7 mai 2010

[video] Corinne Lepage passe à table

par
Mardi dernier, des blogueurs en bistro rencontraient Corinne Lepage, présidente de Cap21, avocate, ancienne ministre de Juppé, ex-numéro 2 du Modem et membre du groupe "démocrate et libéral" (ADLE) au parlement européen.

Bon... à partir de là, on ne peut être que positivement surpris.

Le point commun des politiques que j'ai croisés, c'est leur faculté à occuper le temps de parole. Dans ce domaine, Corinne Lepage, même avec sa petite voix noyée dans la brouhaha du troquet des blogueurs dévorant leurs entrecôtes, entre les échos de la plonge en cuisine et un vieux James Brown des familles tournant en fond sonore, n'est pas en reste.

Petit détail qui fait la différence : elle répond aux questions, quitte à être bloquée dans la démonstration ou à se contredire (par exemple sur l'Europe qu'elle ne cesse défendre sur l'idée et d'accabler sur ces observations quotidiennes.)

Parmi les thèmes abordés : la 6e république qu'elle appelle de ses vœux, le non-cumul des mandats, la crise grecque et sa propagation au reste de l'Europe.

Pour le multi-cam : rendez-vous chez Nicolas, Polluxe, Yann Savidan et Olive. Pour ma part, j'ai sélectionné deux passages audio et vidéo, liés l'un à l'autre :

- De l'influence des lobbys...
Au sein d'un parlement européen dominé par les néo-libéraux, CLP reconnaît qu’elle est constamment approchée par des lobbys :

"Je suis à la commission environnement et à la commission énergie, industrie et recherche, là où il y a le plus de lobbys. J’en reçois plein, mes attachés parlementaires encore plus. On a mis des règles assez simples en place : 1 / Je publie sur mon site tous les contacts que j’ai 2 / Interdiction de se faire offrir même un café par un lobbyiste.... "

La réponse intégrale (4 min) interview par vogelsong :








Au sujet du débaudruchage gouvernemental entre le Grenelle 1 et le Grenelle 2 :
Corinne Lepage donne sa version de l'abandon de l'éolien dans le nouveau projet de loi (Les installations éoliennes y sont soumises aux mêmes règles que les installations classées Seveso) :




P.S : Ceci me rappelant une récente une du Monde.fr (5 mars 2010)... Toi aussi trouve la contradiction :

No comment.

Merci à _O_live, C.Lepage, Jegoun pour ses initiatives afin de réunir, en vrai et en bière, blogueurs et blogueuses, ainsi qu'à la magique Comète.

4 mai 2010

Banksters à la petite semaine

par
Faucheman abhorre les banques et leurs brigands. C’est également un être complexe et contradictoire et, surtout, un peu brouillon. Au long d'une vie sentimentale et professionnelle agitée, Faucheman se traîne plusieurs comptes en banque, tout aussi secs les uns que les autres.

Malgré l'irrégularité de ses rentrées de pognon, Faucheman prend un vicieux plaisir à ne jamais laisser s'accumuler trop d'argent sur ses comptes sans jamais les laisser sombrer dans le négatif. Petit bonheur du cabot sans thune : il jubile lorsqu'il affiche à tel ami, proprio endetté sur 30 ans, un relevé de banque présentant un solde positif de 0.50 centimes d'euro en ajoutant avec une pointe de cynisme : "Un peu de respect s'il te plait, je suis plus riche que toi !"

Aussi variées furent ces situations financières, soumises à toutes les évaluations possibles des agences de notation, Faucheman n’a donc jamais été "à découvert". Ceci expliquant peut-être cela : Il n’a jamais contracté de sa vie le moindre crédit.

Ces dix dernières années, Faucheman est devenu le pire client de banque, appliquant une règle d'or : Jamais positif très longtemps mais jamais négatif.

Parce qu'il n'a jamais vraiment coupé le cordon de l'adolescence, Faucheman conserve son premier compte à la AChiéBchié, désormais exclusivement consacré au règlement de ses abonnements, au nombre de deux, Internet et téléphone, soit 60 euros mensuels. Faucheman est un précaire 2.0.

