Affichage des articles dont le libellé est bourgeoisie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bourgeoisie. Afficher tous les articles

25 mars 2009

On avait dit pas les enfants !

par
On avait dit pas les enfants !
Odyssée générationnelle en F4 signée Seb Musset. Réglage : C'est la fête, thermostat 7.


* * *

- "Mais dépêche-toi Bertrand ! Quel boulet !"

Aux ordres de Loute, Bertrand accéléra le pas. Pas facile avec le porte bébé et son fardeau en combi qu'il ne fallait surtout pas réveiller au risque de subir une double peine : Les hurlements de la petite et la colère de Loute. Bertrand aurait bien passé son samedi à regarder un match de foot, boire des bières ou mater décolletés et strings débordant du jean dans un bar à foot en buvant des bières mais, sa précieuse Loute en décida autrement.

Cet après-midi, c’était goûter chez Magali pour les 2 ans de son mini-moi, la potelée Stella.

Bertrand se réconfortait comme il pouvait, levant les yeux vers les façades du quartier de barres où ses anciens camarades d’école de commerce achetèrent un F4 il y a deux ans. Il lui semblait que, depuis, les panneaux
A vendre s’y multipliaient.

La déprime des autres aide à supporter la médiocrité de sa propre vie.
Bertrand se remémorait Chou et son achat : Cet appartement financé pour moitié par une avance de papa et, pour l'autre, par un crédit sur 20 ans. Belle affaire dont l’acte de vente fut signé au plus haut de la côte du quartier. La transaction bouclée, par spams et SMS spasmodiques, Mag et Chou s'étaient vantés d'un rabais fiscal que le futur président, une fois élu, leur confectionnerait. Rétroactivement, rien ne se passa comme prévu. A quelques jours près, ils n’eurent rien. Pour eux, le seul prix fluctuant fut celui à taux variable de leurs mensualités. Cette déconvenue permettait d'estomper chez Bertrand, ayant lui-même perdu 20% sur la valeur de son deux pièces en antépénultième périphérie, le poids d’un après-midi chez ses copains les blaireaux.

Au début des années 2000, la mairie avait abandonné ses prérogatives pour faire de cette zone de logements sociaux, une terre de spéculation pour des particuliers euphoriques à qui les banques prêtaient alors les yeux fermés. Ainsi explosa la valeur de ce qui devait être loué à tarif plafonné. Début 2009, la machine était cassée. Les prix des appartements se dégradaient désormais plus vite que la cage d'escalier vétuste et mal odorante de la tour B que Bertrand et Loute, faute d'ascenseur en marche, empruntait pour accéder au 4e étage.

La porte 7 s’ouvrit laissant échapper l'agitation enfantine
de La Party organisée par une Magali au point extatique de la surexcitation. Loute présenta sa dîme, deuxième étape après le RSVP du carton d'invitation, nécessaire pour franchir la ligne du club privé. C'était un présent dont Magali n'eut pas à palper l'emballage bien longtemps pour deviner qu'il s'agissait d'un "- Super porte bébé Corolle rose à bretelles ajustables pour que Stella joue au papa !" puisque c’est elle qui avait dressé, par échange de courriels, la liste des offrandes à déposer en ce samedi, au pied de sa fille-reine.

Magali guida Bertrand et Loute vers le canapé des parents immobilisés
par leurs enfants. Esquivant les cavalcades de gamins, enjambant les tapis d’éveil et leurs poupons baveux, Loute, Bertrand et la petite Ambrosia en bandoulière pénétrèrent dans le saint des saints sous les regards amorphes des jeunes adultes compactés, à la mode sardine, dans le sofa poids lourd traitement vachette, à sangles croisées et mousse mémoire. Qui serrant son gobelet de Champomy, qui piquant au cure-dent de plastoc son olive hard-discountée sur son porte-cornichons en imitation Vuitton, le tout sur fond de rugby diffusé live sur un grand écran que personne ne regardait.

