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18 juin 2012

Editocrates au bord de la crise de nerfs

par
"- Ils n'ont pas dit la vérité aux Français, les Français ne voulaient pas entendre la vérité : c'est ca la vérité." 
Franz-Olivier Giesbert,  vérito-maître. France 2. 17.06.2012 à 23h

Sur les plateaux de télévision, la gauche qui gagne des élections, c'est toujours un peu une anomalie teintée de frissons et d'incompréhension. Pourtant, le PAF devrait s'y faire depuis 2008.

Qu'à cela ne tienne abruti d'électeur. Oublions l'anicroche démocratique. Ce soir sur le service public, après la soirée électorale et l'annonce du tsunami rose, on va faire oeuvre de pédagogie.  

Thème du débat : "Et Maintenant ? France, l'heure des choix" (à 2 h 35 sur ce lien)

6 "experts" sont conviés par David Pujadas et Elise Lucet pour disserter en toute libéralité, dans un after d'anthologie au club des TINA tourneurs, sur la politique que doivent désormais suivre gouvernement et assemblée. Bref, oublie son succès et sa majorité absolue, il s'agit de te marteler pourquoi la gauche n'a désormais d'autre alternative que d'appliquer... une politique de droite.  

(- "- Restez sur France 2. On va tout vous expliquer de cette victoire en trompe l'oeil des socialistes. On va dire du mal de Mélenchon et François Lenglet a amené du papier et des crayons de couleur".)

Pujadas annonce la couleur: "- C'est maintenant un double moment de vérité [parce que jusqu'ici la victoire toussa, c'était de la science-fiction]. Pour la France, parce qu'un d'un point de vue budgétaire, il va falloir annoncer des décisions, des hausses d’impôts, des économies peut-être. Parce que du point de vue de la zone euro, c'est aussi un moment de vérité avec ce couple franco-allemand en difficulté qui doit trouver un accord d'ici 10 jours". [Je n'ai pas le souvenir d'un tel accompagnement de texte au soir de la législative de 2007, avec 5 experts de gauche expliquant en plateau comment Sarkozy allait pourrir la croissance en multipliant les cadeaux fiscaux aux riches mais bon je suis probablement dans le "déni" pour reprendre le mot star du débat à venir].

Voilà le décor dressé. Faites entrer les accusateurs : 

Sophie Pedder, éditorialiste à The economist (pas vraiment Fakir au niveau de la ligne). François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM business (dont on se demande, alors que sa chaine fait une soirée spéciale au meme moment, pourquoi il est systématiquement présent sur le plateau du service public dés que ça cause politique). Eric Israelevitch, directeur du MondeJean-François Khan, journaliste qui nous avait annoncé qu'il abandonnait sa carrière. Bernard Maris, journaliste, économiste et membre du conseil général de la Banque de France, et le BHL de l'économie, cet inénarrable Franz-Olivier Giesbert surnommé "Le foufou de la Villa Montmorency". 

Par chance, l'équipée des X men est soulagée. L'envoyé spécial à Athènes nous annonce en préambule que la menace du super vilain gauchiste est écartée au terme de l'élection grecque ayant lieu le même jour. 

NOTRE HOMME A ATHÈNES
"- Le principe du plan d'austérité ne sera pas remis en cause".  

PUJADAS en plateau
"- On se décontracte un peu à Bruxelles"

L'autre correspondant à Bruxelles ajoute à son tour qu'on évite ainsi que la Grèce sorte de la zone euro. Première contre-vérité de l'explication de texte à destination des gueux puisque en cas de victoire de Syriza, il n'était question de sortir de l'euro mais bien d'annuler les mesures d'austérité (baisse du salaire minimum et privatisations).

("- Mortels de France, vous êtes si risibles. Mouhahaha !")

Allez zou! Ne perdons pas temps dans le recalibrage de tes espérances. On part sur les chapeaux de roues avec François Lenglet : 

"- Si on veut tenir les objectifs de Bruxelles, et bien il va falloir couper dans les dépenses publiques, soit retarder dans les promesses". Bien sûr, tu auras compris que, malgré les apparences et tes capacités intellectuelles limitées d'électeur socialiste, Lenglet ne s'adresse pas aux politiques.... mais bien à toi le naïf, le lâche, le feignant, bref le français.

( "- En vérité, je vous le dis : nous allons tous mourir !
- Oui, mais nos téléspectateurs veulent savoir. Qui va mourir en premier ?")

Quant à la victoire de Hollande, Eric Israelevitch souligne un détail fâcheux : "- Il a un problème c'est qu'il est socialiste et que les principaux dirigeants de la zone euro sont des conservateurs".  L'Europe se limitant bien sûr à l'Allemagne, le pays du "verboten" où il n'y a d'ailleurs pas non plus d'élection l'année prochaine avec une Merkel risquant de se faire botter . 

Question d'Elise Lucet que décidément je préfère dans Cash Investigation

"- Est-ce que cette victoire du PS n'est pas à double tranchant, parce que de fait, en ayant les pleins pouvoirs, ils sont les seuls responsables de ce qui va arriver ?" [comprends que l'on s'offre probablement de meilleures conditions pour appliquer une politique socialiste, en partageant le pouvoir avec la droite. Je t'ai dit, ce soir c'est pédagogue à mort.]