La gestion de ce compte fut gratuite de 1990 à 2001. Depuis cette date, qui correspond étrangement à la chute de la balance du compte, l'établissement lui prélève 6 euros par mois de frais de gestion. Lorsque que ce compte affichait +30000 euros, la gestion était gratuite. A +150 euros, elle lui coute 6 euros (selon le même ratio, elle aurait dû lui couter 1200 euros lorsqu'il était un "Rich-Man"). Rappelons que, dans les deux cas, l'individu donne SON argent à la banque et qu'en toute logique libérale la banque devrait rémunérer le client pour son geste de confiance. Mais non, le bon con paye pour donner son argent aux riches [1]. Et moins il détient, plus ces enfonceurs de maman lui prennent.

Avril 2010. Constatant que le compte AChiéBchié risque d'enfoncer la ligne de flottaison des 3 euros et avant qu'il ne s'autorise une pause dans l’arrière-pays tourangeau où il serait coupé du monde sans téléphone, ni internet [2] , l'anté-Kerviel transfert 200 euros depuis son compte Crotte Générale (facturé 1 euro pour rembourser les octets) en ruminant sans pousser trop loin la réflexion : « C'est quand même bizarre, il se vide vite pour un compte sans mouvement. ».

Puis, Faucheman s’en va serein et rassuré tel un trader de Goldman Sachs sortant d'une audience de parlementaires américains sous les injures d'expropriés.

Seulement voilà. Tandis qu'il consacrait ses journées en basse-cour à l'observation (prémonitoire) d'infructueuses tentatives d'agressions sexuelles d'un sanglier sur une chèvre, la luciférienne machination s’ourdissait sur son compte. On en voulait à son trésor.

Au retour, il décachète un avis de rejet de paiement de 29.99 euros, assorti d’une menace douce mais ferme d’interdit bancaire de 5 ans si la situation n'est pas régularisée sous 7 jours. Le tout est accompagné de 20 euros de frais, gonflant encore un peu plus l'abyssal découvert de 30 euros incriminé par un établissement financier n'ayant fait, crise oblige, que 5 milliards de bénéfice en 2009.

Faucheman, pourtant certain d’avoir exfiltré à temps ses colossaux fonds d'une niche fiscale à l'autre, se rend sur le site de la banque et constate que le transfert n’est pas passé. Étonnante déconvenue, il fait ce genre de virements depuis dix ans et jamais un accident de la sorte n’est survenu. Faucheman sauve donc, in extremis, son destin bancaire et double la mise, avec un généreux versement à lui-même de 400 euros.

Au passage, il constate qu’en sus du rejet à 20 euros et des 6 euros mensuels, 15 euros de frais d’ « arrêté de compte » lui sont prélevés et que, bref, avec 41 euros de prélèvements ce mois ci, le premier débiteur de son compte a été... sa propre banque.

Faucheman scrute à rebours ses relevés : Les frais s’accumulent pour atteindre la somme de 165 euros sur les douze derniers mois. Pas mal pour un compte qui dépasse rarement cette somme. Bref calcul : la banque le taxe à 9% l'an et se trouve être "responsable" du découvert qu'elle lui facture et au sujet duquel elle le menace de dénonciation au FMI (fichier monétaire des indésirables).

Faucheman a joué avec le feu. Un poil honteux alors qu'il ne devrait pas, garde cette anecdote pour lui.

Deux jours après, il découvre au hasard d’une conversation sur ma terrasse qu'une histoire similaire est survenue la même semaine (des vacances) à son ami Galère-Boy. 650 euros remis en liquide au guichet (enfin dans ce truc automatisé et sans salaire qui sert d’interface) de la Banque Nationale des Pourris ne furent pas crédités à temps, entrainant là aussi des frais de 20 euros et le même courrier type (avec signature manuscrite) menaçant l'impétrant, d'interdit bancaire en un salmigondis littéraire mi naphtaline mi barbelés.

Merde sociale montante, les banques s'adaptent. Faucheman et Galère-Boy pensaient jusqu'à présent échapper aux catégorisations bancaires. Ils s'aperçoivent qu'ils sont "calculés" rubrique "récalcitrant vicelard qui ne veut pas cracher mais qu'on va quand même faire payer en lui créant des dépenses internes."

