8 mars 2010

Une journée de l'infâme

par

Ce matin sur le chemin du boulot Stéphanie a entendu chez Bourdin que c'était la journée de la femme.

Suite au licenciement du chef produit et au congés pour dépression nerveuse de sa collègue, l’assistante commerciale de l’entreprise d'emballage dans la banlieue de Caen cumule désormais trois postes, devenant l’interlocutrice directe des centrales de grandes distributions dont les robots connectés au stocks en temps réel la bombardent toutes les demi-heures de faxes de commandes auxquels elle n’entrave rien.

STEPHANIE
"- Tu te rends compte. Je suis payée 1200 euros et je fais une somme de travail correspondant à 4200 euros de salaires !"

Seule à la machine à café à la pause de onze heures, Stéphanie est en pleurs sur son Heil-phone dernier cri.

STEPHANIE
"- Demain j’ai rendez-vous avec le patron. Les pieds sur le bureau, il va encore me retourner le cerveau. Il est trop fort. Je vais sortir de là avec zéro augmentation, un sourire et deux missions à faire en plus. J’en peux plus."

Connaît-elle seulement la définition des mots "lutte" et "classes" et la signification historique de l’association des deux ? Pas dit. A t-elle juste quelqu'un au bout du fil ? Nous ne pouvons l'affirmer.

Tout en messe basse, de peur qu'un des collègues de l'étage (les collaborateurs les plus résistants, un tiers ayant déjà été viré) ne l'entende et ne la dénonce, elle se confesse sans dépasser le forfait sur son malheur à taire.

Elle voudrait arrêter de travailler et de se débarrasser de cette pression. Mais que dirait Christophe, lui qui lui reproche déjà de pas être assez féminine, de ne pas accepter tous ses fantasmes sexuels et de moins bien cuisiner que sa mère ?

Au boulot, Stéphanie est pourtant en position de force. Les commandes passent par elle, elle connaît bien mieux que son patron l’ensemble des procédures et pourrait l’envoyer aux prud’hommes.

Mais non, ce serait salaud. Et puis, elle raterait l'augmentation (il parait qu'on a vu certains salariés en avoir). Pire, elle risquerait la porte. En ces temps de chômage à 10%, ça craint de se retrouver sans rien. Elle a vu des pauvres hier soir sur M6, ils lui ressemblaient vachement même que ça lui a fait peur.

Et puis, cela a été tranché en cellule conjugale. Les rares fois où il n'est pas entrain de péter son score sur la console de jeu, son Cri-cri le lui répète :

CRI CRI D'AMOUR
"- Moi je me casse à travailler le dimanche pour te payer ta Wii, alors fais des efforts s'il te plait ! Et puis, comment qu'on va faire pour finir de la payer la maison si t'es au chômage. T'y as pensé ? Non tu penses qu'à toi. Tu veux que je te dise t'es égoïste !"

Du temps où elle travaillait dans un grand groupe média à Paris, son premier job, Stéphanie vivait et respirait au diapason de l’enseigne dont elle ne manquait pas une occasion de rappeler le nom. Elle n’y était qu'opératrice de saisie mais bon, le nom de la boite et la salle de musculation au cinquième niveau, ça claquait dans la conversation. C'est même comme ça qu'elle a séduit son mari.

Aujourd'hui, ils ont la belle maison mais il fallu partir loin de toute civilisation pour cela et puis faut la rembourser. Le juge d'application des crédits est formel : 22 ans incompressibles. Stéphanie a prit le premier "job" qu'elle pouvait dans la région et s'y est accrochée parce que parait que c'est bien pour la liberté des femmes d'être exploitées. C'est sa belle-mère qui n'a jamais bossé qui le lui a dit.

"Paris, c'était le zénith de ma vie" avoue t-elle à l'Heil-phone en ramenant Matis dans le Picasso de la crèche après le boulot au fil des 32 kilomètres de route en lacets dans le brouillard la séparant du pavillon.