FOG, nuancé comme un coup de fil de Morano, redéfinit le cadre du débat au cas où, au bout de 5 minutes de bourre-crane à la sauce rigueur, on l'aurait oublié:

"- C'est un problème cette victoire [...] c'est un plébiscite pour François Hollande" [Même s'il fait tout depuis le 6 mai, pour lécher les pompes du nouveau président on comprend que, fondamentalement, toute cette gauche au pouvoir gène un peu au niveau bancaire le chef du Point] "- Y'a un risque de Montgolfie [Et dans le domaine, FOG est de précieux conseil] "Le problème c'est qu'on ne peut pas attendre. [...] Donc, il faut prendre maintenant toutes ces mesures qui n'ont jamais été annoncées [...] Je suis inquiet de ce résultat parce qu'une victoire aussi nette ne donne pas des idées claires."

("- Quoi des élections ! Où ça des élections ? Tu me cherches ?")

Résumons les bases du Fogisme pour ceux qui auraient été absents les 30 dernières années: " 'sont aveugles les Français qui votent à gauche. Mais c'est pas grave, parce qu'être à gauche de nos jours, c'est impossible. Je ne cesse pourtant de leur rappeler, mais ils ne m'écoutent pas. En plus, Hollande va croire que les Français ont voté pour ses idées alors qu'ils ont voté pour lui. Mais Hollande, en plus d'être socialiste, est français donc doublement aveugle. CQFD"

Tandis que chacun en plateau rend hommage à la couverture de The Economist sur la France dans le déni, le duplex à Athènes nous rapporte les premiers mots du vainqueur de droite de la soirée aux élections hellènes, Antonis Samaras:  "ce vote est en faveur de la zone euro".

Et FOG, émoustillé, d'embrayer aussi sec : "- Le problème des socialistes c'est qu'ils sont dans deux dénis". 

1er déni selon FOG : on ne peut pas augmenter les impôts "qui ne vont pas donner grand chose, donc il faut réduire les dépenses" [En décodé : touchez pas à mon pognon, mais mangez plutôt votre main]. "2e déni : On fait croire que c'est à l’Allemagne de changer de politique, c'est une insulte aux français". Peuple ou économie personnelle, FOG est intransigeant, refusant que ce soit ceux qui ont de l'argent qui payent, se découvrant une soudaine âme teutone, histoire de se protéger fiscalement. Pour notre "expert" a deux doigts d'aller éditocrater sur la ZDF (ce qui nous ferait des vacances) : seuls les pauvres et les déjà endettés doivent payer. On saluera son réalisme comptable dans le domaine de la sauvegarde de la rente et des inégalités, mais l'on se demande la pertinence de l'inviter systématiquement sur un plateau pour parler à des spectateurs qui ne sont, à 99,9%, pas de sa classe sociale. 

Du déni à l'austérité obligée il n'y a qu'un pont que l'éditorialiste de The economist se dépêche de franchir en brasse papillon sous les regards subjugués des apôtres du masochisme économique pour les autres: 

SOPHIE PEDDER
"- Je pense que les Français n'ont pas été préparés pour les décisions qui vont être très difficiles. [...]  les français ne sont pas vraiment pas prêts pour des décisions qui vont être dures, difficiles, douloureuses, et on voit un élément d’austérité qui va s’imposer aux Français alors que les Français n'ont pas élu un président pour leur imposer des mesures d’austérité"...

The economist, rappel.

Vous avez compris "les Français" : non seulement vous votez mal, mais vous coûtez trop cher. Heureusement que la réalité va se charger de vous remettre dans le droit chemin.

(" - Je constate avec plaisir que la parité est respectée. Tous les sexes du libéralisme sont représentés sur ce plateau. La vérité, ça fait plaisir à voir une telle harmonie sans contradiction")

Et Pujadas de se tourner vers Bernard Maris "qui fait toujours entendre une petite musique différente" [comprendre : c'est la seule personne un peu de gauche sur le plateau] 

DAVID PUJADAS
"- Est-ce qu'il faut s'attendre à se serrer la ceinture ?"

BERNARD MARIS 
"- Est-ce qu'on peut dire aux Français que tous les pays viennent de payer leur croissance à crédit par une grosse baisse du pouvoir d'achat ? ... Ma réponse est non." L'économiste rappelle que les Allemands sont les principaux bénéficiaires de la zone euro. Ce à quoi j'ajoute, qu'ils vont au-devant d'un problème démographique majeur (dans un pays baignant tellement dans l'opulence et de bonheur qu'il ne fait plus un seul enfant) et qu'ils seraient les premiers perdants d'un éclatement de la zone euro.

Crash system.

Tant de germanophobie c'en est trop ! FOG sort son fouet et sa planche à clous :

"- Les Allemands ont souffert, ils en profitent aujourd'hui" [comprendre : Les FOG allemands en profitent, sinon les autres peuvent se fader des jobs à 1 euro par jour, avec un moral en baisse  une explosion des temps partiels et du stress. Sûr qu'ils sont compétitifs ainsi.] 

(" - Merci Bernard. On t'invite et tu casses l'ambiance avec ton optimisme à la con ! Et ne m'appelle plus jamais Franz !")

15 minutes. La fin du débat approche. Allons à l'essentiel:

ELISE LUCET
"- Les mesures d’austérité sont-elles inéluctables ?"

FRANÇOIS LENGLET 
"- Ça parait quand même très, très, très probable

L'émission gagne en intensité, nous cernons le coeur nucléaire du problème, l’effort pédagogique post-électoral de France 2 va porter ses fruits :

DAVID PUJADAS
"- Les Français sont-ils prêts a accepter une baisse de pouvoir d'achat ?

