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30 novembre 2009

En quête d'action interdite au cœur des preuves exclusives

par
M6, un dimanche soir de 2011. Bernard De la Volardière nous présente un nouveau numéro de "En quête d'action interdite au cœur des preuves exclusives".

BERNARD DE LA VOLARDIERE
Cette semaine, découvrez une émission choc et sans tabou sur un milieu secret : Un univers agité, hostile, bassin de toutes les maladies, sources de toutes les dérives où les polémiques et les frictions ne manquent pas :

"Délinquance infantile, immersion au cœur de la bataille des crèches"

* * *

Le reportage. Musique d'ambiance : Thème d'angoisse sorti de la B.O du Silence des agneaux ou d'un autre film à base de psychopathe mangeur d'organes.

VOIX OFF
Dans une banlieue française comme tant d'autres, voici l'établissement "Sainte Karima" de sulfureuse réputation, un établissement animé et sous haute tension.

8 heures du matin. Les premiers parents insouciants abandonnent leurs enfants. Moyenne d'âge : 23 mois.

Tandis que le personnel inexpérimenté et en sous-effectif déroule les barbelés séparant les différentes sections, déjà les premiers bambins improvisent une course de tracteurs dans l'allée de service.

L'ambiance est bon enfant. Mais ici tout peut dégénérer en un clin d'œil. Jets de canards en plastique, invectives, lancés de biberons : Le réfectoire est le théâtre d'affrontement entre les bandes rivales de la section des chenilles et de celles des papillons bleus.

Ces bandes sont le cauchemar du Capitaine Flamme. La BOC, brigade d'observation des Crèches, est sur le pied de guerre.

9h39. C'est un appel Babyphone anonyme qui donne l'alerte. Des enfants sont en groupe autour du château en mousse. Ça sent la bagarre.

LE CAPITAINE FLAMME
Allez les gars ! 5 ou 6 gamins entrain de crier, on y va !

VOIX OFF
En veille derrière la table à langer, tant que la rixe n'a pas débuté, le capitaine Flamme préfère ne pas intervenir. Mais très vite, les jeunes armés d'animaux de la ferme en modèle réduits se massent autour des poufs Winnie l'Ourson. Les chefs de la bande, appelons-les Rachid et Mouloud, qui à moins de deux ans marchent déjà, profitent d'un moment d'inattention de l'innocente Marie-Cécile pour lui chaparder un cahier de rébus Dora l'exploratrice.

La réaction de la BOC est immédiate.

LE CAPITAINE FLAMME
ON CHAAAARGE !

VOIX OFF

Jeunes et policiers en décousent à coups de Lego et de Lacrymaux. Rachid et Mouloud sont interpellés et n'opposent aucune résistance. Le calme revient.

Ces éclats de violence sont devenus la particularité des crèches, au point d'en devenir les points les plus chauds de la jeunesse française. Face à l'insouciance de parents des cités voisines aveuglés par leurs parcours professionnel, encadrés par un personnel illégal, souvent inexpérimenté et en sous-effectif chronique, des centaines de milliers d'enfants y transitent chaque jour.

Le personnel de la crèche Sainte-Karima est constitué d'une seule employée en charge de la cuisine, du nettoyage, du change des 37 gamins et de la lecture des contines.

Par peur des représailles, l'employée (une sans-papier d'origine roumaine) témoigne floutée. Sa voix sera modifiée. Son expression étrangère et son vocabulaire étant compliqués à identifier nationalement, nous sous-titrerons ses propos :

MARUSCHKA Z.
Miséricorde, la tache qui m'incombe est surhumaine. Il m'est impossible d'en accomplir plus sans risquer l'œdème de Quinke.

VOIX OFF
Au cœur de la crèche, les affaires de la délinquance sont florissantes : Deals de compote, fraudes à la tétine, vandalisme sur peluches, dégradations sur les murs à la craie pastel, coloriages débordant des lignes....

LE CAPITAINE FLAMME
Ces incivilités coûtent cher à la collectivité !

VOIX OFF
Pour tenter d'enrayer le problème en complément de la vidéo-protection, les agents de la BOC renforcent leurs rondes.

11h30.

A l'approche du repas, les esprits s'échauffent. Le capitaine Flamme et ses hommes se dirigent dans les section des libellules. Un indic de grande section leur a signalé une escroquerie au crouton de pain.

Un jeune est appréhendé mâchouillant un morceau de pain alors qu'il a officiellement fini sa purée poulet-brocoli.

LE CAPITAINE FLAMME
Bon bah alors là on le fouille pour voir s'il n'a pas d'armes sur lui... Tiens Bingo ! Qu'est ce que je vous disais !

VOIX OFF
Un des hommes du Capitaine Flamme sort des poches du fraudeur une cuillère en plastique de dix centimètres. Le capitaine soupçonne le tricheur d'être le maillon d'un réseau de plus grande envergure.

LE CAPITAINE FLAMME
Là on est sur du lourd. Cuillère en plastique, paille, hochets, nounours magique, décalcomanies : Il a l'air inoffensif mais ils est organisé. Je suis certain que si on fait une perquisition chez lui, on trouvera toute la panoplie du trafiquant de jouets de fabrication chinoise.

VOIX OFF
Et ce n'est pas tout. Dans le casier du jeune, on trouve aussi du lait concentré sucré non déclaré, et donc nous soumis à l'impôt : Un délit auquel le capitaine est de plus en plus souvent confronté.

LE CAPITAINE FLAMME
C'est de l'évasion fiscale ni plus ni moins.

VOIX OFF
Ramené dans la cellule du local à poubelle qui sert de commissariat de fortune à la BOC, l'interrogatoire se poursuit, avec difficulté.

LE CAPITAINE FLAMME
Alors cékikila amené ? Tu vas parler dit !

MALCOLM X. (jeune délinquant flouté à peau noire)
Areuh beuhha gabouh...

LE CAPITAINE FLAMME
C'est le principal problème qu'on a avec les étrangers : Ils parlent pas notre langue.

VOIX OFF
Devant les réponses évasives du fraudeur, le ton monte.

LE CAPITAINE FLAMME
Tu vas avouer oui où je demande au procureur de t'emmener dans la grotte de la sorcière qui mange les petits enfants !

VOIX OFF
Le jeune tente alors une manœuvre à laquelle la BOC est rodée : Le hurlement suivi de pleurs hystériques.

MALCOLM X.
Maman ! Je veux ma maman !

LE CAPITAINE FLAMME
Bon allez : 24 heures de mise en examen, ça va t'attendrir.

VOIX OFF

Le capitaine aurait bien remonté la filière mais c'est le travail de ses collègues des douanes. De plus, il a un impératif de résultat de la part du ministère de l'intérieur. A l'approche des élections, le président a fait de la question de l'insécurité infantile, une de ses priorités. Il faut dire que les statistiques des cinq dernières années ne sont pas brillantes. Dans les crèches, les vols à l'arraché de jouets sont en progression de 1774 %, les diffamations en hausse de 2420 %, les crachats, vomis et cacas intempestifs, eux, explosent littéralement.

LE JOURNALISTE
Certains disent que en réduisant drastiquement les effectifs de l'encadrement de 350%, le gouvernement a créé les conditions du chaos dans la crèche.

LE CAPITAINE FLAMME
Kiki dit ça ? Des gauchistes utopistes sûrement. Moi je sais pas, je fais mon boulot sans me poser de question. Les commentateurs commentent, moi mon boulot c'est d'agir alors j'agis, chacun son métier. Tout ce que je peux vous dire, c'est que notre budget n'a pas été revu à la baisse. Regardez donc : Un Taser tout neuf !

VOIX OFF
Le Capitaine et ses hommes sont fiers de nous exposer leur arsenal clinquant : Pistolet à décharge électrique, casque à pointes et grenade défoliante. Avec ça, les délinquants en culotte courte n'ont qu'à bien se tenir.

La pause détente est de courte durée. 14h10. Le capitaine et ses hommes repèrent un attroupement suspect à proximité de la salle de sieste. Des jeunes qui préfèrent jouer bruyamment plutôt que de passer cette période digestive à écouter avec leurs camarades le dernier album de Carla Bruni, imposé par décret ministériel au programme des crèches françaises pour l'endormissement des plus petits.

LE CAPITAINE FLAMME
M'sieurs dames, police. Papiers 'siouplait.

VOIX OFF
Devant le manque de réponse assimilable à une insulte à agent de l'état dans l'exercice de ses fonctions, une fouille au corps est opérée par les hommes de la BOC. Le fruit de la collecte fait froid dans le dos.

Crécelle, Schtroumpf grognon, cubes en bois à forme carrées : L'attirail du petit anarchiste en herbe.

LE CAPITAINE FLAMME
Comment t'explique ça, hein ! Un râteau vert ? C'est quand même pas pour se faire des sandwichs !

VOIX OFF
Parmi les interpellés : Des gamines. Ce qui n'étonne plus les hommes de la BOC.