En accord avec sa feuille d'impôt, Christophe a décidé des horaires :

CRI CRI D'AMOUR
"- Tu déposes Matis à 8h01, tu vas le chercher à 17h59. Avec tout ce que ça nous coûte, on va pas leur faire cadeau d’une minute à ces feignants de la crèche."

Début de soirée. Isolée au milieu des champs brumeux, dans son salon froid décoré à la perfection sur fond de "Roue de la fortune", le cul posé sur la table basse laquée à deux mois de salaire, tout en lappant son yaourt Lideule, Stéphanie regarde la larme à l'oeil les cadres art-deco de son fastueux mariage avec Cri-Cri en relais château. C'était il y a quatre ans, une époque où l'on pouvait frimer, une éternité. Désormais Christophe lui envoie ses ordres par SMS :

"- Pas de deuxième enfant, ça coute trop cher !" "Et éteint le plasma quand tu le regardes pas, ça consomme trop d'électricité !"

Du coup quand la télé est allumée, elle se force à la regarder.

Sur l'écran le fric tombe tout seul au milieu des applaudissements des gens heureux. A cause de Super Nanny, Stéphanie culpabilise de mal élever Matis, "- D'ailleurs où est-il ? sur la wii probablement avec son père, je suis trop crevée pour leur faire la leçon et faut que je fasse à bouffer". La publicité pour une belle voiture fabriquée à deux continents d'ici qui rappelle à la trieuse de déchets que "la prime à la casse" faut en profiter cette année.

Accablée par son homme qui la traite comme un complément de revenu, usée jusqu'à la corde par sa direction qui la laisse patauger dans sa servile médiocrité à prix cassé, elle se réconforte en songeant aux 10 DVD qu'elle ne regardera jamais mais qu'elle n'a acheté "que "30 euros sur Cprixcassé.

"- Ouf, mes points à dépenser étaient presque arrivés à la date limite. "

Stéphanie ce n’est pas le malheur, c'est le désarroi de l'opulence à crédit et la terreur permanente de perdre ce standing et les objets de sa dépendance. Son drame à elle, c'est d'avoir épousé le mâle et sa vision, d'avoir décroché trop jeune la totalité les addictives "libertés" soumises par le marché (consommation frénétique avec son aboutissement logique : l'enfant gadget, l'acquisition surfacturée de la propriété et le job peu passionnant, stressant et payé 20% de moins que monsieur) et, la trentaine venant, de devoir endurer ce sentiment inavouable qu'au fond cela ne remplit rien, que c'est une peine de prison dorée dont il reste de tant d'années à purger.

Il parait que l'homme s'habitue à tout, la femme le peut bien.

Il faudra qu'elle en parle par Heil-Phone à son amie imaginaire demain sur le chemin du turbin.

6 mars 2010

Pas de bébé à la consigne

par
Salarié, retraité, jeune… l’UMP aime bien se payer sur la bête. Le parti innove en frappant les enfants en bas-âge.

D’un côté les candidats de droite en campagne dans leurs régions vantent l'augmentation du nombre de places de crèches, de l’autre, leur gouvernement prépare un projet de loi visant à modifier (« réformer » comme on dit chez les capital-fidèles), les modalités d'accueil des bébés et des très jeunes enfants dans ces établissements.


Dans ce projet, consultable ici, il est question de…

- Diminuer la proportion des professionnels diplômés d’état dans les effectifs (éducateurs de jeunes enfants, puéricultrices et auxiliaires de puériculture). (cf R-2324-42)
Ce ratio était au maximum de 50/50, il passe à 40/60. (cf R-2324-46 et R-2324-47)

- D’étendre les capacités maximales d’accueil des assistantes maternelles à domicile de trois à quatre enfants et de créer des regroupements d’assistantes maternelles pouvant accueillir jusqu’à 16 enfants sans aucune règle collective de fonctionnement. (cf R-2324-36-1)

- De créer "à titre expérimental" 8000 places de "jardins d’éveil" d'ici 2012 pour les enfants de deux à trois ans.

