25 novembre 2012

Rire et se taire dans l’arène de la rigueur

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Ce samedi soir, ils sont plus d'une centaine assis autour de la scène centrale. Les regards convergent vers le centre d'intérêt du long spectacle télévisé: des invités en promotion. Parmi eux, le lauréat d'un jeu télévisé qui a gagné le droit d'être connu et l'acteur de la semaine qui joue le réalisateur de l'année, un gourou du bonheur et un humoriste en tournée. Tous tournés sur eux-mêmes pour plus de sécurité,  ils sont chahutés par deux journalistes de l'émission et un Monsieur Loyal sulfatant de la joke plus ou moins efficace mais toujours applaudit. Objectif rire. 

Disposé selon l'allure sur de la tribune tape-cul sous une lumière bleue qui le confond dans un camaïeu sombre aux structures de décor, ce public gratuit et volontaire a été briffé à base de petits jeux et de répétitions par le chauffeur de salle. Taper des mains sera sa seule voix. Le chef d'orchestre des clappements compulsifs supervise ses élèves dans l'angle mort des objectifs. De l’allégresse de cette jeune foule ornementale, dépend en partie l'assiduité de la ménagère irradiée de l'autre côté de l'écran. Elle fait ainsi, par procuration, partie d'une conversation se jouant pourtant en cercle fermé.
Au bout d'une heure de bruit et battements de bras, entre dans l'arène heureuse, Jean-Luc Mélenchon. Au milieu de la promo des galettes en plastiques, des livres ou des films à déguster au supermarché du consensus, le chef du Parti de Gauche vient parler politique. Autrement. Trop peut-être. Quand les deux journalistes, prescripteurs de bons points ou préposés au clash, insistent pour que celui ayant fait scission avec le PS quatre ans plus tôt fasse son mea culpa au sujet de son appartenance au gouvernement Jospin (2000 à 2002), il n’esquive pas. Voilà même que l'hérétique  revendique des avancées sociales réalisées sous ce gouvernement:

JEAN-LUC MELENCHON
" - Nous faisions des grandes choses. Car faire les 35 heures sans perte de salaire, c'est une très grande chose pour le travailleur !"

A l'aune de ce qui se passe aujourd'hui, ces mesures concrètes (réduction du temps de travail ou couverture médicale universelle) décidées par un gouvernement socialiste sont une transgression voire une révolution. Voilà qui devrait soulever l'enthousiasme assis des masses d'abord rieuses qui, il y a quelques minutes encore ovationnaient d'une rage mécanique la dernière histoire de Toto par Monsieur Loyal.


Pas même étonnée, l'agora reste atone. Face à la fière justification de Mélenchon, un ange passe. Un chauffeur de salle peut déclencher l'hystérie, stimuler l'euphorie. Il ne peut créer le silence.

La baisse du temps de travail ferait-elle partie du paysage. Serait-elle considérée comme un progrès sur lequel on ne peut revenir comme, euh, les chaines gratuites de la TNT ? Peut-être qu'au pays du chômage, de l'Interim et de l'explosion des temps partiels, elle n'évoque simplement rien pour ce jeune public ? Si Jean-Luc lui avait esquissé les suppressions de RTT qu'impliquerait un retour en arrière sur la loi, peut-être que les disciplinés auraient fait gronder un début de "oh bah non alors, ça va beaucoup moins bien marcher" ? On peut l'espérer, sans toutefois trop rêver d'un grand soir où l'on ne serait plus couché.

Il a beau jeu Jean-Luc Mélenchon de dénoncer par la suite le prêt-à-penser dispensé du matin au soir avec quelques nuances cosmétiques d'un canal ou d'un canard à l'autre par ces prophètes de l'austérité dont l'effort d'hiver, après nous avoir fait pleurer sur les drames fiscaux des grandes fortunes, est de faire admettre au prolo sans qu'il ne gueule trop qu’il coûte trop cher et qu'il lui faudra baisser son salaire

La parenthèse désenchantée est terminé. Monsieur Loyal reprend son rôle et, d'un bon mot, chacun dans le public, reprend soudain le sien: accompagner et nourrir de ses applaudissements commandés les ricanements du moment, et donner trois heures durant, les assourdissantes preuves de son bonheur d'être distrait.


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22 novembre 2012

Le burn-out d'Olivier Mazerolle

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Priorité au direct. Ça devait arriver, Olivier Mazerolle, submergé par l'essence de son propre média, entre en combustion spontanée suite aux derniers rebondissements des Feux de la droite.


Et je dois avouer que je le comprends un peu.