Faucheman et Galèreboy sont deux types pas méchants pour un euro. Ces malhonnêtes mésaventures répondant à leur malice sur fond d'intermittences qui durent les amusent et les confortent dans leur opinion sur, je cite, ces "raclures de banquiers" .

En revanche, ils alertent la profession, et leurs nombreux "collaborateurs" sur le terrain des potentialités de bastonnade à règlement liquide ou d'explosion de tête au fusil à pompe en une fois sans frais que peuvent entrainer de telles pratiques fleurant bon l'escroquerie de bas étage pratiquées sur des gens financièrement et physiquement poussés à bout.

A bon débiteur.

* * *

[1] 1968, il est décrété que les salaires doivent être versés sur un compte, l'argent des français déboule en banque.

[2] juste avec le dernier numéro de Fakir d'avril « Ce que nos Papis ont construit, ce que notre élite démolit » (3 euros en kiosque, franchement vu le contenu si j’étais toi je m’abonnerais direct, enfin s'il te reste assez d'argent en banque.

3 mai 2010

Le premier jour du reste de l'Europe

par

Une traductrice grecque interviewée hier sur
France Inter résumait ainsi la situation :

« il y a les riches qui ont tout, et les pauvres à qui l’on demande tout."

Du côté d'Athènes, on doit se sentir réconforté ce matin de faire partie de cette union européenne née et agonisant sous le signe unique du pognon :
- Hausse de la TVA à 23%.
- Hausse de 10% des taxes sur l'alcool, les cigarettes et de l'essence.
- Deux mois de salaires en moins pour les fonctionnaires et l'ensemble des retraités.
- Allongement de la durée de cotisations à 40 annuités contre 37 d'ici 2015
- Instauration d'un âge minimum de départ à la retraite, à 60 ans
- Recul de cinq ans, à 65 ans, de l'âge légal de départ en retraite pour les femmes, d'ici 2013
- Réduction des investissements publics
- Réduction des dépenses de fonctionnement de l'état.
Le plan prévoit également des mesures pour renforcer la flexibilité du marché du travail, faciliter les licenciements et ouvrir à la concurrence une série de professions protégées.
Pour commencer...
Le premier ministre Papandréou se réservant le droit [suivant ce qu'en pensent les agences de notation] de resserrer prochainement les conditions de "l'austérité".
Voici la moissonneuse batteuse enclenchée dimanche par les états européens et le FMI pour labourer le peuple grec au nom de la réduction, pour 2014, du déficit sous la sacrosainte barre des 3% de PIB (barre que tout le monde a allégrement défoncée pour sauver les banques en 2008, banques au sujet desquelles il avait été annoncé avec force trémolos que "plus jamais ça !").
L'aide aux banques à la Grèce de 110 milliards d'euros sur trois ans marque le début des vraies emmerdes pour les Grecs et une vérification écœurante de ce processus d'essorage populaire devant lequel l'Europe déroule le tapis rouge.
Pas la peine de s'appesantir : Il s'agit ici, comme toujours, de taper sur la partie la moins aisée du peuple grec pour rembourser ceux qui prêtent à 18% alors qu'ils empruntent à la BCE à 1% [1] le tout pour nettoyer les comptes d'un état où l'évasion fiscale est le sport favori des gros revenus.
Notre Eric Woerth local se réjouit de sortir un bon bénéfice dans l'opération. Il est d'autant plus ravi, le bougre, que ce "sauvetage" par la massue tombe médiatiquement à pic au moment où il nous est demandé d'être "responsable" sur nos retraites.
L'immonde est bien fait tout de même.
Bon sinon... Une petite remarque : J'attends que cette Europe "solidaire" [2] m'explique comment elle compte combattre la récession hellénique (l'échéancier tablant sur un retour à un croissance de 2.1% d'ici 2013) en appauvrissant les citoyens ?
On s'en fout... on organisera un autre transfert de fonds.
Dimanche soir, on apprenait l'explosion d'une succursale de la HSBC à Athènes...