FRANÇOIS LENGLET
"- Ils n'y ont pas été préparés par la campagne électorale.... Pour autant, nécessité fait loi." [Décidément, ce Lenglet est plein de ressources lexicales. Après le "très, très, très probable" notons cette autre variante du "il n'y a pas d'alternative"]. Il va falloir faire des économies." [Nous  rappelons toutefois à François Lenglet que, malgré les apparences, les Français n'ont pas voté pour lui].

("- Voyez comme c'est simple. L'économie est une science exacte.")

DAVID PUJADAS trépigne d'impatience à l'idée que les socialistes trahissentévoquant "le tournant de la rigueur" en 1983 : 
"- Est-ce qu'il y aura un tournant économique et donc politique ?" 

FRANÇOIS LENGLET
"- Sans doute. La longue campagne se termine ce soir. Demain c'est le retour à la réalité. [...] Les attentes des Français ne sont finalement pas démesurées, tout le monde comprend bien la réalité de la situation. Il faut simplement trouver la trajectoire."

Jean-François Khan, sortant de sa sieste, rappelle à juste titre qu'en Grèce et en Espagne, l'austérité coûte plus qu'elle ne rapporte. Personne ne semble avoir entendu. Hop. Retour à la parole divine de  Bruxelles, rendue difficile à contredire par la liaison satellite, et en même temps il n'y a personne de présent ce soir pour la contredire.

DAVID PUJADAS
"- A quoi on s'attend finalement à Bruxelles lorsqu'on voit la France et les élections, sur la politique à venir ?"

NOTRE HOMME A BRUXELLES 
"- ... On a un peu le sentiment que La France se considère comme une île assez déconnectée des réalités économiques qu'il y a un peu partout dans l’Europe et dans le monde. Parce que si vous regardez tous les grands pays qui nous entourent ils ont tous fait des plans d’économie qu'en France on n'a pas fait. [...] On n'est pas forcé de dire austérité ce sont des mots qui fâchent...[par contre "déni" et "réalité", on peut y aller gaiement] Vu de Bruxelles, on montre du doigt que la France a un énorme problème de compétitivité." [comprendre, on donne encore des salaires à des travailleurs idéalistes, qui, en plus de voter, ont des protections sociales]

Tel un Olivier Dassault, magnanime fils d'héritier multi-millardaire et au passage élu député, qui nous parle défense des classes moyennes dans le dernier Valeurs Actuelles, FOG relativise:

"- C'est pour ça que je crois qu'il y aura forcement un tournant ... Il faut préparer l'opinion, pour l'instant elle a pas été préparée."

A ce stade, une seule chose est sûre: Franz-Olivier Giesbert n'est pas préparé à payer plus d’impôts

SOPHIE PEDDER passe la 16e couche 
"- ...La France ce n'est pas une question d'austérité ou de rigueur, c'est une question de compétitivité. Les entreprises françaises n'ont jamais eu des marges aussi petites depuis longtemps. ... Et là il y a des efforts à faire, en terme de souplesse de marché du travail ou la concurrence dans certains secteurs. [...] ce sera difficile pour les Français car il n'y aura pas de choix."

Bon, on fera l'impasse sur les 172 milliards de niches fiscales dont ont bénéficié les entreprises sous le régime Sarkozy, dont 65 milliards rien qu'en réductions d’impôt sur les sociétés, pas plus que nous n'évoquerons la productivité horaire des Français parmi les plus élevées du monde.

Pas le temps c'est fini, on remballe. On aura prononcé 40 fois en 20 minutes, les mots "déni", "réalité" et "compétitivité", dans l'attente des couches suivantes qui seront repassées, par les mêmes, dés l'aube sur les diverses radios puis chez Calvi.

("- Je crois que nous serons tous d'accord ici pour affirmer que les Français ont voté avec leurs pieds et qu'ils vont le payer très cher.")

Petite question que Pujadas aurait néanmoins moins pu poser à son aréopage ampoulé d'experts autorisés prenant leurs désirs économiques pour une réalité, et le peuple pour une incongruité:

"- Si je vous écoute : En dépit de toute la propagande que vous activez depuis des mois d'un plateau à l'autre, la gauche a aujourd'hui tous les pouvoirs. Mais peu importe pour vous, la droite a au fond gagné. N'est-ce pas vous qui, en plus d'un manque flagrant de compétitivité, êtes dans un déni total de la réalité ?"

(merci @zgur_ pour l'illustration)

17 juin 2012

Plus funky qu'un tweet...

par
...ce n'est pas la traduction littérale du morceau qui suit, mais ça résume l'état d'esprit du rédacteur en ce dimanche ensoleillé de 2nd tour des législatives. Avec le concours continu des chaines de soap-info, un sale tweet (dont La France se fout) aura permis à la droite de presque faire oublier que ce soir, la gauche sera majoritaire à l’Assemblée. Enfin, faut il encore aller voter...

Voici "Funkier than a Mosquito's tweeter" tiré du dernier EP des japonais d'Indigo Jam Unit intitulé...  "Rose".  

Comme on dit à droite... Ça déménage.



Bon dimanche et bon vote.

15 juin 2012

Le téléphone rend-il fou ?

par
Invité d'une matinale radiophonique, Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a donné vendredi son sentiment sur la téléphonie mobile. "Le téléphone partout, ça rend fou, surtout pour les hommes publics. On devient très fragile, très vulnérable en se livrant à cet exercice", a-t-il lancé. 

Il a martelé son désintérêt pour les communications téléphoniques entre politiques hors plateau média. "Le problème du téléphone personnel, c'est qu'on est emporté par ses passions, par ses sentiments, dans le flot de messages, de réponses, de réactions. Je trouve ça très dangereux, on devient fou avec tout ça", a-t-il répété. "Mais après, les citoyens ordinaires peuvent faire ce qu'ils veulent".