LE CAPITAINE FLAMME
Vous savez l'après-midi, les mioches savent pas quoi faire alors ils trainent à jouer dans la crèche. C'est le désordre. Et à cet âge-là, c'est vite incontrôlable.

VOIX OFF
A peine a t-il eu le temps de finir sa phrase qu'un des voyous s'enfuit à quatre pattes.

LE CAPITAINE FLAMME
Vas-y serre-le, serrre-le !

VOIX OFF
Trois hommes de la BOC maitrisent virilement l'individu, tandis qu'un quatrième l'asperge de gaz paralysant. Du moins le croit-il.

UN DES HOMMES DU CAPITAINE
Oh pétard ! Kika remplacé mes lacrymaux par une bombe de crème chantilly ?

VOIX OFF
Les collègues éclatent de rire. Un peu de malice ne fait pas de mal. La facétie allège l'atmosphère plutôt tendue à laquelle nos héros anti-crime se confrontent au quotidien.

UN DES HOMMES DU CAPITAINE au talkie
Zebra 3, ici Les Experts Toy's are Us, envoyez un tchou-tchou à salade couloir nord. On a coincé une bande préméditant un coup.

LE CAPITAINE FLAMME
Ils devaient vouloir détourner les petits vélos rangés sous le bureau de la directrice pour les envoyer dans les pays de l'Est. Un classique du grand banditisme

VOIX OFF
Direction la cellule de garde à vue. Avec les arrestations du matin, ils sont désormais 17 à s'entasser dans le local à poubelles.

LE JOURNALISTE
C'est pas un peu dur comme condition de détention ?

LE CAPITAINE FLAMME
Pensez-vous : C'est rarement leur première garde à vue. C'est malheureux mais on les arrête une fois par jour en moyenne. En fait, la prison c'est leur vraie garderie. Nous on peut rien faire d'autre. On est là pour les arrêter, alors on les arrête.

VOIX OFF
Hurlements, jets de couches sales... C'est vrai que la faune des sauvageons a de quoi effrayer.

LE JOURNALISTE
Vous n'avez pas peur qu'ils développent une certaine amertume envers l'autorité et qu'ils deviennent violents ?

LE CAPITAINE FLAMME
Vous savez c'est d'abord une question d'éducation. Y aurait surement des contrôles à faire et des enquêtes à mener chez les parents, mais c'est pas notre juridiction. C'est malheureux mais on les récupère comme çà. Nous on est là pour les arrêter, alors on les arrête.

VOIX OFF
Dans le hall d'entrée, la jeune Ingrid, récente recrue de la BOC, use de techniques plus humaines pour décrocher des informations afin d'endiguer sur le phénomène des bandes qui a pris une tournure inquiétante depuis quelques mois.

INGRID
Brian, si tu dénonces celui qui t'as donné le xylophone, je me débrouille pour alléger les charges. Peut-être même qu'on pourra t'avoir une sucette.

VOIX OFF
17h10. Le soleil se couche sur la crèche Sainte-Karima. Au terme de sa journée de prévention, La BOC a procédé à 32 interpellations. Autour d'une grenadine bien méritée, le capitaine et ses hommes font le bilan.

LE CAPITAINE FLAMME
Sur un effectif de 37 gamins, je dirai que c'est une bonne journée. Moins bonne qu'hier mais pas mal quand même.

VOIX OFF
Les premiers parents sont de retour. Excédé de devoir encore s'acquitter de la caution (équivalente à une journée de salaire moyen) pour sortir son petit dernier du local à poubelles, le père de [Mouloud] confesse son désarroi :

LE PÈRE DE [MOULOUD]
Je lui en collerai bien une à ce petit con ! Mais bon maintenant avec l'interdiction de la fessée : y serait capable de porter plainte !

LE JOURNALISTE
Alors Capitaine Flamme : 60 euros par gamin libéré, vous avez pas l'impression d'être des collecteurs de taxes pour le trésor public ? La prévention de la délinquance c'est un business lucratif en temps de crise ?

LE CAPITAINE FLAMME
Oh vous savez nous on est là pour arrêter, alors si vous posez trop de questions je vous arrête. On touche juste une petit commission. Les temps sont durs à cause des sans papiers qui nous piquent notre boulot et toussa, alors ça fait pas de mal. Et puis, on réinvestit beaucoup pour la prévention. Tenez, l'année prochaine on se fait livrer des camions à eaux avec canons à ultrasons et parait même que des milices vont venir nous épauler.

VOIX OFF
L'apéritif est de courte durée. 18h30. Il est l'heure pour les hommes de la BOC de se rendre dans les autres crèches de la ville, récupérer leurs enfants à eux. En espérant qu'aujourd'hui tout se sera déroulé sans heurts.

* * *

Retour sur la plateau.

BERNARD DE LA VOLARDIERE
Voilà, c'est la fin de notre numéro qui, je l'espère, aura contribué à vous donner l'image la plus inquiétante possible de la jeunesse de France et retranscrit l'abnégation quotidienne des héros de la BOC.

La semaine prochaine à cette heure ci retrouvez Valérie Damido pour un Déco and Co spécial prison (parce qu'une détention préventive ça peut être long autant en faire un moment cosy).

Nous, on se retrouve dans 15 jours pour un Zone exclusive au cœur de la jet set spécial pourquoi les patrons du CAC 40 méritent d'être payés double.

23 novembre 2009

Le réseau du plus fort

par

Mollesse nationale et familles emprisonnées dans leurs 4X4, avec mômes et Cofinogas au milieu d'embouteillages sur la route du Kipositive : Le week-end est le moment idéal pour saturer les ondes de faits-divers et d'anecdotes à haute valeur symbolique ajoutée, vaselinant le passage pour de futures taxes ou lois liberticides.

Ces deux derniers jours, j'ai eu à trois reprises l'écho d'une information capitale (sortie d'un autre continent avec même images pour tous) livrée clé en main par une agence de presse :

"Une salariée québécoise en congés maladie pour dépression s'est vue suspendre ses allocations car son assureur a observé une photo d'elle souriante sur facebook."

Stupéfiante nouvelle : Les indemnités journalières de la salariée dépendent d'un assureur privé. Zut aucun des trois médias (Europe 1, France2, M6) ne s'attarde sur ce point.

Penchons-nous sur cette information dont la redondance et la similarité du traitement radio-tv montre comment l'ancien monde considère Internet :

1 / Accroche qui interpelle : La salariée spoliée.

2 / Le descriptif qui passe en dix secondes de la mésaventure de la victime au point de vue de l'employeur pour s'étendre sur les dangers d'Internet (c'est une gigantesque mémoire etc...) et finit en culpabilisant l'utilisateur, ce grand enfant qui va bien devoir finir par accepter une loi parce que vraiment quel irresponsable.

3 / Conclusion : Internet = Péril personnel. Vous = Crétins incapables d'agir pour votre bien. Conseil final entre les lignes de l'information HD : Arrêtez de communiquer entre vous et reviendez regarder not'télé.

Le top est atteint dans le 19.45 d'M6 le 22 novembre (à 11.30)

A propos de l'affaire québécoise, l'animatrice d'information annonce un sujet sur "les dérives des sites communautaires". Comme dirait l'autre, les mots ont un sens. C'est vrai que la nuance chez M6, c'est pas trop d'actualité. Le sujet qui se limite à une interview d'avocat fait l'impasse sur les images de l'agence de presse pour directement balancer un sondage (supposé caution de vérité alors que la question est à participation libre et que la réponse n'a aucune valeur statistique fiable).

La question est :

"Les réseaux sociaux sont-ils un danger pour la vie privée ?"

Réponse : OUI à 71%
> sondage réalisé avec la collaboration de msn (qui a foiré le virage internet du réseau social) <

Et hop ! Voilà comment, en profitant d'une information à peine évoquée, je te balance en 20 secondes ma publicité anti-réseau social, je fais le boulot d'une agence de presse gouvernementale au terme d'un week-end de bourrage de crâne et je te culpabilise l'audience avec sa complicité.

Manquait plus que le micro-trottoir appelant à la prison pour la salariée !

Hypothèse : Appliquons cette déontologie journalistique à une autre situation.

Annonce de l'animatrice d'information : "Une jeune française s'est fait violer dans un club de vacances par un vendeur de chouchous."

Sujet (version médias du week-end) : "Alors qu'elle se baignait sur la plage en bikini, la jeune Isabelle s'est fait violer par un vendeur de chouchous. La prolifération des maillots de bains devient une menace pour l'intégrité physique des femmes. Enfin, tant qu'une loi sur une tenue décente exigée en vacances ne sera pas votée, il est à craindre que les viols se multiplient."

Sujet (version M6 du dimanche) : Pas de sujet, on passe directement au sondage à deux balles (en collaboration avec l'institut des vendeurs de chouchous et des fabricants de sacs en toile de jute)

"Si les femmes restaient chez elles, vêtues d'un sac à patates cadenassé, seraient-elles moins violées ?"