[1]
- Bah tiens pourquoi que la Grèce n'emprunte pas directement à la BCE ?
- Bah parce que c'est interdit par ce super traité européen contre lequel les peuples se sont prononcés mais qui a été appliqué quand même.
- Bah la vache, c'est l'arnaque.
- Bah oui.
[2] sous botte allemande.
Illustration : Plaque funéraire grecque -520 av JC

1 mai 2010

"Classe moyenne" c'est ta fête !

par
Cherchant ma carte cafénougat afin de m'acquitter en débit différé de mon demi à la terrasse d'un troquet, j'entends gronder la colère d'une jeune vendeuse en sous-vêtements bio dans une enseigne à optimisation salariale planétaire. La pauvre en pause clope-déjeuner de 12 minutes est révoltée : cette année, le 1er mai tombe un samedi !

Et la jeunette à 912 euros mensuels, angoissée à l'idée de ne pas rejoindre assez vite la vie rêvée des grands à base de crédit sur 30 ans et de soirées Wii-fit et Karaoké dans le canapé pouf à se remémorer nos belles années de stage, de pester :

- "Non seulement ce coup-ci on bosse toute la semaine mais en plus Ikea y va être fermé !"

* * *

(c'était il y a un an, il y a un siècle.)

Quelques jours plus tôt, une interview de Laurent Wauquiez, secrétaire d'État sous exta chargé de son emploi, reprenant « le créneau du social », m'apprend que le croque-chômeurs dont le credo de crise est « sans boulot ? vous n’avez qu’à travailler gratuitement » s'inquiète de l’appauvrissement des classes moyennes.

Wauquiez veut défendre "les classes moyennes" alors qu'il développe des trésors de langue de bois et de statistiques partielles du chômage pour camoufler leur paupérisation. Ce n'est pas un peu contradictoire ça ?

Rappel :
Le concept des "classes moyennes" tel qu'il est pleuré aujourd'hui, se développe après la seconde guerre mondiale avec un embourgeoisement des couches populaires et une nette amélioration des progrès techniques tant au niveau domestique qu'en terme d'infrastructures et de services.

A ce souvenir idéalisé et de plus en plus diffus mais synonyme de progrès, "la mélancolie des trente glorieuses", s'ajoute pour les générations suivantes des années de conditionnement télévisuel au "rêve américain", synonyme d'abondance, avec son corollaire : la frustration continue.

Ce petit manège tient tant qu'il y a un semblant de croissance.

Cette idée tenace que "les classes moyennes" n'existent que pour jouir en tendant naturellement vers la richesse (en échange d'une minime soumission individualisée à l'émancipateur "monde du travail") est pour beaucoup dans le sentiment de « déclassement » qui ronge la société française.[1]

Au royaume des ultra-libéraux, il est recommandé que le gros des troupes s'agitent jusqu'à leur dernier souffle dans une pauvreté relative (restreignant leurs comportements). L'important étant qu'elles se persuadent du contraire et qu'elles dépensent ainsi en flux tendu l'intégralité de leurs revenus (en crédit, en consommation, TVA) et n'épargnent jamais (ou alors pas autrement qu'à travers un produit financier livré clé en main et bâton sur les doigts par le banquier, ce bourreau qui veut votre bien). Dans un souci d'étiquetage valorisant (rapport que dedans, il y en a quand même des plus confortables que d'autres), on appelle ça "les classes moyennes".

Et, dans un monde bien parti pour que tous, sauf l'élite, finissent avec une moitié de SMIC comme salaire maximum, c'est moins la "qualité" que la quantité de "classes moyennes" qui importe. Si l'on oublie ses revenus, de par son quotidien (exploitation) et ses aspirations (consommation), ma jeune vendeuse en fait partie.

On peut faire partie des classes moyennes et être fauché. L’un n’empêche pas l’autre, voire le renforce. Tout est, comme souvent avec mon ami l'humain, une histoire de croyances.

Regardons par exemple ce que La Chine s'empresse de créer : une classe moyenne.

Intéressant, non ?

