis qu'ils pourraient être amis et qui sera neutralisé d'une balle dans la tête quelques heures d'après. J'ai la conviction qu'un jour, le héros du flash spécial, occupera la plus haute des fonctions.

Quatre ans plus tard, un matin de janvier 1997 suite à ma rencontre musclée avec la police municipale de la même ville me molestant au prétexte que j'avais une caméra à la main dans la rue des riches et pas de carte de presse, je suis soulagé que les méthodes utilisées les nervis de la mairie (sous le choc, je mis quelques minutes à saisir qu'elles étaient totalement illégales) ne soient étendues à la nation.


2005, coup de Karcher chez les pauvres, j'ai la certitude qu'elles vont finir par l'être.

Début 2007, je ne ménage pas mes efforts pour alerter des dangers économiques qu'impliquerait pour la plupart de ses électeurs, l'investiture au pouvoir suprême du représentant de commerce des puissants.

Mai 2007, rendez-vous avec le grand dégoût.

Puis, très vite,
sur la base de signaux monarchiques relayés par une presse de palais qualifiant jouissance, horlogerie ostentatoire, inconséquence et suractivité de coup de jeune pour la fonction présidentielle, je retrouve la niaque nécessaire au cassage du cabot nabab.

A partir de la fin 2007, les électeurs des couches populaires, extasiés d'hier, ne cessent d'être déçus. Ils seront surpris sur la forme (exemple : un mannequin milliardaire à Eurodisney là où on pouvait s'attendre à une présentatrice à nom de voiture de luxe au Parc Astérix) mais le fond du programme est respecté :

Consolidation du communisme des possédants.


De la mi 2007 jusqu’à la fin 2008, j’accompagne dans la joie et la bonne humeur littéraire les escroqueries du vainqueur, sa kermesse gesticulante tapissée de bon sens et de costards trop grands, ses humeurs de Bad boy, ses risibles démonstrations de force sur la scène internationale, ses soubresauts en jet de Vierzon à Melun et du Guilvinec à Saint-Lô, les insultes envers ses ouailles et les rebondissements quotidiens des polémiques lancées le matin et démenties le soir par ses sbires zélés[1] maniant goguenards de la nitroglycérine idéologique avec la complicité des radios périphériques.
Fin 2008, il me semble que j'ai fait le tour de l'homme qui voulu être roi. Je calme la cadence des plaidoiries. Démonstration est faite par l'intéressé : Monarque d'opérette, il se révèle président pitoyable. Il se fera bien plus de mal tout seul que je ne pourrais lui en faire.

Pourtant
, les rares fois où je supporte plus de dix secondes de voir le héros s'agiter sur l'écran, reste ancrée cette viscérale sensation qu'à travers lui, une sombre destinée attend les Français.


Dans l'épisode de cette semaine :
Février 2009, chaque titre de l'actualité le concernant confirme à la nation américanisée que celui qui s'autoproclame omni-président n'est ni De Gaulle ni Jack Bauer mais plutôt de ces personnages quelque part entre Kinski en Aguirre et la tête-à-claques de Junior le Terrible qui sont du genre à emporter avec eux leur pays-jouet à l'enfer des enfants gâtés.
Pas loin de deux tiers des français et une partie de son camp partagent mon opinion. Le reste se scinde en deux : Les riches et les crétins. Ceux-là ayant comme ultime argument qu’avec l'aut' folle ce serait pas moins pire.

Les constats s'imposent, cinglants. Du pouvoir d’achat, de la croissance et du travail, ce président a tout foiré.[2]

Ajoutons à l'incompétence, la lâcheté et le mensonge et le portrait de l'autocrate se complète, façon caricature, sous les regards abattus des ravis du 7 mai.

Certains purent se hasarder à penser que la crise, cette méchante épidémie venue de l'étranger, révélait ses qualités du leader. Les mois s'enfilant dans le gris et la crise s'enfonçant dans le concret, l'omni-bande-annonce révèle jour après jour à l'opinion publique les limites de son seul logiciel d’analyse :

Protégeons mes copains les blindés et sacrifions les cons[3].

Seulement voila, l'update vérolé par les bugs n'en finit plus de planter le système (scandaleusement installé par défaut sur toutes les machines).