"- Bordel c’est qui tous ces cons ?" pensa Bertrand tout en lançant dans un réflexe de télé-prospecteur à la brochette de coincés un "- Bonjour, moi c’est Bertrand !" L'homme, emmêlé dans le porte bébé, peinait à se dépêtrer de son Ambrosia et suscitait les gloussements de l'assistance. Loute, elle, scrutait des plinthes aux frises, les dernières gadgets décoratifs de l’appartement refait. S'inscrivait en surimpression dans son regard terminatoresque la mise à jour des prix des plus récents catalogues Ikebas, Leroy-Malin et Bricodemencia.

Magali fit remarquer qu’elle avait acheté un nouveau jeu de chaises exceptionnelles. Et Loute de rétorquer : - "Philippe Starck sur "ventes-privées" ? Moi aussi je les ai."

Accumulant les vestes des invités, Magali fulminait en secret. Déjà
doublée par sa soeur, maintenant Loute ! Mais qu’elle était cette époque barbare où les valeurs d'exclusivité commerciale et d'élitisme de clientèle se perdaient !

- "Bon bah, je vais porter vos affaires dans LA CHAMBRE D’AMI." Lança Magali, prenant soin d’appuyer sur cette dernière partie de phrase qui faisait la différence avec le maigre 50m2, classé pourri, de Loute et Bertrand pour lequel le couple s'était seulement endetté à 22%.

Chambre d’ami ou pas, celui qui aurait croisé le regard sombre de Magali dans le couloir aurait saisi que la prochaine urgence pour elle et Chou, était ici de tout refaire. Motif : Profond ennui.
Ne prêtant pas attention aux deux marmots en train de se disputer à coup de pelle un decepticon dans le coffre à jouets, Loute acheva son scannage panoramique du salon / salle à manger, par un : - "Tu as acheté le kit birthday avec les cotillons et les sifflets. Ca c'est une bonne idée ! 9.90, c'est vraiment pas cher."

Bertrand eut le pressentiment qu'aujourd'hui, pas plus qu'au précédent goûter pour les "un an" du fils de Pierre, ne seraient abordées les questions de fond relatives à la restructuration de l'économie de marché et aux nouvelles perspectives géopolitiques qu'initiait le récent cataclysme économique mondial.

- "Tiens Bert', au lieu de rêvasser passe-moi un Pépito."


Tandis qu’un des trentenaires parmi les semi-assoupis
donnait le biberon au petit dernier sous le regard inquisiteur de sa Margot de PACS lui aboyant un "- J'espère que cette fois t’as mis la bonne tétine !" à euthanasier la libido du gringalet pour le prochain semestre, Bertrand brisa la glace :

- "Tiens, vous aussi vous avez l'intégrale de "Friends" ?" Chou, entrain de décorer la pièce montée pour Stella, n'était pas peu fier.

- "Ouais c'est l'édition 2003, avec le coffret série limitée en forme de Central Perk. Je l'ai acheté à -50% sur "prixmassacré.com"."

Matthieu, programmateur
action script, dont tout le monde jusqu'à sa femme ignorait le nom, se lança :

- "Mon beau-frère a le même."


Et sa Julie de le rectifier sur le champ d'un sévère :

- "Mais dit pas n'importe quoi ! Eux y z'ont l'édition finale. Dans le coffret
Central Perk, y a pas les 10 saisons. Y en a que 9".

Dans le fourreau cartonné imitation immeuble américain, lui-même encastré dans l'unique rayon de la bibliothèque entre un dvd des yeux dans les bleus et un trivial Pursuit, venaient se ranger les neufs premières saisons de la série culte qui avait bercé les jeunes années de la génération des récents parents. Les péripéties socio-conjugales des protagonistes de la série n'étaient pas pour rien dans le quotidien des couples présents, elles contribuèrent à désinhiber l'auditoire féminin alors qu'elles émasculaient progressivement ses hommes de main, les rétrogradant au statut d'animaux de compagnie.

Pour l'anniversaire de Mag, Chou lui avait acheté la saison 10.
Celle où les mâles, urbains convaincus, après s'être fait baladés pendant neuf interminables années au gré des conditions indiscutables d'indépendance de leurs belles, de leurs pulsions sexuelles, de leurs multiples écarts de coucherie là où eux avaient un impératif d'abstinence, de leurs plans de carrières et, la trentaine entamée, de leurs envies de mariage à satisfaire sur le champ, quittaient enfin l'appartement à la colocation idéalisée, traînant les poussettes d'enfants qu'ils s'étaient fait faire dans le dos vers ces sombres pavillons de banlieues qu'ils payeraient en 20 ans à la sueur de jobs peu reluisants pour leurs poufs obsolescentes.