Ce concept marketing sécurisant chouchouté par le marché et les démocraties asservies à celui-ci, étouffe par sa masse (acquise dans toutes ses strates à la consommation de transgression lui permettant de péter plus haut que son cul) toute opposition de classe entre les deux extrêmes qui en sont exclus :

Les crevards (pour qui le quotidien est un sport de survie) et les nantis (qui ne dépendent pas pour survivre d'une activité professionnelle).

On ne le répétera jamais assez : Les rivalités pavillonnaires relatives à "kikaeulaclim en premier sur le 308 ?" n'encouragent pas une réaction collective en cas d'agression supérieure.

Soumis et uniformisé, rabaissant de lui-même sa valeur à sa capacité de travail et de consommation, terrifié par la pauvreté (réelle, qui n'est pas endiguée précisément dans ce but) : le "moyen" se fond dans une léthargie sociale (alourdie par d'autres concepts dans lesquels il se fourvoie à la moindre occasion, tels l'accession à la propriété à crédit ou l'achat compulsif de gadgets à updates incessants) gobant les uns après les autres les préceptes matériels, culturels et idéologiques qu'on lui sert, d'où ses désillusions régulières. Sa supériorité numérique le préservant de toute auto-critique, il a tendance à reporter la cause de ses malheurs sur autrui.

"L'appauvrissement des classes moyennes", c'est le deuil pénible d'une époque basée sur un embourgeoisement "haute définition pour tous" sur fond de tertiarisation valorisante et sécurisée du travail.

A force de ne viser que le standing personnel, nous avons laissé déraper l'idée même d'une riposte collective en cas d'abus, et les abus on ne les compte plus. Le boum du cocooning dans l'intégralité du spectre des "moyens" est la réponse individualisée, commercialement profitable, au carnage opéré dans le monde du travail.

Aux jobs indéfinissables à horaires éclatés, soumis au flicage et à la compétition interne, que nous avons laissé s'introduire dans notre quotidien, répond de plus en plus pour le "moyen" un "standing" équivalent où sa "richesse", symbolisée par des biens domestiques et de représentation, est maintenue coûte que coûte au détriment d'autres critères jugés moins nobles, au hasard :

- Temps de transport interminables (parce que l'on peut avoir plus grand et moins cher à 350 kilomètres de son lieu de travail).
- Logements mal chauffés (parce que chérie le gaz a augmenté).
- Alimentation de seconde zone (parce faut finir de payer les jeux vidéo du p'tiot).
- Santé et éducation à deux vitesses (glissement des soins et de l'éducation estampillés de "qualité" vers la sphère privée, ce qui recréera de la hiérarchisation de standing entre ceux qui pourront payer les bonnes écoles pour leurs enfants et ceux qui ne pourront se payer que les mauvaises).
- Vie de famille aromatisée au chacun pour sa gueule, chacun son écran.
- Avec la petite hausse à prévoir de la délinquance et des pathologies mentales (plus que probable chez l'individu en immersion dans une société vénérant le pognon alors qu'il endure au quotidien les effets de son absence.)

Mais qu'importe, les apparences sont sauvées : nous ne sommes pas pauvres et exploités, nous sommes de la classe moyenne. Nous visons le confort, pas la "prise de tête".

(Elle sera tienne pour 6.66 euros par mois.)

L'auto-persuasion est la plus forte des réalités.
Pourquoi palabrer "déclassement" alors que les classes moyennes se définissent elles-mêmes. Ce n’est pas "la classe moyenne" qui est progressivement déclassée mais bien les déclassés, une fois majoritaires, qui définiront la nouvelle classe moyenne.

Alors qu'une grande partie du pays se prend le moral dans la machinerie du grand re-calibrage entre ses aspirations bourgeoises et ses réalités de mange-poussière, les vicissitudes de la partie inférieure des classes moyennes américaines [2] nous confirment une chose : tant que la grosse pauvreté bien violente ne frappe pas personnellement à ta porte, rien ne semble changer tes désirs matériels, ton individualisme et cette foi en un enrichissement par la soumission aveugle et le non-partage.