Sermonner à l'internaute que les réseaux sociaux sont dangereux, qu'il est irresponsable et qu'ils doivent tous se brider parce que l'un d'eux a été abusé, c'est comme d'affirmer à toutes les femmes, au prétexte que l'une d'entre elles s'est fait violer par un obsédé à 5000 kilomètres de là, que la plage est un lieu de haut péril, que les maillots deux pièces sont des armes de catégorie 5 et que bon, être femme c'est chercher les emmerdes.

Les risques ce ne sont pas les informations diffusées sur le réseau social mais bien ce qu'en font certaines personnes. Ce ne sont pas les utilisateurs qu'il faut intimider mais les usages abusifs de ces données qu'il faut condamner

Cette information (hors-actu in-propagande) de M6 est en parfaite adéquation avec l'humeur politique et législative du moment : Faire porter la responsabilité mentale des crimes sur l'ensemble des victimes potentielles au lieu de s'occuper sérieusement des coupables et, encore moins, des raisons de leurs agissements.

La loi (et les médias) doivent protéger la victime, non le coupable. Normalement.

A priori, la semaine prochaine sur M6 : Le boum des réseaux sociaux d'entreprise sécurisés avec login et mot de passe livrés par l'employeur.


Illustration : Benjamin Heine

28 juillet 2009

Zone interdite du futur : spécial Hadopi

par
Lorsque deux de mes sujets favoris M6 et Hadopi fusionnent, cela donne ceci :

Bravo aux concepteurs pour cette exclusivité des programmes de la rentrée de la petite chaine immonde.

30 avril 2009

Vos enfants c'est de la merde

par

Youpi, c’est la pandémie ! J’anticipe les ordres du gouvernement : Je reste chez moi à regarder M6.
Superbe plateau prêt-à-gerber Mercredi soir. Un 66 Minutes spécial votre enfant est une raclure.

Au programme de cette émission bien représentative de la charge émotionnelle et de la confiance que porte le spectateur d’M6 pour sa progéniture, 4 sujets aussi non-anxiogènes et variés que :
- Ces ados bagarreurs.
- Ces ados obèses.
- Ces ados drogués.
- Ces ados incultes et barbares.

Bref, si tu as un môme à peu prés poli, qui a la moyenne en classe sans tabasser son prof et qui ne te parle pas comme à un chien en faisant une faute de français à chaque syllabe, passe ton chemin et va sur Arte : Ici on fait dans le cas social et l’enfant gâté par une éducation Nintendo-télé. Sans discriminer : Fils de Bidochon et fils de notable.

Premier sujet sur les ravages de la cocaïne dans les soirées adolescentes parisiennes :
Nous retrouvons Lola des beaux quartiers, 17 ans, dans une soirée d’étudiants de type que de la sape qui bat son plein dans la chambre de l’un d’eux, louée une fortune par papa. Ils sont 36 dans 15m2 serrés autour d’un bol de pistaches lui-même perdu au milieu de deux douzaines de bouteilles de vodka, un classique. Avec un petit plus : Tonight, c’est soirée Coco !
Ne pas comprendre, qu'ici on va braver l'Hadopi pour se faire une vidéo projection sur la porte du frigo du dernier Gad Elmaleh.

Non, non, comme le reste de l'année, du petit-déjeuner à la 11.6 au pousse-café à la fiole de Baccardi : On va se torcher.
Un clubber à domicile définit le concept de la soirée : " - Ici il y a des riches et les riches se droguent." Espérons pour lui que le DRH d'M6 soit à l'écoute : Ce jeune homme au visage flouté a toute sa place dans le cellule "programmes et stratégie" de la chaîne.
Dring, dring. "- C'est ici qu'on se défonce ?" Plus qu’une rapide que Domino’s Pizza, un dealer à peine sorti du berceau fournit nos amis en poudreuse, à base de 60 euros le G.

Tout le monde ici semble issu de milieu aisé mais l'idéologie dominante est tenace : Eux aussi veulent faire encore plus riches (donc plus heureux) qu'ils ne le sont. Alors pour se la jouer Miami Vice-Puff Daddy, on roule les billets de 50 euros en paille (un des convives explosés nous assure que c’est mieux que les billets de 10 pour sniffer) et on s’enfile les traces dans le tarin en écoutant du 'Ore haine Bê. Il ne manque que la diffusion du Scarface de DePalma sur un plasma pour que l'iconographie caille-ra soit complète.

Tentée de baigner à nouveau dans l'euphorie des étudiants encocaïnés (certains parlent même de faire leurs devoirs, c’est dire les effets) Lola se ronge les ongles : " - Oh non putain je veux pas retomber."
C’est que Lola a un passé. De son propre aveu, elle a tout essayé.

Le reporter l’interroge :


"- Comment as-tu fait pour payer ?
"

"- Bah…les parents
." Répond en haussant les épaules la Christiane F. sapée en Baby-Prada collection Mini-pute, printemps-été 2009.


Nous sommes ici dans le triangle d'or à l'ouest de Paris, dans ces quartiers pourtant hautement video-surveillés, proches du berceau de la civilisation Bling-Bling. 400 euros qui disparaissent dans le larfeuil ont moins d’importance pour sa bourgeoise de propriétaire que la disparition de votre carte Simply Market au fond du cabas à roulettes.

Ah les parents ! Parlons-en justement. La voix-off compatissante nous apprend que le papa est un haut cadre plutôt absent (d'ailleurs pas filmé) mais que la mère est au foyer.
Au sujet de la déchéance de sa gamine longue de deux ans, elle déclare floutée et flouée :" - Je n’ai rien vu."

Bon certes, y a bien eu cette petite tentative de suicide avec ses Lexomyl. Mais cela a bien tourné puisque la mère a pu sauver sa boite verte aux précieuses pilules qui lui permettent, en complément de la 'tise, d'effacer souvenirs et responsabilités.

Au terme de deux années de combat et de cinq années de psychanalyse à 120 euros la séance, la mère conclut : "- Finalement, c’est une crise d’adolescence tout ce qu’il y a de plus normale."

Triste époque : Même dans le domaine du fiasco de l’éducation parentale, la lutte des classes persiste. Tandis que le fils de pauvre se défonce à la colle devant La Roue de la Fortune et amène ses bouteilles de dissolvant au New Clapton's (RN 12 première à gauche après le Chaussland) parce que le whisky y est vendu trop cher, le rejeton de riche, lui, se crame la gueule à 50 sacs la demi-journée directement puisés dans le Vuitton de la daronne.

Mais bon tout cela c’est du passé. La mère envoie Lola s'oxygéner « au vert ». Dans le square en bas de la rue ? Chez papy dans le Cantal ? Non, non au Japon, bien connu pour ses grands espaces et son air frais. Deux secondes après s’être plaint des mensonges à répétition de sa fille, la mère au foyer qui n’a rien vu du drame de sa fille alors que celle-ci perdait un quart de son poids en quelques semaines sous son nez, l’envoie les yeux fermés, tout frais payés, à 12 heures d’avion pour qu’elle arrête la dope !

Ne juge pas trop vite lecteur, il faut comprendre la psychologie de ces milieux où l’apparence fait substance. Cela fait mieux de dire : "- Ma fille est à Osaka pour se récupérer de son année éreintante et préparer son futur cursus." que "- Ma connasse de fille qui va tripler sa seconde est internée de force au centre des tox' d'Avicennes parce qu’en plus de me piquer dans mon budget medoc' et bibine, elle vend son cul pour payer sa schnouf".

Retour aux protagonistes de la soirée. On présente à l’un des trépanés aux pailles dans le nez l’analyse chimique de la cocaïne consommée plus tôt :

40 % de dopants provoquant le cancer du rein et 60% de sucre en poudre.

Rire gras et monolithique de la tête à claques, à peu près le même que celui consécutif à la vision d’une bonne cascade dans Jackass.


M6 fait chou blanc. Décidément cette coke ne semble pas gêner grand monde chez les bien nés. De guerre lasse et fidèle aux maronniers, le journaliste conclut son sujet en province chez des gens du terroir qui ne simulent pas les drames, eux. Ils ont perdu leur fils de 21 ans, Johnny, emporté par la méthadone.


Après quelques photos de famille et l’évocation d’un fils dévoué victime de mauvaises fréquentations, le père regarde le crépuscule du haut de son univers rural et aussi nuancé que Charles Bronson dans le justicier braque les dealers, conclut le documentaire en puisant dans le manuel aphorismes et castration chimique de Frédéric Lefebvre (à sortir aux editions du Pit) :

" - C’est triste à dire mais la meilleure solution pour eux
[les enfants], c’est la prison."(sic)

Une fois de plus, à base d'exemples représentatifs d'un microcosme servant des conclusions expéditives et dédouanantes, M6 est au diapason analytique de son auditoire :
Un jeune ça se lève tôt pour travailler plus même sans être payé, le soir ça regarde la télé-réalité. Sinon, c'est gros, c'est laid, c'est drogué et ça doit être maté.