Au sortir d'une décennie de ce régime télévisé, les jeunes garçons déjà déstabilisés par une conjoncture marécageuse et un déficit de testostérones pour cause d'excès de Mac-Daube n’avaient que deux options : Se maquer rapidement avec la première venue issue d'une catégorie socio-professionnelle leur permettant de se maintenir au niveau de vie de leurs parents ou bien, pour les plus courageux, devenir pédés.

Avec les années, et fort de son expérience avec Loute
qui se résumait au marathon continu d’un centre co' à l'autre afin de rester dans les critères du socialement intégré, Bertrand enviait presque ses collègues d'open-space, hétéros ayant plaqué femme et parfois enfants, devenus homos pour ne pas rester fiottes.

La jeune épouse du tertiaire, imbue et éduquée, ne vivant que pour la thune et les apparences, fondue au marché et au job qui tue, était le calvaire du jeune mâle occidental. La bonne copine faite épouse à la va-vite pour calmer les parents et se payer un appartement était un concept qui avait eu le vent en poupe ces dernières années mais dont maintenant les Matthieu, Bertrand et autres Chou payaient les frais. Obligation quasi contractuelle leur était faite de se soumettre aux désirs matériels, ludiques et comportementaux de leurs épouses et, par ricochet, de se soumettre en continu à ces boulots pas géniaux, histoire de ramener ce blé qui faisait toujours défaut pour s'acheter encore plus.

Après
Friends, les couples, plus mûrs, étaient maintenant de fidèles adeptes de nouvelles séries américaines : CSI, Dr House ou Cold Case. Les couples, dont la moitié n'ouvrait pas un livre de l'année, parlaient de "qualité de scénario" pour expliquer leur addiction à ces séries. Leurs héros y étaient des caractères uniques, voire excentriques, avec des métiers à responsabilités clairement définissables où ils excellaient, soit en indépendants, soit en envoyant ouvertement balader des supérieurs dépassés.

Bertrand n'était pas dupe,
il voyait dans ce modèle professionnel utopique la principale raison du succès de ces shows auprès de spectateurs qui, le reste de leurs journées salariées enduraient l'inverse. Lui comme les blaireaux sur canapé végétaient dans des jobs ennuyeux dont ils n'avaient qu'une vague idée de la finalité et dont l'intérêt était souvent inversement proportionnel aux règles auxquelles ils devaient tous se plier, en camouflant originalité et libre-arbitre, sous peine d'être remplacés dans la seconde par une hiérarchie intransigeante.

- "Bert' tu veux du baba au rhum, de la tarte tatin, un opéra, du vacherin, du sorbet vodka-citron, un Kougloff, du gateau au yoghourt ou de la salade de fruits ? "

Magali, elle, nageait en plein bonheur,
se délectant de servir selon leurs souhaits des invités submergés par l'offre pâtissière. Ces réceptions offrant à Magali l'occasion d'entasser 20 personnes dans le 70m2 et, à chaque petite assiette du service en porcelaine offert par belle-maman de remplir sa fonction, étaient de ces moments trop rares où la jeune femme ne simulait pas l'orgasme.

- "J’arrête pas depuis une semaine !
" Lança la jeune mère qui, comme sa mère et sa grand-mère avant elle, aimait avant tout qu'on la plaigne.- "Viens souffler tes gâteaux Stella !"

Pour la petite, n'ayant à deux ans qu'une idée floue de ce concept d'adulte grabataire qu'est l'anniversaire, il n'était pas évident de trouver la force de venir souffler ses bougies. D'autant qu'elle était tranquillement entrain de trainer dans le couloir la petite Jessie par les cheveux comme elle avait vu faire dans Dexter, la série qui faisait aimer les serial-killers.