N'espérons pas que "banksters", magnats, dirigeants et leurs subordonnés ralentissent la cadence du cynisme ou de la déconnexion dans leur gestion des masses. Pourquoi changeraient d'un iota leur comportement alors que nous leur offrons au quotidien notre collaboration active jusque dans l'intime ?

Parallèlement aux combats pour réduire les inégalités entre le haut et le bas, c'est d'abord "le milieu", "la classe moyenne", "nous" qu'il faut modifier. Cela commence par la reprise en main de notre destinée collective au travers de ces deux terrains qui sont l'apanage des classes moyennes [2] : La consommation (avec ses diverses actions : refus de la surconsommation, échange, occasion, recyclage, consommation locale, boycott d'enseignes....) et le monde du travail.

Là, pas de secret : Se faire entendre et respecter, sinon subir. [3]


* * *

La jeune jète son mégot et rembauche. Elle a trois cartons à remonter de la réserve et à déballer. Ah oui, parce que je ne vous ai pas dit : en plus de faire l'article aux bourgeoises du quartier qui claquent en dix minutes ce qu'elle gagne en deux mois, elle est standardiste, manut', fait le ménage et débouche les chiottes sur demande...

Mais c'est sur, ils vont finir par la remarquer là-haut. Toute cette criminelle servitude, ça va finir par payer.

Espérons que d'ici là, le gouvernement propose une réforme pour les exploités pour que jamais plus, leur fête du travail ne tombe un samedi.

Gâcher une journée de vacances à ne pas consommer, c'est une injure faite au progrès.

* * *

[1] On voit le paradoxe qu'il y aurait à pleurer sur "le déclassement" (nostalgie d'un ordre qui nous conduit dans le mur) et, dans le même temps, à appeler à un renversement de cet ordre (rêve de dépasser ce mur).


[2] Ces séries télés omettaient de préciser que l’apparente abondance des particuliers américains était conditionnée à un travail « sans fin » avec peu de protections sociales, le tout impliquant une croissance forte et continue.
La crise des subprimes n’a été qu’une extension du domaine de l’endettement à une catégorie supplémentaire d’insolvables. Selon la logique néolibérale partagée par les bourreaux et les victimes (où le désir pulsionnel du pauvre de jouer au riche épouse le cynisme du riche soucieux d’endetter jusqu’au dernier des humains) cette "crise" était inévitable.


[3] Nous constaterons à ce sujet la sous-médiatisation des conflits agitant depuis quelques mois des salariés au radicalisme embarrassant. Au milieu d'un quinquennat jurant de réhabiliter la "valeur travail", un CRS tabassant un ouvrier ça fait tâche.



28 avril 2010

[video] Melenchon et les médias, des amours rebelles

par
[Dans la série "Patientons tandis que notre rédacteur retrouve le chemin de son blog..."]


La scène débarque sur le net au début du mois...
A travers l'objectif d'un étudiant en journalisme traquant le clash au camescope, Jean-Luc Mélenchon s'attaque à la « sale corporation voyeuriste et vendeuse de papier ». Le ramdam est parti. 230.000 visionnages. Aussi sec, le président du Parti de Gauche se prend quelques salves éditoriales, radiophoniques télévisées de la part de ceux qu'il appelle "la meute". Parallèlement, il suscite un pic d'intérêt "inespéré" chez ceux qu'il met en cause.

Le 14 avril dans la foulée de son "pas d'excuses Tour", curieux de ce jeu paradoxal mêlant mépris et "soif d'en être" qu'il entretient avec la société du spectacle, de ses réflexions sur la mutation du journalisme (qu'il a exercé) s'alternant aux admonestations contre les intéressés, 4 blogueurs (Sebmusset, Vogelsong de Piratages, Mancioday de Reversus et Bruno-Roger Petit du Post.fr) discutent avec JLM durant une heure sur ces thèmes occupant une place croissante dans son discours politique.

Rodé : Il mène la discussion allant et venant d'un sujet à un autre (télé, spectacle, presse, information) à l'intérieur de la thématique "médias". Ce qui rend le montage complexe. Nous le présentons ici dans sa (presque) continuité.