Pas une fois, dans ces trente minutes de reportage, qu'il s'agisse des riches ou du fauché, n’auront été évoquées les responsabilités des parents. Encore moins celles des médias.

Pour les autres reportages, je vous laisse le soin de les découvrir sur M6replay. Pour moi, à la fin du premier, c'était déjà l'overdose.

3 janvier 2009

M6 : Pour un peuple presque parfait

par
Précisons d'abord qu'elle n'est pas spécifiquement française. En Angleterre par exemple, on l'appelle génération Channel 4.

En France, ses fidèles ont entre 14 et 35 ans et ce point commun de n'avoir aucun souvenir d'une France sans M6. La nature des programmes de cette chaîne, son introduction du concept d'évaluation puis d'élimination des individus par leurs semblables, son recours au coaching comportemental approfondi reculant sans cesse les limites de la vie privée ou sociale, ses prescriptions d'achat aux apparences anodines qui font de ces shows des publi-reportages, son humour socialement inoffensif, la ligne éditoriale de ses magazines d'enquête précédant ou accompagnant les réformes du gouvernement, son survol distancié de l'information, ont modelé une génération :

La génération M6.

Reprenant le flambeau de la France déclinante de la première compagnie qui, vivant sur ses gloires passées sans se renouveler, s’éteint peu à peu, cette petite génération qui monte et qui a fait de la chaîne alternative sa favorite est La France de demain.

Pour plus d’information sur les programmes de la chaîne incriminée je vous renvoie à cette vidéo et, parce que l’on jamais mieux servi que par eux-mêmes, au site
M6Replay.fr qui diffuse jusqu’au 7 janvier le show "ces émissions que nous n’oublierons jamais" (dont une sur deux provient de la grille d’M6).



Mais, revenons à nos moutons.
On repère la génération M6 lorsqu’elle sort de sa tanière cocoonisée à la saison des achats (fêtes et soldes et en règle générale dès le vendredi soir à 17h) pour arpenter les rayons illuminés à son intention, dans l'attente qu’on lui libère son dimanche chômé, intolérable atteinte à son pouvoir d’acheter.

La génération M6 va souvent par deux, en petits couples assortis (- parce qu’à deux ça fait moins d’impôts à payer). Malgré sa passion pour le bouddhisme, les bougies parfumées ou le karaoké, elle rationalise son rapport au monde selon des critères financiers. Avec elle, tout est pognon. La génération M6 a une calculette en lieu et place du cerveau.

Toujours partante pour courir là où on lui suggère de marcher, prête à supplier là où on l’invite à ramper, son champ d’analyse sociale part de ma droite (elle est ainsi, à l’image de ses grands aînés très réceptive aux discours publicitaires d’hommes providentiels promettant plus d’argent en échange de plus d’efforts) pour s’étendre jusqu’au plus à gauche possible pour elle (c’est à dire encore bien à ma droite) au travers du sentiment d’injustice qui la déchire à l’idée de ne pas avoir un écran plasma aussi bien que celui de Dany Boon vu dans le M6 Déco spécial intérieurs de stars.

Sa vie est une course d’un centre commercial à l’autre pour l’obtention, à prix soldé, des gadgets recommandés par sa chaîne privilégiée. Du nord au sud, on reconnaît les intérieurs de ses pavillons qui se reproduisent à l’unisson coloré des préceptes de ses mentors télévisés de la déco mégalo. Dans ses salons carrelés s’entassent, avec la frénésie d’agencement de ceux qui ont peur de ne plus posséder, des meubles offrant la triple qualité d’être massifs, moches et dépareillés. Elle est provinciale ou banlieusarde. V
ia un habile marketing des annonceurs, et la répétition annuelle des Capital spécial bonnes affaires de l'immobilier, elle s'est auto-bannie des centres villes afin de trouver plus grand et plus dans son budget, en vingt-cinquième périphérie.

C'est que, question maison, la génération M6 abhorre la location. Peu importe ses revenus, posséder un toit n’est pas une ambition : C’est une obligation. Comment faire autrement lorsque pendant les 10 dernières années on a entendu comme seuls sons de cloche les reportages orientés d’M6 d’un côté et de l’autre, l’écho continu des ego repus des parents proprios ? Quand elle possède un bien immobilier, quelconque et sur payé, c’est comme pour son canapé, vite elle s’en lasse. Il lui faut plus grand et plus classe.

En pleine crise existentielle pour cause d’existence de crise, la génération M6 consacre encore ses forces à se cogner sans peur du ridicule dans le mur de ses contradictions, tiraillée entre l’idéal télévisé de l’épanouissement personnel et la logique comptable de ceux qui lui vendent cette réussite balisée d’objets à se procurer et de concepts à adopter.

S’intéressant peu à la vie au-delà du consommable, elle s'interroge rarement sur les motivations et les conséquences de ses actes dont elle paye, au propre et au figuré, régulièrement les frais.

Son opulence à débit différé est pourtant souvent remise en cause à la fin du mois par des imprévus de type appel de fonds pour les charges de l'immeuble ou nouvelle option sur le forfait 3G-UMTS-Bluetouze (pour appeler maman qui habite à deux maisons de là) qui plantera de 500 euros son budget de représentation établi à 140% de ce qu’elle gagne en salaire.

Rentrant dans la vie active par la dette, à pas 30 ans elle n’a déjà plus aucune soupape de sécurité et prend toute déconvenue financière de plein fouet. D’où ce sentiment de colère qui monte en elle depuis les non-résultats sur le terrain de l’élection présidentielle de son miracle américain. Que ce soit pour sa maison ou ses revenus, elle se persuadait que le nouveau président lui garantirait du +15% à l’année. Enfin, c’est ce qu’elle avait compris du Zone Interdite spécial ces pays qui ont tout compris et qui ont su se réformer diffusé quelque part au cœur de la déprime de 2006, amuse-gueule aspartamé de celle qui l’attend en 2009.
Sur le terrain pavillonnaire, la génération M6 est une confrérie tacite dont l’adoubement repose sur des codes vestimentaires, ludiques et télévisuels très précis. Elle se conjugue intérieurement à la première personne du singulier. Le nous revendicatif sonne comme un blasphème à ses oreilles. La transcendance spirituelle ne l’intéresse pas plus. Ses seules communions sont de pixels. L'unique réel sur lequel elle veut avoir prise est celui de sa chaîne via des SMS surtaxés pour éli
miner ses semblables qui ont voulu tenter de briller à la télé (son rêve secret). Pour elle, la reconnaissance n’est pas la conséquence d’un travail, c’est le but de tout crétin chantant sous sa douche ou devant Rock Band, jeu vidéo qui, comme tous ceux simulant à la fois notoriété et maîtrise factice d’un apprentissage représentant des décennies de labeur, marche très fort dans ses rangs.
De par son âge, son état de salariée pressée jusqu’au trognon et ses montagnes de crédits, la génération M6 est déjà la grande perdante de 2009. Arriviste se pensant déjà arrivée (si l’on considère qu’un salon à 6000 euros payable en 15 fois sans frais est une étape essentielle dans la vie d'un homme) elle ignore qu’elle se trouve au début son long parcours sacrificiel. Au fond, cela la gêne peu et puis elle a son arme contre la déprime : Les petits plaisirs. Elle n’a pas besoin qu’on lui répète 10 fois la publicité : De son propre aveu, elle craque énormément. Et puis, la vie c’est comme la real-tivi : Pas de réussite sans humiliation. Pas d’émancipation sans asservissement. Oui, la génération M6 est un peu con.

Rentrée dans le monde de l'entreprise par la porte initiatique du stage sous-payé, bercée par les discours angéliques de ses parents, outr
ée par ses grands frères (c’est moi ça) qui peuvent perdre leurs journées à ne pas être productifs pour d’autres, la génération M6 gobe tout cru ce qu’on lui dit et se montre très travailleuse. Elle n’hésite pas à cumuler les boulots, son job au bureau et le soir la garde rémunérée des enfants des autres. Et ce, quitte à engager une baby-sitter pour garder les siens. Dans l’optique de l’accès à sa bourgeoisie fantasmée, le travail c’est sacré. C’est son nouveau président qui lui a dit. C’est pour cela qu’en 2007, pour la première fois elle s'est bougée jusqu'au bureau de vote, sans conviction propre, juste parce que c’était vu à la télé ou entendu dans les conversations de ses parents.