Magali se tourna vers Loute :
- "Elle est toute excitée. C’est son deuxième goûter ! Hier on en a fait un chez maman parce que ma sœur ne pouvait pas venir dimanche. Et on remet ça demain, en famille !" Rajouta l'hôte avec une pointe de snobisme. Et de poursuivre, plus bas de peur que sa fille ne la prenne en défaut : "- On a du lui acheter d'autres cadeaux pour demain, histoire que ça fasse pas minable".

Et oui, Bertrand avait bien entendu : Le lendemain, dans le même appartement, sous couvert de nouveaux invités, le cérémonial recommencerait.

Un instant, il eut envie de demander par simple logique
: "- Pourquoi ne pas avoir fait un seul goûter d'anniversaire samedi, réunissant tout le monde ?" Mais il se retint. Dans ce genre d'environnement plus policé qu'une talk-show politique d'Arlette Chabot, tout lanceur de polémique (qu'elle soit immobilière ou relative à la mauvaise éducation des enfants) s'autocensure de peur d'être exclu du cercle des amis pour la vie.

De logique dans cet univers où l'on ne retient du monde que les additions, il n'en restait que deux, complémentaires :
Celle de la représentation et celle de l'horreur du vide.Ce goûter à la décoration soignée, avec ses alibis de bonnes intentions, sa tonne de cadeaux inutiles qui à peine déballés finiront comme les autres dans les coffres en plastique Ikebas désormais si nombreux que Chou et Magali songeaient sérieusement à acheter plus grand pour mieux les ranger, n'était que la deuxième étape d'un week-end entièrement dédié à la célébration d'une gamine sachant à peine parler et dont Bertrand pouvait pronostiquer que ses parents ne réussiraient qu'une chose avec elle : Générer chez l'innocente, dès son plus jeune âge, un insatiable besoin de posséder.

- "Vraiment vous la gâtez trop ! Stella a déjà eu trop de cadeaux ! Des vêtements de sa Mamy, un tableau noir pour jouer à la maîtresse et une maison des elfes que je lui ai acheté à –20% chez Tartine et Mongola avec mes chèques cadeaux de chez Bouiboui mobile. Et maintenant tout ça ! Dis merci ma Stella !"

Magali se rendit enfin compte que Stella n'était plus dans la pièce depuis un moment.

Assis au bord de l'abondance, sur le pouf Art Déco. Berçant d'une main son Ambrosia, avec sa part de gâteau au yoghourt dans l'autre, Bertrand fixait dubitatif cet univers claquemuré aux désirs catalogués. Alternativement matérialiste et jaloux, conscient de rien et naïf sur tout, c'était un monde d'intérieurs surchauffés et meublés jusqu'à la gerbe, confortables à étouffer et dont le jeune homme, qui n'était plus si jeune, se rendait compte trop tard qu'il lui serait désormais compliqué de s'en extraire sans douleur. Pour eux, lui et ses amis les blaireaux, Bertrand eut la funeste vision de lendemains douloureux. Qu'allaient-ils devenir dans la société de la pénurie qui se profilait ?

Eux qui n'appréhendaient du monde que ce qu'ils pouvaient en consommer.

Des plus hautes sphères bancaires aux concepteurs trentenaires de parades d'anniversaire, ce n'était pas tant le capitalisme qu'il fallait moraliser que ses soldats fanatisés.

Comme cela faisait dix minutes qu'il ne disait rien, histoire de ne pas passer pour un hérétique, Bertrand, pas sportif pour un sou, alla se servir un godet de Champomy en demandant à Chou :


- "Et ce match de rugby on en est où ?"


* * *

P.S : Parce que cela a un petit rapport...






28 juin 2008

POURQUOI LE SARKOZYSME A DE BEAUX JOURS DEVANT LUI (sauce barbeccue)

par
Je m’attendais à une purge de la plus grande espèce. Il en fut ainsi mais mieux encore. Cette soirée en milieu Bi-Bo (bien bourgeois) aura été riche d’enseignement politique.