Henri Guaino voulait bien sûr parler du récent canular téléphonique entre Nadine Morano, candidate UMP au second tour des législatives, et l'humoriste Gérald Dahan, ce dernier se faisant passer pour Louis Aliot, numéro 2 du Front National.

Morceaux choisis :

NADINE MORANO :
"Ecoutez, Mr Aliot, vous êtes très sympathique. Il faudrait qu'on parle de ça à un autre moment, parce que là, je suis en train de faire campagne (...) [Les socialistes] vont nous foutre dans une merde comme jamais. Parce que la droite et la gauche, c'est pas pareil. Ils vont nous mettre le droit de vote des étrangers (...) J'ai pas envie que ça devienne le Liban chez moi", hurle-t-elle.

S'il reconnaît l'intérêt de "maîtriser les réseaux téléphoniques et les SMS" en période électorale comme Nicolas Sarkozy l'avait fait après la présidentielle de 2007 ou face à Benoit XVI, Henri Guaino a expliqué que c'était une affaire de professionnels. "Dans la campagne, il y avait des équipes, tout ça était très maîtrisé", a-t-il commenté, assurant que "Nicolas Sarkozy ne téléphonait pas". 

Pour la substantifique moelle. A l'écoute de cette conversation "off" entre deux figures politiques qui ressemble à s'y méprendre aux conversations de fin de repas dominical des familles de droite dont le point principal d’achoppement n'est pas s'il faut sortir ou non de France les immigrés ou Français de lointaines origines immigrées, mais bien s'il faut ou non que le pays sorte de l'Euro, nos lecteurs ne s'étonneront pas de la convergence des postulats idéologiques des deux partis.

Nous leur rappelons pour notre part qu'il n'y a pas que La Rochelle où l'on vote, et que l'objectif de dimanche est de sortir de la course à l'assemblée le plus de candidats FN ou UMP

Et nos amitiés aux Libanais et Français d'origine libanaise.

Erratum : On m'informe qu'Henri Guaino ne parlait pas du téléphone, mais de Twitter.

12 juin 2012

En finir avec le FN ?

par
Le FN a encore réussi son coup. Avec 13,7 % des voix au premier tour des législatives, il occupe  70% du débat politique dans les médias. Le débat de "Mots croisés" hier soir était à l'image de cette classique hystérie d'entre-deux tours dont au fond UMP, PS et FN s'arrangent bien selon les époques et la géométrie électorale. On y parlait que du FN, sans que son représentant sur le plateau Louis Alliot, ne prononce quasiment un mot.

Arrêtons de chercher des excuses et pleurer à chaque fois sur les résultats électoraux du parti d'extrême droite (sensiblement identiques d'ailleurs) sans décider de rien. 

Soit il est dans le cadre républicain et l'on fait avec (pour le pire et le pire, car avec nos lignes de défense intellectuelle et morale régulièrement défoncées, pas la peine de se tripoter la nouille sur le sujet[1], il finira d'une façon ou d'une autre, un jour aux commandes[2]). Soit il ne l'est pas et on l'interdit une bonne fois pour toutes

Je commence à avoir quelques souvenirs électoraux et constate que c'est régulièrement le même débat à chaque résultat depuis 30 ans. Ça commence par un "oh attention, ils vont voter FN au premier tour, car ils sont trop malheureux" et ça finit par un "défense de récupérer les voix FN au second tour, car c'est le mal !". Le tout se propage mieux dans des périodes de chômage fort avec des potentialités bien plus dangereuses aujourd'hui, la faute à l'inculture généralisée, la fonte des repères historiques et des médias faisant de l'information un soap-opéra sans recul, servant à longueur de plateaux une "dédiabolisation"TM que les spectateurs-électeurs finissent par gober comme aussi crédible, évidente et incontournable que la quotidienne de Secret Story ou le dernier Enquête d'action au coeur des cités de la drogue manipulée par les imams cannibales.

En finir avec le chantage du FN sans interdire le FN ?

C'est possible. En se coltinant un truc tout simple: une action politique forte. Il s'agit de remédier aux conséquences d'une ghettoïsation des classes moyennes inférieures, en périphérie de la société, accentuée par le dogme suicidaire du "tous propriétaires, avec un retour aux services publics, à la même sécurité, à l'éducation et à la santé sur tous les territoires (enfin, je veux dire à moins de 90 minutes de bagnole pour un 1.50 euros le litre). Il s'agit également d'instaurer des conditions d’accès au logement raisonnables dans les villes et dans les zones où se trouve l'emploi (ça c'est pour les futurs votes FN). 

L'autre partie du vote FN (qu'on a tendance à minimiser au profit d'un discours victimaire voire en légitimant la thématique), le bon gros rejet de l'autre, sera plus compliquée à éradiquer. C'est même impossible en l'état actuel du développement de l'homo-occidentalus toujours sous perfusion de 4 heures quotidiennes de télévision où sont valorisées en un cocktail sans relâche peur, moquerie et compétition. En revanche, il faut des barrières, être intransigeant sur la parole raciste (et ça commence autour de soi) et faire scrupuleusement respecter au quotidien le principe de laïcité. Dernier point en large partie fait sur le terrain (n'en déplaise aux âmes qui débitent de la terreur, nous ne sommes pas dans un pays où nous sommes quotidiennement agressés par la religion de l'autre), mais pète de tous les coutures au niveau de la parole, la brillante action du précédent président ayant eu pour principal effet de déculpabiliser les cons d'hurler plus fort que les autres.