Dans les couples de la génération M6, elle et lui travaillent (- Bah tu comprends financièrement, c’est impossible autrement). Lui turbine parce qu’il veut la nouvelle Xbox, elle, parce que c’est le progrès et qu’elle veut que son mec ait sa nouvelle Xbox sinon ce serait pas un mec, pas un vrai, en tous les cas pas un comme celui de ses copines. Quand la génération M6 parle de son boulot, c’est souvent pour s’en plaindre sans pour autant le remettre en question. Le travail est une peine de prison tolérée pour surnager à la surface de sa condition. Déclassé du monde du travail, reclassée domestique au ras d’une way-of-life qui n'a d'américaine que l'étau du crédit, enfermée volontaire dans sa cellule aux barreaux
de pacotilles à renouveler régulièrement, elle ne s'autorise aucun dérapage de son quotidien d’esclave sinon ce serait le krach bancaire. Et puis le travail, ça occupe !

- Hein love, qu’est-ce qu’on ferait de tout ce temps libre ?


Ne dialoguant pas sur la substance, imperméable au discernement, esquivant l’effort intellectuel, la génération M6 somatise énormément. Bien qu’elle se plaigne de la dette causée par les services publics de santé, on la retrouve régulièrement (comme ses parents) en consultation dans les cabinets médicaux ou aux urgences des hôpitaux dès que son nez coule (c’est à dire deux fois par mois) à la quête semi-honteuse de cet arrêt maladie qui lui permettrait de passer ses après-midi chez elle à mater Delarue sur le Plasma en bouffant des chipsters. Toujours là pour éponger les queues de tendances, elle attrape tout ce qui traîne, virus et autres gastro-entérites à diarrhées carabinées dont elle fait connaitre à son entourage, fréquence et consistance, avec force SMS (- Mais après 20h parce que tu comprends, entre 20 et 21 heures c’est illimité les textos sur mon forfait optimum-totale-liberté).

De formation souvent commerciale, visant des métiers aux intitulés abscons dont les fonctions lui sont ardues à définir mais que l’on peut souvent résumer à comment vais-je plumer mon connard d’interlocuteur pour me faire bien voir auprès de mon chef que je méprise
? elle est ouvertement inculte et le revendique via une sous-culture à base de références audiovisuelles de moins de 6 mois. Attention, si vous habitez dans une zone où elle est majoritaire, ne laissez pas filtrer que vous ne possédez pas de télévision ou que votre poste est encore cathodique, on ne peut présager de réactions qui pourraient être violentes. L'exclusion du camp de consommation pourrait être prononcée et vous seriez l’objet des quolibets de sa marmaille, encore plus matérialiste.

Comme ses modèles, les riches et les célèbres, la génération M6 se mélange peu avec les autres classes. La vie du riche lui est inaccessible autrement que par les produits qui simulent la fortune. Quant au monde des pauvres, c’est son repoussoir ultime. En temps de crise, ça l’incite à encore plus travailler, et pour moins payé s’il le faut.

Le revenu net mensuel est un facteur déterminant dans toute relation sentimentale durable entre deux individus de la génération M6. Les exigences financières sont draconiennes : Faut au moins que l’être aimé gagne 1300 euros mensuel sinon ce n’est pas la peine de venir roucouler sous sa marquise Leroy-Malin (c'est très M6). Intraitable loi à l’image de celles des parcs d’attraction où elle se rend en pèlerinage deux fois par an : En dessous d’une certaine taille, pas d'accès au tourbillon hédoniste des jouissances Made-in-China.

Fonctionnant sur le mode binaire, les illusions taillées au sécateur par les raccourcis d'une chaîne qui ne tolère pas l’erreur (le mauve c’est bien, faut trier ses déchets, manger des fruits et pas violer ses enfants), il m’est arrivé de partager certaines de ces soirées festives (en réponse à l’ennui, tout chez elle est prétexte à fête) et d’accéder à un niveau de vide rarement côtoyé ailleurs que dans les films de Luc Besson. Dans ces moments d’extrême solitude, j’ai touché le néant et je peux l’affirmer : Il n’y a pas de vie après la mort cérébrale. Dans ce genre de parties plates où le lisse s’étale par barils de connivences, pas une idée, pas un concept, pas même une opinion sur laquelle je puisse m'énerver. Pas d’humour non plus, enfin autrement que par un festival de citations à l’intonation exacte, des dialogues de Christian Clavier dans les comédies "cultes" du Splendid ou des spectacles de ses comiques favoris, ceux qui au nom d'une promotion garantie sans dérapages, ont expurgé de leur champ du drôle toute référence contestataire, sociale et politique.

J'arrête ici ma description non-exhaustive de cette force anti-révolutionnaire tapie dans la lumière vario-climatisée de ses espaces de vie parfumés à la cannelle et au citron vert, tant il y aurait sujet à chapitres et il faut que je m'en garde pour un prochain ouvrage.
Pour conclure provisoirement, si l’on doit résumer à un seul le critère de reconnaissance d’appartenance à la génération M6, ce sera le conformisme. Insensible à l'injustice, sans véhémence contre sa classe dirigeante, bien au contraire, résolue au marché et comptant ses coupons de réductions, elle est la preuve en chair et neurones que la vieillesse n’attend pas le nombre des années.
- La révolution ? Hein ? Pas jeudi, y a "Nouvelle star".

26 novembre 2008

Zone Interdite aux inactifs

par
Alléché par le teaser « Précarité, discrimination, logement : 12 millions de français en danger ! », j’ai visionné sur M6 replay (version VOD de la petite chaîne pour qui sonne le capital), un épisode de l'émission de reportages Zone Interdite s'intercalant entre un numéro sur "la galère des chômeurs obligés de vendre un rein pour nourrir leurs enfants hyper-actifs" et un autre sur "les astuces des français pour manger équilibré avec le contenu de leurs poubelles".

Mise au point.
Après une introduction alarmiste à base de « à plus de 50 ans sommes-nous retirés de la vie active ? » et autres « les seniors français sont en danger ! » calibrant l’émission sur les « seniors inactifs », la roboche-présentatrice (estimation / 25-28 ans) nous annonce une show qui va dénoncer, à travers le parcours larmoyant de plusieurs personnages, ce mal qui ronge le monde du travail : Le jeunisme.

Précisons que je m'intéresserai ici aux personnages de l'émission pour qui la question financière n'a pas l'air d'être prioritaire dans leur quête de travail.

Premier sujet :
Jacques est un empavilloné de 54 ans, totalement désemparé. Licencié après 25 ans de bons et loyaux service dans la même société, il regarde les larmes aux yeux, depuis son beau salon avec commode Raymond Barre intégrée, des balayeurs s’activant dans la rue. Pour Jacques, la vie en dehors de l’entreprise, c’est la vie dans la maison donc la vie en prison.

Dans son jardinet, après une longue complainte sur son manque d'activité (activité signifiant ici : recevoir des ordres d'un patron) et poussé dans ses derniers retranchements par l’intervieweur, Jacques reconnaît « 25 ans de gâchis » sans pleinement réaliser le paradoxe dans lequel il s'embourbe. Pleure-t-il le fait de ne plus avoir de travail ou le fait que sa vie n’est rien sans travail, précisément parce qu’il n’a fait que travailler, n’ayant rien cultivé d’autre pendant un quart de siècle que sa ponctualité et sa dévotion la plus complète à une entreprise qui a finit par le virer ?

Houlala, comme dit la femme de Jacques : "ça cogite dans la tête."

L’idéologie dominante des deux heures d’émission est condensée dans ce premier sujet par un commentaire pour le moins orienté : Pour prétendre au statut d'être humain et ne plus être un sujet de dissection sur M6, autopsié une deuxième fois chez Seb Musset, un boulot tu dois trouver !

Autre pavillon tout confort, avec plasma HD Maybe et master canapé en croûte de cuir : Martine, ex-vendeuse de chaussures de 43 ans, « stresse d’être sans travail ». Elle astique encore et encore son beau carrelage au Mirror car « ça l’évite de réfléchir à sa situation un peu lourde » et de trop penser « sinon [elle] crie sur les enfants.» Son fiston, Steven, absorbé par son Pro evolution soccer sur Ps3, la rassure en haussant les épaules : « Mais m'man, t’es pas vieille.» avec un sourire chaleureux. Mais, le mioche cache bien son jeu. Lui aussi a été atteint du virus de "la petite maison dans la prairie" et il confie en apparté à la caméra un "Si elle travaille pas,' j'serais pas fier d'elle" qui me fait froid dans le dos.

Martine, licenciée pour cause de vieillesse via un prétexte fallacieux, n’a pourtant jamais manqué un jour à son poste, une occupation répétitive et répétée durant 27 ans tuant chez elle imagination et curiosité et qui, maintenant qu'elle ne l'a plus, l'abandonne au néant d'une vie à continuer.