J’y allais pourtant à recule-talons, appréhendant cette soirée les bras fermés. Ma moitié m’avait entraîné dans quelque guet-apens nocturne à ciel ouvert entre gens arrivées comme il le fallait. Chaque année, avant leur grande transhumance sud-estivale vers des résidences plus secondaires, les gens du cercle s’encanaillaient entre eux à rôtir sur braise quelques merguez avant de se dire adieu. La sauterie était pour certains d’entre eux, le pic de leur année sexuelle.

Les retraités, et ceux qui l’étaient presque, avaient beau porter la montre qui brillait comme une vraie et descendre de 4X4 rehaussés en plateforme pétrolière, ils portaient beau le costume Celio et la robe à fleurs. Sur le gazon monotone certifié NF, les jeunes "seniors" déblatéraient perte de pouvoir d’achat, verres de kir et dernier Gps portatif portés en bandoulière. J’eux un moment de flottement devant ce parterre de maladroites mondanités sur fond de Marne au crépuscule. La faute sûrement aux effluves mêlés de parfums pour ménopausées.

Au connaromêtre, je notais que ces dernières écrasaient la concurrence.


- Ah non tu es folle ! Répliqua cette épouse. « Picard », j’ai plus les moyens. Maintenant, j’envois mon aide à domicile au supermarché.

- Au supermarché ! s’effarait l’hôtesse de maison dans son ensemble Gerbirama, originellement conçu pour draper le centre Beaubourg.

- Oui au « Casino »*.

- Ouf ça va !

J’errai désenchanté entre les coupettes de mousseux et les macarons pure imitation « Des racines et des ailes » en me morfondant sur le manque d’audace de mon argumentaire anti-sarkozyste.

Pire ici, en milieu pré-gériatrique de moyenne banlieue dont le score classique de n’importe quel parti pourvu qu’il ne fut pas de gauche atteignait 85% au deuxième tour de chaque élection, toute tentative de contre-discours à la bonne pensée gouvernementale me vouait, au moins en idée, à me substituer à la dernière merguez dans l’esprit des satisfaits.

J’en resta à l’alcool et à quelques sourires.

Et puis je dois l’avouer, j’étais assommé par cette semaine de chaleur et d’offensive législative d’un président tirant tout azimut jusqu'au point hallucinogène de choquer Thierry Mariani.
Le stagiaire-dictateur avait enchaîné en quelques jours des rafales de mesures unilatérales, liberticides, anti-humaines en un mot totalitaires, au point que cela en était aberrant pour une partie de ses proches, ce qui avouons-le est un signe inquiétant.
Je m’étonnais donc, dans ce G8 de quartier, de la persistance crasse du soutien de la politique gouvernementale actuelle. Pourquoi, l'aiment-ils encore? Question traditionnelle à laquelle je réponds souvent par la drogue.

Noyant mes convictions dans la boisson, j’assistais hagard à la polémique du soir relative au parasitisme des chômeurs "si habilement disséqué tu verras dans le dernier dossier du Fig mag". Soudain, pour une banale question de taille de Monte-Cristo, la conversation dériva sur le ridicule montant des retraites respectives**.
Il fut vite acquit que, là aussi, c’était la faute aux chômeurs eux-mêmes manipulés par les enseignants à la solde de France 2 et qu’il fallait mettre tout cela en zone de rétention où ils tiendraient compagnie aux sidaïques et que notre argent serait mieux dépenser.

Au travers du graillon, s’esquissaient des réponses.

Je compris que :

1 / Les retraites de ces multi-propriétaires, bailleurs, spéculateurs, assurancés-vie, porteurs de part et gestionnaires avisés, n’étaient parfois que de légers compléments de revenus, type argent de poche.

2 / Eux, si prompt à dénoncer les injustices libérales dont étaient coupables les petites gens, ne se montraient pas peu fier de contourner la loi, eux, « les moyens plutôt supérieurs» qui « bossaient dur et s’étaient construits eux-même un capital » (que dis-je un capital, un royaume merveilleux). Attention, en presque toute légalité.
Ils avaient même le sentiment que leur poulain, le président, les encouragerait personnellement s’il savait. D’ailleurs, il le sait. Et ces électeurs pas à plaindre, cons tout terrain mais garantis pointus question fric, savent qu’il sait. Accord tacite de mutuelle pérennité renouvelé chaque quinquennat par un vote.