Pas d'orchidées pour l'UMP

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"Je demande un peu de sérieux"
Frédéric Lefebvre, clown légendaire de l'UMP, Itélé 21.11.2012.

Après ceux, pourtant déjà costauds, de dimanche et lundi, le 3e épisode dans la guerre pour la présidence de l'UMP est le plus décapant. Après la pitoyable organisation du vote de dimanche, les soupçons de fraude, les annonces anticipées de victoire de Jean-François Copé puis François Fillon, le décompte douteux des votes (toujours cachés à l'heure où j'écris), la commission à la noix qui proclame Copé vainqueur avec une avance de 98 voix sur 175.000 et, sur les chaines d'info continue, le grand déballage des lieutenants zélés, l'ancien premier ministre conteste depuis hier la victoire de son rival et menace, avec ses soutiens, de faire scission et de porter le barnum au tribunal. Les départements d'outre-mer n'auraient pas été comptés et, en fait, il l'emporterait de 26 voix. 

Après l'échec de Sarkozy, j'imaginais que le processus de destruction de l'UMP prendrait deux ou trois ans. Non, il aura juste fallu à ses cadors un semestre dans le rôle inhabituel d'opposants, sans pouvoir dépasser le stade de la colère d'avoir perdu, plus quelques jours d'un exercice inédit de démocratie interne, pour perdre leur sang froid et exploser sous nos yeux ébahis.  


Voir désormais des Benoist Apparu, Frédéric Lefebvre ou Christian Estrosi passer pour des modérés dans ce crêpage de chignon continu entre camarades jadis unis par le culte du chef en dit long sur la déliquescence du premier parti de France. 

Qu'écrire ? Le spectacle est fascinant. Sous les yeux du blogueur interdit et conscient que toute tentative de caricature des impétrants serait ridiculisée par l'original, l'UMP qui, il y a encore six mois était à la tête du pays, part en torche dans le bûcher de ses vanités contradictoires. Soyons honnête: c'est beau. Je verse ma larme, regardant cette télénovela de l'apocalypse politique où l'expression des militants est piétinée de bon coeur. Je suis aussi à la peine. Ce sont six années de blog qui, quelque part, s'achèvent. Car, tout autant que Sarkozy, ses sbires, ses "stormtroopers" qui étaient dans une logique d'occupation de l'agenda médiatique (dont ils ont du mal à se désintoxiquer) furent autant de sujets d'une indignation quotidiennement renouvelée. 


Passé le divorce à l'italienne, chacun sent que le paysage politique risque d'être bouleversé. Je me mets à la place des militants UMP, déjà ce qui s'est passé dimanche était consternant, après le rebondissement de mercredi, ils vont y réfléchir à deux fois avant de renouveler la cotisation.

Mais vraiment, qui récupérera les morceaux de cette boucherie? 

En se basant sur les résultats de dimanche qui sont les révélateurs de la fracture divisant ce parti, (fracture pourtant bien visible depuis l'été 2010 et le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, et en partie cause de son échec à la présidentielle), on peut songer à plusieurs hypothèses: 

La motion de la droite forte (pourtant pilotée par deux incapables qui feraient passer Benjamin Lancar pour un prix Nobel) étant arrivée en tête, on peut imaginer comme Gael Brustier que le grand gagnant serait la ligne identitaire, donc par ricochet, le FN. 


Est-ce suffisant pour que des électeurs de l'UMP filent au FN ? C'est moins évident qu'il n'y parait. Le FN et l'UMP, malgré un tronc commun d'islamophobie et de chasse aux assistés, ont des divergences profondes sur l'économie. Avec sa victoire sur le fil, Copé fait  la démonstration avancée de ce dont je suis convaincu depuis longtemps: il a les qualités requises pour dynamiter ce parti de l'intérieur et l'envoyer vers des scores électoraux à un chiffre. Encore plus de "pain au chocolat" et de radicalité, ferait donc théoriquement fuir une bonne moitié des électeurs UMP vers le centre. Et aller toujours plus loin, Copé n'a que ça en magasin.