Après quelques péripéties d’intérieur sur une glauquissime ritournelle ressemblant à s'y méprendre à celle d'Elephant Man, on retrouve Martine devenue auxiliaire de vie dans une maison médicalisée de services à la personne (comprendre femme de ménage dans un mouroir) où, parce qu’elle se montre motivée et parce que les caméras de M6 sont moins discrètes que celles des "Infiltrés", on lui "offre" un CDD de 2 ans. Martine renaît. Suit un clip où on la voit s’activer sur une musique guillerette signée Vladimir Cosma (NDLR : un éléphant ça trompe énormément) aux mêmes taches ménagères qu’elle faisait chez elle mais pour le compte d’un patron qui la paye au smic horaire. Victoire ! Commentaire éclairé du speaker « Martine a eu le bon réflexe ! » Quel réflexe ? Celui de choisir un job peu gratifiant et mal payé et d’abandonner ses trois enfants à la Star Ac' et à la Xbox ? C'est donc ça l'émancipation. Martine n’aurait-elle tiré aucune conclusion de sa mésaventure ? Peut-être que la diffusion de Zone Interdite l’aidera : Si l'on suit la logique du commentaire qui, deux minutes avant vantait le volontarisme de cette employée modèle qui ne l’a pas empêché d’être jetée comme un vieux slip, elle a toutes les raisons d'être l'invitée dans deux ans d'un nouveau numéro spécial « les trahis des contrats de professionnalisation ».

La reportage dépressionnaire continue avec un troisième sujet que dans le jargon professionnel des décrypteurs d'émissions à la con d'M6, nous appelons le sujet "Over the Top". Olivier, 45 ans, est un cadre commercial au chômage depuis 6 ans. Première question : Est-il encore, après 6 ans en marge de l’action, "cadre" et "commercial" ? Deuxième question : Que vient-il faire à 45 ans dans un reportage sur les déboires des seniors ? N’aurait–il pas plutôt sa place dans une étude sociologique sur la considération du travailleur en général dans un monde
déshumanisant basé sur le rendement qui, le soumettant à des objectifs toujours plus poussés, l’amènera inéluctablement à en être dégagé manu-licenciari ? Malheureusement, M6 ne fait pas ce genre d'enquête subversive.
Olivier, plaqué par sa femme, glisse au bord des abysses : « Pourquoi on ne veut pas m’engager, mince qu’on me le dise quoi ? » C’est pourtant simple Olivier : Dans cette société compétitive que tu ne remettais pas en cause tant qu’elle te versait 7000 euros par mois, l'employeur préférera toujours un jeune lobotomisé, malléable et courageux, qu’un vieux de 35 ans qui, pour peu qu'il ne regarde pas trop M6, commence à conceptualiser sur sa vie passée à la fuir.

Le cas d'Olivier est presque irrécupérable : Il ne "supporte plus de ne pas mettre de cravate". Rongé par son inoccupation, entre peur et culpabilité, n’ayant en 6 ans jamais réaligné son logiciel d'évaluation du monde (preuve télévisée à l'attention d'éventuels employeurs qu'il est tout sauf "flexible"), l’homme fonctionne encore selon les preceptes "moraux" de l’entreprise et se considère donc, puisque sans travail, comme un sous-homme.

Devant un tel naufrage intérieur, un pote patron lui « laisse sa chance » : Olivier va pouvoir nettoyer les chiottes du camping que son ami gère. Youpi ! Le cadre commercial s’exécute, enjoué et super motivé, pour l’amour du travail bien fait. Le soir, ponctuel car « [il se doit] d’être présent », il entame un inventaire dans un hypermarché sous les ordres d’un petit-chef moitié moins âgé que lui, stagiaire précaire il y a encore 2 ans et senior sur la sortie d'ici 2010.

Olivier conclut le sujet qui lui est consacré par un « c’est épuisant ce travail mais ce serait épuisant de ne pas en avoir » qu’on croirait directement soufflé par la division "argumentaires en béton" coachant Xavier Bertrand, Christine Lagarde et Yves Jégo.

Retour sur le plateau de la jeunette :
« En France, il y a 200.000 seniors qui cherchent un emploi ». Mazette. La gamine insiste : "Le vrai problème, c’est la discrimination par l’age." Sûr que dans un pays qui embauche déjà peu et qui vieillit à vue d’œil, à un moment ou à un autre, comme dirait le caniche au doberman, ça va coincer. A ce stade-ci, comprenons que le terme "senior" est un alibi sémantique regroupant des disparités d’âges et de situations n'ayant en commun que le traitement idéologique que M6 en fait : Ces gens
sont malheureux puisqu’ils n'ont pas de travail. CQFD.

L’entreprise, la grande absente des reportages, est piégée en flagrant délit de contradiction : D’un côté, elle veut des jeunes, moins payés, car moins expérimentés, donc moins productifs. Dernier argument qu'elle sort également aux seniors pour les virer ou ne pas les embaucher. Comme il est hors de question pour l’entreprise de se remettre en question, et encore moins de le faire à la télé, c’est donc aux "seniors" (et l’on voit que la définition d'M6 est large) de faire des efforts.

La jeunette sur plateau désigne comme « parias du monde du travail » cette nébuleuse post-quadra, déboutée d'un salariat qu'elle imaginait pépère et à perpétuité. Bienvenue au club ! Des "parias" du monde du travail, j’en connais un paquet qui sont baladés d’un emploi pourri à l’autre depuis 20 ans dans le mépris le plus complet de leurs ainés.

La première partie de l’émission s’achève sur une note d’espoir. Nous retrouvons Jacques, le neurasthénique, à deux doigts de réaliser son rêve : Ouvrir une baraque à frites. Merci la micro entreprise et Dany Boon, grâce à qui ils sont aujourd’hui 3 millions à avoir eu la même idée cette année ! Ça va puer le graillon sur le littoral cet été !

Page de publicité de mi-programme :
Cepelem, avec toute sa thune à règlement différé tu l’aime. Le crédit Agrippé, le pouvoir de dire « on va encore t’en piquer ». Cashdébil, la réserve de cash disponible à tout moment quant t’as envie de t’acheter une 306 cabriolet en plus de ta botte de persil. Revolvingo, le crédit malin qui te permet de payer 20 fois son prix et pour toute ta vie ta twingo à toi toute pourrie et, Bieritude, la convention obsèques pour quitter en toute mensualité cette vie de chien dont même un chien ne voudrait pas.

Retour dans le gros dos' de la Zone Interdite plutôt fréquentée.
Je vous présente Joseph, 84 ans, chauffeur routier. Parce que sa retraite « ne suffit pas » (à mon sens parce qu’il ne supporterait pas de rester
à domicile en tête à tête plus d’une heure avec sa bourgeoise), il conduit quotidiennement son 33 tonnes sur les départementales de France. Avec pour seul repas une madeleine et bol de riz, le vieux bourlingueur qui "ne supporterait pas de raccrocher" attend le pied sur le champignon son AVC pour prendre son car scolaire de plein fouet (ça fera toujours de belles images au 6 minutes d'M6). Et tout ça pour le mirobolant pactole de 1000 euros par mois (soit le tarif facturé pour 1 seconde de publicité sur la chaine qui diffuse le sujet).

Au fur et à mesure des portraits et malgré mon cynisme qualifié « d’enc... » par mon entourage, je suis ému par ces vies entièrement focalisées sur le travail. Travail considéré ici non comme un épanouissement personnel mais bien comme une agitation nerveuse visant à tromper l’angoisse existentielle. Cette émission fourre-tout sur les seniors, visant à servir la communication d’un gouvernement ayant dans le collimateur l’euthanasie pure et simple du départ à la retraite, est un plaidoyer involontaire pour l’édification d’une vie en retrait, préservée du carnage cérébral que provoque toute immersion prolongée dans le monde du salariat.

Et oui,
dans son foutraque d'émission propagandiste M6 a mis le doigt sans le vouloir sur le point faible de notre organisation sociale axée pour moitié sur le travail (l'autre étant la consommation) : Son effet dévastateur sur l'intellect et le moral de l'individu. Le seul point commun entre un cadre commercial de 41 ans qui récure des latrines de campeurs pour tromper sa solitude et un chauffeur de 84 qui décharge à la pelle des camions de céréales pour rester loin de sa bourgeoise, est la terreur du vide. Conditionnés par un environnement, une éducation, des médias type M6, voués au marché et n'acceptant aucune dérogation "au moule", ils ont par circonstances ou facilité, souvent les deux, placés toutes leurs billes existentielles dans un système qui n’a que faire d’eux. Sans matelas spirituel, sans endurance mentale, son développement de relations autres que professionnelles, parfois sans hobby ni passion, ils se retrouvent anéantis, isolés, dès qu'on leur retire un travail salarié. D'où ces classiques et toujours poignants "cette usine qui ferme c'était toute ma vie" qui jonchent les reportages de JT depuis 30 ans. Pourtant, même quand ils en sont exclus et qu'il s'est ouvertement moqué d'eux, leur dévotion à ce système reste inébranlable. La machine, elle, ne voit en eux qu'une ligne comptable, une variable d'ajustement, ajustée jusqu'à ce qu'elle sorte du seuil de rentabilité.