Madame Claude 64 ans, profession épouse de patron de PME, me donna malgré elle, en toute décontraction avec une pointe de vantardise, la réponse définitive.

Elle qui avait travaillé en tout et pour tout six ans dans sa vie, à bientôt soixante-cinq et, par un jeu de ruses mesquines dont est friande mon entourage d’un soir, elle allait cumuler une retraite aimable et une rémunération pour emploi fictif grâce aux nouvelles dispositions gouvernementales pour "l’emploi des seniors" qui tombaient à pic.

- A trois mois prés, ça marchait pas ! Pouffa t-elle

- Joli cadeau d’anniversaire. Répondit l’autre.

- Oui et en plus je vais être grand-mère.

Malgré l’avalanche des mesures impopulaires des dix derniers jours, j’avais devant moi une belle brochette d’aficionados requinqués par la politique présidentielle de la semaine. Pas un n’avait moins de soixante ans.

Et pour les autres, qu’ils soient sans papiers, chômeurs, sdf, précaires, stagiaires, jeunes, de gauche, d’extrême gauche, ceux à enfermer sans justification, pequenauds de province, analphabètes ouvriers ou crétins de smicard ? Quels autres ? Des coupables, c’était certain.

Moi aussi, j’étais certain. Finalement grâce à eux, j’avais retrouvé la pèche et des idées bien claires. Quoique que titubant sévère, craignant pour ma crédibilité, je préférais ne pas les exprimer.

Cette génération n’en finira jamais de me foutre la gerbe. Inconsciente de tout sauf de son pré carré, de ses fortifications pavillonnaires et de ses petites habitudes rentières, elle ferme les yeux sur l’infamie pour les autres, en se cramponnant à son confort et ses certitudes. Enfin, j’en aurai bien profité, me pétant le ventre de champagne et de gigot.

Sachez que le combat sera dur et qu’ils sont tenaces. Sachez qu’ils représentent les deux tiers du vote Sarko, qu’ils sont majoritaires dans le corps électoral et encore plus nombreux en 2012.


* Notons quand même que les temps sont durs pour tous. Le « Casino » aux yeux d'un petit- bourgeois c’est comme un petit-bourgeois aux yeux d'un riche : une infamie.

** dont le niveau moyen individuel équivaut à la louche à sept salaires de stagiaires.

13 avril 2008

COMMENT DEVENIR BOURGEOIS ? 1/ LA BOTANIQUE

par
Je vous l’ai déjà dit, je ne possède pas grand chose. Je vois dans ce dénuement relatif la condition d’une certaine liberté d’esprit. Pourtant, j’ai récemment craqué. Victime d’un reportage d’M6 sur la décoration intérieur sur lequel je suis tombé entre deux visionnages de dvd*, je me suis rendu dans ce magasin suédois pour me procurer une plante verte, un draecana marginata surnommé « dragonnier », à même de casser la monotonie monacale de mon perchoir urbain sur l’humanité. Tel que j’aurais sauvé l’orphelin croupissant dans son dortoir commun au fin fond de la province biélorusse si j’avais l’amour de mon prochain, parmi la dizaine proposée et par solidarité comportementale, j’opte pour le végétal m’inspirant le plus pitié.

De retour dans mes hauteurs sécurisées, la plante tropicale, il y a encore peu maltraitée par les manutentionnaires à temps partiel de la grande surface socialement cruelle, devient l’objet de soins attentifs sous les regards ahuris de mon chat et de ma compagne étonnés de ce dévouement soudain à autre chose que moi. Vol d’un pot (deux achats en une semaine faut pas pousser), emprunt d’engrais revitalisant chez quelque relation à la main verte puis rempotage méticuleux suivi d’une mise en place optimisée, ni trop loin ni trop prés du soleil, voilà que je m’enquiers quotidiennement de la renaissance d’un arbuste à l’article de la mort, supervisant la robustesse de son tronc et la vitalité de ses palmes. Drame de la sédentarité féline en environnement urbain, il n’aura pas fallu longtemps pour que Prince, ma chatte hermaphrodite, croquette de sa juvénile mâchoire le végétal convalescent. J’ai beau lui expliquer avec force vocabulaire, que ce n’est pas bien. J’ai beau lui voler un peu de gazon devant Le Sénat, rien n’y fait, c’est le dragonnier qu’elle aime boulotter. L’animal ne transige pas, c’est ce qui fait que je le préfère aux humains.