En titillant sans trop la brusquer la France du milieu, je constate qu'au regard de la destruction progressive de ses perspectives promises (à savoir thune, toit et boulot garantis à vie et toujours plus gros) encore deux ou trois boulettes présidentielles sur fond de baisse des salaires et elle sortira les couteaux. Dans les conversations son nom n'est pas mentionné (et pour cause il y a 18 mois ici bas on le vénérait) mais il est là, omni-pesant dans l'air comme l'annonce d'un ouragan.

Au rythme des déconvenues économiques et des décisions impopulaires, la cohabitation d'un pouvoir qui se voit, comme ce matin de mai 93, en sauveur d'une fiction
fabuleuse mais abandonne ces sujets à leurs ternes réalités[4] va devenir problématique, voire dangereuse pour l'omni-dépassé.

Ne lui resteront bientôt que deux modes opératoires pour, encore, tromper la rue et se maintenir au sommet
[5] :

- Criminaliser l'individu. De l'interdiction de la cigarette au crime de lèse-internet en passant par les caméras de surveillance ou la dénonciation de son voisin donneur de fessées, le tout noyé dans une surabondance répressive, le quinquennat aura au moins accompli une chose : L'avènement d'un état policier.

- Impliquer l'individu dans une guerre (urbaine ou externe) qui transcende ses malheurs domestiques tout en re-calibrant la nation sur une dialectique simpliste et bipolaire.(- Bah oui con, si t'es pas pour la guerre, t'es un ennemi de la nation.)


Dans le prochain épisode:
Comme disait ma grand-mère en 1980 face à la montée du péril socialiste chez les jeunes à cheveux longs écoutant du Renaud : Il leur faudrait une bonne guerre[6].

En accord avec la logique du système d'exploitation définie plus haut, d'un point de vue de management en ressources humaines, pour l'entreprise France, la bonne guerre a des avantages :

- Sacrifier au front les inactifs et l'embarrassante jeunesse surdiplômée ne répondant pas aux attentes du marché (à savoir être des esclaves sous-payés).

- Détruire et préempter le marché de la reconstruction. Et derrière, remettre au travail les survivants. Croissance accomplie : Regain de popularité pour le chef des armées.

Promis que nous sommes aux charrettes de 90.000 nouveaux chômeurs par mois, en pleine déconfiture des industries à papa, avec un immobilier en chute libre et la cascade des liquidations de commerces, chahutés par des marchés tourneboulés et des banquiers indécents, agacés par ces bataillons d'imbéciles heureux qui au milieu du chaos trouvent que c'est génial tous ces prix pas chers, encadrés par les rabatteurs du guide débitant décontractés de l'abjecte à longueur d'ondes, le tout quotidiennement aspergé d'essence par un pompier pyromane promu président par des cupides cocufiés : Voilà, je le crains, l'heure tragique à laquelle au premier prétexte passant, il faudra prochainement réajuster nos montres made-in-china.

La sophistication apparente de notre époque ne garantit en rien sa modernité. Elle permet juste à la barbarie d'être plus performante.

Forts d'une minutie et de témoignages bouleversants,
les livres d'histoires détaillent toujours un demi-siècle trop tard, ces mécaniques du pire qu'aucun contemporain ne voulait alors voir. Reste à l'histoire en marche, c'est à dire à toi, à moi et à lui, de décider : Qui détruira qui le premier ?

* * *

[1] Ils sont déclinables en 5 catégories, avec possibilité de cumul : Les fous furieux, les idiots du village, les témoins de Jéhovah, la caution quota, les traitres décrédibilisés. Catégorie subsidiaire : Les hommes de l'ombre.

[2] Étant à la fois un supporter de la décroissance et de la dépénalisation idéologique de la glande, je me réjouis de la destruction progressive des valeurs référencées par celui qui en avait fait son crédo.

[3] Définition du wiki-lexique-libéral des merdes bronzées : " - Ceux qui n'ont pas de Rolex."

[4] Depuis 6 mois, pas une journée à Paris sans sa manifestation (à la médiatisation inversement proportionnelle à la force policière déployée).

[5] C'est désormais l'endroit où il est le plus en sécurité. Son espérance de vie dans un environnement non-MAMisé ou non préalablement décoré de supporters encartés, étant au mieux de deux minutes.

[6] Mamy gardait un tragique souvenir des années d'occupation. Le plus déchirant des drames fut ce cruel matin de Mai 42 où elle fut contrainte à nouveau de changer de régime, et de passer des topinambours aux rutabagas.

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