Peut-on alors espérer voir la résurgence d'une force au centre qui prenne le relais ? Probable. Mais ce sera compliqué pour elle d'exister avec un gouvernement lui-même recentré.  Reste alors l'hypothèse d'un retour de Sarkozy. Trop tôt pour le dire, mais je n'y crois pas non plus: Il est l'origine de tous les désastres

La seule piste pour l'UMP est de renouveler ses têtes, de faire un bon score aux municipales et de préparer sérieusement ses primaires dans trois ou quatre ans. Ne jamais oublier que l'électeur de droite ne votera jamais à gauche, et que les forces de droite aussi disparates soient-elles, sont finalement perméables les unes aux autres. Seul un leader d'union peut réussir, ce qui passerait désormais pour un exploit, à les réconcilier. Pour l'instant, ce type ou cette fille je ne le ou la vois pas. Même Fillon qui avait vaguement cette aptitude parait carbonisé pour un moment. Note qu'à gauche on ne voyait pas plus de candidat d'union, il y a encore deux ans. 

En attendant à droite, on s'oriente vers la continuité en pire: soit deux partis d’extrême droite incompatibles (pour le moment, les alliances aux municipales seront à scruter avec attention), et deux partis de centre qui se détestent. Car, s'il y a mouvement des foules UMP vers l'UDI, soyons assurés que Bayrou, qui doit actuellement se mordre les doigts jusqu'au pied, ne lâchera pas sa baraque à frites. Ajoutons à cela un Nicolas Dupont-Aignan dont aucun des quatre ne veut entendre parler.

Le vainqueur immédiat du carnage n'est donc pas Marine Le Pen, ni Nicolas Sarkozy (entendu ce jour par la justice), mais bien François Hollande, lauréat de primaires ouvertes dont chacun a salué l'avancée démocratique qu'elles constituaient, le sérieux des débats et l'organisation, un François Hollande encore accusé d'amateurisme hier. Mais c'était hier. Les critères du sérieux politique viennent d'être durablement redéfinis. Et c'est la plus grande leçon de la semaine. 


Illustrations : Stephen J. / Salam93 / Seb Musset

21 novembre 2012

Les 10 prochaines propositions audacieuses de François Hollande pour améliorer le #mariagepourtous

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J'avais écrit le bien que je pensais de ces prolongations débiles du débat sur l'inévitable "mariage pour tous" propices à la radicalisation des opposants (dont on a encore vu quelques navrants épisodes ce week-end).

Hier soir, devant l'Association des maires de France, voulant éviter d'être un peu trop chahuté par la droite, François Hollande a lâché un nouvel "aménagement" à la carte à destination des élus qui refuseraient de marier deux personnes de même sexe: 

«Les maires sont des représentants de l’Etat et ils auront, si la loi est votée, à la faire appliquer. Mais des possibilités de délégation existent, elles peuvent être élargies. [...] La loi s’applique pour tous dans le respect néanmoins de la liberté de conscience.» 

Ou comment, en deux phrases: Ne pas comprendre qu'il s'agit dans cette loi autant d'égalité que de mariageRuiner un symbole en instaurant une célébration de l'union au rabais. Envoyer un message d'encouragement aux homophobes et un autre, désastreux, aux homosexuels. Et ouvrir une boite de pandore autorisant les maires à refuser tout et n'importe quoi.


Voici donc, en exclu pour le blog, les 10 prochaines pistes de François Hollande pour améliorer encore un peu plus sa loi sur le "mariage pour tous" et en faire un franc succès:

1 / La construction d'Algecos devant les mairies où seront célébrés en toute discrétion des "mariages pour tous" par des contrats d'avenir habilités à le faire à l'issue d'une formation de deux heures.

2 / Dans un souci de modernité, comme pour le règlement des impôts et la constitution d'un dossier d'auto-entrepreneur, nous mettrons en place un service informatique où chacun pourra faire en ligne, de façon totalement indolore pour la collectivité, son "mariage pour tous". (-10% avec le code "BeurkDesPédés")

3 / La création d'une grande foire au "mariage pour tous". En accord avec la loi sur la réquisition des bâtiments inoccupés qu'un jour je ferais peut-être voter, elle sera organisée dans les quartiers désaffectés de la prison de Fleury-Merogis. Un service de bus de nuit camouflés sera mis en place pour amener les suspects prétendants au mariage où les attendront des adjoints réquisitionnés selon leur orientation sexuelle. 

4 / En cas de persistance de mariage à la mairie, l'application de la clause de respect de "la liberté de silence des municipalités", imposera aux "mariés pour tous" sortants du bâtiment de laisser exploser leur joie uniquement par mime afin de ne pas heurter "la liberté d'homophobie" du voisinage.

5 / En république, on ne saurait tolérer la violence physique des opposants au "mariage pour tous". Ainsi, soucieux que les "mariés pour tous" ne se laissent tabasser sans se défendre, chaque suspect prétendant au mariage devra se livrer à un parcours de survie de trois jours et trois nuits dans les Ardennes, fin janvier, avec paquetage, bottes à la gadoue et treillis. Aucune pause pipi ne sera tolérée. Pour être "mariés pour tous" heureux, marions-nous pour tous musclés !