En quelques jours d’insouciance, le machouillage se propage de palmes en palmes dentelées. Le pronostic vital est entamé. Alors qu’elle aussi, je l’avais choisi dans une portée, me voilà contraint de fliquer la chatte à la sourde oreille et de l’agripper par le poil comme un CRS lambda aux ordres de la police chinoise au moindre flagrant délit de grignotage arboricole. Voilà que je me surprends, moi le libertaire décroissant, à protéger farouchement ma récente acquisition d’un délinquant inconscient de son délit.

Tragique constat. Avec l’arrivée de cette nouvelle possession sur terrain neutre, nos deux comportements ont changé. La chatte devient un agresseur, je suis le propriétaire nerveux et violent d’un bien à 9,99 euros. De la zone libre à la zone occupée, portes désormais fermées alors qu’elles étaient tout le temps ouverte, je contingente désormais ainsi les rapports géographiques entre l’animal et la plante et suis le piètre arbitre sous bocal d’un processus classique d’embourgeoisement occidental dans lequel je me suis laissé piéger malgré moult précautions.

Suite aux tensions familiales et après le chaos engendré par la mise en péril de mon équilibre psychique ainsi que le désordre entraîné dans ma décoration intérieure je compte contacter M6 pour un soutien comportemental.


* Respectivement « El » de Luis Bunuel (1950) (très beau portrait d’un paranoïaque que je vous recommande) et un enregistrement d’une rediffusion de cette perle de documentaire qu’est le « Fréquenstar à Dick Rivers » (que je vous conseille également à la stricte condition d’être préalablement drogué).

18 février 2008

J'ENCULE LES REUNIONS DE FAMILLE

par
J'étais peinard entrain de boucler un paragraphe pour un quotidien de cinéphiles ayant pignon sur pognon sur la médiocrité crasse du dernier Klapisch que je me promettais quand même d'aller voir (télécharger) un jour quand, soudain, mon enceinte de belle-sœur et son pourtant eunuque de mari investissent mon studio. Quel beau couple de vieux endettés provinciaux d’à peine vingt-cinq ans ! La belle sœur, apprentie-bourgeoise et fière esclave d'une succursale d'une multinationale bancaire à courtiers sans-gêne, pénètre dans mon 24m2 spartiatement aménagé d'un "repose pif-poche", d'un pack de "Foster", d'un ordinateur portable "pas Apple" et d'un portrait de Karl Marx. La Sarkozyste à hauts talons cache mal son dégoût d’une telle pauvreté dans sa proximité familiale.

LA BELLE-SOEUR (se raccrochant à un peu de sécurité)
Oh, vous avez le même écran plat que mon frère !

Sur ces considérations philosophiques, je prends les choses en main. Juste le temps d’agripper mon bonnet et je les laisse sur la moquette avec ma copine et quelques "Chipsters" mous. A moi les grands espaces et l’air pur parisien !

Le lendemain, je brille par mon absence habituelle à la réunion de famille. Quelle famille ? Une apprentie bourgeoise enceinte, une autre trépanée mariée à un « casseur de bougnoules » de la BAC tout deux venant de pondre un enfant surcouvé par grands-parents gâteux. Total : six électeurs sarkozistes sur sept convives dont, grande surprise, quatre d’entre eux - les plus jeunes - découvrent peu à peu que Sarkozy « ne change rien pour (eux) ». Comme dirait Fajardie : "Le drame du con, c'est sa nature de con dont il n'est pas avisé."

20 février 2007

BABY-BOOM et BOOM-BEBE

par
Sympathique apéritif avec deux quinquas parisiens tout juste à la retraite, tous deux grippés dans leur appartement surchauffé. Mes récentes observations sur le monde du travail sont mal reçues. Quid du marché du travail et de l’annonce en fanfare d’un taux de chômage se résorbant ? Voyons les choses en face :
Lorsqu’une offre d’emploi est publiée, il convient de vérifier que :

1 / Le travail en question n’est pas inférieur en salaire ou supérieur en responsabilité ou les deux à la fois, à celui proposé.