Résumons. En finir avec l'omniprésence du FN dans le débat politique malgré ses scores  implique soit:

- d'interdire le FN.

Ou alors...

- Qu'une vraie politique sociale soit appliquée avec un retour à une République ne laissant personne sur le bord de la route au nom de l'économie de marché.

- Que les propos xénophobes et racistes soient plus sévèrement dénoncés et punis et, surtout, qu'il soit fermement réaffirmé dans les médias (tant pis, les talk-radios n'auront qu'à changer de business model) et chez les politiques que, non, tout ne se discute pas. 

Ces deux points imposent une sérieuse discipline aux deux partis principaux. Elle implique que le PS se surpasse dans les résultats, que l'UMP se réinvente dans le projet. Que ce gouvernement ait une action radicale sur la société pour réparer les ravages d'une politique de droite et pacifier le vivre ensemble. Que l'UMP se creuse un peu la tête et cherche une autre planche de salut que le camouflage tricolore de "la France aux français" pour tenter à nouveau d'appliquer sa politique pro-rente.


[1] Le règne de Sarkozy en était déjà une variante.

[2] Pour le moment, ce qui nous préserve d'un plébiscite éditorialiste sur les bienfaits du FN est que celui-ci est pour le retour au franc.

8 juin 2012

La fausse sortie de Sarkozy

par
Après le culte aveugle du chef, on observe désormais une nouvelle pathologie chez les désaxés de droite: le culte du chef qui les a fait perdre. 

Jusqu'à quand l'UMP, courant nostalgique, s'accrochera-t-il au souvenir de Nicolas Sarkozy ? Non, je dis ça parce que là il y'a législatives dans deux jours.

Il faut dire qu'ils sont poussés en cela par une com' de la fausse sortie d'une légèreté de tailleur d'enclumes.

Depuis son retour du Maroc pas une journée où ne se distille sur la forme d’une indiscrétion, d’une initiative d’un de ses proches ou d’une photo pseudo volée, une information sur le président sorti.

Même le clip UMP officiel des législatives, s'articulant autour des images du Trocadéro, mais sans qu'on voit l'ancien président, est tout autant à sa gloire qu'à celui de son axe fétide de campagne. On s'attend presque à un : "je vous ai compris, nous ne sommes pas allés assez loin".

N.Sarkozy avait déclaré en janvier qu'il arrêterait la politique en cas de défaite avant de déclarer qu'il se ferait discret la semaine dernière. Mais, c’est plus fort que lui. Il faut qu’il se montre, qu’il fasse parler de lui dans l'espoir de se refaire la cerise pour nous jouer l'acte II de Rocky. L'homme est rancunier, l'épisode du courrier détruit de François Hollande en est une énième preuve. Un jour proposé pour le prix Nobel de la paix par Eric Raoult (un comble pour celui qui n'aura cessé de dresser les uns contre les autres), le lendemain à la première du nanar de BHL à sa gloire (une belle opération de joint marketing) ou s'entretenant avec Alain Minc (c'est dire si c'est la lose): Sarkoky n'est plus rien, nulle part et donc un peu partout, ne pouvant se résoudre à ne plus être l'épicentre de la vie politique. 

Tandis que l'air de rien, d'une façon "normale" qu'on apprécie ou pas, dans ses pratiques et sa  façon de gouverner, François Hollande efface son souvenir au papier de verre, petit à petit, l'ancien roitelet de Neuilly devient le Vendetta de la politique: un candidat lourdé de la Ferme célébrités, un ange déchu de la télé-réalité, faisant encore la une de JDD avant d'être relégué aux entrefilets people, sas transitoire avant les chroniques judiciaires. 

Malgré une sortie réussie les 6 et 8 mai, le premier mois de sevrage présidentiel est à l'image de son mandat: raté. L'homme est encore victime de lui. Obsolescence programmée dès mai 2007 d'un hyper-présidentTM qui s'est carbonisé tout seul et, j'en suis persuadé, en blâme les Français. 

Va Nicolas, sors d'ici. Enfile ton tee-shirt NYPD et retourne faire du pognon comme tu nous l'avais dit (en seras-tu vraiment capable sans Liliane ?). Fous-nous la paix avant d'être définitivement Bayrouisé. Laisse la droite tranquille. Mission accomplie : tu l'as bien assez détruite comme ça. Comme Blair et Clinton, va faire des conférences à travers le monde à 200.000 euros de l'heure sur la nécessité d'avoir des états moins dépensiers.

Ah oui mais zut... tu ne parles pas anglais.

* * *

P.S: Parait que la campagne législative ne passionne pas. Étonnant pour un scrutin où il y'a presque plus de candidats que d'électeurs. Rappelons les enjeux: Faire gagner la gauche, éviter une cohabitation. Au passage donner une baffe supplémentaire à l'UMP avec une spéciale dédicace pour les têtes de la sarkozie (la carte ici) afin de leur donner ce temps libre nécessaire pour aller soutenir leur star déchue le long du parcours judiciaire qui l'attend à partir du 15 juin.

15 mai 2012

Quelle nouvelle droite ?

par
Scoop en ce jour d'investiture du nouveau président. La leçon de l'élection du dernier scrutin n'est pas la victoire de la gauche. Le militant de droite, qui se découvre soudain une âme de résistant, n'a de cesse de le répéter depuis le 6 mai 20h: Hollande n'est pas légitime. Comme Barack Obama, il n'a jamais été ministre sous la Ve République. Le nul. 

La vraie révélation est que là où ils étaient 18% au second tour en 2002, 48% des Français sont désormais capables de voter pour un projet d’exclusion, xénophobe, allant jusqu'à faire abstraction du bilan merdique.