Là tu dis : "cool ça sonne sympa jardin d'éveil !"

Sauf que c'est le nom de code d'un vieux plan pour « substitution puis extermination de l’école maternelle » histoire de créer les conditions optimums pour une privatisation progressive.

La révision législative prévoit également de passer d’un taux d’encadrement d’un adulte pour 8 enfants à un adulte pour 12 enfants.
Ça c'est un gouvernement qui ne prend pas les parents pour des crétins : Il ne baisse pas les effectifs, il augmente par un texte de loi le nombre d'enfants tolérés.

Il prévoit même une autorisation de dépassement de quotas (cf. R-2324-27).

Précisons que ce secteur est DÉJÀ en sous-effectif.

Résumons les conséquences de l'application d'une telle modification de loi...

Tandis que les mômes seront empilés les uns sur les autres, là où ils avaient besoin d’un personnel qualifié et diplômé, ils auront désormais 6 chances sur 10 d’être géré au petit bonheur la chance par du personnel débordé, pas assez ou non formé et que l'on ne manquera pas d'accabler au premier accident (et il y en aura).

N'attendons pas le pire et que Le Monarque, précédé de ses caméras qui le cadreront en contre-plongée, déclare enfin que cela ne peut plus durer, qu’il faut améliorer les conditions d'accueil et augmenter les effectifs, que dans une démocratie digne de ce nom (et à trois mois des présidentielles), on ne peut tolérer qu’un bébé s’étouffe dans son vomi parce que la puéricultrice en stage était occupée à vérifier la bonne température des vingt-sept autres biberons :

Le 11 Mars, le collectif "Pas de bébé à la consigne" organise une journée d'action et de grève pour appeler le gouvernement à renoncer à ce projet, et aller dans la direction opposée. Télécharger le tract ici.

Il parait que la façon dont sont traités ses prisonniers est assez un bon indicateur de la santé d'une démocratie. La nature du pouvoir s’apprécie également à la manière dont elle appréhende la gestion de ses maillons les plus faibles.

11 mars ? Tiens, cette date me dit quelque chose...

4 mars 2010

Huis-clos sur mon twit

par

Attiré par un twit, j’apprenais hier que demain c’est à dire ce soir l’émission Envoyé Spécial s’en prend s’intéresse à twitter, la plateforme de micro-blogging d'une rusticité ultime.

Micro quoi ? (avertissement aux twitesthètes : je passe en mode découvre ton corps)

Twitter est un mélange de bistro et d’agence de presse avec pépites de Lol et de l’égo. L'info y circule très vite. L'expression des messages y est limité à 140 caractères, ce qui disqualifie les fanfreluches facebookiennes, les élucubrations kikou skybloguesques, les tartines théoriques et autres prêches au sirop.

Quand un truc est bien, tout twitter le sait. Quand c’est pourri, ça s'oublie. Par un étrange paradoxe quand le truc est très pourri mais pas intentionnel, là c’est très retwitté !

En six mois, twitter a :

1 / Changé ma façon de m’informer (instantanéité de l'évènement et des témoignages, multiplication des sources.)

2 / Influé sur ma façon de rédiger. J'ai divisé par deux le nombre d'écrits sur ce blog. A quoi bon faire un billet quand on peut résumer l’idée en 140 caractères ? Ce qui, avouons-le, est souvent possible.

Disséquons donc mon émission de twits lors de ma journée de boulot d'hier, twitter étant le meilleur ami du mec qui fait semblant de suer...


Premier twit envoyé à 11h30 : "RT @nicolasvoisin Voilou, c'est officiel: Qui va garder les gosses ? http://bit.ly/czcAoa @benoitraphael s'en va ailleurs /-) "

Alors ça s’appelle un retweet. Un twit te plait ou te parait digne d'intérêt, tu le rebalances à tes followers, les abonnés. Ici, je retwitte (RT) un article d’Europe 1 sobrement titré « Le Post décapité » relatant le départ de Benoît Raphaël du site Lepost.fr.