Je passe en vitesse sur le risible sujet de fin titré "la revanche des seniors aux Etats-Unis" qui fait l'impasse sur la majorité des seniors américains n'ayant d'autre choix que de travailler
jusqu'à la mort dans un pays où le concept de solidarité est un gros mot, pour nous présenter deux belles caricatures de retraités volontaires : Sally, la caissière et Robert le contremaitre, respectivement 85 et 102 ans, vraisemblablement conservés dans leurs entreprises pour leur potentiel publicitaire.

Que retenir d'une telle émission ? Évidemment, on ne peut être que sensible à ces aveux d'impuissance. Évidemment, on envie de concéder à Joseph qu'il est surement plus heureux dans son camion qu'avec sa femme. Évidemment que Martine est surement plus utile à ses petits vieux qu'à ses enfants. Évidemment, il est bon pour tous, et pas seulement pour l'entreprise, de mixer les âges. Il n'en reste pas moins que le fond du malheur distillé durant ces deux heures de programme tient moins à l'âge qu'aux rapports de soumission et d'identification complète de l'individu à son emploi salarié.

Je ne critiquerai donc pas le fait de travailler à tel ou tel époque de la vie du moment que ce n'est pas vécu comme une fatalité tel que le confesse Joseph au travers d'un "c'est comme ça" dépité en bouffant son riz au lait. Non, j'attire ici l'attention sur les arrières-pensées d'une chaîne de télévision qui distille, émission après émission, au travers de la dictature de cas particuliers, l'idée qu'il est mal de ne pas travailler, surtout lorsque l'on est âgé.

Zone Interdite présente du malheur en barre et y apporte une solution : Celle qui arrange le marché.

Ces émissions, classées "informatives", ne sont pas innocentes. Il faut les regarder non pas pour ce qu'elles sont censées nous démontrer mais pour la façon dont elles tentent de nous le démontrer. Ne jamais oublier que le canevas de fond de ce type de show (qu’ils soient sur l’immobilier, l’éducation ou le travail) est de conditionner l'audience par la terreur de l'exemple, pour que ceux qui sont déjà dociles continuent à l'être et que ceux qui ne sont pas assez conformes s'empressent de le devenir.

J'attends naivement ce jour où des médias instruiront en amont leurs spectateurs à remplir un peu moins leurs salons et un peu plus leurs âmes afin d'éviter qu'ils ne deviennent ces désœuvrés de l'esprit toujours plus nombreux, ces exclus du monde « gagnant-gagnant » et unilatéral de l’entreprise qui, une fois jetés, vivent leur quotidien comme une peine.

Si l'homo-salarius ne veut pas finir à la benne, le moral dans les baskets, à lui de cultiver autre chose, au plus vite, au plus jeune, en marge ou en parallèle.

21 octobre 2008

Tnt pour tous, tous pour lui

par
Dans l'audiovisuel aussi notre glorieux président veut laisser son empreinte !
Le
"plan numérique 2012" qui a été annoncé hier matin par Eric Besson (notre président ayant la finance mondiale à sauver)
vise à rendre les nouvelles techniques de communication et de l'information accessibles à tous les Français d'ici 2012. Il contient pas moins de 154 mesures.

Au-delà de l'internet pour tous (si possible bridé), il prévoit que tous les français soient équipés de la TNT HD d'ici 2012 (tiens, cette date me rappelle quelque chose)
via des aides et la mise en place d'équipement. Oui, vous avez bien lu : Vous derniers irréductibles, objecteurs de conscience cathodiques et/ou exilés en Creuse profonde, affamés, licenciés, bafoués et sans le sou, l'état dans sa grande générosité va vous payer des décodeurs TNT HD pour que vous ne perdiez pas une miette de haute technologie (mais à basse définition mentale) des programmes diversifiés que son audiovisuel privatif vous prépare.

Vous aurez ainsi le choix entre La première compagnie qui, faisant courageusement face à la concurrence, se recentrera sur ses fondamentaux : Le modelage de cerveaux entre deux écrans de publicité....

Rance 2 et son ton résolument décalé frisant (parfois à moins de 850 kilomètres) l'impertinence d'un Michel Leeb sous Lexomyl :


Jeunesse d'esprit toujours avec la troisième chaine. Privée de publicité, elle abordera des thématiques de fond au travers d'émissions tout aussi novatrices que fédératrices :


Vous retrouverez aussi Banal +, la chaîne révolutionnaire de l'élite créative où l'on trouvait jadis ce qu'il y avait "nulle part ailleurs", et sa nouvelle politique de programmation toujours plus ambitieuse : Devenir la chaîne des beaufs copiant tout ce qui se fait partout.

Bonne conscience 5, la chaîne du savoir, qui intéresse plus particulièrement notre ministre de l'éducation, aura pour objectif d'inculquer aux plus jeunes (tout en rassurant les plus vieux) les coutumes et bonnes mœurs d'une république unie pour la majorité présidentielle au travers de ses reportages et magazines.
Bonne nouvelle : L'économie, la finance et les légères mutations sociales qu'elles entrainent dans "leur course vers le progrès" seront toujours l'affaire de M6 au travers de ses enquêtes impartiales sur les banques et l'immobilier sponsorisées par des banques et des promoteurs immobiliers.
Contre-discours et décryptages médias ne sont pas en reste : Cap sur les chaines alternatives de la TNT. Sur Bolloré Tv (que les manants connaissent sous le nom de Direct 8), Jean-Marc Morandini, le monsieur loyal du Paf, saura pousser à bout des intervenants sulfureux qui font l'actualité. Prochains invités : Laurent Wauquiez, Michel Drucker, Frédéric Lefebvre, Marie Drucker, Steevy, Lea Drucker, Yves Jégo et Miss France.

Sapristi, culture et fête : Tout un programme ! (et oui un seul et même programme décliné en plusieurs chaînes). Alors, derniers récalcitrants, exigez de votre gouvernement un décodeur TNT HD et rejoignez, avant 2012, le reste de votre pays* !

* déjà 53% de convaincus.

23 septembre 2008

Maisons à vendre, cerveaux à rendre

par
C’est la rentrée, c’est la crise et ça marche mieux que jamais pour M6 ! Après un Zone interdite sur la difficulté de se loger (dimanche 14) et un Capital spécial crise de l’immobilier au ton ouvertement pessimiste le dimanche suivant, c’est avec grand plaisir que je retrouve Maisons à vendre animé par Stéphane Plaza, le kéké* agent immobilier en charge de faire comprendre, sur un ton AB production, aux vendeurs en péril que, bon, faudrait quand même voir à baisser les prix de leurs tas de parpaings parce que les agents immobiliers et les notaires commencent à morfler !

J’ai déjà fait 1001 marroniers sur la petite chaîne qui monte et qui va finir par niquer Tv-Experts mais là, des l'introduction du premier reportage de Maison à Vendre, je me suis dit comme Stéphane Plazza que « y avait du bon blaireau dans la machine à blaireauter » et que le spectacle allait donner !

Bienvenue chez Vivien et Marina, premier couple candide d'une saison 2008-2009 de Maison à Vendre qui s'annonce meurtrière. Ce sont de jeunes parents trentenaires tout ce qu’il y a de plus M6isé qui veulent se débarrasser de leur gouffre à thunes. Lui est une sous-fiotte standard qui fait oui-oui à tout ce qu’on lui dit en souriant goguenard. Il vient d'ailleurs d'être licencié par sa boîte pour manque de charisme. Il passe le reportage, effacé et castré par son épouse, un morcif surmaquillé à la voix de 103 SP au pot mal réglé, que j’imagine cadre en viennoiseries à La Brioche Dorée de la zone co' du coin.

Après avoir regardé en 2006 un Capital spécial boum de l’immobilier entre deux numéros de "M6Déco", l'épouse boostée par les discours aux taux moralisateurs de son bonimenteur de banquier, a du casser les pieds à sa gentille carpette de mari en lui serinant des jours durant : « - Faut acheter Mamour ! Faut acheter ! ». On sous-estime les ressources d’un homme pour faire taire sa femme. Enfant, maison, choix du programme télé : La plupart préfère céder plutôt que des les entendre brailler. Le minet fait bidet, s'exécute et s'endette à 100%, rien que ça.

Il y a deux ans notre couple modèle a donc acheté «dans l’urgence» selon Marina (comprendre que 2 de leurs voisins venaient d'acheter et qu'ils ne pouvaient plus faire autrement sous peine de passer pour des truffes), cette ancienne écurie de 150m2 carré au fond d’une impasse en bordure de patelin, en périphérie de trou perdu.

Galvanisée 10 minutes par l’acquisition, une fois propriétaire, l’apprentie bourgeoise déchante.

A la question fondamentale de la philosophie plazacienne :
- "Mais pourquoi voulez-vous vendre ?"

Marina répond :
- "Il nous arrive que des mauvaises choses depuis que nous sommes propriétaires. Et puis, sans argent, j’ai commencé à me dire : Comment on va faire ?" (sûr que c’est le meilleur moment pour se remettre en question)

Devant sa situation financière "un peu tendue", Marina a donc réagi comme il fallait : En tombant malade. Quelle maladie ? On ne sait pas. Un truc qui permet d'être en congés maladie, de peindre sur les murs et d'appeler Reservoir Prod.