1/4 (13 min) :
- Retour sur l'épisode de "la petite cervelle"
- Retour sur "
la cléricature journalistique" et les épisodes Peillon, Zemmour et Mitterrand.


2/4 (9 min) :
- Combattre "la cléricature" de l’intérieur / L’attaque des médias est une façon d’attaquer un ordre « globalitaire » / L’exigence demandée aux journalistes / "La révolution citoyenne des médias".

3/4 (9 min) :
- La responsabilité des médias dans le conditionnement et l’unification des valeurs de la société.

4/4 (6 min) :
- Retour sur le passage socialiste à la gestion des médias dans les années 80 et la libéralisation des ondes.
- Comment les citoyens peuvent-ils être eux-mêmes producteurs de contenu ?



A lire sur le sujet,
Acrimed : La colère de Mélenchon et sa médiatisationArticle 11 - Jean-Luc, Radical ?

et la perle "Melenchon et les médias":



Merci à J.L Mélenchon pour sa disponibilité
ainsi qu'aux autres blogueurs, J. Rosselin et P. Moro.

15 avril 2010

Ami, entends-tu le son du COR au fond des lois ?

par
Banale promotion d'un blockbuster, la campagne médiatique sur la "concertation avec les syndicats en vue de la présentation d'un projet de loi en septembre" devant répondre au "déficit désastreux des caisses de retraite" a démarré en début de semaine avec la technique habituelle consistant à noyer le chaland dans la panique en tapissant de terrifiantes statistiques son humeur résignée.

Nous en avions déjà parlé ici et ici.

Un rapport alarmiste du COR (conseil d'orientation des Retraites) est comme par hasard venu étayer de ses lourdes prévisions la bordélitude calculée de l'argumentaire d'Eric Woerth, ce dernier comparant les revenus de l'impôt 2010 avec les pronostics des caisses de retraites en 2050 (pas mal pour un ministre probablement pas foutu de savoir où en sera la Grèce dans 3 semaines.)

L'arnaque à la discussion peut donc commencer.

Au cas où tu n'aurais pas compris la finalité du message à sens unique : Tu vas devoir travailler deux ou trois ans de plus. Et tant pis, si t'es rentré sur le marché du travail à 32 ans ans ou que tu te traines depuis deux décennies d'un job à l'autre au fil d'un parcours en dent de scie avec de grosses plages d'inactivité, ou bien encore que tu sois un quinqua dégagé à 45 ans parce que déjà trop sexa : C'est la seule solution pour assurer ta retraite tu comprends ?

- Demander de cotiser plus aux employeurs : Non.
- Taxer les mouvements financiers : Non.
- Taxer les stocks options : Non.
- Taxer les revenus du patrimoine : Et puis quoi encore ?
- Taxer les Golden Hello et les Golden Parachute : No fucking way !
- Et les niches fiscales à 60 milliards d'euros par an ? : Pas touche.
- Partager : Tu déconnes ou quoi ?

- Redonner des liquidités aux catégories sus-mentionnées et créer de toutes pièces un nouveau marché juteux : Oui.

"Assurer" ta retraite, c'est bien de cela dont il s'agit.

But de cette annonce de réforme orchestrée avec la nuance d'un Caterpillar par notre gouvernement de la rupture pour les nuls : Donner l'impulsion à la grande dérive des retraites vers le privé.

Entre autres arguments spécieux comme "l'espérance de vie qui augmente" calculée sur les bénéfices des progrès sociaux passés (conditions de travail et soins remboursés sur les fronts desquels on ne voit guère d'améliorations, au contraire), le palme de propagande à la casse (rubrique : contradiction) reste l'aveu en second plan dans le discours de nos VRP du progrès (dont le mantra classique était "hors de la croissance point de salut pour l'humanité") que le chômage, le sous-emploi et la morosité économique sont là pour durer.

C'est un des points centraux de leur pénurie annoncée de ressources financières : Si ça continue, cela ne pourra pas durer.

Je ne sais plus qui a dit "la peur doit changer de camp" mais ce n'était pas si bête.


A voir : un bonus track video (exclusif) sur les retraites.

Top Ad 728x90