« Un site dont la rédaction est aujourd’hui selon lui "de qualité et bien formée", et qui continuera à vivre "grâce à une communauté très participative". "Je fais confiance aux personnes qui reprendront LePost.fr pour venir avec de nouvelles idées, c’est la vie normale d’un média", assure Benoît Raphaël. »

Houlalala ça a du chier. Bizarrement, tout le monde semblait savoir mais personne ne le twittait. Ça s'appelle la twitéthique. Non je déconne.

11h40 : "RT @schloren J'ai cru que l'arrêté de catastrophe naturelle concernait la campagne de l'UMP en IdF #autempspourmoi"

Ici le retwitte est une idée d’article de type "kêlébone" . Si toi aussi tu as des idées d’articles, tu peux me les twitter (mais en DM - message perso -: une bière offerte par idée.)

Le # s’appelle un « hashtag ». Il facilite la catégorisation (des thèmes ou des événements couverts en direct par plusieurs utilisateurs, cela s'appelle un "live-twit"). Comme il y a relativement peu de "twitterrers" français leurs hashtags n’apparaissent jamais dans la colonne trending topics. Même #jeansarkozypartout, malgré ses relations, a échoué.

12h10 : "USA : 25 millions de nouveaux pauvres en provenance de la classe moyenne http://bit.ly/bsDUPN"

Là je synthétise un constat de Sylvain Capel pour le Monde.fr analysant la descente aux enfers de la classe moyenne américaine. Oui, pour cause de couverture sociale perave, la baffe est plus grande là-bas. T’inquiètes on y viendra.

12h30 "a revu "Thief" cette nuit. Depuis en plein Tangerine Dream trip. L'entourage commence à se plaindre http://bit.ly/b3IQx1"

Voila de l'intime, une humeur, un instantané, la twitforme la plus proche du blog ou de facebook. 3 phrases, 3 infos ; le film que tu as regardé le soir d’avant, la musique que tu écoutes en ce moment et ta relation aux autres.

SEB MUSSET (D'HUMEUR PARISIENNE)
"- Allez tous vous faire enc... je baisserai pas ma musique aquaplanante ! Ça me calme."

Note également que, mine de rien, tu as articulé une progression temporelle scénaristique supérieure à l'œuvre la plus complexe de Luc Besson.

14h20 : "RT @SweetSumo @donatien: Pendant que les multinationales licencient pour accroitre leurs bénéfices… d’autres se pendent http://ow.ly/1dC6A"

Attention, là il s’agit du retwitt d’un article que je t’invite très sérieusement à lire. Donatien y relate le récent suicide par pendaison de son oncle, victime d'un management qui s'en lave les mains.

La rupture de ton, c'est très
twitter.

14h30 : "RT @ioudgine [blog] caméra, café, et célibat http://bit.ly/bTm4d7 // Que ce soit clair : cassage de caméra = divorce."

J'envoie vers le blog de @idougine aka Persèphone. Dans ce brillant billet, elle interpelle tout cinéaste. Quoi de plus intolérable : une femme infidèle ou une caméra cassée ? Voyons avec l'une en état de marche tu peux faire des films, l'autre dans le même état t'empêches souvent (sauf si elle est comédienne, mais dans ce cas le risque d'infidélité augmente) . Je lui réponds donc après une double barre // signifiant un rajout personnel. Enhanced retwitt en quelque sorte.

14h34 : "RT @Monolecte Retraites : la réforme rêvée de Nicolas et Guillaume Sarkozy | très pertinent http://icio.us/zxogf3"

Un article de Rue 89 signé Duflot et Larrouturou. Nous en avions déjà parlé : Le monarque casse les retraites, son frère développe des complémentaires retraites privées : Le premier qui dit mafia sera loppsisé en place publique.