Marina, sur les conseils évidents de la production qui lui a soufflé ce laïus au scénario mal interprété, avoue :

- "On a eu un rêve trop grand pour nos bourses !"

Comment sais-je que tout cela est écrit ? L'emploi de la locution "manque de maturité" : Dans la bouche de Marina, ça ne colle pas !

Passons à l'état des lieux :
Mince c’est vrai, Marina a raison : C’est pas pareil une maison sans meubles ! Dans le ciboulot ça travaille… Attends voir. Tentons un plan de coupe de ce qui s’est passé dans sa tête à la remise des clefs du domaine délabré :

«Crotte c'est vide et on voit tous les défauts qu’on avait pas vu quand on avait pas regardé parce qu’il y avait des meubles devant ! Hou la la, ah oui dis donc, j’ai acheté un taudis à 250.000 euros !»

Plaza fait le tour du propriétaire accablé. Bonne nouvelle rien n’est a refaire, mauvaise nouvelle, tout est faire ! Fils dénudés, murs en morceaux, absence de plinthe et de portes, cache misère sur le chauffe-eau piteux, cour carcérale, jardin abandonné, ouvertures bloquées, pièces sans fonction et une fresque murale avec un gros cœur couleur caca marqué je t’aime maman à l'étage. Marina et sa fille, en bonnes spectatrices d’M6 sont des artistes bridées par les cruelles obligations contemporaines d'un monde "qu'il est vraiment trop prenant". Ah si seulement, elles avaient le temps ! L'art moderne y gagnerait !

Bref, la maison est un condensé de n’importe quoi en très sale état, contrastant avec la pièce d’entrée : Une cuisine neuve et flamboyante méticuleusement décorée "à la m6" dans un camaïeu déstructuré de vert pastis peint à la volée, proprement gerbifique. A voir la moue molle de Marina quand elle évoque ses deux années passées ici, il est évident que toute cette histoire de propriété ne l’a amusé que l’espace d’un samedi après-midi, le temps de faire la déco. Le reste, le gros œuvre, les pièces du fond et tous les petits trucs à refaire qui coûtent de l'argent, ne sont pas clinquant mais qui font une maison et créent une ambiance sont, pour le moins, embêtants parce que 1 / "faut travailler" et 2 / faut faire travailler son cerveau.

Deuxième plan de coupe de celui-ci : « Ah si seulement M6 faisait des émissions en continu pour me dire comment penser ! »

Car niveau courage c’est pas encore ça ! Exemples de témérité parmi d’autres : Marina boycotte Psychologie des foules de Gustave Le Bon, le café littéraire de Piccouly et les chiottes du rez-de-chaussée car "elles sont trop sales".

Stephane Plaza est outré. Il y a une pièce pour la machine à laver mais pas de salle à manger ! Y a des choses comme ça qui sont rédhibitoires à la télé française : Discuter la version officielle du 11 septembre et l'absence d'une salle à manger chez soi. Ça vous ostracise direct !

Pour les moins analphabètes, c'est inscrit en grand : SALLE A MANGER = INDISPENSABLE POUR UNE VENTE

Rentrons dans le vif du sujet avec "la minute Fnaim" qui justifie en sous-couche l'émission (Retirez le concept de vente et ce serait un show de déco comme les autres). La scène de la réévaluation - l'annonce faite à Marina - est un plan séquence central poignant comme la scène du chat dans L’enfance nue de Maurice Pialat ! Je ne résiste pas au plaisir de vous en montrer un appetizer :


Que d’incompréhension dans le regard du couple crédule quand Plazza leur explique qu’il faut baisser le prix pour leur bouse surpayée. Après une tête interdite de 30 secondes, le temps nécessaire à son cerveau pour traiter cette masse de données imprévues, Marina est au bord des larmes. Je vous ai dit que c’était sincère et poignant !

Marina conclut avec sagesse :
- "Le problème c’est qu’on a acheté beaucoup trop cher !"

Sous-entendons : "Bon, on peut s’asseoir sur la plus-value mais on va essayer de limiter la casse. Merci M6 de nous ouvrir les yeux !"

Mais, même en rabaissant de vingt mille euros, pas garanti que le blockhaus au fond des champs se vende facilement. Va falloir investir et redorer, passer du vert fluo au beige kaki (C’est terne et tendance, bien à l’image du moral de France). M6 bouffe vraiment à tous les râteliers. Après les conseils de Valérie Damido pour "ne faire qu’un avec sa déco" et fusionner avec son environnement, ceux de Plaza et de sa décoratrice d'intérieur sont explicites mais complètement opposés : - "Il faut dépersonnaliser !"

Avertissement du CSA : Regarder M6 est contre-indiqué en cas de traitement anti-schizophrénie.

Et c’est parti pour ce qui pour vous ou moi prendrait des mois, mais qui ici prend l’espace d’un demi-clip ambiancé par le Cream de Prince :

La cuisine change de pièce, les murs sont pétés, la déco merdeuse est explosée au burin (comme c’était trop compliqué de planter un clou, Marina a collé au mur les photos encadrées de son bonheur). On abat des arbres en trois secondes et on jongle avec les pavés. Barbatruc ! Le tour est joué ! Pour moins de 3000 euros, Plaza et ses poteaux leur font une belle maison qui n’a plus rien à voir avec l’ancienne (ni avec la prochaine d’ailleurs puisqu'un commentaire pudique nous annonce que le couple retourne en location dans un appartement le temps de «se refaire une santé financière»).

Désemparé par la beauté retrouvée d’une maison qu’elle ne reconnaît même pas, après avoir répété 64 fois «- C’est incroyable», à côté de la plaque et de son mari pas plus expressif, Marina a ce mot merveilleux :

- « Vous avez exactement capté ce qu’on était ! »

Tu l’as dit bouffie !

Elle fait la bise « et plus » a un Stéphane Plazza qui prend sur lui. Même le mari pas fini, s’y met :

- "Tiens Stéphane, je te fais la bise aussi !"

Ce seront ici les seules traces d’affection détectées durant les 52 minutes du sujet. Pas une seule fois, je n'ai décelé un regard complice ou vu ce couple "presque parfait" échanger un baiser ou pire, une marque de tendresse. De la connerie en tonneaux, oui, mais pas d’émotion autre qu'immobilière. Les deux sont aussi froids et "dépersonnalisés" que la redécoration de leur baraque.

Le pronostic de Plazza est arrêté : "La maison va partir !"

Mon pronostic : Un divorce dans les deux ans avec peut-être un deuxième enfant, tentative désespérée pour relancer la machine cassée par une méprise immobilière dans laquelle, malgré la matière première que fournit le couple, M6 ne sera pas pour rien.

Vous me direz : Seb Musset vous êtes méchant avec ces braves gens qui payent comptant leur patrimoine virtuel et leur réédition aux sirènes de la consommation immobilière ! Je vous réponds : Il faut l'être ! Ceux qui achètent sans argent sont aussi coupables que ceux qui leur prêtent ! Non monsieur, il n'y a pas que les grands spéculateurs qui sont à l'origine des crises financières ! Ceux qui se sont fait "spéculés" ont aussi leur part de responsabilité. S'ils faisaient marcher leurs cerveaux un peu plus tôt, ils s'éviteraient des désagréments, on éviterait des crises et, surtout, les prix de l'immobilier ne gonfleraient pas jusqu'à l'absurde entraînant des gens à la rue et, mieux, M6 ne ferait pas d'émission !

Le deuxième sujet du numéro de septembre, plus commun, repose sur le décalage entre les retraités qui vendent aujourd’hui des maisons en lambris surchargé et les jeunes primos-accedants (il y en a encore ?) qui veulent des cuisines graphitées et open space façon M6. Finalement, les faux vieux (ils ont à peine 50 ans) démodés ne sont jamais que les trentenaires du sujet précédent avec vingt ans de plus, soumis à d’autres époques, d’autres influences télévisuelles et d’autres règles du jeu.

Le deuxième sujet possède aussi ses moments FNAIM comme celui où le propriétaire dépité après qu’on lui ai dit que lui et sa maison étaient totalement has been, confesse confiant:

« - Non, ça ne me gêne pas de baisser mon prix de 15.000 euros ».

Comme je suis corporate : On peut voir l'émission ici jusqu'au 28 septembre.

* Je ne sais pas pourquoi quand je vois Stéphane Plazza, je revois la fin des années 80, une Golf GTI, un jeu de dés en peluche qui pend au rétroviseur central et un colossal sticker Oxbow collé sur la vitre arrière. Le tout sur fond de "Démons de minuit" hurlé depuis le radiocassette autoreverse.

Perverse Road, le prochain livre de Seb Musset sort le 4 octobre. Ouvrage prophétique déjà très populaire du palais de L'Elysée aux pavillons des fauchés.

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