6 / Le pouvoir d'achat de tous les Français est une de mes priorités. Ainsi, afin que les "mariés pour tous" préservent leurs chaussures plus longtemps, je proposerai aux maires qu'ils obligent les suspects prétendants au "mariage pour tous" à rester à cloche-pied lors de la cérémonie. 

7 / J'étendrai d'ailleurs "l’amendement gay-pied", à tous les lieux publics. La république ne saurait tolérer que la liberté de conscience des uns soit une agression pour la liberté de conscience des autres.

8 / Vous le savez, l'amélioration et la performance des services publics est une autre de mes priorités. Ainsi, le port d'un signe distinctif sur le vêtement (à hauteur de poitrine, côté droit) permettra aux autorités de faciliter les contrôles de bonne marche à cloche-pied des "mariés pour tous" sans avoir à les importuner. La multiplication des contrôles serait une intolérable marque de stigmatisation et les "mariés pour tous" le vivraient mal. Et je ne saurais me résoudre à cette détresse en république.

9 / Afin d'éviter tout débordement et abus de "mariage pour tous", je mettrai en place un Conseil d'orientation de la crédibilité des unions, qui devra statuer au préalable, après consultation des dossiers des suspects prétendants au "mariage pour tous". Le COCU procédera à l'examen des pièces (présentation des fiches de salaires, des justificatifs des diverses appartenances religieuse et politique) avant de statuer, et d'autoriser la célébration du mariage. Le COCU sera composé de gens de la vie civile, comme par exemple Robert Ménard ou Ivan Rioufol, et de politiques comme par exemple Christine Boutin ou Jacques Myard, mais aussi de philosophes comme Frigide Barjot et, euh... enfin bref.

10 / La république c'est avant tout l'égalité et le vivre ensemble. Nous ne saurions abandonner les nouveaux "mariés pour tous" dans le dur parcours fait de stigmatisation qui les attend dans une société décomplexée ou le démon de l'homophobie ne se cache plus pour déverser sa bile. Je me prononcerai pour une réflexion sur la mise en place de logements collectifs pour "mariés pour tous" dans des zones réservées et vidéoprotégées. 

Allez François, encore deux ou trois sorties comme ça sur le sujet et, tranquille pépère, tu pourras faire de cette avancée promise, un ratage complet.

[update 21.11.2012 18h: François Hollande revient sur l'expression "liberté de conscience"]

15 novembre 2012

Tendances 2013 : La Soc-Lib mania prendra-t-elle en France ?

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Le but d’une conférence de presse présidentielle est d'abord de séduire la presse. Si j’en crois certains éditorialistes en pâmoison entamant la séquence de la lèche après celle de la lynche, l'édition  de mardi dernier est un succès. Il ne leur fallait pas grand-chose. Des invitations en grand nombre, la possibilité de faire des twit-pics depuis la salle des fêtes de L’Elysée pour souligner la véracité du LT et, surtout, que la soupe libérale que certains d'entre eux nous servent à foison depuis des mois trouve quelques échos au sommet de l'Etat. 

Il suffisait donc de répéter "compétitivité", de placer du "pas de tabou", de l'"objectif des 3%", le tour était joué. François Hollande est décidément un excellent orateur, mettant en avant l'autorité et la pédagogie qu'on lui reprochait de ne pas avoir. L’exercice formel, calibré pour satisfaire l'espérance des scribes, restait un poil bourratif pour le commun des mortels. Pas grave. Restera le digest qui en est fait pour les trois premières minutes du JT: de la responsabilité assumée, un cap annoncé douloureux, de la gravité entrecoupée de quelques traits d’humour

Ce serait presque parfait si la méthode choisie, la même qu'avant mais en mieux, n’était pas promise à l’échec. Car il me plait bien ce président. Je ne lui reproche que sa stratégie de sortie de crise et donc ses inévitables contrecoups sociaux, donc la continuation de la crise, cet état d’urgence perpétuel qui justifie tous les renoncements comme de pousser la réflexion économique plus avant. Donnons-lui à sa demande deux ans pour que cette inclinaison soc-lib à plusieurs milliards se révèle au mieux sans effet sur la qualité de l'embauche, et que, à l’approche de l’élection nouvelle après avoir été entarté aux municipales, se drapant d’un gouvernement soudainement réassorti de rouge pastels, le président réoriente enfin son action à gauche.

Ça tombe bien, on a le temps.

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