14h44 : "@ioudgine c'est mon crédo : cocu pourquoi pas mais pas sans caméra."

Réponse à @ioudgine qui s’étonne de mon choix. L’age peut-être. J’ai appends plus tôt au fil d’une twit-confession qu'elle est tourmentée d'avoir trente ans bientôt. J’ai bien envie de twitter que ça lui passera, que le coup le plus terrible c’est 33, (37 pas mal aussi, j'attends avec impatience 40) et qu’après les années compte triple, filent 6 fois plus vite (12 si t'es une fille il parait) . Mais non je lui laisse la surprise et pis merde faut que je me mette à bosser.

C'est presque aussi pénible de travailler par beau temps que de se lever pour aller bosser quand il fait mauvais. Tiens si je réécoutais la "Beach scene" de Tangerine Dream en me figarant une vision relaxante... Une plage de sable fin avec son bûcher d'agents immobiliers se découpant sur le crépuscule.

16h10 : "RT @TiBo @harnibal @YannJuin La Rochelle, nuit de tempête. Reportage saisissant, brut, sans commentaire. http://bit.ly/a58zpn"

Reportage vidéo d’une télé locale de La Rochelle sur les inondations de samedi. Je retrouve à l’écran quelques jeunes gai-lurons de la Guignette célébrant l’apocalypse de l'Aunis. C’est dans ces moments de beuverie au rhum et à l'embrun face au vent qui fouette que je regrette le 17.

16h11 : "Avertissement à tous les branleurs du PAF (via @AudeCourtin) http://tinyurl.com/yknshbp #moralacon"

Dans la foulée j’enchaîne avec ce qui contient le potentiel morandiniesque nécessaire pour faire un bon petit buzz : Un présentateur de la BBC meurt en se masturbant. Catchy, Isn’t it ? Malheureusement pas de vidéo postée de la posture. Dans une heure, cette tragique excitation sera donc oubliée.

16h14 : "RT @lioneljospin l'ile de Ré, c'est vraiment devenu inabordable ! // twit de la semaine."

Effet du manque de popularité française de twitter, la substitution d''identité. Comme Jacques Chirac, Georges Marchais, Martine Aubry ou François Mitterrand, @lioneljospin est un fake. Les fake sont souvent plus rigolos et révélateurs que les originaux. Est-ce pour cela que le verified Yves Jego s’est laissé prendre au jeu des provocations du fake Jospin pour nous livrer un twit-clash dont la blogosphère se tord encore ?

Les déboires d'Yves Jego sur Twitter

Tiny langue de bois, désarmante naïveté, publication unilatérale de communiqués de presse : Le politique a souvent du mal avec Twitter.

(Du bon usage du twit politique. Ici une candidate UMP à la présidence de région entrain de ronfler sévère en plein vote de budget, photographiée et twittée par sa concurrente. )

17h01 : "RT @zeyesnidzeno @Vogelsong Le président visionnaire "il faut rendre constructiF les zones inondables" http://bit.ly/cW8T9T"

J’apprends que notre monarque, avec sa magnanimité modulable et sa syntaxe aléatoire, a exprimé en avril dernier sa volonté de bâtir dans les zones inondables, en opposition avec ce qu’il fustigera après les inondations en Vendée. A trop parler, tu te contredis.

17h30 : "RT @xternisien Trop de tweets tue le tweet. // heureusement le Retweet le ressuscite."

Je réponds à @xternisien, journaliste se plaignant parfois sur Twitter des pas-journalistes qui se plaignent de leur vie sur twitter, en RT et //.

22h40 :
« croit avoir trouvé plus LSD que les jeunes Pop. »

Message codé destiné à quelques happy-few, une sorte de DM mais au grand jour : La twitinsinuation.

22h52 : « Trucs et astuces : Rien ne sert de nettoyer la bière étalée sur la moquette. Ça part tout seul au bout de 24 heures."