2 / Le travail en question se situe à moins de quatre cent cinquante kilomètres de l’endroit indiqué sur l’annonce.

3 / La rémunération du travail n’est pas de 30% inférieure à celle indiquée dans le cas, improbable, où elle serait indiquée.

4 / La date de début du travail est précisée. En ce domaine, toute communication dépend du bon vouloir des services vaguement concernés. Cela peut-être dans deux semaines, deux mois ou jamais mais, dans ce cas là malgré les propos courageusement tenus, on ne vous rappellera pas.

Tentons de faire comprendre à ces enfants couvés du baby-boom, pistons et rentiers des trente glorieuses qu’aujourd’hui le candidat au travail, trentenaire perdu ne demandant pas mieux que de rentrer dans un système dont ses parents se sont gavés dès vingt ans, pointe sans fin à des entretiens d’embauche qui n’ont comme finalité que de justifier les salaires des DRH. Le candidat lucide, souvent surdiplômé, ressasse jour après jour sa haine d’un système auquel il a cru, parfois croit encore. Les offres d’emploi ne servent qu’à évaluer la qualité et les prétentions de la demande afin de la cibler au plus juste, au plus rentable, le jour diffus où celles-ci seront sur le marché.

Acharnons-nous à faire comprendre à ce couple de quinquas embêtés d’être à la retraite et dont l’un d’eux n’a jamais travaillé, que là où leur dernier enfant, né en 1983, récent employé en succursale d’assureur, est prêt à subir toutes les avanies salariales et humiliations hiérarchiques pour renflouer les crédits auxquels il a souscrit afin de satisfaire son aspirante bourgeoise de femme leur fille aînée née en 1975, n’accepte pas de se faire marcher sur les pieds que ce soit en terme de rémunération ou de niveau de soumission. Quant à moi, l’idée même de me soumettre m’est intolérable.

Là est la force de la génération montante, celle évidée aux ondes télévisées, adoubée au barbarisme, dans l’ego jusque dans l’intime et intégralement vouée à la consommation, l’insatiable appétit monomaniaque de ceux aux dents longues nés après 1983 : Cette génération est entièrement vouée au culte progressiste de leurs aïeux. Ces adeptes béats du système parfait répondent parfaitement aux attentes idéologiques de leurs parents copains en dissipant leurs angoisses naissantes de récents retraités. La génération montante leur renvoie un portrait craché, idéologiquement correcte, de leur propre jeunesse. Et tant pis si les réalités économiques n’ont rien à voir : Les uns sont trop jeunes pour comprendre, les autres trop vieux pour admettre. Comme eux, ils enfantent jeunes, comme eux ils sont propriétaires au plus vite même s’il la durée de leur crédit dure trois fois plus longtemps, comme eux ils sont croyants* que ce soit dans un retour aveugle vers le religieux ou dans les bienfaits continus de la société de marché, d’ailleurs, comme leurs parents, ils n’imaginent aucune autre alternative crédible au libéralisme.

Pour ceux nés avant entre 1968 et 1983, c’est une toute autre histoire. Les frontières de cette génération sont perméables mais la crête de ses naissances se situe en 1975. Cette génération là, après avoir été niée par ses parents sera méprisée par ses petits frères. Les trentenaires d'aujourd'hui glisseront dans les oubliettes du rendement. Génération délaissée, génération trop savante, génération exploitée, génération assistée, génération précaire. Tentons donc jusqu’au bout d’expliquer au père quinqua que c’est parce que son fils de vingt trois ans est prêt à subir toutes les réévaluations de salaire à la baisse après avoir accepter le sourire aux lèvres les surcharges de travail non rémunérées consécutives à des années de stage non-payées pour intégrer une entreprise à laquelle il s’identifie corps et âme, que sa fille de trente deux ans à qui en son temps on a fait croire qu’elle était cadre supérieur, est au chômage depuis plus d’un an parce que demander 30 % de moins que son salaire d’il y a cinq ans, c’est déjà trop exiger !

Top Ad 728x90