On pensait La France de centre droit. On la découvre de droite dure

Certes, au milieu des idiots du village prenant au 1er degré l'opportuniste message de l'ancien président, on entendait aussi chez les militants des "oui Sarkozy ce n'est pas Le Pen, il fait semblant juste pour la campagne" validant les deux niveaux de lecture que l'on peut avoir du vote UMP 2012: 

- Ceux qui votent à droite pour défendre la nation en danger.
- Ceux qui votent à droite pour défendre leur pognon en danger en espérant entourlouper ceux qui veulent défendre la nation en danger.

Pour les législatives, faute de programme chez Copé en consorts on ne change pas une équipe qui perd. On agite encore le drapeau tricolore en déplorant un vote communautaire[1], le tri sélectif entre les bons et les mauvais français. Beaucoup d'efforts pour cacher le vrai clivage de cette présidentielle: les rentiers minoritaires ont encore voté à droite, et au passage ont réussi à escroquer idéologiquement des millions de Français (mais pas assez pour l'emporter). 

Car derrière les drapeaux, prompts à filer la gaule aux nostalgiques des colonies, aujourd'hui mis en avant par le parti bleu dans sa course au FN (note que le FN, de son côté vire au "rassemblement bleu marine"), la droite défend d'abord sa thune. Tu n'as qu'à lire la presse immobilière du moment pour capter la terreur du rentier et du propriétaire bailleur (marrant ce sont les mêmes) face au recul annoncé sous le régime Hollande qui mettrait en péril (j'attends de voir) l'assistanat fiscal dont ils bénéficient depuis 10 ans.

C'est là qu'il est dur de combattre la droite. Elle s’exonère de traiter du réel, d'embrasser le présent qui l'entoure ou de faire campagne sur le concret (puisqu'elle circonscrit son projet à la nostalgie ou la peur du futur). Chaque maillon de sa chaîne pense d'abord à ce qu'il peut perdre, non pas à ce qu'il peut apporter ou même à la conséquence de sa cupidité sur autrui. 

Tandis que le FN lisse son image, allant jusqu'à gommer son sigle,  l'UMP en ré-sis-tan-ce veut solidifier son électorat face à un chaos socialiste qu'elle prophétise à grand renfort d'intox (niveau Hollande = fin du calendrier maya) et réduit le discours au plus grand dénominateur commun permettant de cocufier large pour pas cher: le drapeau.

Au-delà des législatives, s'il continue sur cette voie, l'UMP disparaîtra. Dans un environnement culturel infantilisant, avec des médias avalisant jour après jour la thèse marketing d'un FN new-look: si la droite républicaine se vide, l'extrême droite se rempliera. 

Certains à l'UMP en ont conscience (Guaino le confessait durant la campagne présidentielle, mais le culte du chef était plus fort) d'où le trouble du moment entre choisir la facilité à court terme et la fusion idéologique avec le FN, ou prendre à bras le corps la reconstruction d'une force de droite un peu plus humaine (ouais, je sais c'est super dur, mais voilà un vrai travail). Les primaires à droite peuvent jouer ce rôle de redéfinition.

Le premier tour de l'élection présidentielle nous révèle aussi que le discours FN fonctionne sur une part croissante des jeunes (2e position chez les 16/24 ans). L'avenir de la droite se jouerait donc en partie dans la faculté du parti des rentiers et des nostalgiques apeurés à récupérer le vote des jeunes sans plus de mémoire que de culture politique, furieux de ne pas avoir le même standing que les générations d'avant, ou pas au même prix. C'est probablement le point le plus inquiétant (et au passage la démographie observée dans les meetings UMP: des très jeunes et des vieux).

(choisis ton slogan)

Au-delà du rejet de l'autre à intensité variable, la vraie convergence de fond entre le FN et l'UMP est d'abord leur haine du socialisme. Derrière les mots et les drapeaux, les deux ont un dessin libéral et se servent des para-tonnerres "mauvais français" (ce qu'il faut retenir du "choisissons la France") ou "l'assisté" pour le diffuser. Pas besoin de gratter longtemps dans les deux électorats pour observer cette défiance fondamentale contre une "fiscalité étouffante".

Démanteler peu à peu la solidarité au profit de la suprématie du moi, tout en usant de la thématique de la nation forte comme viatique existentiel. C'est ce que l'ancienne droite a fait. Tout indique pour le moment que la prochaine fera de même. Quelle que soit sa teinte de bleu. 

Illustration: Frankenstein Junior, M. Brooks (1975)

[1] Quand bien même on aura eu de cesse de le générer. Et oui à force de stigmatiser à tout va du musulman d'apparence au chômeur qui ne veut pas vraiment travailler, on finit par provoquer du vote de défiance: le français de souche avec arbre généalogique gaulois sur 58 générations et un CDI certifié jusqu'à la retraite (que la droite a cassé) devenant une denrée rare.

12 mai 2012

Le courage calculé de Mélenchon

par
Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont pour les élections législatives dans la circonscription que vise Marine Le Pen.

Phase 1. Quand j'ai eu vent de cette initiative, j'ai tout de suite dit "mais pourquoi ? Il va se reprendre une claque" tout en ayant conscience de l'exposition médiatique engendrée par le duel front contre front pour les trois prochaines semaines. Phase 2, j'ai entendu les critiques "oui, Jean-Luc Mélenchon va faire sa com' en abusant ces pauvres gens", comme si soudainement les coups de communication étaient la spécialité du Front de Gauche et que Mélenchon avait l'apanage de ce qu'un journaliste à paillettes appellera depuis la plage du Martinez d'ici 48 heures, de la "politique spectacle". 
(réaction de la petite cervelle de base.)