Un twit-tip de crade qui peut quand même servir. Panique pas si t’as pas de Sopalin quand ta bière est toute en flaque sur ton tapis. Détends-toi et ouvres-en une autre. Si le frigo est vide, surtout à 22h52, alors là tu peux commencer à t'inquiéter.

23h10 : "RT @dagrouik: Supprimer la bourse (Fred Lordon) http://ow.ly/1dUNg"

Je n’avais pas eu l’occasion d’écouter l’émission de Daniel Mermet avec le concis et captivant Frédéric Lordon dissertant une heure durant en digressions maitrisées sur son envie d’ «interdire la bourse ». Une riche idée.

0h00 : "RT @guybirenbaum Adieu Le Post http://bit.ly/ctpgH1"

Bah voilà une twit-journée qui s'achève comme elle a commencé : Par un départ du Post. Le chroniqueur annonce en vidéo la fin de son expérience avec la rédaction et la poursuite de son aventure blogesque dans son épicerie.

Note que twitter a ses feuilletons : Celui de la vie, de la reprise, des départs de la rédaction du Post en est un[1].

Conclusion de cette journée :

Avec Twitter tu accèdes au meilleur de la production internet, selon tes centres d'intérêts mais à condition de suivre les bons et de t'ouvrir à un maximum de followers, sauf @BritneysuckscocksXXL3468 qui te fait régulièrement des appels de l'œil.

Avec toute cette info collectée, Twitter te fait donc gagner un temps dont tu ignorais l'existence. D'un autre côté , il t'en fait perdre plus que tu ne l'imagine si tu twittes abusivement. Effet négatif : Rapidité + profusion conduit si tu n'y fais pas gaffe à la superficialité et à la perte de concentration.
Twitter tue ?

Web fixe ou mobile, dans le cadre d'une addiction, le support n'a pas d'importance. T'es accro et l'entourage te regarde les yeux ronds.

Le twitblogging, de par sa limitation, est une grammaire de la concision plus qu'un langage. C'est peut-être une des raisons de son modeste départ en France, paradis des discussions qui n'en finissent pas et des fautes de conjugaison. Sur twitter, l'expression est donc plutôt claire.

Inconvénient majeur : Aussitôt vu, aussitôt disparu. Si le blog s'efface à chaque nouveau billet, twitter est au top de l'éphémère.

Comme chacun de nous quoi.




[1] et les concours de chats.

Crédit photos : Weesk.com / Barbatruc, carrotblog.com, twitter.com et Anne Hidalgo.

3 mars 2010

Tant va la cruche à l'eau...

par
Récemment Luc Mandret me demandait pour qui (et pourquoi) je vais voter aux régionales. Ne précipitons pas les choses... Déjà :

1 / Oui, j'irai voter. 2 / Pas blanc. 3 / Pas pour ça...


Une séquence résumant, dans une expression parfaite, sa philosophie, sa clientèle, ses intérêts, sa vision et, au regard de l'actualité récente, la désastreuse finalité de son action.

Jeu :

Remplace "Rendre constructible" par "reformer", "moderniser" ou "détruire",

"zones inondables" par "service public" ou "sens du collectif",

"
bâtiments adaptés" par "citoyen soumis", "travailleur pauvre" ou "salarié kleenex et/ou traité comme du bétail à droit et salaire réduits",

"environnement et risque" par "les intérêts financiers de ma caste".

2 mars 2010

Le carnaval des catastrophes

par

En attendant le déluge... trois petites réflexions sur les désastres probablement pas plus nombreux qu'avant mais bien plus présents sur nos écrans et donc dans nos subconscients.


1 / L'homme et la nature vs. la nature de l'homme

Tremblement de terre, tornade et raz-de-marée. Je ne te narrerais pas dans le détail cette série des désastres made in dame nature [1] qui dans trois pays, et après les avoir quittés, ravagèrent précisément les quartiers et habitations où j'avais résidé : Tu ne me croirais pas.

Pas de morale à en tirer, la nature ignore les commodités mentales et ornementales des mortels.

A la rigueur une leçon :
Ne pas trop investir humainement et financièrement dans l'immobilier, les assurances en béton d'un avenir en acier pouvant s'écrouler en quelques minutes.

En revanche, reste un point commun à ces zones observées avant désastre : Elles furent chacune l'objet de frénétiques spéculations foncières avec leurs plus-values escomptées, le théâtre de ménages enfiévrés aux emprunts serrés et prêts à tout pour décrocher leur résidence les pieds dans l'eau. J'y vis d'indécents bétonnages, des constructions hiératiques en forme de blockhaus parsemées de mignons jardins paysagers, des piscines privées dans des zones asséchées ou à trois mètres de la plage, la multiplication des parkings et des parcelles vites viabilisées, les mêmes terreurs sécuritaires avec clôtures hideuses et chiens à crocs, d'identiques décorations d'intérieur selon les derniers canons de la Damidomode.

Si la nature a ses raisons que l'homme s'évertue à expliquer, l'homme dés lors qu'il a un peu de pognon est d'une inoxydable prévisibilité, aliéné par ses désirs génériques au premier rang desquels la propriété du paradis fait pavillon.

Il aura beau savoir qu'il n'aura pas les revenus suffisants pour rembourser, être au fait que la bâtisse est de papier crépon sur une méchante faille sismique, de plain-pied et vendue vingt fois son coût de construction à l'ombre d'une digue en contrebas de la mer déchainée. De tous les arguments rationnels que tu lui avancera il fera l'impasse. Il t'opposera la raison algorithmique qu'il suppose suffisante d'un marché immobilier en éternelle expansion qui se résume en un : "Mais merde, c'est une bonne affaire à la fin !".

Ce n'est qu'une fois ses illusions ravagées par les éléments déchainés qu'il se met à chercher des responsables. Salaud de banquier, pourriture de promoteur, fumier de préfet et maudit météorologiste [2] : Qui sont donc les odieux qui m'ont forcé à acheter là !


2 / Le conditionnement au chaos
Avant que nous ne focalisions en un buzz spasmodique sur d'autres afflictions médiatisées, compatissons avec l'autochtone, là bien avant la grande spéculation, écopant en pleurs sa demeure perdue sous le regard vaguement dégouté des robots de l'information blonde embeddés dans la bouillasse :

LE ROBOT BLONDE
Vous avez tout perdu hein ?

L'AUTOCHTONE
Oui j'ai plus rien.

LE ROBOT BLONDE
A vous les studios pour les résultats du Loto.

Haïti, déraillements, terremoto au Chili, tsunamis ou, mieux, risques de tsunamis, reconquête du littoral vendéen par la mer originelle, au moment où ta boîte à images accuse le net de verser dans la fin des temps, en guise d'information elle te gave de catastrophe : De la probable, de l'avérée, en direct, en reportage, vu du ciel, en 3D, à cœur ouvert, avec gros plans sur cadavres (mais seulement à l'étranger et s'ils sont de couleurs).

As-tu remarqué que depuis cette grippe A surmédiatisée, sas d'occupation des masses entre la crise financière qui a renforcé le système et la crise systémique qui sacrifiera l'humain, les journaux d’information télévisée sont plus que jamais le réceptacle sacré des bibliques catastrophes mondiales, projetant en continu leurs bandes-annonces, descriptifs multi-cam, best-of, leurs saints, martyrs et miraculés ?

As-tu noté que la litanie du malheur à flux tendu a totalement dévoré le temps de description et d'analyse de l'autre péril socio-économique, débordant son trop plein de dette depuis les chiottards de la finance mondialisée ?