Pourtant, il faut y regarder à plusieurs fois.

D'abord le combat des idées. Dans le combat politique avec une droite en cours de recomposition sur sa droite (laborieuse, mais vous verrez on y viendra), chaque opportunité de combat, même symbolique surtout symbolique, doit être saisie par la gauche. Pourquoi au nom d'une "implantation" supposée, faudrait-il laisser la place au Front National dans ce "berceau du mouvement ouvrier français", mais aussi du chômage massif et de la désindustrialisation, et contribuer ainsi au grand feuilleton média-mytho du "vote ouvrier qui appartient au FN" ? (alors qu'ils sont 9 sur 10 à ne pas voter FN)

D'un journal télévisé à l'autre se déroule depuis des semaines la rengaine qu'Hénin-Beaumont est acquise au FN. Il est également étonnant d'entendre de la bouche de ceux-là mêmes qui reprochaient il y a un an le fameux rapport Terra Nova préconisant au PS de laisser tomber les classes populaires de dire que Mélenchon ferait ici une "connerie", guidé par son ego surdimensionné (comme si ses adversaires n'en avaient pas). Garderont-ils la même ligne ultrapure lorsque dans les reportages TV le nom "France" aura remplacé celui d'"Hénin-Beaumont" ? 

Deuxièmement, le combat tout court. Le risque est calculé, le candidat PS local ne part pas gagnant dans cette circonscription où le parti a une mauvaise image. L'inévitable cirque des caméras qui commence aujourd'hui autour du personnage Mélenchon lui donnera un avantage sur le candidat socialiste, le but étant d'avoir son soutien au second tour (peut-être avant) pour incarner la gauche dans sa totalité dans une circonscription où l'UMP fait par ailleurs des scores très faibles.

Quand nous avions rencontré Mélenchon avec les blogueurs il y a deux ans, il nous avouait faire de ces enjeux locaux à forte symbolique autour d'une cible précise (à l'époque des régionales, il visait Georges Frêche du PS) des moments structurants du débat politique. Il avait également ajouté que dans les situations de crise, les gens vont inévitablement vers les solutions fortes, qu'elles soient à droite ou à gauche. Hénin-Beaumont est une ville copieusement ignorée (sauf pour faire des sujets sur la montée du FN) et qui subit la crise depuis des années et à ce titre, Mélenchon pense le combat local des législatives comme la préfiguration d'autres combats à venir.

Ce n'est pas en cédant du terrain aux idées de son ennemi que l'on popularise les siennes. 

11 mai 2012

Mais... La France a choisi

par
Les blogueurs de gauche entrent dans une période de sevrage. Reconnaissons que Sarkozy a focalisé sur sa personne nos colères depuis 7 ans et qu’il a tout fait pour les entretenir. Bunkérisé dans ses certitudes, héros de son monde déconnecté des conséquences de sa politique, il ne s'est juste pas rendu compte qu'à partir de la mi 2010, La France est majoritairement devenue blogueuse de gauche.

Le pire est provisoirement stoppé. Cette première étape du basculement populaire contre la France forte du fric est notre version à nous, par les urnes, des mouvements contestations qui ont parsemé la planète l'an passé. Elle en appelle d'autres et le résultat de l'élection française suscite un espoir par-delà nos frontières.

A défaut de faire son autocritique pour les législatives, la droite se lance dans la critique de gros niveau pour tenter de générer de l'anti-hollandisme. Chercher la petite bête pour savoir qui, du PS ou du PS, a payé le jet pour revenir de Tulle dimanche soir, ou se tripoter la nouille sur le nombre de drapeaux algériens agités Place de La Bastille le soir du 6 mai, c'est oublier un peu vite les fastes instantanés du quinquennat précédent et qu'on a surtout vu dimanche à La Bastille des drapeaux français, ceux de tous les partis de gauche, des affiches payantes de L'express (le seul vrai scandale de la soirée) et que, surtout, on y a chanté La Marseillaise jusqu'à pas d'heure dans les troquets (et j'en étais).

Et que dire du Rioufolique procés fait à Hollande d'avoir capté 93% de l'électorat musulman. Qu'espéraient-ils nos réacs outrés par un communautarisme qu'au fond ils ne cessent d'espérer ? Qu'après avoir passé cinq ans à cracher sur tous ceux n'ayant pas une apparence française à la pureté  fantasmée (et à ce petit jeu, vu et vérifié, on n'est jamais assez français), la droite allait récupérer ce vote ? D'ailleurs, dans ce délire de réduction du citoyen à son culte, j'aimerai savoir le pourcentage d'électeurs n'ayant aucune religion, et si la droite considère in fine que, s'il n'est pas trop catholique, le citoyen ne devrait pas avoir à voter ?

Pour finir sur ces commentateurs chagrins cherchant à faire de l’état de grâce un état de Grèce en appuyant sur le manque supposé de marges de manœuvre de Hollande pour redresser l'économie, laissons-lui le temps d'être en poste avec un gouvernement et une assemblée pour faire ses preuves, en gardant en tête qu'au final, l'époque ne pourra se satisfaire de demi-mesures et de renoncements (et que dans ce cas les blogueurs de gauche seront également sans pitié).

Ne pouvant reconstruire en 5 semaines une identité qu'elle a détruit en 5 ans, L'UMP se lance donc dans la bataille des élections législatives sur la même ligne que celle l'ayant conduit à la raclée. Son slogan France Forte version Copé "ensemble, choisissons La France" est une supplique aux électeurs de Le Pen et, nouveau stade dans la décomposition morale de ce parti, sous-entend que les Français qui ont choisi Hollande ne le sont pas vraiment. 

Bien les gars, continuez à cracher sur le peuple en voulant le diviser: ça vous réussit. 

P.S : sous réserve de mobilisation de l'électorat de gauche aux prochaines élections législatives.

Illustration: Warrior, G.O'Connor (2010)

7 janvier 2012

Charles Beigbeder n'est pas un minable

par
Parfois j'ai l'impression de rabâcher, de m’appesantir en prose sur l'expertise économique des valets omniscients de l'oppresseur qui font passer, d'une chaîne à l'autre, l'application de la barbarie sociale pour de la sagesse sans alternative. Je me dis: "non tout de même, ils ne sont pas aussi caricaturaux". Et, je débusque à la source un libéral de compétition. Et voilà qui me réaligne sur mes fondamentaux.

Enter Charles Beigbeder. Frère de Frédéric, natif de Neuilly-sur-Seine. C'est un beau libéral venant d'un bon milieu et ayant fait les bonnes écoles. Il a crée Selftrade, récupéré les morceaux de la libéralisation du marché de l’électricité pour lancer Poweo (avec laquelle il a empoché 44 millions d'euros en vente d'actions). Il a tenté de prendre la tête du Medef avec un plan pourtant avant-gardiste de déréglementation des embauches et de fluidification des licenciements. Aujourd'hui, en toute simplicité, il achète à tour de bras des terres cultivables en Ukraine (comprendre: se prépare à tirer profit de la prochaine bulle spéculative sur la faim). Du coup, toujours proche du petit peuple, notre président l'a décoré de la Légion d'honneur

Comme tout bon libéral thuné[1], il souhaite se mêler de politique pour s'assurer que la politique, elle, ne se mêle pas d'économie. L'homme aux convictions charpentées (à la fois au Parti Radical et à l'UMP, donc à priori bientôt au Modem) veut se présenter aux prochaines législatives à Paris sous bannière UMP. Ne pas rigoler, avec ce gouvernement, c'est le genre de gus finissant premier ministre. 

Un soulagement pour le président de l'UMP. Tournant largement à plus de 5000 euros par mois, Charles Beigbeder rentre dans la catégorie des élus non "minables" prisée par Jean-François Copé.

Samedi 7 janvier. Charles Beigbeder était l'invité de "c'est arrivé cette semaine" de Dominique Souchier sur Europe1. Après un plaidoyer pour la défense de la TVA antisociale dont notre rentier a le mérite de reconnaître que, bon oui, les retraités et les chômeurs vont la manger plein pot tout en regrettant que ses compatriotes se montrent si pessimistes (que diable, un peu de courage les pouilleux), il revient sur une des propositions de son nouveau livre: la Flat taxLa vieille lubie libérale (qui va de concert avec la TVA antisociale) est d'une redoutable simplicité rhétorique. Elle se sert d'une pseudo "égalité" devant l'impôt pour préserver les plus riches et arnaquer en silence les classes moyennes (qui n'existent pas, nous n'aurons de cesse de vous le rappeler[2]):

Voici un passage de l'émission. 2 minutes 19 de coït libéral où un pan complet du courant de pensée libéral (c'est à dire pas grand-chose) est condensé:

- Puisque l’impôt serait "injuste" au prétexte que "50% des ménages ne le paient pas" (un classique, exciter les fantasmes des pauvres en les divisant) et qu'il serait "complexe", prélevons le même pourcentage des revenus pour chacun (sauf que sur 20% d'un smic, il te reste 800 euros et que sur 20% de 44 millions, il te reste 35.200.000 euros, hein Charlot ?)

- Les riches seraient riches d'abord "parce qu'ils travaillent" (rires) et d'abord "ils réinvestissent" (dans des produits spéculatifs, l'immobilier, la plupart du temps pour finir par nuire à la collectivité)

- Prendre l'argent des riches est "un déni de propriété" (par contre celui des pauvres, on peut y aller, ça s'appelle de "l'égalité")

- Même si les riches ont plus d'argent qu'ils ne pourront jamais en dépenser, c'est pas grave: leurs héritiers le feront. (Ça c'est du ruissellement. Que veux-tu, l'argent ne doit pas être tabou du moment qu'il reste entre gens de bonne compagnie).

- Et, last but not least : l'impôt progressif, c'est un truc de ce socialisme qui conditionne nos cerveaux! (Et il est convenu qu'à l'instar du téléchargement illégal et de la pédophilie, comme on dit en Hongrie, le socialisme c'est le mal). 

Voilà, le monde parallèle dans toute sa splendeur. Régalez-vous!


[1] Il existe des libéraux pauvres. On appelle ça des cons. Double peine: la vie de pauvre standard + une vie à être éternellement frustré de ne pas être riche tout en continuant à défendre l’efficacité de la méthode. 

[2] Schématiques, nous considérons qu'il existe des pauvres, des riches et une pyramide de nuances séparant les deux, dont la base (largement majoritaire) est maintenue dans le camp idéologique de l'élite grâce à quelques sucettes : consommation transgressive, crédit, loto. Quand les sucettes ne sont plus abondantes, rapport que c'est "la crise"TM, le pouvoir branle de la peur, sort l'armée et la police. D'où l’intérêt pour le libéral d'être dans le camp des dominants à ce moment-là. Rapport qu'une fois les questions des droits de l'homme et du citoyen ne sont plus prioritaires, il y'a des affaires à faire.

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