Se dépatouiller dans ce bombardement de boules puantes en provenance du "capitalisme moralisé" et de "la reprise pour 2010" demanderait du temps, un minimum d'éducation, un moral d'acier et une sérieuse dose de détachement. Pas de ça en stock à la télé. Trop de mots, même simples, et tu pourrais te braquer. Les annonceurs n'aiment pas. Consommer tu devras : jusqu'au dernier centime, jusqu'à l'ultime minute.

C'est un long "2012" version Raisins de la colère teinté de Planète des singes qui t'attend : une grande dépression 2.0 avec rab' de barbarie et si t'es sage une bonne grosse guerre, histoire de torcher dans le ton un demi-siècle de merde néolibérale.

Comme ces désemparés que tu regardes en HD sur cet écran discount payé à dix fois sans frais parce que "les temps sont durs" en bouffant ta pizza en plastique réglée à la caisse automatique de l'hyper qui t'a licencié, en quelques semaines d'intempéries économiques prolongées, tu pourrais plus tôt que tu ne l'imagines te retrouver exproprié, affamé, violemment déclassé, paria dans ton pays.

Alors avec son carnaval télévisé des fléaux, des pandémies, de ce ciel qui tombe sur la tête des autres, tes médias du macabre te conditionnent à ce chaos dans lequel, telle la grenouille dans l'eau bouillante, tu cuis progressivement.

Si ce désastre survient, il ne devra rien à la météo.


3 / Le monarque à la rescousse
Allez un peu d'espoir, tout n'est pas perdu. Les catastrophes naturelles sont les dernières opportunités de chapitres dans l'écriture d'un roman monarchique qui tourne court. Cela permet au souverain de marcher sur les eaux et de multiplier pour pas cher les promesses de mouvement.

Comprends-le aussi.... C'est plus gratifiant que de côtoyer les agriculteurs sous chapiteau alors que ceux-là ont perdu la moitié de leurs revenus en deux ans.

* * *

[1] comme dit pudiquement la bourgeoise lorsqu'elle voit son 4X4 tout neuf emporté par les flots, le mari optant généralement pour un "- putain bordel de merde j'ai pas fini de le payer !"


[2] Non la météo a prévenu, la télé aussi. Simplement c'était jour de foot, un week-end en pleines vacances et y avait déjà un risque de Tsunami à Hawaï.

28 février 2010

Pas loin de la mer

par

"Ici, le couple est seul et tranquille. Le locataire pourrait écrire l’inverse sans pouvoir affirmer lequel a provoqué l’autre. A leur âge la solitude n’est pas une fatalité mais une conséquence. Être vieux, c’est ne plus être curieux. Le locataire se sent au fil de sa volonté d’une relative jeunesse et d’une maturité bien entamée. Certes, il prend à la légère ce genre humain mais ne peut rien contre l’accablement que lui provoque les remous de la ruche. En fait, et pour résumer en une supplique son état d’âme actuel, le locataire ne désire qu’une chose : qu’un de ces tsunamis dévaste le monde occidental !

Le cataclysme ne s’abattant jamais, en tout cas jamais de manière à neutraliser l’espoir, cette inépuisable misanthropie l’a conduit à s’isoler dans un monde insonorisé où, au gré de ses humeurs, il vaque à ses solitaires occupations, régnant en maître absolu du frigidaire à l’ordinateur. La solitude ne lui pèse pas. Mieux, il n’a eu de cesse de la parfaire. Trois années de vagues fracassées à portée de regard ont renforcé son caractère retiré au point de se demander comment, désormais, il pourrait l’améliorer. Exilé volontaire en terre protestante, à la pointe de sa presqu’île décentralisée, le locataire ne peut physiquement plus être autrement que seul. Et des fois aussi, avec l’aimée. Celle-ci dort depuis un moment alors qu’au terme d’un après-midi passé sur la route depuis La Capitale, ils traversent, abrités dans leur tank, les faubourgs aérés de La Rochelle."

Avatar, juillet 2005, p.51

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